Lopération désigne la sortie en Atlantique opérée par le cuirassé et le croiseur lourd , du 18 au . Elle a pour but de perturber les convois alliés ravitaillant le Royaume-Uni. Les Alliés se lancent à leur poursuite : après avoir coulé le et endommagé le , le Bismarck est finalement coulé et le Prinz Eugen parvient à rejoindre le port de Brest.
Contexte Pendant la Première puis la Seconde Guerre mondiale, un grand nombre de navires marchands ravitaillait la Grande-Bretagne en nourriture et en matières premières. Si ce ravitaillement venait à être rompu, le Royaume britannique devait alors soit demander la paix, soit négocier un armistice, permettant dans ce cas à l'Allemagne d'utiliser les îles britanniques comme base d'opérations maritimes vers l'Europe occidentale et donnant à l'Allemagne, la maîtrise complète de l'Europe occidentale.
L'amiral Erich Raeder convainc l'OKW et Hitler que la Grande-Bretagne devrait être vaincue, en réalisant un blocus avec des croiseurs, croiseurs de bataille, cuirassés rapides et soutenus par des sous-marins.
L'opération Rheinübung est la dernière d'une série de raids sur les navires alliés effectués par des unités de surface de la Kriegsmarine. Elle a été précédée par l'opération Berlin, une sortie très réussie du Scharnhorst et du Gneisenau qui s'est terminée en .
Lourdement bombardés et endommagés par la Royal Air Force, les cuirassés Scharnhorst et Gneisenau se trouvaient en réparation à Brest en , continuant toutefois de menacer les convois de l'Atlantique.
Le plan initial de l'opération Rheinübung, était d'impliquer les deux navires dans l'opération, avec le cuirassé Bismarck et le croiseur lourd Prinz Eugen afin qu'ils pénètrent dans l'Atlantique et attaquent les navires alliés. Les ordres du grand amiral Erich Raeder à l'amiral Günther Lütjens étaient que et .
Pour soutenir et fournir le ravitaillement aux deux navires, le commandement naval allemand (OKM) établit un réseau de pétroliers et de navires ravitailleurs dans la zone opérationnelle de l'opération. Ainsi sept navires pétroliers et deux navires de ravitaillement sont envoyés vers l'ouest du Labrador et au sud des îles du Cap-Vert.
Lütjens avait demandé à Raeder de retarder l'opération Rheinübung pour que le Scharnhorst et le Gneisenau achèvent leurs réparations pour un rendez-vous en mer avec Bismarck et Prinz Eugen et pour que le Tirpitz puisse les accompagner. Raeder avait refusé, car le Scharnhorst et le Gneisenau ne seraient pas prêts avant début juillet et l'équipage du Tirpitz n'était pas encore entièrement formé.
Pour faire face à la menace allemande, les Britanniques avaient stationné à Scapa Flow les cuirassés et ainsi que le croiseur cuirassé et le nouveau porte-avions . Ailleurs, la Force H à Gibraltar pouvait aligner le croiseur de bataille et le porte-avions ; dans l'Atlantique les cuirassés , et et le cuirassé croiseur pouvaient être disponibles sans compter les croiseurs et les patrouilles aériennes qui fournissaient les « yeux » de la Royal Navy qui escortaient , dont un convoi de troupes.
L'OKM n'a pas pris en compte la détermination de la Royal Navy à détruire, coûte que coûte, la flotte de surface allemande. Pour s'assurer que le Bismarck serait coulé, la Royal Navy avait impitoyablement dégarni d'autres théâtres d'action, comprenant l'allègement des escortes des convois. Les Britanniques déploieront finalement six cuirassés, trois croiseurs de bataille, deux porte-avions, , et huit sous-marins, ainsi que des avions de patrouille. Ce sera la plus grande force navale engagée dans une seule opération à cette date.
Déroulement
Le à , le croiseur lourd Prinz Eugen suivi à du matin le par le Bismarck quittent, séparément, Gotenhafen (aujourd'hui Gdynia en Pologne), sous l'escorte des destroyers Z 10 Hans Lody, Z 16 Friedrich Eckoldt, , ainsi que des Sperrbrecher 13 et 31 et de la de dragueurs de mines, pour rejoindre leur point de rendez-vous situé au large du cap Arkona sur l'île de Rügen dans la mer Baltique occidentale, puis traversent les îles danoises jusqu'au Kattegat. Le , en entrant dans le Kattegat, le Bismarck et le Prinz Eugen naviguent vers le nord en direction du Skagerrak, un détroit situé entre le Jutland et le sud de la Norvège, où ils sont aperçus par le croiseur neutre suédois qui transmet son observation dans un rapport de routine.
Le , la Royal Navy est alertée par des sources du gouvernement suédois que deux grands navires de guerre allemands ont été vus dans le Kattegat. Après être entrés dans la mer du Nord, les navires se réfugient brièvement, le , dans le près de Bergen, en Norvège, où le Prinz Eugen est ravitaillé en carburant, avant de repartir le lendemain. À ce moment-là, le et le , avec des destroyers d'escorte, étaient en route vers le détroit du Danemark, où deux croiseurs, et , patrouillaient déjà. Les croiseurs et sont alors envoyés pour garder les eaux au sud-est de l'Islande.
Une fois le départ des navires allemands découvert, l'amiral Sir John Tovey, commandant en chef de la British Home Fleet, envoie le , le et leurs escortes pour soutenir les navires qui étaient déjà en mer, le rejoignant peu après.
Le soir du , le aperçoit les Bismarck et Prinz Eugen dans le détroit de Danemark, près de la côte du Groenland ; il cherche immédiatement à se cacher dans un banc de brouillard et alerte l'Amirauté. Le Bismarck ouvre le feu sur le Norfolk situé à une distance de six milles marins, mais celui-ci parvient à s'échapper dans le brouillard. Le Norfolk et le Suffolk suivent alors les navires allemands à l'aide d'un radar. La canonnade ayant endommagé le radar du Bismarck, le Prinz Eugen est obligé de se placer devant le Bismarck. Dès que les navires allemands ont été aperçus, les groupes navals britanniques sont immédiatement redirigés pour intercepter les deux navires allemands et pour couvrir un convoi de troupes.
Les ayant repérés le à du matin, le Hood et le Prince of Wales prennent contact avec les forces allemandes. À , la bataille est engagée; les combattants étant distants d'environ . Les artilleurs des deux navires britanniques ciblent le Prinz Eugen qui était désormais en tête au lieu du Bismarck. Pendant ce temps, les deux navires allemands concentrent leurs tirs sur le ; celui-ci explose vers du matin après le coup direct d'un obus du Bismarck au niveau de la soute à munitions. Une formidable explosion brise en deux le grand croiseur de bataille qui a coulé en quelques minutes. Les , y compris le contre-amiral Lancelot Holland commandant de l'escadre meurent, à l'exception de trois survivants. Malgré cette perte, le poursuit le combat, mais ayant subi plusieurs coups avec des obus de () et (), il connait plusieurs pannes mécaniques répétées avec son armement principal, obligeant le navire à finalement battre en retraite sous le couvert d'un écran de fumée.Le cuirassé allemand fut touché deux (ou peut-être trois) fois par les canons de () du Prince of Wales. Le capitaine du Bismarck, Ernst Lindemann, qui voulait poursuivre le Prince of Wales pour l'achever, fut contraint de stopper la poursuite. En effet, l'un des coups avait pénétré la coque du cuirassé près de la proue, rompant certains de ses réservoirs de carburant, lui causant des fuites d'huile en continu. Ces avaries obligeaient le Bismarck à se diriger vers le port de Brest au lieu de s'échapper au large, dans l'Atlantique. La traînée noire qui résulta de ces avaries aida grandement les croiseurs britanniques à le pourchasser.
Le , le et le Prince of Wales, endommagés, ont continué de suivre les navires allemands, signalant leur position pour attirer les forces britanniques sur les lieux. En réponse, il fut décidé que le Prinz Eugen, qui était toujours en bon état, continuerait le raid, tandis que Bismarck abandonnerait la poursuite. Parallèlement, l'amiral Dönitz ordonna à l'ensemble des sous-marins disponibles dans l'Atlantique de faire route pour soutenir le Bismarck, en organisant deux lignes de patrouille pour piéger la Home Fleet si le Bismarck conduisait ses poursuivants vers eux. Une ligne de 7 bateaux était alignée au milieu de l'Atlantique tandis qu'une autre, de 8 bateaux, était stationnée à l'ouest du golfe de Gascogne. Le à , le Bismarck ouvre le feu pour couvrir l'évasion du Prinz Eugen qui s'éloigne en bon état.
À , le qui était à () lance une attaque aérienne avec neuf bombardiers torpilleurs Fairey Swordfish, guidés par le Norfolk. En raison du mauvais temps et de la défense anti-aérienne du Bismarck, une seule torpille parvient à toucher le navire, sans causer de dommages importants. L'ensemble des avions attaquants ont tous été récupérés par le Victorious.
Le , à du matin, les navires britanniques perdent le contact avec le Bismarck, et, pensant qu'il reviendrait en mer du Nord, se dirigent en conséquence. N'ayant pas réalisé qu'il avait semé ses poursuivants, Lütjens rompt le silence radio en envoyant un long message en Allemagne, permettant aux Britanniques de trianguler la position approximative du Bismarck et d'envoyer des avions pour chasser le cuirassé allemand. À , Lütjens était bien à l'est des forces de Tovey et avait réussi à échapper au . À court de carburant, en raison du coup dévastateur infligé par le Prince of Wales, le Bismarck avait toutefois encore assez de vitesse pour distancer les unités lourdes de la Home Fleet pour atteindre la sécurité des côtes françaises. Mais, du sud, la Force H de l'amiral Somerville avec le porte-avions , le croiseur de bataille et le croiseur léger s'approchait pour l'intercepter.
Les navires britanniques commençaient également à manquer de carburant, et la fuite du Bismarck semblait de plus en plus certaine. Cependant, à le 10h30, un hydravion PBY Catalina, basé à Lough Erne, en Irlande du Nord, repère le Bismarck, qui était à () de Brest et hors de portée de la couverture aérienne de la Luftwaffe.
thumb|300px|Le Bismarck photographié depuis le Prinz Eugen après la bataille du détroit du Danemark.
Le contact est confirmé par deux Fairey Swordfish de l‘Ark Royal qui lance aussitôt une frappe aérienne, mais les pilotes, ignorant la proximité du Sheffield avec le Bismarck, confondent le croiseur britannique avec le cuirassé allemand et l'ont donc immédiatement attaqué. Leurs torpilles avaient été équipées de détonateurs magnétiques, plusieurs d'entre elles explosèrent prématurément, d'autres ratèrent leur cible avant que l'attaque ne soit interrompue.
Malgré des conditions météorologiques très mauvaises pour les opérations aériennes, l'Ark Royal lance une deuxième frappe composée de 15 Fairey Swordfish, équipés de torpilles avec détonateurs de contact standard et fiables qui obtiennent deux ou trois coups sur le navire allemand, dont l'un a infligé des dégâts critiques à sa direction. Le gouvernail étant coincé, cela signifiait maintenant qu'il ne pouvait plus se diriger vers sa destination prévue : Brest. À minuit, Lütjens signale à son quartier général: « Navire non manœuvrant. Nous nous battrons jusqu'au dernier obus. Vive le Führer. »
Le à , les cuirassés et ouvrent le feu, frappant le Bismarck. Les canonniers allemands répliquent mais ratent le Rodney, les navires britanniques ayant réduit au silence la plupart des canons allemands. Malgré les tirs à courte portée du Rodney, et de nombreux incendies, le Bismarck ne coule pas.
Selon les relevés sous-marins de ces dernières années, les canons britanniques n'ont réalisé que quatre pénétrations du blindage du Bismarck, deux à travers la ceinture de blindage supérieure du côté tribord, du King George V et deux du côté bâbord, du Rodney. Ces quatre coups sont survenus vers du matin, à bout portant, causant de lourdes pertes parmi l'équipage.