Pyrame et Thisbé (en grec ancien ) sont deux amants légendaires de la mythologie grecque et romaine. Leur histoire, issue de la matière orientale, est à l'intersection du mythe et du romanesque.
Mythe Origines vignette|Pyrame et Thisbé représentés comme des divinités des eaux douces sur une mosaïque romaine d'Antioche. La version d'Ovide, publiée en 8 ap. J.-C., est la plus complète qui nous soit parvenue mais il s'agit d'une adaptation d'un mythe étiologique existant. En effet, dans le récit d'Ovide, Pyrame et Thisbé vivaient à Babylone et Ctésias avait placé le tombeau de son roi imaginaire, Ninus, près de cette ville. Cependant, le mythe trouve probablement son origine en Cilicie (qui faisait partie de l'empire babylonien de Ninus), car Pyramos (Pyrame) est le nom grec historique du fleuve Ceyhan, cette attestation toponymique semble montrer que cette version de la légende remonte à une tradition plus ancienne et mieux établie que celle donnée par Ovide. Dans cette autre version situant la scène en Cilicie, Thisbé se suicide la première lorsqu'elle se découvre enceinte (par peur de ses parents), suivie par Pyrame ; les deux amants sont ensuite métamorphosés, Pyrame en fleuve et Thisbé en une source voisine. Une mosaïque du IIe siècle, mise au jour près de Néa Paphos à Chypre, représente cette version plus ancienne du mythe. Cette version alternative figure également dans les Progymnasmata, une œuvre de Nicolas Sophiste, sophiste et rhéteur grec du Ve siècle ap. J.-C.Nicolaus Sophista, Progymnasmata 2.9
La version d'Ovide semble avoir été inspirée par un genre antérieur d'histoires d'amour tragiques grecques dans lesquelles une femme est tuée accidentellement ou indirectement par un homme, et à la suite de cela, il meurt ou se suicide de chagrin ; de tels exemples incluent Anthippe et Cichyrus et Cyanippus et Leucone.
Nonnos de Panopolis (début du ) Pyrame et Thisbé sont cités par le dieu fleuve Alphée dans le chant VI des Dionysiaques de Nonnos de Panopolis. Ce chant raconte le déluge universel provoqué par Jupiter à la suite de la mise à mort de Zagreus (ou Zagrée), personnage orphique dont Dionysos est la réincarnation :
Hygin (-67 à +17) Les noms de Pyrame et Thisbé sont mentionnés également par Hygin, qui rapporte simplement leur double suicide.
Ovide (-43 à +17/18) Ovide, dans ses Métamorphoses, décrit une version complète de leur légende en développant : Pyrame et Thisbé sont deux jeunes Babyloniens. Ils projettent de se retrouver une nuit en dehors de la ville, sous un mûrier blanc. Thisbé arrive la première, mais la vue d'une lionne à la gueule ensanglantée la fait fuir ; son voile lui échappe et il est déchiré par la lionne qui le souille de sang. Lorsque Pyrame arrive, il découvre le voile et les empreintes du fauve : croyant que Thisbé en a été victime, il se suicide, son sang éclaboussant les mûres blanches. Thisbé, revenant près du mûrier, découvre le corps de son amant et préfère se suicider à sa suite..
C'est de là que viendrait la couleur rouge des mûres d'après Ovide. De fait, dans la tradition latine, le terme de Pyramea arbor () était parfois utilisé pour désigner le mûrier. Depuis, la mûre symbolise les différentes phases de l'amour jusqu'à la passion dévastatrice puisque le fruit passe du blanc au rouge, puis au noir, lors des phases du mûrissement..
Évocations artistiques
La légende de Pyrame et Thisbé a inspiré de nombreuses œuvres.
Au , cette histoire est retranscrite dans un poème, adaptation française du récit de Pyrame et Thisbé d'après les Métamorphoses d'Ovide et dont il reste plusieurs manuscrits. Cette œuvre a été éditée en 1921 : . Réédité en 1968 sous le titre Pyrame et Thisbé : texte normand du , Wiesbaden.
La plus célèbre adaptation est sans doute Roméo et Juliette de William Shakespeare (1595), inspiré de Giuletta e Romeo de Luigi da Porto, qui reprend librement l'intrigue de Pyrame et Thisbé. Shakespeare a également utilisé ce thème dans Le Songe d'une nuit d'été, où il est joué dans une version parodique pour le mariage de Thésée, duc d'Athènes, et Hippolyte, reine des Amazones.
Au , plusieurs tragédies françaises ont été composées sur le thème des amants malheureux, notamment par Jean Puget de La Serre, Pradon, et surtout Théophile de Viau avec Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé (1621), très appréciée en son temps.
Le chapitre 51 du Comte de Monte-Cristo d'Alexandre Dumas qui met en scène Maximilien Morrel et Valentine de Villefort s'intitule Pyrame et Thysbée.
En 1897, Edmond Rostand fait dire à son Cyrano de Bergerac dans la fameuse tirade du nez (acte I, scène 4) :
en référence à l'extrait de la tirade de Thisbé lors de la mort de son amant dans la pièce de Théophile de Viau :
Elle inspira également des cantates et des opéras : Pyrame et Thisbé cantate : poème de Marie de Louvencourt ; mise en musique par Clérambault (1713)D'après Anne Pichard, notes sur les Cantates de Clérambault pour Harmonia Mundi et Radio-France (1990).. Pyrame et Thisbé, cantate profane composée par Michel Pignolet de Montéclair vers 1716 ; Pyrame et Thisbé, tragédie lyrique en cinq actes et un prologue de François Francœur et François Rebel sur un livret de Jean-Louis Ignace de La Serre (1662-1756) représentée pour la première fois en 1726, reprise et remaniée en 1740, 1759 et 1771 ; Piramo e Tisbe de Johann Adolph Hasse, représenté en 1768 ; Piramo e Tisbe de Giuseppe Francesco Bianchi ; Piramo e Tisbe de Gaetano Andreozzi ; Piramo e Tisbe de Venanzio Rauzzini ; Piramo e Tisbe de Vincenzo Righini ; Piramo y Tisbe de Luis Mison.
Dans son roman Une vie, Maupassant fait référence à la légende de Pyrame et Thisbé qui est représentée sur la tapisserie de la chambre de Jeanne, et qui contribue à forger le caractère romantique de cette héroïne qui rêve d'un amour absolu et éternel, comme celui de Pyrame et Thisbé : Et des tableaux : vignette|Pyrame et Thisbé, François-Alfred Delobbe, Salon de 1875, Musée des Beaux-Arts de Bernay Pyrame et Thisbé, huile sur bois de Hans Baldung Grien, vers 1530, Berlin, Staatliche Museen ; Paysage orageux avec Pyrame et Thisbé, huile sur toile de Nicolas Poussin, 1651, Francfort, Städel Kunstinstitut ; Pyrame et Thisbé, tableau d'Andrea Boscoli aux Offices de Florence ; Pyrame et Thisbé, tableau de Gregorio Pagani, Galeria degli Uffizi, Florence. Pyrame et Thisbé, François-Alfred Delobbe, huile sur toile, présenté au Salon de 1875, Musée des Beaux-Arts de Bernay; Thisbe, tableau de John William Waterhouse, 1909, coll. privée. Pyrame et Thisbé, Nicolaus Knüpfer, huile sur bois, Musée des Beaux-Arts de Pau. La mort de Pyrame et Thisbé. Huile sur toile. Vers 1624-1628 par Laurent de la Hyre. Musée Fabre à Montpellier.
Mise en musique Pyrame et Thisbé, cantate de Louis-Nicolas Clérambault Pyrame et Thisbé, tragédie lyrique de François Rebel et François Francœur
Télévision
L'épisode 39 de La petite Olympe et les dieux (L'histoire d'amour de Piram et Tisbe) a pour sujet le mythe des deux amants.
Sources (CCXLII ; CCXLIII). (VI, 347).
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Fable de Pyrame et Thisbé poème baroque espagnol de Luis de Góngora. Roméo et Juliette
Liens externes
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