Le Tour de Corse 1977 ( Tour de Corse), disputé du 5 au , est la cinquante-et-unième manche du championnat du monde des rallyes (WRC) courue depuis 1973, et la dixième manche du championnat du monde des rallyes 1977 (WRC). C'est également la dix-huitième des vingt épreuves de la Coupe FIA 1977 des pilotes de rallye, nouvellement créée. L'épreuve fait aussi partie du championnat de France des rallyes.

Contexte avant la course Le championnat du monde

Succédant en 1973 au championnat international des marques (organisé de 1970 à 1972), le championnat mondial des rallyes pour marques recense les plus grandes épreuves internationales, dont huit se disputant en Europe. Les manches sélectives sont réservées aux voitures des catégories suivantes : Groupe 1 : voitures de tourisme de série Groupe 2 : voitures de tourisme spéciales Groupe 3 : voitures de grand tourisme de série Groupe 4 : voitures de grand tourisme spéciales

thumb|left|alt=Fiat 131 Abarth|Une Fiat 131 Abarth lors d'une manifestation historique. Deux victoires consécutives de la Fiat 131 Abarth (au Québec et en Italie) ont permis à Fiat de reprendre l'avantage sur Ford au championnat du monde. À deux manches de la fin, le constructeur italien possède six points d'avance et un succès en Corse pourrait lui assurer le titre quel que soit le résultat de la dernière épreuve, à condition que son rival termine au-delà de la troisième place. Malgré une participation épisodique cette saison, la Scuderia Lancia peut jouer les trouble-fête dans ce duel, la Stratos se montrant toujours redoutable sur asphalte comme sur terre.

Coupe FIA des pilotes Pour la saison 1977, la FIA a également instauré une Coupe des pilotes, prenant en compte les résultats des onze manches mondiales ainsi que ceux de cinq rallyes du championnat d'Europe et de quatre autres épreuves internationales.

L'épreuve

Créé en 1956 sous l’impulsion du docteur Jean Sermonard et du comte Peraldi, tous deux passionnés de sport automobile, le Tour de Corse revendique un parcours très sélectif qui lui a valu le surnom de rallye aux 10000 virages. Promu au rang international après seulement quelques années, le Tour de Corse constitue depuis 1973 la manche française du championnat du monde. Depuis son homologation en 1974, la Lancia Stratos y est à ce jour invaincue.

Le parcours thumb|right|alt=Port d'Ajaccio|Le port d'Ajaccio, point central du rallye vérifications techniques : sur le port d'Ajaccio départ : d'Ajaccio arrivée : à Ajaccio distance : dont sur 13 épreuves spéciales (dont 4 à temps imparti) surface : asphalte Parcours divisé en deux étapesRevue L'Automobile n°378 - décembre 1977

Première étape Ajaccio - Sartène - Porto-Vecchio - Ajaccio, du 5 au 7 épreuves spéciales, 249,9 km

Deuxième étape Ajaccio - Bastia - Calvi - Ajaccio, le 6 épreuves spéciales, 405,9 km

Les forces en présence Fiat Malgré le forfait de Walter Röhrl (poignet foulé lors de sa sortie de route au Rallye Sanremo), le constructeur turinois est à nouveau en position de force avec six 131 Abarth groupe 4 : trois officielles aux couleurs 'Oliofiat' pour Maurizio Verini, Fulvio Bacchelli et Bernard Darniche, épaulées par les trois voitures de l'écurie Fiat-France confiées à Jean-Claude Andruet, Francis Vincent et Michèle Mouton, qui bénéficient de l'assistance d'usine. Les 131 pèsent environ 920 kg et sont équipées d'un moteur quatre cylindres de deux litres de cylindrée à culasse à seize soupapes et système d'injection Kugelfischer. Verini, Bacchelli, Darniche et Andruet disposent des toutes dernières évolutions à carter sec et allumage électronique (données pour 240 chevaux) et suspension spéciale Bilstein, tandis que Vincent et Mouton pilotent les versions traditionnelles à carter humide (225 chevaux).

Ford thumb|left|alt=Ford Escort RS1800|L'Escort RS 1800 groupe 4 Comme à Sanremo, Ford n'engage que deux Escort RS1800 groupe 4 face à l'armada italienne. Estimant qu'il manque d'expérience sur l'asphalte pour assurer un classement probant dans l'optique du championnat, Ari Vatanen a été remplacé par Jean-Pierre Nicolas, toujours très performant en Corse. Le pilote français est épaulé par le Britannique Russell Brookes, le pilote numéro un Björn Waldegård n'ayant pas souhaité participer à l'épreuve. Nicolas dispose de la version asphalte utilisée par Waldegård lors de la manche italienne (910 kg, moteur quatre cylindres seize soupapes de deux litres de cylindrée alimenté par deux carburateurs double-corps, plus de 260 chevaux), Brookes pilotant la voiture à conduite à droite utilisée par Roger Clark au dernier RAC, reconditionnée pour l’asphalte (environ une tonne, 245 chevaux).

Lancia thumb|alt=Lancia Stratos HF|La Lancia Stratos HF groupe 4, principale favorite du Tour de Corse. Sous les couleurs Alitalia, la Lancia aligne deux Stratos HF groupe 4 (930 kg, moteur central V6 24 soupapes de 2400 cm3, alimenté par trois carburateurs double-corps, développant 285 chevaux) pour Sandro Munari et Raffaele Pinto. Engagé par le Jolly Club, Tony Carello dispose quant à lui d'une Stratos semi-officielle (douze soupapes, 265 chevaux). Quant à Francis Serpaggi, il pilote comme l'année précédente d'une version douze soupapes engagée à titre privé. Invaincues depuis 1974, les Stratos sont les favorites de la course.

Alpine Bien que ne participant pas officiellement à l'épreuve, la marque française est encore largement représentée en Corse par des écuries privées, avec notamment Bernard Béguin (Alpine A310 groupe 4) et Jean-Pierre Manzagol (Alpine A110 1800 groupe 4). Les berlinettes A110 sont très nombreuses en groupe 3, les plus en vue étant celles de Pierre-Louis Moreau, Robert Simonetti et Jean-Claude Sola.

Porsche Les Porsche Carrera sont largement favorites en groupe 3, avec notamment Jean-François Mas, Gérard Swaton et Rolland de Libran. De son côté, Jacques Alméras a engagé une très puissante Carrera groupe 4, une voiture de plus de 300 chevaux.

Peugeot Le constructeur français a engagé deux coupés 104 ZS groupe 2 (780 kg, traction, moteur quatre cylindres 1124 cm3, 105 chevaux), pilotés par Timo Mäkinen et Jean-Claude Lefebvre. Peugeot a également engagé une 104 ZS groupe 1, confiée à Claude Laurent.

Triumph thumb|left|alt=Triumph TR7|Une Triumph TR7 groupe 4 lors d'une manifestation historique. British Leyland a engagé deux Triumph TR7 groupe 4 (1150 kg, moteur deux litres seize soupapes, 230 chevaux), confiées à Tony Pond et Brian Culcheth.

Opel Très prisées des pilotes amateurs, les Kadett GT/E constituent une bonne partie de plateau. Les meilleures versions groupe 2 (950 kg, 170 chevaux) sont favorites dans cette catégorie, avec notamment Jean-Louis Ravenel, Jean-Sébastien Couloumiès, Yves Loubet ou Luc Desangles. En groupe 1, le favori est de loin Jean-Louis Clarr, mais des pilotes comme Henry Greder, Jean-Charles Sévelinge ou Daniel de Meyer auront également leur carte à jouer.

Autobianchi L'importateur André Chardonnet a engagé deux A112 Abarth groupe 2 (700 kg, 90 chevaux) pour Pierre Pagani et Jean-Hugues Hazard.

Toyota Cinq coupés Celica 2000 GT groupe 1, flambant neufs, participent à l'épreuve : Jean-Luc Thérier participe à titre privé, tandis que le Team Aseptogyl a engagé quatre voitures pour Marianne Hoepfner, Marketta Oksala, Christine Beckers et Anna Cambiaghi.

Déroulement de la course Première étape Les 120 équipages prennent le départ d'Ajaccio le samedi matin, sous le soleil. Les routes parfaitement sèches sont favorables aux Lancia Stratos, et c'est Sandro Munari qui se montre de loin le plus rapide lors des deux premières épreuves spéciales. Sur sa Stratos personnelle, Francis Serpaggi a signé le second temps dans le premier secteur chronométré, mais a ensuite été légèrement ralenti par des problèmes de blocage de boîte de vitesses. À l’issue de ces deux premiers tronçons, Munari compte déjà vingt-quatre secondes d'avance sur la Ford Escort de Jean-Pierre Nicolas, talonné par les Fiat de Jean-Claude Andruet et Bernard Darniche qui encadrent Serpaggi. Le classement évolue lors de la troisième spéciale : à trois cents mètres de l'arrivée, dans un virage à droite très ombragé, Munari est surpris par une plaque de terre et sort de la route, endommageant fortement sa suspension avant gauche ; il abandonne sur place. Le rallye perd également un des principaux animateurs du groupe 1, Jean-Luc Thérier devant renoncer à cause d'une usure anormale des pneus sur sa Toyota Celica, en lambeaux après une soixantaine de kilomètres. Meilleur temps dans ce secteur, Andruet s'empare du commandement, juste devant Nicolas (à deux secondes) et Darniche (à trois secondes). Un peu plus loin viennent Raffaele Pinto (Lancia) et Maurizio Verini (Fiat), qui ont dépassé Serpaggi. Après un début de course prudent, Pinto attaque dans la quatrième spéciale et pour une seconde prend la première place à Andruet. Nicolas et Darniche restent très proches, devant Serpaggi qui a repassé Verini.

Le premier long secteur (plus de 130 km), entre Quenza et Prunelli, va se dérouler la nuit tombée. Il va être fatal à Andruet, victime d'une panne d'alternateur peu après le départ. Le pilote essaie d'économiser sa batterie en n'utilisant que ses feux de croisement, mais se retrouve rapidement totalement privé d'éclairage et doit abandonner sa Fiat sur le bas-côté. Parti derrière Andruet, Timo Mäkinen se déconcentre un instant en observant la Fiat arrêtée et sort de la route au virage suivant. Malgré l'aide de l'équipage français, Mäkinen et son copilote Henry Liddon ne parviennent pas à remettre la Peugeot 104 ZS sur la route et abandonnent également. Serpaggi n'ira pas non plus au terme de cette cinquième spéciale (moteur explosé), tout comme Russell Brookes (différentiel cassé sur son Escort) et Jean-Louis Clarr, sorti de la route alors qu'il dominait nettement le groupe 1 sur son Opel. Auteur du meilleur temps, Darniche ravit le commandement à Pinto, alors que Nicolas, longuement retardé par une crevaison, tombe à la quatrième place derrière la Fiat de Francis Vincent, accusant désormais un retard de près de quatre minutes. Les nombreux abandons ont profité à Bernard Béguin, qui pointe à la cinquième place au volant de son Alpine A310, juste devant la Fiat de Fulvio Bacchelli et la Lancia Stratos de Tony Carello, également retardé par des crevaisons en début de journée. Darniche s’impose à nouveau dans les deux dernières spéciales de cette première étape et rejoint Ajaccio fort d'une avance de plus d’une minute sur Pinto. Nicolas, troisième est à quatre minutes, devant Bacchelli, Vincent et Béguin qui comptent désormais plus de sept minutes de retard sur l'homme de tête. Le groupe 3 est dominé depuis le départ par la Porsche de Jean-François Mas, huitième au classement général, tandis que Jean-Claude Lefebvre, douzième, est largement en tête du groupe 2 sur sa 104 ZS.

+ classement à l'issue de la première étapeRevue Revue Sport auto n°191 - décembre 1977 Pilote Copilote Voiture Groupe Temps Écart 1 Bernard Darniche Alain Mahé Fiat 131 Abarth 4 2 h 59 min 12 s 2 Raffaele Pinto Arnaldo Bernacchini Lancia Stratos HF 4 3 h 00 min 27 s + 1 min 15 s 3 Jean-Pierre Nicolas Vincent Laverne Ford Escort RS1800 4 3 h 03 min 18 s + 4 min 06 s 4 Francis Vincent Francis Calvier Fiat 131 Abarth 4 3 h 04 min 36 s + 5 min 24 s 5 Fulvio Bacchelli Bruno Scabini Fiat 131 Abarth 4 3 h 06 min 27 s + 7 min 15 s 6 Bernard Béguin Willy Huret Alpine A310 4 3 h 06 min 40 s + 7 min 28 s 7 Tony Carello Maurizio Perissinot Lancia Stratos HF 4 3 h 07 min 55 s + 8 min 43 s 8 Jean-François Mas Maurice Gélin Porsche Carrera 3 3 h 08 min 52 s + 9 min 40 s 9 Michèle Mouton Françoise Conconi Fiat 131 Abarth 4 3 h 10 min 33 s + 11 min 21 s 10 Maurizio Verini Bruno Scabini Fiat 131 Abarth 4 3 h 13 min 43 s + 14 min 31 s 11 Gérard Swaton Bernard Cordesse Porsche Carrera 3 3 h 14 min 53 s + 15 min 41 s 12 Jean-Claude Lefebvre Jean Todt Peugeot 104 ZS 2 3 h 17 min 48 s + 18 min 36 s