Hubert Monteilhet, né le à Paris et mort le à Garlin, est un écrivain français. Il s'impose d'abord comme auteur de romans policiers (Les Mantes religieuses), puis comme auteur de romans historiques (Les Derniers Feux, Néropolis, La Pucelle).
Les commentateurs voient en lui un héritier des romanciers libertins du . Il se distingue par des intrigues originales, des personnages totalement amoraux, une plume incisive, élégante et parfois licencieuse, une liberté de ton, un humour mordant.
Biographie Famille et jeunesse Hubert Monteilhet est issu d'une famille de magistratsNotice biographique, in Hubert Monteilhet, De quelques crimes parfaits, , 1993, 3.. Son père est Joseph Monteilhet (1877-1964), docteur en droit, magistrat anti-maurrassien, pacifiste, appréciant Jaurès, historien à ses heures (auteur des Institutions militaires de la France, 1814-1924)Hubert Monteilhet, Intox, Fallois, 2015, 9, 78, 82, 87. — Joseph Monteilhet, Les Institutions militaires de la France, 1814-1924 : de l'armée permanente à la nation armée, Paris, Alcan, 1926. Rééd. 1932.. Sa mère, née en 1888, est infirmière bénévole durant la Première Guerre mondialeIntox, éd. cit., 48.. Hubert naît à Paris le 1928. Il grandit dans le Intox, éd. cit., 12.. Il est élève des jésuites à Saint-Louis-de-GonzagueDe quelques crimes parfaits, éd. cit., 26. — Intox, éd. cit., 18..
Sous l'Occupation, Hubert Monteilhet vit en Auvergne dans la résidence familiale, le château de Nouara, près d'Ambert. Là, il poursuit ses études sous la houlette de précepteurs : deux Alsaciens d'abord, puis Jean Recanati, un Juif communiste qu'hébergent ses parentsIntox, éd. cit., 87-93. — Jean Recanati (1925-1980), dont la famille a disparu à Auschwitz, devient après la guerre chef de la rubrique politique de L'Humanité, puis, au début des années 1950, rédacteur en chef de L'Humanité Dimanche. Samuel Lachize, « Roger Vailland et le cinéma : une liaison dangereuse ! » sur roger-vailland.com, Cahiers Roger Vailland , juin 1995..
Après la guerre, il prépare une agrégation d'histoire à la Sorbonne.
Il enseigne en Normandie, puis de 1959 à 1970 au lycée Carnot de Tunis« Hubert Monteilhet », sur franceloisirs.com, 2019 (consulté le 15 mai 2019). — « Les Cavaliers de Belle-Île », sur librairieprivat.com, (consulté le 15 mai 2019)..
Carrière littéraire Il écrit d'abord des romans policiers. Son premier livre, Les Mantes religieuses (1960), séduit par l’originalité de l’intrigue. — .Henri-Yvon Mermet et Christine Lhomeau, in ., la liberté du ton et l’amoralité des personnages. Monteilhet reçoit pour ce roman le grand prix de littérature policièreHubert Monteilhet, Une vengeance d'hiver, Fallois, 2012, 153-155.. Avec les livres suivants (Le Retour des cendres, Les Pavés du diable, Le Forçat de l'amour, Les Bourreaux de Cupidon…), il s’impose comme un maître du suspense à la technique très personnelle., d’une grande imagination dans le choix de ses thèmes comme dans celui de ses rebondissements. Il publie presque un livre par an dans les années 1960 et 1970, chez Denoël, dans la collection « Crime-club », puis dans la collection « Sueurs froides ».
En 1976, avec Sophie ou les Galanteries exemplaires, il situe pour la première fois un récit au La quatrième de couverture de ce livre précise qu'il ne s'agit ni d'un pastiche (le style n'imite pas celui d'un ouvrage particulier) ni d'un roman historique. Hubert Monteilhet, Sophie ou les Galanteries exemplaires, Denoël, 1976.. En 1981, il fait une incursion remarquée dans le fantastique avec Les Queues de Kallinaos, à la fois conte philosophique à la Pierre Boulle et tragédie de l’amour paternel poussé jusqu’à la folie.
À partir des années 1980, il se consacre en grande partie au roman historique. En 1982, il fait découvrir dans Les Derniers Feux l’Inquisition espagnole du . En 1984, la Rome antique de Néron revit dans Néropolis, inspiré de Quo vadis ?, qui connaît un grand succès critique et commercial. Monteilhet évoque encore la Venise du et la France de dans La Pucelle ; le temps des mousquetaires dans De plume et d'épée, Les Cavaliers de Belle-Île et Au royaume des ombres ; la fin de l'Ancien Régime dans Eudoxie ; la Révolution dans Les Bouffons ; le Premier Empire dans Au vent du boulet.
En parallèle, il continue de produire des romans criminels : Le Procès Filippi (1981), La Perte de Vue (1986), Arnaques (2006)…
Il est longtemps chroniqueur gastronomique du journal Sud Ouest Dimanche. Il exploite d’ailleurs la veine gourmande dans une tétralogie romanesque qui règle leur compte à certaines tricheries : le cognac est suivi de près dans La Part des anges (1992), le bordeaux dans Œdipe en Médoc (1993), le vieillissement accéléré des jambons crus dans Étoiles filantes (1994)Hubert Monteilhet, Étoiles filantes, Fallois, 1994, 200-202. et le trafic de viande dans Le Taureau par les cornes (1994)…
Mort Il meurt le à Garlin., à « Hubert Monteilhet », sur present.fr, 14 mai 2019 (consulté le 16 mai 2019)..
Technique Comme chez Boileau-Narcejac, le récit est fondé sur le suspense. Mais le suspense de Monteilhet lui est propre. En effet, les romans de Monteilhet ne sont pas des polars classiques qui mettraient en scène des policiers cherchant à résoudre une énigme et à confondre des coupablesÀ l'exception des Confessions du diable, paru en 2011., encore moins des romans noirs peignant le monde de la pègre. Ce sont plutôt des romans psychologiques, dans lesquels des personnages de la bonne société poussent leurs passions jusqu'au crime, volontairement ou involontairement :
Monteilhet produit ainsi, au fil de son œuvre, une impressionnante galerie de monstres repoussants. Le lecteur pénètre dans leur intimité, parfois avec malaise. Leurs tares sont variées : on trouve un grand enfant dans Le Retour des cendres, un onaniste dans Les Pavés du diable, un hypersensible dans Meurtre à loisir, un raciste dans Retour à zéro, un morphinomane dans La Perte de vue, un pédophile dans Une affaire d’honneur, un éditeur « à compte d’auteur » dans Arnaques…
Filiation libertine Le suspense de Monteilhet, dit Jean Tulard, est L’œuvre de Monteilhet . L'étiquette ne va plus le lâcher. Le fait est que l’on retrouve en lui bien des caractéristiques du courant littéraire que l'on a baptisé « libertin »…
Genre Dès les premières lignes de son premier roman (), Monteilhet a recours à la lettre, comme Choderlos de Laclos. Une technique tout d'abord pour les lecteurs de roman policier. Chez Monteilhet, la lettre peut être isolée (la révulsante lettre d'un père offrant sa fille à Louis XV, dans Au vent du bouletHubert Monteilhet, Au vent du boulet, Fallois, 2008, 27-28.) ou constituer le corps du roman (Devoirs de vacances). Mais il n’y a pas que la lettre. Monteilhet est . Toutes sortes d’écrits se multiplient, pour se contredire, et ne lever qu'un coin du voile des apparences.
Forme L’écriture incisive de Monteilhet est louée par la critique pour son élégance. Elle étonne chez un écrivain exerçant dans un genre populaire. Monteilhet serait .
Morale Jean Bourdier ne manque pas de juger les trois premiers romans de l’auteur . L’élégance est là, . Et, toujours comme au , la morale est présente, . Les grands libertins sont ainsi rejoints .
Père de famille (il le rappelle souvent dans ses livres), Monteilhet se préoccupe tout naturellement non pas de transmettre une morale, mais de fournir des éléments propres à la forger. Car un moraliste n’est pas un moralisateur : il se borne à décrire les mœurs, espérant par cette seule peinture éclairer le lecteurEn épigraphe des Liaisons dangereuses, Laclos cite le Jean-Jacques Rousseau de La Nouvelle Héloïse : . Monteilhet se contente de placer des monstres ou de simples étourdis en situation délicate ; il laisse le lecteur libre de tirer profit ou non d’une telle perspectiveLes moralistes l’affirment : s’ils peignent le mal, c’est pour en inspirer l’horreur. Ce but ambitieux n’est pas toujours atteint par Monteilhet : l’ingénieuse technique d’escroquerie bancaire qu’il détaille dans Pour deux sous de vertu (1974) aurait permis à des lecteurs peu scrupuleux de vider la banque Rothschild ; et l’idée du magnétophone caché sous le confessionnal (Les Pavés du diable, 1963) aurait également inspiré une personne malintentionnée.. En homme du , il considère le roman comme un ouvrage d’éducationLa plupart des romans du (époque où le genre s’affirme) sont des romans d’éducation (bildungsromane).. Se mettant en scène dans ses livres Et, 48 dAndromac : , s’affichant comme bon père et bon mari (ce qu’était Laclos), roc de vertu émergeant d’un océan de turpitudesVoir, par exemple, dans Meurtre à loisir, Denoël, 1969, 140-148., Monteilhet, fils de magistrat, semble se demander si en évitant les on n’évite pas les ennuis superflus. On devine cette préoccupation à travers la dédicace du roman Andromac (dans lequel l’héroïne se prostitue pour élever son fils) : ; ou à travers celle de Sophie (l’héroïne se prostitue pour élever son fils) :
Point de vue Chez Monteilhet, . Il appartient donc au lecteur de faire la part du subjectif.
Plus généralement il revient au lecteur, quand il fréquente un libertin, de décrypter l’allusif et de tenter de démêler ce qui traduit la conviction de l’auteur de ce qui relève de la posture. Car le libertin se plaît à brouiller les pistes. Il est quelqu’un de prudent, qui nourrit un penchant affirmé pour la dissimulation :
Monteilhet semble se reconnaître dans les propos consacrés à l’abbé Prévost par Jean SgardJean Sgard est l’auteur notamment de Prévost romancier, José Corti, 1989., tant il les cite longuementHubert Monteilhet, Mourir à Francfort, Denoël, 1975, 59-64.. Il termine par cette phrase de Sgard : Tout comme l’abbé Prévost décrit par Sgard, Monteilhet s’aventure dans la vérité intérieure d’humains ambigus et pitoyables ; il découvre que chacun est prisonnier d’une étroite vision des choses ; il est un romancier du subjectif, c’est-à-dire de la mauvaise foi ; et il voit ses pauvres créatures, jouets de passions, s’abîmer dans leur tragique folie. Faut-il les plaindre ou les condamner ? La vérité n’appartenant à personne, l’auteur ne se prononce pas là-dessus.
Monteilhet est un explorateur des équivoques et des faux-semblants (). Mettant la casuistique de ses maîtres jésuites au service de ses plus lamentables personnages, retranché toujours plus qu’on ne croit dans le deuxième degré, il tente d’ouvrir l’esprit de son lecteurLa multiplication des points de vue est chère aux libertins. Le principal enseignement d’un Bayle est que le monde, loin de se réduire à une vision manichéenne, ne se perçoit qu'à travers un croisement permanent d'opinions contradictoires.. La duplicité de ce voltairien offre un point de vue décalé, plein de saveur et d’enseignements ; elle est une arme insidieuse, plus efficace que ne le serait une indignation ingénue.
Irréligion Même dans ses romans, Monteilhet aime à faire étalage de sa sensibilité traditionaliste. Il dit par exemple l'horreur que lui inspire l'avortementLes Pavés du diable, De quelques crimes parfaits (196).. Sa lecture littérale des Évangiles (défendue dans Ce que je crois, et pourquoi) l'amène à condamner, dans son pamphlet Rome n'est plus dans Rome, les réformes du Concile de , qu'il considère comme un reniement de l'Église.
Pourtant, le lecteur attentif débusque un sulfureux jeu de massacre. De grandes figures ou institutions du christianisme en font les frais. Saint Paul, est présenté, sous la plume émerveillée de Monteilhet, comme un chaleureux défenseur de l’esclavageHubert Monteilhet, La Pucelle, Fallois, 52-53. De même, dans Ce que je crois, et pourquoi, 214-217, Monteilhet énumère patiemment toutes les exhortations de saint Paul à la soumission des esclaves.. Et le narrateur vénitien de La Pucelle remarque innocemment, toujours à propos de l’esclavage :