Charles Marie Dulac est un peintre et lithographe français né le à Paris, où il est mort le .
Une crise mystique bouleverse sa vie et son œuvre, laquelle est jugée souvent proche des symbolistes et des idéalistes.
Biographie Enfance et formation : 1866-1890 Charles Dulac naît le Musée d'Orsay. dans le de Paris d’un père commerçant, Balthasar Dulac, et d’une mère d’origine alsacienne. On sait peu de choses de sa scolarité. Henry Cochin, historien d’art et député du Nord, très actif dans les milieux intellectuels catholiques et qui le soutient toute sa courte vie, écrit en 1899 dans In memoriam DulacHenry Cochin et Joris-Karl Huysmans, In memoriam Marie-Charles Dulac, Paris, Imprimerie Georges Petit, 1899. :
Le même Cochin évoque une mort prématurée du père qui aurait obligé le jeune homme à devoir gagner sa vie. En fait, Balthasar Dulac meurt lorsque son fils a vingt ans. C’est sans doute beaucoup plus tôt, et à l’instar d'autres artistes du tempsAnne Martin-Fugier, La vie d’artiste au , Hachette Littératures-Pluriel, 2007., qu’il entre en apprentissages successifs chez un peintre décorateur d’appartement, dans une maison de papiers peints puis comme peintre de décors à l’atelier de Jean-Baptiste Lavastre. Il travaille à l’Opéra de Paris et dans différents théâtres. Parallèlement, il commence à peindre pour lui-même, essentiellement des natures mortes, il rencontre des artistes et fréquente des ateliers de peintres comme ceux d’Adrien Karbowsky (1855-1945), Ferdinand Humbert (1842-1934), Henri Gervex (1852-1929) et Alfred Roll (1846-1919), alsacien comme sa mère.
Plus tard, vers 1890, il fréquenta les ateliers de Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898) et d’Eugène Carrière (1849-1906).
Les premières œuvres de Charles Dulac sont mal connues. Dans l’exposition posthume, organisée en , figurent deux Nature morte de 1886 et deux autres de 1887, deux Polichinelle, une Étude de poissons de 1889. À partir de 1890, les toiles sont beaucoup plus nombreuses.
Dulac fait le choix d’être peintre à part entière. Loin de l’académisme, de l’impressionnisme, du réalisme, il se situe parmi les artistes qui veulent garder le souci d’une bonne technique de la peinture et du dessin, mais estiment que l’art doit exprimer une sensibilité, une vision du mondePréface de Jean Chatelain à l’exposition Autour de Lévy-Dhurmer, visionnaires et intimistes en 1900, Paris, Grand Palais, 3 mars-3 avril 1973.. Il commence à exposer lorsque surgit un élément majeur pour lui : une grave intoxication au plomb due à l’emploi de la céruse lors de ses années d’artisan décorateur. Elle provoque une profonde crise morale et religieuse. Henry Cochin donne à cette crise une importance extrême dans sa vie d’artiste : . Dans le même opuscule, J.K. Huysmans confirme : .
Un début de carrière bouleversé par la maladie : 1890-1892 Charles Dulac est présent dans les grands salons en 1890. D’après le Dictionnaire Bénézit, Auguste MarguillierAuguste Marguillier, « Charles Dulac », La Gazette des Beaux-Arts, avril 1899. et Jean-David Jumeau-LafondJean-David Jumeau-Lafond, Les peintres de l’âme, Le symbolisme idéaliste en France, [catalogue de l’exposition], Paris-Musées, 1999., il expose dans les salons à partir de 1889. Pour Marguiller, l’œuvre était un portrait de jeune fille. Il précise : .
Il n'y a de trace certaine d’expositions qu’en 1890 au Salon des indépendants et au Salon du Champ-de-Mars ou Société nationale des beaux-arts (SNBA), créé justement en 1890, en dissidence du Salon des artistes français, fondé lui en 1881. Au Salon des indépendantsDominique Lobstein, Dictionnaire des Indépendants (1884-1914), Dijon, éditions l'Échelle de Jacob, 2003., il expose en 1890 dix toiles dont il n’est pas précisé la date d’exécution. Quatre concernent Vézelay et ses environs. D’autres représentent Saint-Julien-le-Pauvre, des natures mortes, des Raies, deux études marines, un Polichinelle. Il expose dix toiles en 1891 (dont quatre de Vézelay, des vues de Touques, un portrait), dix autres en 1892, dont deux de Vézelay, des paysages de neige à Montmartre, le quai des Célestins, la baie des Trépassés. Au Salon de la Société nationale des beaux-artsCatalogues de la Société nationale des beaux-arts., il expose en 1890 un tableau, Les poissons, un paysage en 1891 et sept autres en 1892, dont un de Vézelay, un portrait de sa mère, une vue de Saint-Étienne-du-Mont et de Moissac. Ces expositions sont bien remarquées par les critiques.
S’il y a tant de tableaux qui représentent l’abbatiale de Vézelay ou les environs, c’est que le retour à la foi de Dulac aurait eu lieu à Vézelay. Il est seulement certain qu’il séjourne à plusieurs reprises au monastère proche de la Pierre-qui-Vire. Il traverse une profonde crise mystique, il n’a que 24 ans et sa carrière d’artiste s’en trouve transformée.
Engagement religieux Il ne s’agit pas à proprement parler d’une conversion puisque Dulac est né dans une famille chrétienne et a été baptisé dès son plus jeune âge. C’est un retour à la foi comme il y en a eu beaucoup à l’époque, mais intenseGérard Cholvy, Christianisme et société en France au (1790-1914), Le Seuil, Points histoire, 2001.. Il bouleverse totalement la manière dont le jeune homme assume sa vie d’artiste. Henry Cochin mentionne que : . Cette nouvelle manière de concevoir son art va s’épanouir pour Dulac à l’intérieur de la Société de Saint-Jean pour le développement de l'art chrétien qui fut pour lui un lieu de formation, de rencontres, d’encouragement, de promotion. Initialement, elle fut fondée en 1839 par Henri Lacordaire et se voulait une fraternité d’artistes chrétiens soucieux de renouveler toutes les disciplines artistiques. Une nouvelle Société de Saint-Jean pour l’encouragement de l’art chrétienBulletin Société de Saint-Jean pour l'encouragement de l'art chrétien, Paris, Librairie de la Société de bibliographie, 1887 (en ligne sur Gallica). fut créée en 1872, reconnue d’utilité publique en 1878. Elle ne cesse d’évoluer pour répondre à son objectif : lutter contre la décadence de l’art religieux, regrouper les artistes et amateurs, développer des études d’esthétique, d’archéologie, d’histoire, publier à partir de 1889 une revue mensuelle, Les Notes d’art et d’archéologie, des livres, organiser des expositions, des concerts, des récompenses aux artistes et écrivains qui poursuivent les mêmes buts. Henry Cochin en fut un président très actif à partir de 1894, il est aussi l’intime de Dulac, il le soutient, l’encourage, l’expose, achète et fait acheter ses toiles par ses amis. C’est dans ce milieu propice et protecteur, à la fois très catholique, bourgeois et intellectuel, que Charles-Marie Dulac peut à la fois exercer son art tout en vivant pleinement sa foi. Il continue d’exposer à Paris et ailleurs.
Au Salon des indépendants, il participe avec six toiles en 1893, des paysages de neige, les Ruines du château de Saint-Cloud. Au Salon de la Société nationale des beaux-arts, il présente trois toiles en 1893, deux en 1894, trois en 1897, ainsi que trois gravures et en 1898, quatre petites toiles italiennes.
Le lithographe vignette|Le Vent, lithographie, Avallon, musée de l'Avallonnais. Il s’épanouit surtout dans les années 1892-1894 dans la lithographie. Son œuvre lithographique est inséparable de sa spiritualité. C’est grâce à elle que Charles Dulac figure dans quelques collections de grands musées occidentaux. C’est elle qui enthousiasme Joris-Karl Huysmans qui s’en fait le chantre dans La Cathédrale (1898) et dans de nombreux articles de critiqueDans L’Écho de Paris en novembre 1897, puis dans L’Écho de Paris d'avril 1899.. Dulac fait ses premières lithographies vers 1892, mais l’essentiel de son travail réside dans deux albums : Suite de paysages (1893), composé d’une dizaine de planches, et Le Cantique des Créatures (1894), avec neuf planches. Il commence une série plus explicitement religieuse encore, Le Credo, qu’il ne peut achever pour des raisons de santé. Ces lithographies représentent souvent des paysages vus lors de ses voyages en Flandre ou à Vézelay, théâtralisés, réinterprétés, apurés. Pour Huysmans, elles font de l’artiste le seul peintre vraiment religieux de sa génération. En 1894 également, sont publiées trois lithographies dans l'album des Peintres-lithographes et deux dans ceux de L'Estampe originale« Dulac, Charles », in: J. Bailly Herberg, Dictionnaire de l'estampe en France 1830-1950, Paris, AMG-Flammarion, 1985, ..
L’ensemble de ces œuvres est exposé en 1896 à la galerie d’avant-garde Le Barc de Boutteville, avec un catalogue écrit par Henry Cochin.
Certains critiques et historiens d'art, essentiellement du fait de ces lithographies, classent l’artiste parmi les symbolistes.
Les voyages en Italie et une correspondance abondante À partir de 1896-1897, Charles-Marie Dulac ne poursuit plus de carrière et ne se soucie plus d’exposer sauf pour répondre aux sollicitations de ses amis. Il ne songe plus qu’à voyager en Italie., le plus souvent dans des lieux d’inspiration franciscaine, cultivant sa passion pour l’art italien primitif, soignant aussi son corps malade à la chaleur méditerranéenne. Il peint alors de nombreuses petites toiles représentant des vues d’Assise, Ravenne, Florence, Fiesole qu’il envoie à ses proches pour payer son voyage. Il séjourne aussi dans des couvents, où il laisse des tableaux et écrit de nombreuses lettres à ses amis, dont Henry Cochin et Pierre Roche, qui sont des témoignages d’une âme profondément mystique. Sa correspondance est publiée par les soins de la Société de Saint-Jean dans les Notes d’art et d’archéologie en 1904 et en un volume chez Bloud en 1905Raymond Louis, Lettres de Marie-Charles Dulac, Paris, Bloud, 1905..
Dernières années La dégradation de l’état de santé du peintre, autant que son désir de rencontrer Joris-Karl Huysmans le font rentrer à Paris. Il est devenu depuis quelques années membre du Tiers-Ordre franciscain. Il meurt revêtu de sa robe de bure chez sa mère le et est enterré à Paris au cimetière du Père-Lachaise le . Huysmans rend alors un vibrant hommage à celui avec lequel il pensait pouvoir fonder une communauté d'artistes mystiques à Ligugé. Dans son article déjà cité il s'interroge sur la signification de la mort précoce d'un tel peintre, et ajoute :
Une exposition posthume est organisée par ses amis et collectionneurs chez Ambroise Vollard en . Elle réunit une centaine de tableaux et lithographies et fait l’objet de l’In Memoriam d'Henri Cochin et Joris-Karl Huysmans. D'autres expositions, de plus en plus éparses et réduites, suivront.
Des références à son œuvre se trouvent encore dans des revues d'art des premières années du , elles sont essentiellement le fait de ses amis (Huysmans, Cochin, Maurice Denis, Paul Jamot) et deviennent de plus en plus rares au fur et à mesure de leur disparition.
Charles Dulac est présent dans des collections publiques, entre autres en France, aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Canada et en Nouvelle-Zélande Œuvres dans les collections publiques
Canada Montréal, Musée des beaux-arts du CanadaHarvard museum.National gallery of Canada..
États-Unis Cambridge, musées d'Art de Harvard. Lawrence, Spencer Museum of Art. New York : Metropolitan Museum of Artmetmuseum.org.. Museum of Modern Art moma.org.. San Francisco, musée des Beaux-Arts art.famsf.org..
France Avallon. AutunJoconde, Autun.. BeauvaisJoconde, Beauvais.. Brest, musée des Beaux-Arts : Assise, 1897, huile sur toile, ; Le Rhône à Avignon, 1896, huile sur toile. Gray (Haute-Saône), musée Baron-Martin : Ruines du château de Saint-Cloud, huile sur toile, ; Nef de l'église de Vézelay, 1891, huile sur toile, , dépôt du musée d'Orsay. Paris : Institut national d'histoire de l'art : fonds de lithographies. musée d'OrsayBase Joconde, Orsay. : Quai des Célestins, 1891 ; L'Eau et le feu, 1894. ReimsBase Joconde, Reims.. Musée des Beaux-Arts Fleurs, 1892 Le Canal, 1894 Vue de San Salvator Del Monte, 1897