La non-mixité est une pratique consistant à organiser des rassemblements réservés aux personnes appartenant à un ou plusieurs groupes sociaux considérés comme opprimés ou discriminés, en excluant la participation de personnes appartenant à d'autres groupes considérés comme potentiellement discriminants (ou oppressifs), afin de ne pas reproduire les schémas de domination sociale.
Cette pratique est utilisée par certains groupes de divers courants militants, notamment du féminisme, de l'antiracisme, du mouvement LGBT ou de personnes en situation de handicap. Mais également dans divers courants scolaires religieux.
Cette stratégie fait régulièrement polémique, y compris au sein même de ces mouvements, car elle oppose deux visions de la lutte contre les discriminations ou inégalités. Les détracteurs considèrent que la non-mixité recrée une inégalité entre individus, au lieu de la supprimer, et présente un caractère discriminatoire. Les partisans de la pratique soutiennent que de tels moments ponctuels en non-mixité sont une nécessité, l'absence de remises en cause par des personnes ne partageant pas leur expérience permettant de libérer la parole et de favoriser l'auto-émancipation.
Description Les réunions en non-mixité sont des , .. Adoptant la même description, Eléa Pommiers, du Monde précise :
Pour Christine Delphy, en situation de , les rapports de domination sociale et les discriminations sont reproduits.. La sociologue soutient que la mise en pratique de la non-mixité . Selon cette dernière, « les individus appartenant au groupe dominant ont tendance à imposer leurs vues et à monopoliser la parole par rapport aux groupes discriminés ». Par exemple, dans les groupes qui mélangent hommes et femmes, des hommes auraient tendance à recentrer le sujet sur eux en assurant qu'ils ne sont pas sexistes, ou encore, selon Christine Delphy, dans les rassemblements antiracistes, ..
La non-mixité est conçue comme un moyen pour des personnes s'estimant subir des discriminations systémiques de partager des expériences communes et de s'exprimer librement dans un endroit où elles risquent moins d'être remises en cause par des personnes ne partageant pas cette caractéristique et où leur expérience vécue risque moins d'être questionnée ou délégitimée. Les participants doivent pouvoir s'exprimer sans ressentir le besoin de s'autocensurer ou de se justifier ni la crainte de blesser...
Il est parfois souligné que les espaces non mixtes sont utiles pour libérer la parole, en permettant à certaines personnes d'oser livrer des expériences qu'elles n'auraient pas exprimées autrement.
Parmi les effets positifs avancés en justification de la pratique de la non-mixité figurent notamment la possibilité<ref name=":6"> <small>(l'IREF/UQAM est lInstitut de recherches et d'études féministes de l'université du Québec à Montréal)</small>.</ref> : de s'exprimer dans un espace sécurisant, ou Safe space ; la militante afroféministe Kiyémis explique : ; de favoriser l'auto-émancipation, la non-mixité étant conçue comme une démarche d'''empowerment qui permet aux participants de prendre confiance en eux et de s'affirmer, y compris dans d'autres contextes, de ; d'éviter la reproduction de la domination ; Caroline De Haas, fondatrice d'Osez le féminisme ! Les réunions non mixtes sont ainsi employées par différents groupes sociaux considérés, notamment par les organisateurs, comme opprimés : les femmes, les personnes trans, « racisés » ou les minorités sexuelles ainsi que des personnes se situant à l'intersection de plusieurs groupes.
La non-mixité est toutefois critiquée, y compris au sein des mouvements militants : en excluant certaines catégories de personnes, elle est parfois considérée comme discriminatoire. Cet argument est cependant rejeté par des militants, comme la féministe française Caroline De Haas, en raison du caractère ponctuel des évènements non mixtes, qui ne s'inscriraient donc pas dans le cadre d'une discrimination systémique.
La militante antiraciste Rokhaya Diallo défend l'usage ponctuel des réunions en non-mixité raciale mais les distingue de leur finalité : ...
Dans le féminisme Historique En France, la non-mixité a été mise en œuvre dès le début de la Révolution française : notamment par Pauline Léon et Claire Lacombe qui fondent, le , le club des Citoyennes républicaines révolutionnaires comptant uniquement des femmes (environ 170). Martial Poirson, « Les trois vies de Théroigne de Méricourt », L'Histoire, , , .. Au bout de quelques mois, la Convention montagnarde dissout la société des Citoyennes () et interdit ensuite par décret tous les clubs féminins, considérés .
Lors de la Troisième République, seule une minorité d'associations féministes et suffragistes est non mixte. Cette non-mixité est alors censée garantir l'expression des femmes, éviter que les hommes ne se mettent en avant et ne menacent l'autonomie du mouvement, mais surtout elle montrait que les femmes étaient capables de prendre en charge, seules, des tâches en général dévolues aux hommes. Le journal La Fronde, par exemple, fondé par Marguerite Durand en 1897 , est ..
L'Union des femmes peintres et sculpteurs est créée à Paris en 1881 par l'artiste Hélène Bertaux pour développer la visibilité de la création féminine et militer en faveur de l'accès des artistes femmes à l'Ecole des Beaux-Arts et au Prix de Rome.
La non-mixité dans le mouvement féministe en France est cependant considérée comme issue des années 1970 et du Mouvement de libération des femmes (MLF)... Des groupes de parole non-mixtes sont ainsi organisés à la CFDT, où la secrétaire générale adjointe, Jeannette Laot, est également présidente du Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception (MLAC)Marie-Noëlle Thibault, « Je ne peux m’empêcher de voir dans l’actuel déferlement de haine contre l’UNEF un vertigineux retour en arrière », Le Monde, .. Influencées par les mouvements des droits civiques et féministes américains et à la suite d'un certain sexisme constaté dans les mouvements militants de mai-juin 1968, des . :
Pour l'historienne Christine Bard, ..
Dans les années 1980 et 1990, la mixité dans les mouvements militants féministes revient, encouragée par des personnes ayant évolué dans un environnement scolaire mixte.
Expérimentations d’espaces non-mixtes dans les écoles
En 2010, Martine Chaponnière, professeure en sciences de l'éducation à l'université de Genève, évoque quelques difficultés liées à la mixité dans les écolesEntretien avec Martine Chaponnière, propos recueillis par . :
et l'intérêt de conduire des expérimentations de non-mixité chez les plus jeunes ;
Le sociologue de l'éducation Gaël Pasquier voit un effet « paradoxal » dans ce recours à la non-mixité scolaire, . Cependant, une singularité réside dans le fait que l'école ne s'inscrit pas dans une logique d'engagement militant et ces expérimentations confrontent .. La sociologue Marie Duru-Bellat (elle aussi, spécialiste de l'éducation) ..
Points de vue Les hommes présents auraient tendance à monopoliser la parole au détriment des femmes, reproduisant ainsi au sein du milieu militant les inégalités et les rapports de pouvoir entre hommes et femmes. Selon Christine Delphy, sociologue française, en plus de l'aspect selon lequel les hommes monopolisent le discours, les hommes féministes ont également tendance à substituer leur parole à celle des femmes, mais aussi à imposer leur conception de la libération des femmes à celles-ci, dans une optique où ils pourraient contrôler ce mouvement.. Pour elle, la non-mixité choisie est une conséquence de l'« auto-émancipation », c'est-à-dire de la lutte par et pour les personnes opprimées...
Pour le courant du féminisme radical, la non-mixité a pour but de rendre la situation plus égalitaire au niveau des relations sociales. Il s'agit alors de se regrouper, tout en se passant de la domination masculine, de prendre confiance en soi, aboutissant ainsi à une analyse politique collective à partir des expériences individuelles. La non-mixité peut s'inscrire dans une démarche dempowerment.
Selon plusieurs personnalités militantes, dont Christine Delphy, certaines féministes radicales et des chercheurs, le principe de la non-mixité est une nécessité pour le féminisme militant, sans pour autant que les rassemblements non mixtes aient vocation à remplacer les réunions mixtes qui sont jugées comme demeurant nécessaires.
La réalisatrice afroféministe Amandine Gay raconte son expérience à Osez le féminisme ! : . Toutefois, elle estime que ..
Certains avancent que les opposants aux réunions non mixtes sont généralement des personnes qui n'auraient de toute manière pas participé aux réunions mixtes habituellement. Selon le chercheur français Alban Jacquemart, ..
Dans l'antiracisme Mouvement des droits civiques Les réunions non mixtes ont notamment été employées lors du mouvement des droits civiques aux États-Unis dans les années 1960, où les personnes blanches étaient exclues de certains rassemblements, comme au sein des collectifs des , du (SNCC) et du (CORE).. La pratique de la non-mixité s'inscrit la démarche du et de la radicalisation du mouvement civique. Pour Stokely Carmichael, les Noirs doivent s'organiser entre eux, la non-mixité permet l'autodétermination et l des Noirs, face aux Blancs qui se retrouvaient nécessairement dans une position de dominants lors de leurs rassemblements, comme lors des réunions du SNCC et du CORE. Cette évolution vers une radicalisation est critiquée par des militants modérés, qui sont pour certains exclus du mouvement. Le Times juge alors le Black Power de « philosophie raciste » tandis que Roy Wilkins, activiste depuis les années 1930, considère que .
En France Polémique des régionales de 2021
Les polémiques sur la non-mixité culminent lors de la campagne électorale des régionales de 2021 en Île-de-France, plus grande région française, quand la tête de liste du Parti socialiste s'en empare et subit un recul ensuite dans les sondages. Questionnée le . par BFM TV au sujet des « réunions non mixtes racisées » organisées par le syndicat étudiant UNEF, Audrey Pulvar répond que . Plusieurs personnalités politiques, membres du RN et de LR, dénoncent des déclarations jugées racistes.. et elle chute dans les sondages.
La présidente du Rassemblement national Marine Le Pen déclare alors sur Twitter que la justice . Deux vice-présidents LR de la région, Geoffroy Didier et Patrick Karam, sont également choqués, le premier lui demandant de s’excuser auprès de la République, tandis que la députée parisienne LREM Laetitia Avia souligne que . Jean-Luc Mélenchon déclare au contraire qu' et déplore que .
De son côté, le journaliste Daniel Schneidermann lui reproche une réponse nombriliste et de ne pas avoir éludé la question, ni rappelé que le sujet est purement polémique, marginal, sans faits précis ni lien avec l'actualité ni avec l'élection régionale en cours.. La députée de la France insoumise Danièle Obono a défendu la non-mixité dans le cas de groupes de paroles pour , mais Adrien Quatennens et Alexis Corbière, du même parti, l'ont immédiatement contredite, ..
Collectif Mwasi En , le collectif Mwasi organise une projection du film Black Panther en mettant en vente les tickets sur Internet., la non-mixité n'étant ici pas justifiée par la nécessité de favoriser un échange libre la soirée étant un divertissement.. À la suite de cela, la LICRA dénonce un acte de et annonce avoir déposé plainte..
Camp décolonial En 2016, se tient à Reims un non-mixte, réservé aux personnes considérées comme . L'évènement se définit comme s'inscrivant .. La non-mixité y est défendue par les organisatrices comme une nécessité politique, car selon elles ; ..
L'évènement suscite la polémique en France, il est notamment critiqué par des associations antiracistes comme la LICRA ou SOS Racisme.