La ou Épochè (en grec ἐποχή/ epokhế) consiste pour Edmund Husserl, à suspendre radicalement l'« approche naturelle » du monde, et à mener une lutte sans concession contre toutes les abstractions que la perception naturelle de l'objet présuppose ; cette suspension devant permettre l'accès aux . Le concept de réduction apparaît explicitement dans l'œuvre de Husserl autour des années 1907 dans une publication intitulée L'idée de la phénoménologie. Dans cette œuvre, Husserl parle d'une réduction gnoséologique lire en ligne. La première réduction phénoménologique cherche un fondement indubitable pour la connaissance et pour ce faire, le monde naturel du sens commun est simplement , cette opération n'est donc pas un déni du monde ni la mise en doute de son existenceOn notera, que pour Heidegger, le « Monde » n'ayant, par construction, aucun caractère objectif, ce type de réduction, s'avère inutile-.

L'ambition phénoménologique Problématique Héritière de Kant, la phénoménologie, dont le principal représentant est Edmund Husserl, constitue un courant philosophique qui, en conformité avec l'esprit scientifique de l'époque, se concentre sur l'étude des phénomènes, de l’expérience vécue et des contenus de conscience. Husserl décrit la tâche de la phénoménologie comme celle qui consiste à transformer l'évidence universelle de l'être du monde (la plus grande de toutes les énigmes) en quelque chose d'intelligible, et sa méthode pour rendre cette tâche possible est la « réduction transcendantale » lire en ligne|Eugen Fink, élève et collaborateur d'Husserl, parle à propos de l'acte de la réduction -.

Husserl héritier de Kant ? Pour Husserl et pour Kant, l'idée d'objectivité se ramène à l'ensemble de ses conditions a priori si bien que le grand problème de la phénoménologie pourrait être celui-là même de la Critique de la raison pure. Mais s'interroge Husserl, comment un « donné » est-il possible ? Eugen Fink, élève de Husserl note, . Pour les néokantiens le problème de la connaissance est référé aux objets, la réduction chez Husserl, lire en ligne. Ce qui prévaut en phénoménologie, c'est .

La question de l'apparence Husserl présente comme un a priori universel, la loi de « corrélation » qui exprime que toute chose apparaît, à notre regard, comme entremêlée de données subjectives et que ces données ne sont pas seulement un fait, mais correspondent à des « nécessités d'essence ». , écrit Renaud Barbaras. L'étant ne pouvant être autrement que selon le mode sous lequel il se donne à la conscience, le même commentateur note : . Mais encore et surtout, , écrit Renaud Barbaras.

Recherche d'un fondement indubitable Husserl reprend l'espérance cartésienne d'une philosophie comme , pouvant servir de d'appui aux autres sciences-. Pour ce faire, la méthode consiste à ramener la connaissance à lire en ligne. Rudolf Bernet définit ainsi l'enjeu de la réduction phénoménologique :

Les sciences modernes n'auraient pas la capacité d'interroger par elles-mêmes, leur propre fondement, l'ambition de la phénoménologie va être de procurer à leurs formations théorétiques, sens et validité en mettant à jour leur fondement ultime lire en ligne|La science veut des vérités valables une fois pour toutes et pour tous. -. Il s'agit de mettre à l'épreuve les présuppositions majeures, épistémologiques et ontologiques, des sciences mondaines, tâche que Husserl nomme époché ou « réduction transcendantale »-. Cela passe d'abord par la suspension de notre croyance naïve et dogmatique en l'existence ou la nature ontologique du monde (attitude naturelle), et ce afin d'atteindre son mode de donation (). Ensuite, le premier principe à observer : .

Montrer, se montrer Si dans la tradition métaphysique, il s'agit de démontrer le phénomène son origine ou ses causes, . Maurice Merleau-Ponty résume ainsi le phénomène du voir : . Cependant comme le remarque Jean-Luc Marion parce que la connaissance vient toujours de moi, la manifestation du phénomène selon son apparaître, à partir de lui-même, ne va pas de soi.

Selon Emmanuel Levinas, . La pensée de l'être humain, n'est plus le pur acte de donner un sens mais une simple opération technique sur le monde à partir du monde. Nous énonçons des propositions sans nous soucier du sens de leur objectivité, toujours naïvement admise. C'est ce dogmatisme inné que la réduction phénoménologique doit renverser.

Parce que l'homme se pense comme un être au milieu d'autres êtres, la simple réflexion ne suffit pas à rompre ce lien. Pour transformer la pensée technique en activité spirituelle il faut arrêter de supposer le monde comme condition de l'esprit. Ce que l'homme découvre alors c'est soi-même comme philosophe, sa conscience comme conscience qui prête sens aux choses, il se découvre comme « conscience transcendantale ». La réduction est donc une opération par laquelle l'esprit suspend la validité de la thèse naturelle de l'existence pour en étudier le sens.

Méthode Une réduction, c'est-à-dire une suspension du monde qui met à jour sa constitution. Réduction et doute cartésien Dans la formulation du cogito le monde est nié comme douteux par Descartes, simplement « suspendu » ou « neutralisé » chez Husserl lire en ligne.

. En régime de réduction, le cogitatum n’est pas, comme chez Descartes, une image du monde, mais le monde lui-même souligne Pascal Dupond.

Le « doute cartésien » qui suit une démarche apparentée à la phénoménologie, pèche par contre par son manque de radicalité. En effet, comme le remarque Renaud Barbaras, s'interroger sur l'existence du monde en le mettant en doute, ce n'est pas s'interroger sur ce que signifie « exister », ou ce que recouvre le terme de « réalité ». Descartes doute que l'image qu'il se fait du monde corresponde à la réalité, mais ne doute pas de l'existence de cette réalité elle-même. Pascal Dupond écrit aussi : . . Par contre selon Renaud Barbaras.

Principe de la réduction La ou Épochè en grec (ἐποχή / epokhế) consiste à suspendre radicalement l'« approche naturelle » du monde, et à mener une lutte sans concession contre toutes les abstractions que la perception naturelle de l'objet présuppose. Pour Eugen Fink, la réduction phénoménologique est .

La pratique conséquente de la réduction phénoménologique exige la mise entre parenthèses non seulement de l'existence du monde, mais aussi du moi psycho-physique, que Husserl appelle également le « moi empirique » lire enligne. Comme le souligne Eugen Fink, il ne s'agit pas de mettre en doute son être mais de voir .

Par « attitude naturelle » il faut comprendre la vie empirique sous ses multiples formes (comme s'apercevoir de, agir, théoriser, désirer, aimer) pour laquelle le monde est toujours pré-donné, présupposé, et qui implique des cultures, des modes de vie, des croyances. Dans la réduction phénoménologique il ne s'agit pas simplement de suspendre la perception naïve du monde mais de relever (au sens d'annuler et de remplacer), cette présupposition continue et latente. Plus précisément comme l'écrit Dan Zahavi lire en ligne|, avec la Réduction, . Grâce à cette suspension le phénoménologue pense pouvoir accéder aux « choses mêmes ». Appliquée à l'objet, la réduction phénoménologique devient discipline qui levant la naïveté de l'attitude naturelle, décompose l'opacité de l'objet pour rechercher les actes qui l'ont composé dans un processus de synthèse- lire en ligne. En résumé, note Mario Charland lire en ligne, on peut considérer l'épochè comme une suspension du jugement « ontique » naïf et la réduction comme le changement d'attitude qui thématise la corrélation entre le monde et la conscience, découvrant ultimement le fondement transcendantal.

Eugen Fink dit de la réduction . La « réduction » n’est cependant pas un simple retour au « sujet transcendantal », mais constitue, aussi, lire en ligne. Fink parle de la difficulté devant toute entreprise d'exposition de la doctrine de la « réduction phénoménologique » qui ne peut que se présupposer elle-même. Le problème philosophique de la phénoménologie ne peut être exposé dans l'orbe de l'attitude naturelle, attitude qui est précisément relevée par l'accomplissement de la réduction. Faisant référence aux Ideen et de leur présentation de la réduction Fink parle dans son De la phénoménologie d'un engagement et d'un empêtrement dans l'« attitude naturelle » dont Husserl n'arrive pas à se défaire. En fait toutes les attitudes de l'homme demeurent fondamentalement à l'intérieur de l'attitude naturelle. Fink parle d'un -. La « réduction » est justement le seul moyen de rupture. .

Après réduction, . Renaud Barbaras pense voir dans cette démarche comme un retour aux Grecs .

Comme le précise Jean-Luc Marion . Cette suspension est plus précisément à comprendre, dans un esprit très éloigné du doute cartésien, comme une entreprise de dégagement des obstacles à la manifestation de la pureté du phénomène, elle ne provoque pas par elle-même l'apparition de ce qui se manifeste. Le monde perçu dans cette vie réflexive est toujours là, il continue à apparaître comme il apparaissait jusque-là mais dans l'attitude réflexive je n'effectue plus l'acte de croyance existentielle de l'expérience naturelle. Loin d'être écrit Pascal Dupond lire en ligne.

L'universelle « mise hors valeur » de toutes les attitudes que nous pouvions prendre vis-à-vis du monde objectif (jugement, intuition, existences réelles, possibles ou hypothétiques, apparence) ne nous placent pas devant un pur néant. Ce qui me reste en tant que sujet méditant c'est ma « vie pure » et ce qui devient à cette occasion « mien » c'est l'universalité des phénomènes à travers laquelle le monde objectif tout entier existe pour moi, c'est-à-dire, vautLes choses devant moi sont pourvues de propriétés matérielles mais aussi de caractères de valeur : elles sont belles ou laides, plaisantes ou déplaisantes, agréables ou désagréables pour moi, soit tout ce dont je fais l'expérience à travers mon cogito-. . Comme l'écrit Bruce Bégout . La vie dont parle Husserl .

écrit Eugen Fink.

Le chemin de la réduction En tant qu'acte phénoménologique inaugural, rien ne peut, selon Renaud Barbaras, . Sa nécessité ne se révèle qu'après coup, , et lui confère selon Renaud Barbaras le caractère d'une inévitable circularité-.

Principe de la constitution La phénoménologie met en évidence le rôle central de l' « intentionnalité » dans la perception. Nous ne percevons à proprement parler que des aspects des choses, ce que Husserl appelle des « esquisses », ces dernières se succédant à l'infini et requérant une loi pour les unifier. L'intentionnalité permet cela, car elle est aussi un opérateur d'anticipations qui permet à l'esprit de combler les « blancs » ou « vides » de la perception pour constituer un objet intégral pour la conscience. Par exemple, nous ne nous contentons pas d'appréhender un dos ou un profil lorsque nous observons une personne, mais nous nous attendons à ce que les caractéristiques qui sont masquées pour la perception puissent être données, et l'intentionnalité fournit à la fois une loi qui unifie les esquisses données et celles auxquelles nous nous attendons naturellement. lire en ligne|

La phénoménologie est aussi une méthode visant à préserver l'« originarité » des phénomènes, c'est-à-dire à dévoiler une genèse. écrit Jean-Luc Marion. Mais de plus, comme le souligne Renaud Barbaras . En effet si l'on se contentait de remonter de l'étant mondain aux formes a priori comme Kant le faisait alors, .

Renaud Barbaras décrit ainsi la relation de constitution : .

Eugen Fink remarque que .

Qu'est ce qui est à réduire ? Ainsi posée la question revient à se demander : qu'est-ce qui a été constitué ? la réduction pouvant être présentée comme la contrepartie négative de la constitution. Le monde et notre environnement