vignette|droite|Empire achéménide.
La Sogdiane est la satrapie septentrionale de l'Empire perse achéménide puis du royaume d'Alexandre le Grand à partir de C'est à la fois une région et une circonscription administrative et fiscale de base ethnique. Elle disparait vers 256 av. J.-C., intégrée au royaume gréco-bactrien de Diodote Ier.
Géographie La Sogdiane est située entre les fleuves Oxus (Amou-Daria) et le Jaxartes (Syr-Daria). L'Oxus délimite une frontière naturelle entre la Sogdiane et la Bactriane tandis que le Jaxartes sépare les Sogdiens des peuples nomades ScythesStrabon, Géographie, XI, 11, 2. Les frontières occidentales et orientales de la Sogdiane sont cependant plus difficiles à déterminer car la toponymie de « Sogdiane » fut utilisée pour désigner des aires différentes pour chaque époque.
Fleuves vignette|Le Jaxartès (Syr-Daria) au nord et l'Oxus (Amou-Daria) au sud. Strabon mentionne dans sa Géographie quatre fleuves délimitant ou traversant la Sogdiane. Le Jaxartes (Syr-Daria) : fleuve marquant la frontière nord de la Sogdiane et de l'Empire achéménide. Il se jette dans la mer d'Aral. L'Oxus (Amou-Daria) : fleuve qui se jette dans la mer d'Aral près de l'embouchure du Jaxartes. Selon Patrocle, cité par Strabon, les embouchures des deux fleuves seraient séparées par 80 parasange (les sources divergent sur une distance de 30, 40 ou 60 stades). L'Ochus (Piandj) : fleuve confondu parfois avec l'Oxus. Les sources sont imprécises à ce sujet : l'Ochus traverserait la Sogdiane pour certains, longerait la frontière pour d'autres, pourrait être complètement distinct de l'Oxus ou encore il existerait une jonction entre les deux cours d'eau peu avant l'embouchure. Le Polytimétos (Zeravshan) : nom donné par les Macédoniens au fleuve traversant la Sogdiane en son centre, décrit par Strabon, Aristobule et Quinte-Curce. .
Climat et ressources La Sogdiane est une région désertique au climat sec, entourée de zones montagneuses, notamment par le Pamir au sud-est. Arrien compare la Sogdiane à une , tout comme Quinte-Curce : . La chaleur aurait lourdement pesé sur l'avancée de l'armée d'Alexandre. Quinte-Curce insiste particulièrement sur la pénibilité :
La difficulté pour l'armée d'Alexandre lors de la conquête de la Sogdiane fut sans doute de trouver de l'eau dans ces plaines désertiques :
Quinte-Curce insiste dans son œuvre sur la sècheresse des terres, malgré la présence de fleuves :
La nécessité de creuser des puits venait du fait que l'eau des fleuves, notamment de l'Oxus contenait Or l'abondance du limon, roche meuble et très nutritive, dans les eaux de l'Oxus explique comment avec une maitrise attestée des techniques d'irrigation, des sols très fertiles ont été mis en valeur.
Le limon prend la forme de sols de lœss, très acides expliquant par ailleurs pourquoi très peu de documentation écrite sogdienne a pu être conservée.
Les Sogdiens sont réputés être un peuple de cultivateurs sédentaires., au contraire des populations nomades scythes se trouvant au-delà du JaxartesI.Lebedynsky, Les Scythes, 2011, chapitre VI. On note en sus des ressources agricoles la présence et l'exploitation de pierres semi-précieuses dans la région (Lapis-lazuli, cornaline).
Liste des principales villes Marcanda (actuelle Samarcande) est la capitale politique, culturelle et commerciale de la Sogdiane. La ville est habitée de manière continue depuis Marcanda est fondée par les Sogdiens puis détruite par Alexandre le Grand en Strabon, Géographie, Livre XI, chapitre II, paragraphes 4, 5, 6, 8 et 9 Cyropolis (ou Cara ou Cyra), est la dernière ville fondée par Cyrus le Grand en 544 , et l'une des sept grandes villes de Sogdiane dont la liste complète est manquante. Elle marque sur le Jaxartes (Syr-Daria) la limite extrême de l’empire perse. Du fait des révoltes fréquentes de ses habitants, Alexandre l'aurait assiégée en représailles en Arrien, The Campaigns of Alexander, Londres, Penguin Books, 1971, , mais n'aurait remporté le siège qu'après une longue période de résistancePierre Dufau, dictionnaire abrégé de géographie ancienne comparée, 1820, . La « ville des Branchides », fondée par Xerxès , et détruite par AlexandreStrabon, Géographie, XI, 11-4 Alexandrie Eschate : Alexandrie-sur-l'Iaxartes, symboliquement surnommée « l'Ultime » (Eschatè) car située au point le plus septentrional des conquêtes d'Alexandre, a été fondée en août 329 av. J.-C.Prevas, John. (2004). Envy of the Gods: Alexander the Great's Ill-Fated Journey across Asia, . Da Capo Press, Cambridge, Mass. . à des fins stratégiquesBriant, . C'est à la fois une forteresse et une ville-comptoir située sur l'interface des limites du monde sous influence hellénistique. Elle est renommée Antioche de Scythia sous le règne des Séleucides
Ethnographie
Les Sogdiens seraient composés en grande majorité de Sakas, branche orientale de ce que les Grecs appellent communément les Scythes, désignant ainsi tous les peuples nomades des steppes du Danube jusqu'en Asie centrale. Les Sogdiens seraient donc des Scythes sédentarisés selon Strabon, qui émet néanmoins quelques réserves concernant cette origine.
On sait toutefois que les Scythes étaient présents à la frontière de l'Empire perse, et qu'ils représentaient une menace perpétuelle pour ce dernier.
La Sogdiane est également peuplée de Branchides, peuple implanté près de l'Oxus (Amou-Daria) et originaire de Carie (Asie mineure), qui auraient rejoint la région après avoir été menacé par Xerxès Ier. Les Branchides auraient également fondé une ville du même nom.
Histoire de la satrapie avant la conquête d'Alexandre Les sources concernant l'histoire de la Sogdiane avant la conquête d'Alexandre sont rares, mais on sait néanmoins qu'avant son intégration dans l'Empire perse, la Sogdiane était comprise au sein du royaume du Khorezm (également appelé Khwarezm), habité par le peuple des Scythes d'Asie.
En 422 av. J.-C., la Sogdiane est officiellement intégrée à l'Empire achéménide de Darius II et devient ainsi la seizième satrapie de l'EmpireSergei Dmitriev, Le grand jeu, archéologie du grand jeu : une brève historie de l'Asie centrale, . Mais la Sogdiane est également mentionnée comme étant la dix-huitième province de l'Empire perse achéménide, si on s'en tient à l'Inscription de Behistun de Darius . Il semblerait également que la région ait été soumise depuis les années 540 av. J.-C. par Cyrus le Grand, qui y fonde la ville de Cyropolis en 544 av. J.-C. Toutefois, compte tenu de sa position périphérique, la région échappe régulièrement à la maîtrise du pouvoir central et bénéficie donc d'une relative autonomie.
Le siège de la satrapie se situe dans la ville de Maracanda (Samarcande), centre culturel et commercial fondé et habité par les Sogdiens depuis 700 av. J.-C.
Conquête de la Sogdiane par Alexandre le Grand (-) La conquête vignette|Conquête de la Sogdiane (329-327) et des hautes-satrapies par Alexandre le Grand (330-326)
Darius III est assassiné par Bessos, satrape de Bactriane en 330 av. J.-C. Alexandre le Grand entreprend alors en 331 av. J.-C. de venger celui dont il revendique désormais la succession. Bessos s'étant enfui en Bactriane, Alexandre le poursuit dans les hautes satrapies et affronte un soulèvement des populations locales menées par celui-ci. Une fois la Bactriane soumise et Bessos exécuté, Alexandre entreprend alors de s’emparer de la Sogdiane. Cependant, le chef sogdien Spitaménès qui reprend la tête du soulèvement suscité par Bessos jusqu’en 328 av. J.-C., résiste avec vigueur à Alexandre. Spitaménès s’allie par exemple avec les Scythes et les petits nobles locaux dont il fait partie. Il utilise les places fortes naturelles comme la Roche sogdienne ou Rocher d'Ariamazes pour mener une stratégie d’attaques surprises et de harcèlement. Alexandre est donc obligé de mener une guerre de siège mais contrairement aux satrapies occidentales, la Sogdiane ne se rend pas après la prise et la destruction de sa capitale Marcande. Au contraire, les résistances des villes et des garnisons sont tenaces.
Pour riposter, Alexandre intègre dans son armée des nobles bactriens et sogdiens ralliés. Pierre Briant démontre que la résistance au roi macédonien n’est pas « nationale » mais correspond plutôt à « plusieurs révoltes, d’ampleur, de durée et d’objectifs différents ». Les méthodes assez radicales utilisées par Alexandre auraient permis de mettre fin aux résistances soudaines qui s'apparentaient à de véritables guérillas. De nombreuses villes sont alors complètement détruites comme Gaza ou Cyra (Cyropolis). De plus après la destruction d’un corps d’armée macédonien en 328 av. J.-C., Alexandre « divisa ses troupes et donna l’ordre de mettre le feu aux campagnes et de massacrer les jeunes gens […] afin que tous ceux qui avaient trahi eussent à souffrir, tous, au même titre, des horreurs de la guerre »Quinte-Curce, VII, 9.22.
La politique d'Alexandre vise à garantir la vie sauve à ceux qui se rallient à son autorité. Dans le Procès de Bessos, Arrien rapporte les faits suivants: Trente captifs sogdiens ont été conduits devant Alexandre qui décide de leur exécution. Ces derniers manifestent pourtant de la joie à l'annonce de cette décision: ils chantent et dansent. Cette attitude étonne fortement Alexandre qui les fait rappeler pour leur demander la raison de ces réactions. Ils lui répondent qu'ils se sentent honorés d'être exécutés par un si grand roi, et non par un étranger quelconque. Le roi leur demande alors des preuves de loyauté à son égard : selon eux, leurs vies qu'ils mettent entre les mains du roi, constitue une de ces preuves. Ainsi convaincu, Alexandre les fait renvoyer dans leurs villes d'origines et quatre d’entre eux deviennent gardes du corps d'AlexandreArrien le procès de Bessos IV, 7, 1-5.
Spitaménès est alors peu à peu abandonné par ses soutiens. Il aurait été d’ailleurs trahi par sa femme et est livré par les Massagètes à Alexandre en 328 av. J.-C. La révolte est écrasée par Alexandre et ses généraux Amyntas (probablement le fils de Nicaulos et successeur de Cleitos comme satrape de Bactriane et Sogdiane en 328 av. J.-C.), Cratère, Coénos avec l'aide de troupes bactriennes et sogdiennes. Selon Quinte-Curce et Arrien, la victoire des Macédoniens est permise par la prise de trois roches. La première est celle dite d'Arimaze. La prise de cette roche se termine par l'exécution du dernier chef sogdien Arimaze. Puis les troupes macédoniennes prennent la roche sogdienne (ou de Sisimithrès) en 328/327 av. J.-C.. où s'était réfugié Oxyartès, noble bactrien ou sogdien selon les sources, ayant soutenu Spitaménès et sa fille Roxane. Alexandre épouse alors cette dernière. Selon Arrien, Strabon et Quinte-Curce; ce mariage a eu lieu entre 328/327 av. J.-C.. Cependant pour Arrien, il se situerait au moment de la prise de la première roche, alors que pour Strabon et Quinte-Curce, il aurait lieu après la prise de la seconde roche. Dans la continuité de son mariage, Alexandre encourage alors ses soldats à s'unir avec des sogdiennes pour éviter toute nouvelle révolte. La seconde fille d'Oxyartès, Amestris, épouse Cratère et Apama, la fille de Spitaménès, est mariée à Séleucos Ier (le seul qui ne reniera pas sa femme perse à la suite de la mort d’Alexandre) lors des Noces de Suse en 324 av. J.-C.. Notamment en raison de cette volonté d’Alexandre de se rapprocher des élites perses, une dispute éclate entre le roi macédonien et Cleitos, un de ses compagnons. Ce conflit se termine par le meurtre de Cleitos par Alexandre lors d’un banquet en Sogdiane en 328. La troisième roche serait celle de Choriénès mais, selon Strabon, cette dernière se situerait en Bactriane.