vignette|Quelques compositeurs du courant minimaliste (de gauche à droite à partir du haut) : Steve Reich, Philip Glass, John Adams, Terry Riley, Michael Nyman, et Arvo Pärt.
La musique minimaliste est un courant de musique contemporaine apparu dans les années 1960 aux États-Unis, qui représente une part importante de la musique classique de ce pays. En France, le courant est fréquemment appelé musique répétitive, et désigne plus spécifiquement l'ensemble des œuvres utilisant la répétition comme technique de composition. Les principaux compositeurs de musique minimaliste sont La Monte Young, Terry Riley, Steve Reich, Philip Glass, et John Adams. L'œuvre considérée comme fondatrice du minimalisme est In C de Terry Riley, composée en 1964. La musique minimaliste est parfois désignée sous l'étiquette plus large de musique postmoderne.
Plus qu'un retour à la tonalité, le courant est surtout caractérisé par l'utilisation d'une pulsation régulière et la répétition de courts motifs évoluant lentement. Au-delà d'un mouvement de réaction au sérialisme, alors dominant en Europe, la musique minimaliste marque l'émergence d'une musique américaine novatrice, déliée de ses attaches européennes. Les compositeurs minimalistes ont aussi opéré un retour vers plus d'émotion musicale, au lieu de l'approche essentiellement intellectuelle de la musique sérielle, ou l'approche conceptuelle de la musique expérimentale telle que la pratique John Cage. Après des débuts difficiles hors des circuits traditionnels de la musique classique, la musique minimaliste a acquis l'adhésion d'un certain public, venant parfois d'univers différents comme le jazz, le rock, la musique d'improvisation, ou la musique électronique. La télévision et le cinéma ont utilisé abondamment cette musique, en particulier les œuvres de Philip Glass, contribuant à sa diffusion jusque dans le grand public. De violentes critiques se sont aussi exprimées de la part du monde musical envers le courant minimaliste, l'accusant de produire une musique de consommation, superficielle, et sans âme.
Généralités Présentation On désigne généralement par le terme de musique minimaliste un courant de musique contemporaine apparu dans les années 1960 aux États-Unis avec les compositeurs La Monte Young, Terry Riley, Steve Reich, et Philip Glass. Le mouvement se développe principalement dans les deux régions des États-Unis traditionnellement les plus ouvertes aux innovations artistiques et aux influences des cultures non européennes : New York et la côte Ouest. Le minimalisme a également des adeptes en Grande-Bretagne (Michael Nyman, Gavin Bryars), en Hollande (Louis Andriessen), en France (Renaud Gagneux, Bruno Letort, Patrick Dorobisz), mais il demeure avant tout un phénomène américain.
Le terme s'utilise parfois de manière plus générale en englobant certains compositeurs de musique expérimentale, ou de musique postmoderne. En particulier, Arvo Pärt et Henryk Górecki sont parfois qualifiés de compositeurs minimalistes, bien que possédant des préoccupations très différentes de celles des répétitifs américains. La musique minimaliste marque une rupture avec l'avant-garde et un retour à la musique tonale, ou parfois modale. Elle est aussi en général caractérisée par un certain dépouillement et une économie de moyens. En fonction des compositeurs, diverses caractéristiques sont utilisées : le recours à des processus systématiques de composition, des structures répétitives et une pulsation régulière pour les répétitifs américains, une influence de la musique religieuse et du Moyen Âge pour Arvo Pärt et Henryk Górecki, le retour à certaines formes classiques (quatuor, symphonie…) pour John Adams.
L'année 1976 marque un sommet du mouvement minimaliste dans son grand ensembleReich (2002), Introduction par Paul Hillier, . avec les créations concomitantes de Music for 18 Musicians de Reich, de l'opéra Einstein on the Beach de Glass, de De Staat de Louis Andriessen, de Für Alina la pièce fondatrice du style tintinnabuli d'Arvo Pärt et de la Troisième Symphonie d'Henryk Górecki. Toutes ces œuvres ont en commun, outre la date de leurs premières, de représenter un pivot dans la carrière de leurs compositeurs, soit en étant l'aboutissement d'un travail théorique soit en constituant le début d'un nouveau style d'écriture qui apportera un dans le monde de la musique classique du .
Contexte musical La musique contemporaine des années 1950-1960 est dominée par le sérialisme intégral et l'avant-garde européenne autour de Pierre Boulez, Luigi Nono, Bruno Maderna, Luciano Berio, Karlheinz Stockhausen… Les compositeurs expérimentent les nouvelles technologies de l'électronique et fondent ainsi les bases de la musique électronique et de la musique concrète, sous l'impulsion notamment de Pierre Schaeffer, Karlheinz Stockhausen, et Pierre Henry.
Aux États-Unis, c'est la figure de John Cage qui domine, dans une approche essentiellement conceptuelle, proche du happening, avec comme fil rouge l'indétermination. C'est aussi l'époque de la création du mouvement artistique Fluxus, visant à repousser les frontières de la notion même d'œuvre d'art, qui influence aussi les minimalistes. Les années 1950-60 voient également naître et se développer sous l'influence de John Coltrane et d'Ornette Coleman le free jazz qui marque particulièrement les compositeurs américains de l'époque.
La musique populaire ne peut pas non plus être ignorée dans le contexte musical. L'émergence de la domination du rock, la découverte en Occident de la musique extra-occidentale, et en particulier la musique indienne, exercent elles aussi une influence sur les minimalistes.
Sur le terme minimaliste vignette|Michael Nyman, compositeur et musicologue, inventeur du terme « minimalisme ».
L'origine du terme pour qualifier le courant minimaliste reste peu claire. On en accorde généralement la paternité au compositeur britannique Michael Nyman dans son livre de 1974 Experimental Music: Cage and beyond In Experimental Music: Cage and beyond par Michael Nyman, éditions Schirmer Books, New York, 1974.Strickland (1991), Steve Reich, .. Toutefois, Nyman avait dès 1968 utilisé le terme , dans un article intitulé Minimal Music, sur les travaux des compositeurs Cornelius Cardew et Henning ChristiansenPotter (2000), . Le terme de sera plus tard utilisé par Nyman pour décrire non seulement le courant américain, mais aussi la production de la musique expérimentale anglaise (comprenant les compositeurs Gavin Bryars, Christopher Hobbs, Michael Parsons…).
Le critique musical Tom Johnson a aussi utilisé le terme en à propos d'un concert d'Alvin LucierTom Johnson, The Minimal Slow-Motion Approach, Alvin Lucier et al., The Village Voice, 30 mars 1972. Johnson utilisera le terme de minimaliste pour qualifier les compositions de Steve Reich, mais le vocabulaire est changeant, et il lui arrive d'utiliser . En 1977, le journaliste écrit un article intitulé « What is Minimalism really about? »Qu'est-ce vraiment que le minimalisme ? dans lequel le terme de est désormais bien établi.
On trouve aussi les termes de , , , ou en français « musique trance », « musique planante » et « musique répétitive », qui est très utilisé en France, et est le terme que Steve Reich trouve le .
L'adjectif minimaliste, et plus encore l'adjectif minimal, introduit une confusion sur la nature de la musique minimaliste. Bien que cette dernière utilise un matériel musical parcimonieux et une certaine économie de structures musicalesMarie-Claire Mussat, Trajectoires de la musique au , éditions Klincksieck, 2002, , ., le terme décrit mal la nature de la musique. Les pièces peuvent en effet être très longues, nécessiter de très nombreux musiciens, et l'orchestration peut être assez complexe. Il peut de plus être perçu comme étant péjoratif, dans le sens où une musique minimale serait inférieure à une et aurait demandé peu d'efforts de travail de composition. Une autre confusion vient du fait que le minimalisme est un terme emprunté aux historiens de l'art, et que la musique minimaliste ne partage pas toujours de points communs avec le minimalisme des arts plastiques.
Les compositeurs ne sont en général pas satisfaits du tout de l'appellation. Seul La Monte Young trouve le terme convenable, et seulement pour ses premiers travaux. Philip Glass préfère le terme de , ou Strickland (2000), Sound, ..
Origines Erik Satie en tant que précurseur et influence vignette|Erik Satie, une figure importante pour les minimalistes.
Les prémices de la musique minimaliste se trouvent dans certaines œuvres d'Erik Satie, notamment par son emploi de la forme répétitive en ostinato vu comme un Vincent Lajoinie (1985) Erik Satie, . et qui sert de base à plusieurs compositions. La Première Gnossienne (1890) est la première pièce qu'il écrit selon un schéma répétitif, qu'il expérimentera plus en avant avec sa pièce mystique Vexations (1892-1893). Cette dernière consiste à répéter de suite un même motif, la durée de la pièce pouvant atteindre une vingtaine d'heures. Vexations sera exécutée pour la première fois à l'initiative de John Cage en 1963 à New YorkVincent Lajoinie (1985) Erik Satie, ., c'est-à-dire dans les années de naissance du minimalisme. Meredith Monk, souvent associée au courant minimaliste, participera à une exécution des Vexations lors d'un festival Satie en 1966Strickland (1991), ., et Gavin Bryars et Christopher Hobbs feront de même à Leicester en 1971Nyman (1974), ..
Satie est cité par les minimalistes comme une référence, notamment par Steve ReichReich (2002), 160. Un hommage en forme de clin d'œil lui est aussi rendu avec la composition de Philip Glass, Piece in the Shape of a Square, référence à Trois morceaux en forme de poirePotter (2000), ., de même ses œuvres Music with Changing Parts et Einstein on the Beach reprennent une forme de progression des mouvements en arche de type ABCBCA utilisée auparavant par SatieVincent Lajoinie (1985) Erik Satie, .. Pour Michael Nyman, Satie est , et il le tient pour le seul compositeur préexpérimental dont le travail est indispensable.
Sérialisme De façon plus surprenante, Anton Webern, élève d'Arnold Schönberg et membre de la Seconde école de Vienne, exerce aussi une influence sur le mouvement minimaliste. En particulier sur La Monte Young, qui cite les sections statiques des Six Bagatelles pour quatuor à cordes (1913) et la Symphonie, op. 21 (1928) comme des œuvres l'ayant fortement aidé à faire la transition entre le sérialisme et le minimalismeStrickland (1991), La Monte Young .. Le fait que Webern soit aussi une influence majeure du post-sérialisme qui se développe à la même époque en Europe, mais aux conceptions musicales radicalement différentes, est parfois relevé comme « paradoxal » par les musicologuesMachard, (2004), ..
Figure du sérialisme et de l'école de Darmstadt, Karlheinz Stockhausen possède toutefois des liens avec le courant minimaliste. Des œuvres comme Stimmung, Mantra et Inori utilisent un matériau minimaliste et un temps étaléPaul Griffiths, Brève histoire de la musique moderne, de Debussy à Boulez, éditions Fayard, 1978, .. La Monte Young ira d'ailleurs étudier avec Stockhausen à Darmstadt, et le considérait à l'époque comme le plus grand compositeur vivant. Terry Riley porte aussi un fort intérêt aux œuvres de Stockhausen, en particulier les complexités rythmiques de Zeitmasze, ainsi qu'à Arnold Schönberg.
Plus généralement, les minimalistes ont tous été exposés au sérialisme, Steve Reich en tant qu'étudiant au Mills College, et qui a tout de suite senti qu'il devait s'en éloigner au plus vite, ou Philip Glass qui compose des œuvres atonales jusqu'à avant de changer de styleStrickland (1991), Philip Glass ..
Avant-garde américaine