Jean Mabire, né le à Paris et mort le à Saint-MaloRelevé des fichiers de l'Insee., est un écrivain, romancier, journaliste et critique littéraire français. Ayant signé de son nom la plupart de ses textes, Jean Mabire a aussi écrit sous les pseudonymes de Didier Brument, Éric Dubecquet et Henri Landemer. Jean Mabire est un proche du GRECE. Engagé au sein des milieux régionalistes normands, il défend le néopaganisme et exprime une pensée politique classée à l'extrême droite, proche des milieux néo-fascistes.. Il est l'auteur de nombreux livres consacrés à l'histoire, notamment à celle de la Seconde Guerre mondiale et de la Waffen-SS.
Biographie Né à Paris d'une famille originaire de Bayeux et de Vire, Jean Mabire fait ses études secondaires au collège Stanislas, où il obtient un baccalauréat philosophie-lettres, puis entre à l'École nationale supérieure des arts appliqués et des métiers d'art, tout en militant à l'UNEF.
Sa carrière débute en 1949, lorsqu'il fonde la revue régionaliste VikingChristian Brosio, « Jean Mabire parmi nous », Le Spectacle du Monde, , juin 2006, ., qu'il dirige jusqu'en 1955 (les revues Heimdal et Haro lui feront suite)Sur la contribution de Jean Mabire aux revues régionalistes normandes, le lecteur se reportera aux cinq volumes de Jean Mabire et le Mouvement normand, Éditions de l'Esnesque, 1998.. Il effectue ensuite son service militaire, d' à , à l'École des troupes aéroportées de Pau, où il obtient son brevet de parachutiste. Aspirant au parachutiste de choc à Montauban, il en sort sous-lieutenant de réserve.
En 1954, il fonde à Cherbourg, avec sa première épouse, un atelier d'art graphique, « Les Imagiers normands », qui produit surtout des dépliants touristiques. Rappelé en octobre 1958 pour un an en AlgérieUn épisode de sa vie qui lui a inspiré le récit Les Hors-la-loi (Robert Laffont, 1968)., au Centre d'entraînement à la guerre subversive (à Philippeville), il est affecté au de chasseurs alpins, à la tête d'un commando de chasse composé aux deux tiers de musulmans. Le soldat est démobilisé en comme capitaine de réserve. Pour ses états de service, il est décoré de la Croix de la Valeur militaire, de la Croix du combattant et de la Médaille commémorative des opérations de maintien de l'ordre en Algérie. Et voit par ailleurs reconnaître, à la faveur de cette guerre, sa vocation littéraire, en obtenant le prix François-Jean Armorin du meilleur reportage de la presse de province (1961) pour Conversations et réalités algériennes, série de dix articles parus dans La Presse de la Manche« Distinctions littéraires », Les Amis de Jean Mabire, , septembre 2003 ..
C'est en effet en tant que journaliste que Jean Mabire contribue à de nombreuses publications. En 1956, il débute comme reporter à La Presse de la MancheSur cette période, cf. son livre-souvenir L'Aquarium aux nouvelles, Maître Jacques, 2000., puis collabore à Historia, mais aussi, entre autres revues, à Défense de l'Occident (de Maurice Bardèche), à L'Esprit public (où il est l'adjoint de Philippe Héduy), à Europe-Action (dont, « débauché » par Dominique Venner, il devient rédacteur en chef en )Il cessera toutefois de travailler dans cette revue en 1966 : « L’aventure d’Europe-Action prendra fin piteusement par la création d’un ambigu Mouvement nationaliste du progrès au début de 1966. Jean Mabire ne s’y reconnaît plus et quitte le journal dont il a tant contribué à l’essor. » (Patrice Mongondry, « Un fantassin exemplaire », Les Amis de Jean Mabire, , 2002 )., puis, par la suite, à Éléments. Tenant d'un « nationalisme » se donnant pour idéal le rassemblement de tous les peuples d'Europe, l'écrivain se réclame du « socialisme européenÀ propos de « son socialisme », Mabire écrivait : « Le véritable sens de notre lutte apparaît de plus en plus clairement : c'est la défense de l'individu contre les robots et, par conséquent, celle des patries contre l'universalisme. Pour nous, chaque homme et chaque nation possèdent une personnalité irréductible. (…) Le nationalisme, c'est d'abord reconnaître le caractère sacré que possède chaque homme et chaque femme de notre pays et de notre sang. Notre amitié doit préfigurer cette unanimité populaire qui reste le but de notre action, une prise de conscience de notre solidarité héréditaire et inaliénable. C'est cela notre socialisme. », et « Si nous affirmons notre foi socialiste (…), c'est parce que nous sommes à la fois des traditionalistes et des révolutionnaires. Nous nous inscrivons dans une tradition bien enracinée, qui va de Proudhon à Sorel. Mais nous savons qu'une révolution sera nécessaire pour leur rester fidèles. (…) Nous ne sommes pas socialistes d'abord. (…) Nous sommes d'abord nous-mêmes, c'est-à-dire des hommes d'une certaine terre, d'un certain peuple, d'une certaine civilisation. Et nous sommes socialistes parce que nous sommes Européens. Reconnaissant l'Europe non pas comme une idée abstraite, mais comme une réalité géographique, historique et ethnique. Mais cette réalité européenne, des liens du sang entre tous les Européens, qu'ils soient de l'est ou de l'ouest, du nord ou du sud (…), ces liens nous obligent à considérer tous les Européens comme nos frères. Et c'est cela le socialisme. (…) On ne saurait être nationaliste sans être obligatoirement socialiste. » (Jean Mabire, L'Écrivain, la Politique et l'Espérance, Saint-Just, 1966).
Si les idées de Jean Mabire ont évolué avec le temps, l'homme est resté constant dans sa défense de l'Europe des régions et des ethnies. Pour un témoignage de cette constance, cf. Jean Mabire, « Ils ont rêvé l'Europe des Patries charnelles », Réfléchir et agir, , printemps 2004. » et influence par ses écrits une génération de militants : « [c'est] sous l'impulsion de J. Mabire, écrit le politologue Pierre-André Taguieff, que les nationalistes issus de l'OAS se [convertissent] à l'Europe des ethnies (ou des peuples)Pierre-André Taguieff, Sur la Nouvelle Droite. Jalons d'une analyse critique, « Descartes et cie », 1994.. » Anne-Marie Duranton-Crabol (op. cit.) insiste quant à elle sur son rôle central dans « l'effort de réflexion visant à dépasser l'Algérie » qui aboutira sur la « Nouvelle Droite ». Jean Mabire devait, plus tard, résumer d'une formule lapidaire sa visée de l'époque : « profiter de la défaite de l’Algérie française pour engager les survivants de cette aventure sur la voie de la France européennePatrice Mongondry, art. cit. . ».
Parmi les fondateurs (avec, entre autres, le député Pierre Godefroy et Didier Patte), en 1968, de l'Union pour la région normande — qui donne naissance en 1971 au Mouvement normand, dont il était resté président d'honneurCf. l'hommage à Jean Mabire paru dans L'Unité normande — « Magazine politique du Mouvement Normand » — sous la plume de Didier Patte, membre de l'Association des Amis de Jean Mabire (, avril/mai 2006). —, il participe également, dans le droit fil de son « tropisme » euro-païenSur le paganisme de Jean Mabire, cf. les développements de Georges Feltin-Tracol dans son hommage à l'écrivain (art. cit.) : « Les sujets portant sur la France, l’Europe, la Normandie, la politique, la guerre, l’écriture…, ont éclos sur un terrain fertile, qui plus est, clé de voûte de l’imaginaire personnel de Jean Mabire : le paganisme. Maît’Jean était païen. Malgré une éducation religieuse, il se détourna tôt des préceptes bibliques pour redécouvrir l’âme perdue des Européens. On ne peut comprendre l’attention qu’il portait aux traditions populaires et à leurs pays si l’on oublie cette donnée fondamentale. (…) ». En faveur de l’imprégnation païenne de l’œuvre de l’écrivain, plaident aussi les propos prêtés à Ungern, dans son livre éponyme paru en 1973 : « L'aigle solitaire, lui, est païen. Pas besoin de secte pour retrouver la communion avec les forces de la nature » ; « S'il y a un Dieu, il est sur la terre et non dans le ciel. Il est en nous et non hors de nous. Les Japonais savent cela mieux que moi. C'est ici, en Mongolie que vont se rencontrer et se reconnaître l'Extrême-Orient et l'Extrême-Occident, sous le signe du soleil » ; « Savoir. Pour qui sait, tout s'explique. Les superstitions des paysans estoniens et les proverbes de mes cavaliers cosaques. Tout un monde qui surgit de la terre. Je suis superstitieux parce que j'essaye de retrouver les forces obscures de la nature. Je sais que je fais partie du monde et que ma volonté est la même que celle des fleurs qui finissent par triompher de l'hiver glacé. Je vois des signes partout: dans le vol des oiseaux et la forme des nuages, dans la mousse humide, dans l'eau croupissante, dans les pierres aux formes étranges. Le mystère est visible. Il nous entoure. Je suis fort de toute la force du monde ». Sur le sens païen du sacré, cf. aussi l'introduction à ses Légendes de la mythologie nordique. Ce paganisme est également au cœur de l'engagement de l'auteur, aux côtés d'autres cadres du GRECE, dans le mouvement « scout » Europe-Jeunesse, d'inspiration « Wandervogel »., à la création du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne (GRECE)La revue Nouvelle École dans son numéro d'août-septembre 1968 publie la liste des fondateurs du Groupement de recherche et d'études pour la civilisation européenne (alors informel) : on trouve parmi ceux-ci Roger Lemoine, ancien secrétaire d’Europe-Action et futur président, puis président d'honneur du GRECE, Jacques Bruyas, ancien responsable de la FEN et d’Europe-Action à Nice, Jean-Claude Valla, qui sera longtemps rédacteur en chef de la revue Éléments, Dominique Venner (Julien Lebel), Jean Mabire, Michel Marmin, Pierre Vial, Dominique Gajas, etc. cf. . Pour Anne-Marie Duranton-Crabol (op. cit.), la présence de Jean Mabire au sein du très intellectuel GRECE a ceci de paradoxal que l'écrivain manifestait un certain anti-intellectualisme dans ses écrits, « soit qu'il affich[ât] son antipathie pour la médiocrité de Robert Brasillach, "un petit normalien", soit qu'il prév[înt] charitablement ses lecteurs que l'intellect n'[était] pas son point fort : « Que l'on se rassure : je ne suis point spécialiste et encore moins universitaire », déclar[ait]-il en guise de présentation de son ouvrage Les dieux maudits (1978). "Dans cette entreprise, ajout[ait]-il, toute érudition me semble inutile. Ce qui importe, ce sont les couleurs et les gestes. Donner à voir importe plus que donner à croire." »