Fīq () est un ancien village de Syrie du gouvernorat de Qouneitra et localisée sur le plateau du Golan. L'ancien village de Fīq est aujourd'hui occupé par la colonie israélienne Afik, qui est un kibboutz, à côté de l'emplacement de la possible ville biblique d'Aphek.

Histoire

L'ancien village syrien de Fīq est situé sur une colline artificielle, à d'altitude et s'étend sur une superficie d'environ 100 dunams.

Dans son Onomasticon du début du , l'évêque et auteur chrétien Eusèbe de Césarée identifie à Fīq l'emplacement de la ville biblique d'Afik / Aphek / Apheka (en grec), mentionnée dans la Bible (1 Rois 20:26). Cependant, le nom d'« Aphek » (« forteresse » ?) est attribué à un ou plusieurs lieux désignés dans la Bible hébraïque comme théâtres de plusieurs batailles entre les Israélites et les Araméens (issus du centre de l'actuelle Syrie).

Les recherches archéologiques montrent toutefois qu'Afiq est continuellement établi à partir de l'âge du Fer (-).

De nombreuses inscriptions de l'époque grecque et romaine sont découvertes sur le siteClaudine Dauphin, La Palestine byzantine, Peuplement et Populations, BAR International Series 726, III: Catalogue, Oxford, Archeopress, 1998, . ; l'une d'elles pourrait faire référence à un passage du Livre des Psaumes et une autre, inscrite sur de la roche basaltique, appartiendrait à la dédicace d'un édifice chrétien et mentionne un évêque, un presbytre et un diacreShlomit Nemlich et Ann E. Killebrew, Rediscovering the Ancient Golan – The Golan Archeological Museum, in The Biblical Archaeology Review, vol. 14, n. 6, 1988, ..

Après la Grande Révolte juive contre les Romains de 66-73, une colonie de soldats romains démobilisés est apparemment établie à AfiqZeev Safrai et Eyal Regev, (trad.) Eretz Israël à l'époque de Bat Shani, la Mishna et le Talmud, Carta Publishing, Jérusalem , 2011, ..

La présence juive à Afiq est encore attestée par un passage de la Mishna () et du Talmud (-s). À la fin de l'Antiquité, Fīq compte une population mixte de Juifs, chrétiens et païens.

Une colonne datée entre le et le s, ornée d'une menorah à sept branches et portant l'inscription en araméen « Je suis Yehuda / Judah le chantre », est découverte à Fīq ; il s'agirait d'une colonne se trouvant autrefois dans une synagogue locale sous la domination byzantine.

Fīq est localisée sur l'une des rares routes reliant la Galilée et le plateau du Golan, faisant partie du réseau routier entre l'Égypte et la Syrie. Une inscription découverte à Fīq et datant de 692 attribue au calife omeyyade ʿAbd al-Malik (646-705) et à son oncle Yaḥyā ibn al-Ḥakam le nivellement de l'« aqaba » (col) pour inaugurer la nouvelle route reliant la capitale omeyyade Damas à Jérusalem ; il s'agit de la plus ancienne inscription arabe relative à la construction d'une route à l' époque islamique.

L'historien arabe du Al-Baladhuri cite Aphek parmi les villages et les forts conquis lors de la conquête islamique du Proche-Orient (638 après J.-C.). Au , l'historien et géographe syrien Yaqout al-Rumi mentionne également Aphek dans son ouvrage influent sur la géographie, Mu'jam al-Buldān, se plaignant que les habitants appelaient l'endroit « Fīq ».

Les Ayyoubides construisent un caravansérail sur l'Aqaba d'al-Fīq au début du , l'appelant Khān al-ʿAqaba, dont les ruines sont encore visibles de nos joursShraron, .. En 1225, le géographe syrien Yaqout al-Rumi note que le couvent de Dayr Fīq est vénéré par les chrétiens et reçoit de fréquentes visites de voyageursle Strange, 1890, p. 429.

En 1596, sous la domination ottomane, Fīq figure dans les registres des impôts comme appartenant à la nahié de Jawlan Garbi, dans le sandjak de Hauran. Sa population est à cette époque entièrement musulmane et se compose de et 9 célibataires. Les impôts se paient sur les revenus obtenus de la culture du blé, de l'avoine et des oliviers, des troupeaux de chèvres et de la production de mielHütteroth et Abdulfattah, 1977, ..

En 1806, l'explorateur allemand Seetzen constate que Fīq possède construites en pierre de basalte, dont quatre habitées par des chrétiens et le reste par des musulmans. vignette|Village de Fīq dans les années 1880 En 1875, selon l'explorateur français Victor Guérin, Fīq se compose de quatre quartiers, chacun administré par son propre sheik. La plupart des maisons contiennent des traces d'édifices plus anciens. Il note que le village dispose d'eau en abondanceGuérin, 1880, pp 314-5 ff.

Quand l'ingénieur Gottlieb Schumacher étudie la région dans les années 1880, il décrit Fīq comme un gros village semi-abandonné, peuplé de , avec de construction « acceptable » en pierre, dont 90 sont inhabitées et les autres en ruine ; l'ensemble est peu florissant. A environ au sud du village, il note une colline couverte de ruines et d'oliviers, qui est marquée comme un ancien site par ses vestiges de vieilles colonnes et de pierres de construction et que les villageois utilisent dans leur cimetière pour enterrer leurs mortsSchumacher 1888, et svv.. vignette|Ruines actuelles de Fīq Après sa « découverte » au , Fīq reste longtemps oubliée.

En 1966, la population de Fīq s'élève à près de . Elle pratique diverses cultures agricoles, notamment la culture de céréales et de légumineuses, de sésame, de figues, d'oliviers ainsi que l'élevage de moutons et de bovins. La colonie compte trois pressoirs à huile, un dispensaire et plusieurs écoles.

Israël occupe la région lors de la guerre des Six Jours de 1967 et les habitants de Fīq doivent s'enfuir pour s'installer vers d'autres régions de la Syrie, en particulier autour de Damas. Les soldats de Tsahal redécouvrent l'ancien Afek, notamment la colonne gravée en araméen, trouvée par Schumacher, est retrouvée comme décoration d'un cimetière militaire syrien à Quneitra. Le bourg de Fīq est détruit - comme d'autres villages syriens - pour dégager les hauteurs du Golan, lieu stratégique entre situé entre Israël, la Jordanie, la Syrie et le LibanSulimani & Kletter 2022, .

Le kibboutz israélien Afik (אֲפִיק) est construit en 1972 sur le même site, à côté du village syrien abandonné.

Lors de la guerre du Kippour de 1973 , l'armée syrienne reprend le contrôle de la ville de Fīq. À cette époque, près de la moitié des forces armées syriennes sont concentrées à Qouneitra, près de Fīq. Le 21 septembre de la même année, la ville est bombardée par l'aviation israélienne, suivie de l'invasion israélienne et de la destruction complète de la colonie syrienne.

En mai 1974, à l'initiative des États-Unis, un accord est signé entre Israël et la Syrie, selon lequel le territoire occupé par Israël doit devenir une zone neutre entre les deux pays et être sous le contrôle des forces armées de l'ONU. La ville-fantôme d'Al-Quneitra est restituée à la Syrie dans le cadre de l'accord de « zone tampon syro-israélienne » du 31 mai 1974  . Depuis lors, Al-Quneitra est sous le contrôle des forces armées participant à une mission de maintien de la paix de l'ONU. La ville et ses environs sont considérés comme une zone à haut risque en raison de la présence de mines terrestres.

Durant la crise syrienne ayant débuté en 2011, la ville est passée à plusieurs reprises sous le contrôle des terroristes de l’État islamique .

Archéologie

Musée du Golan La colonne gravée antique fait aujourd'hui partie du musée archéologique du Golan à Katzrin. Le musée expose également de nombreux artefacts Judaïca dont un linteau de Fīq orné d'une ménorah et d'autres symboles du temple de Jérusalem, notamment un shophar, un brûle-encens et un etrog, l'agrume utilisé lors de la fête juive de Souccoth, et des fragments datant de l'âge du Bronze moyen II au Proche-Orient (3000–2700 av. J.-C.), des périodes hellénistique et romaine, tandis que la majorité des découvertes datent des périodes byzantine - comme des objets de culte chrétien - omeyyade, abbasside et mamelouke.

Il abrite également de nombreux autres découvertes archéologiques de la région du Golan.

Hésitations sur le lieu Depuis le début du , l'opinion dominante est qu'Aphik, le lieu biblique de toutes les batailles entre les différents dirigeants du Damas antique et les Israélites est le même et qu'il se situe à l'est du Jourdain. Initialement, l'on pensait que le nom était préservé dans le village aujourd'hui dépeuplé de Fīq, près du kibboutz Afik, à cinq kilomètres à l'est du lac de Tibériade, où un ancien tertre, Tel Soreg, avait été identifié. Les fouilles menées par les archéologues Moshe Kochavi et Pirhiya Beck en 1987-1988 ont bel et bien mis au jour une colonie fortifiée des et , probablement araméenne, mais Kochavi la considérait trop petite pour remplir le rôle attribué à Aphek dans la Bible.

Dans les années 2020, les archéologues pensent que l'Aphik biblique pourrait plutôt se situer à Tel 'En Gev / Khirbet el-'Asheq au kibboutz Ein Gev.

Références

Bibliographie

W.-D. Hütteroth et K. Abdulfattah, Historical Geography of Palestine, Transjordan and Southern Syria in the Late Century, Erlanger Geographische Arbeiten, Sonderband 5, Erlangen, Fränkische Geographische Gesellschaft, 1977 . Guy Le Strange, Palestine Under the Moslems: A Description of Syria and the Holy Land from A.D. 650 to 1500, Committee of the Palestine Exploration Fund, 1890. Moïse Sharon, Corpus Inscriptionum Arabicarum Palaestinae, Vol. III, D-F. Brill, 2004,

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