L’abbaye du Moûtier est une ancienne abbaye bénédictine, située à Thiers dans le département du Puy-de-Dôme. La date exacte de sa fondation est inconnue mais sa première mention écrite (1011) indique qu’elle est présente dès le début du . L’abbaye se situe dans le quartier bas de la ville de Thiers nommé « le Moûtier » sur la rive gauche de la Durolle, au pied d'un éperon rocheux sur lequel fut fondée la cité médiévale de Thiers. L’abbaye est liée et accolée à l'église dédiée à Saint-Symphorien depuis au moins l’an mil. Elle a été inscrite aux Monuments historiques en 2006.
Le nom « Moûtier » est issu du nom médiéval « moustier » voulant dire « monastère ».
Localisation L’abbaye est localisée dans le département français du Puy-de-Dôme, sur la commune de Thiers. Cette zone correspond au passage et débouché de la rivière Durolle depuis les contreforts du Forez dans la plaine de la Limagne. Le quartier du Moûtier est un haut-lieu de l’histoire thiernoise depuis le début du , voire dès l’époque carolingienne.
Utilisation actuelle L’abbaye du Moûtier est une propriété privée ouverte au public en juillet et août. Des visites guidées de l’extérieur et de l’intérieur sont possibles sur réservation. L’abbaye fait partie de « La Route Historique des Châteaux d’Auvergne », association de propriétaires de domaines et châteaux.
Histoire
Origines gauche|vignette|Lithographie de 1838 La période exacte de l’installation d’un monastère, dans le secteur bas de Thiers, n’est pas connue. De même, la mise en lumière en 2022 d’un établissement fortifié de hauteur à l’est de la ville, identifié comme le potentiel Thigernum Castrum, a profondément bouleversé les origines de Thiers jusque-là localisées dans le quartier du Moûtier. Vers 580, Grégoire de Tours mentionne dans un de ses textes hagiographiques, la présence d’une église en bois dans le castrum de Thiers, dédiée à saint-Symphorien, détruite et brûlée vers 530, lors de l’attaque des troupes franques de . L’évêque de Tours précise qu’elle est ensuite reconstruite, vraisemblablement en dur, au même emplacement dans l’emprise de la forteresse. Est-ce qu’un monastère s’est installé par la suite, à côté de l’église et dans le castrum, dont la fonction et le rôle local a peut-être évolué au cours du temps ? Cette hypothétique installation aurait pu se passer à la fin de l’époque mérovingienne () ou durant l’époque carolingienne (). Le transfert des reliques de Symphorien d’Autun de l’église du castrum vers le site de plaine actuel, pour former le complexe religieux (abbaye et église), s’est déroulé à une période inconnue qu’on peut raisonnablement situer entre le .
Les écrits qu’on retrouve parfois dans certains ouvrages, indiquant la fondation du monastère au et les attaques de ce dernier par les sarrasins sont peu fiables et ne relèvent d’aucune source probante.
Abbaye bénédictine sous l’ordre de Cluny gauche|vignette|Abbaye et église St Symphorien Ce n’est qu’au début du que l’église du Moûtier et son abbaye sont citées pour la première fois. En 1011, l'abbaye passe sous le contrôle de l'abbaye de Cluny et adopte la règle bénédictine. Cette date correspond à la première phase de construction de l’église () que certains historiens identifient comme de style préroman. C’est donc avec certitude que le complexe religieux est en place vers l’an mil, composé de l’abbaye (cloître, réfectoire, dortoir, chambrerie, cuisine…) et de son église romane dédiée à Symphorien d’Autun. Le monastère et son église commencent à décliner dès la fin du Moyen Âge comme le suggère l’historien Alexandre Bigay. En effet, ce dernier pense que le déclin commence dès que la ville de Thiers est cédée au comte du Forez en 1301. Les droits, privilèges et subventions des seigneurs de Thiers envers le monastère ne feront que diminuer jusqu’au .
Toujours d’après Alexandre Bigay, l’abbaye comptait 24 moines et un abbé en 1332, 8 en 1618, ils ne sont plus que deux en 1751 et à la fin du , l’abbaye semble complètement désertée.
Au , des travaux sont vraisemblablement menés car des traces architecturales de cette époque sont encore visibles dans le logis abbatial ou châtelet notamment au niveau de l’escalier à vis et des salles voutées.
Le saccage de l’abbaye par les Huguenots vignette|Abbaye du Moûtier vers 1900.
En 1568, l’abbaye, ainsi que l’église sont endommagées par un incendie, suite au passage des huguenots. Un procès-verbal du 12 janvier 1568 fait le constat tragique du pillage et des destructions de l’abbaye et de l’église du Moûtier par les huguenots : vignette|Façade ouest du châtelet. L’acte relate également des déclarations de témoins : vignette|Porte d'entrée du châtelet. Une petite partie du mobilier a pu tout de même être récupéré comme le démontre la fin du procès-verbal. Le pillage a été suivi de transactions entre les habitants et les soldats huguenots, les premiers rachetant les objets aux seconds. Le texte indique que les recéleurs ont été menacés par la justice et que l’on a fait appel à la délation pour récupérer le mobilier.
Des travaux de réparation sont vraisemblablement réalisés, au moins partiellement, à la suite de ces guerres de religion. Des textes de 1624 et de 1679 décrivent l’église du Moûtier comme grandement ruinée indiquant aussi que le monastère accolé est en déclin par manque de moyen financier pour entretenir et réparer son église Saint-Symphorien. En 1669, une dissolution de la communauté religieuse est prononcée devant notaire mais ne semble pas avoir été appliquée, car un nouveau prieur y est nommé l’année suivante.
L’agonie de l’abbaye : vignette|Paysans posant devant le châtelet Deux documents (mémoires et quittances) de 1679 et 1693 permettent de connaître les réparations réalisées sur l’abbaye et l’église notamment suite aux saccages des huguenots. Les réparations concernent toutes les parties des bâtiments du complexe religieux : chœur de l’église, logis abbatial, cloître, dortoir, chambre, réfectoire, halles, mobilier religieux, vitres et vitraux... Les toitures sont réparées notamment avec de nouvelles tuiles, les égouts de la cuisine remis en service, les fondations de la muraille sont reprises et l’intérieur des pièces de vie est blanchi au lait de chaux. Ces travaux se sont faits sous la contrainte notamment par le Procureur général de Cluny qui force les luminiers à réaliser cette réfection globale en engageant un procès au Grand Conseil. Ceci aura pour conséquence de plonger la communauté religieuse du Moûtier dans les dettes, ce qui engendrera la dispersion inéluctable de ses membres. vignette|Anciennes dépendances du complexe religieux. En 1707, une crue catastrophique ravage les bâtiments de l’abbaye et une partie de l’église.. Très peu de travaux sont réalisés aussi bien sur l’abbaye que sur l’église suite à cette crue, si bien que le complexe religieux du Moûtier est en grande partie ruiné et abandonné en ce début du . Le logis abbatial est tout de même refait et réaménagé comme le prouve aujourd’hui les structures du châtelet : la partie médiévale est redécorée et une aile est construite au nord au cours du .
Un extrait du P.V. dressé devant notaire en décembre 1707, répertoriant les dégâts subis par l'abbaye, nous permet de mieux évaluer la configuration des lieux et les dégradations. vignette|Lithographie du . En 1782, le pape Pie VI supprime l’abbaye du Moûtier ce qui arrête définitivement et officiellement l’activité du monastère, sûrement déjà actée concrètement depuis plusieurs années en raison de l’état de ruine, tant financier que structural, du complexe religieux. À la révolution, tous les biens de l’abbaye sont vendus comme biens nationaux. En 1801, suite au concordat, l’église du Moûtier devient paroissiale.
Réutilisation et travaux aux gauche|vignette|Le quartier du Moûtier vers 1900 A la fin du , l’église est en très mauvais état et menace de s’écrouler (collatéral nord en partie écroulé vers 1880). La municipalité et le département s’unissent pour sauver l’édifice religieux. En 1882 et 1883, d’importants travaux sont réalisés sur le complexe religieux. Ils vont amputer le chœur primitif de l’église, abaisser la voûte de sa nef et créer une nouvelle rue entre l’abbaye et l’église, aujourd’hui avenue Joseph Claussat. Les vestiges abbatiaux accolés à l’église où passe la nouvelle rue seront définitivement et irréversiblement détruits (cloître, couvent…).
La création de cette route, menant au secteur appelé « Vallée des Usines », a provoqué la séparation des biens en deux parties. Le logis abbatial et ses bâtiments annexes deviennent privés. Au milieu du et en 1904, deux galeries sont ajoutées sur le logis abbatial entre les deux tours. En parallèle de ces travaux, les parties hautes et la couverture sont également refaites.
Classement Depuis le 27 septembre 2006, le logis abbatial (châtelet) ainsi que l'église, sont inscrits au titre des Monuments historiques.
Architecture et configuration
Armorial de Revel vignette|Le complexe formé de l'abbaye et de l'église au milieu du . Sur le dessin de l’armorial de Revel datant du milieu du , l’abbaye et l’église du Moûtier sont dessinées à droite des blasons seigneuriaux. L’aspect de l’abbaye apparait bien différent des parties actuelles visibles au Moûtier. Premièrement, l’église présente une entrée gothique monumentale avec un clocher carré centré sur le narthex. Le châtelet ou logis abbatial, avec ses deux tours massives, ne semble pas exister au milieu du . L’abbaye est entourée d’un mur haut la protégeant dans un espace clos intra-muros. Une entrée discrète est visible sur la gauche et trois bâtiments à étages d’aspect résidentiel forment le complexe abbatial.
L’armorial de Revel présente également le blason de la puissante famille De Lalière, ayant fourni deux abbés du Moûtier de Thiers au . Le blason indique le nom de l’abbé, De Laliere abbé de Tihert, l’écusson est le suivant : d’azur au lion d’argent – l’écu posé sur une crosse.
Tableau « Apparition de Saint Genest à Saint Étienne de Grandmont » - vignette|Apparition de Saint Genest à Saint Étienne de Grandmont Un tableau restauré vers 2015 représente l’apparition de Saint Genest à Saint Étienne de Grandmont, ce dernier a été peint vraisemblablement au (collection Musée de la Coutellerie.). Il montre la ville fortifiée de Thiers avec ses divers quartiers et monuments. On y distingue parfaitement l’abbaye et l’église du Moûtier au pied de la ville. Sur cette peinture, l’abbaye et l’église semblent former un tout avec une façade commune entre le châtelet et le narthex de l’église Saint-Symphorien. Absent sur le dessin de l’armorial de Revel, le châtelet ou logis abbatial est bien représenté au .
Configuration au début du Le procès-verbal de 1707, écrit lors des dégâts suite à la crue catastrophique de la Durolle, ainsi que l’acte de prise de possession de l'abbé Germain Châteigner de la Châteigneraye de 1742, permettent de déterminer en partie la configuration générale de l'abbaye.
La grande majorité des bâtiments de l’abbaye se situait au nord de l’église. Un grand jardin touchait le logis abbatial (châtelet) en s’étendant vers l’est. Un petit pré est signalé en bas du jardin, proche de la Durolle. Les bâtiments utilitaires et religieux (cloître, réfectoire, dortoir, chambrerie, cuisine et arrière-cuisine) étaient alignés parallèlement à l’église, à l’emplacement de l’actuelle avenue Joseph Claussat. La chambrerie se situait vraisemblablement entre le jardin et la rivière. Le verger était quant à lui au niveau de l’actuelle cure (aujourd’hui occupée par une communauté de religieuses) et de son jardin potager. L’emprise au sol de l’ensemble de l’ancien complexe religieux (abbaye, bâtiments annexes, église, jardin, pré, verger…) représente environ un hectare de surface. gauche|vignette|Plan du complexe sur panneau d'information.