Léglise Saint-Martin est une église située à Provin,dans le département du Nord.
Repères historiques
Un premier édifice
À l’occasion de son analyse de l’ouvrage du sociologue Gabriel Le Bras, L’église et le village, paru en 1976Lire sur http://www.persee.fr l’extrait de La revue d’histoire de l’Église de France, volume 1977-63., Gérard Cholvy met en valeur le rôle important de l’église au sein du village et rappelle que l’édifice est la plus ancienne construction du bourg : « […] Les liens d’interdépendance qui unissent le village à l’église sont d’emblée étroitement soulignés dans une France qui fut tout à la fois, et pendant des siècles, rurale et pratiquante. L’Église a répondu aux besoins de sécurité et de dépassement qui habitaient les communautés. Par elle des lieux sacrés ont été christianisés. De beaucoup le plus grand bâtiment du village, le lieu de rassemblement pour la messe dominicale est au centre d’une activité de tous les instants, unissant le sacré au profane.[...]
Pendant des siècles, territoire de la commune et territoire de la paroisse ont été identiques. La paroisse a favorisé le groupement et les contacts entre habitants, surtout lorsque l’habitat est dispersé. Chapelles, oratoires, croix, calvaires, ermitages sont autant de rappels de la présence du sacré dans la communauté. »
Les églises qui se sont succédé à Provin, au coin des actuelles rues Jules-Guesde et Léon-Gambetta, si leur orientation a changé, ont toujours été bâties au même emplacement.
La chronique de Saint-Trond rapporte qu’« en 967, sous l’abbé Thietfrid, une illustre dame, Berthe, comtesse de Flandre, veuve consacrée à Dieu, étant allée visiter Notre-Dame à Aix-la-Chapelle, gagna, au retour, la ville de Saint-Trond, dans l’intention de prier sur le tombeau du saint patron. S’y étant arrêtée pendant quelques jours pour se reposer, elle y tomba malade. Ce qu’apprenant le comte Arnoul se rendit en toute hâte près de sa mère et là, à sa prière, pour le repos de son âme et de celles des siens, en présence de Thierri, évêque de Metz et de l’abbé Thietfrid, il donna au monastère de Saint-Trond, pour l’usage perpétuel des frères qui y servaient Dieu, la villa de Provin, située sur la Deûle, dans la châtellenie de Lille, in castellania Ylensi, avec les serfs, les terres, les dîmes, les bois, les prés, les eaux et les pêcheries, avec l’église paroissiale et toutes les dépendances de la villa, afin d’obtenir, par les mérites du saint patron, le pardon de ses péchés. […] Cela fait, l’état de la comtesse s’aggravant, elle reçut les derniers sacrements et rendit son âme à Dieu le 17 des calendes d’. ». Au donc, Provin disposait déjà d’une église, mais les paroissiens provinois ne pourront bénéficier des offices d’un prêtre « à temps plein » qu’au .
Au siècle La première représentation d’une église provinoise remonte semble-t-il à la magnifique illustration qui figure sur l’un des Albums de Croÿ : au bout d’un chemin, dans un paysage légèrement accidenté, l’église domine le village, déjà située sur le côté gauche de la route venant de BauvinLes 23 Albums de Croÿ représentent les villages, villes, forêts, cours d’eau et autres appartenant au duc Charles de Croÿ ou régis par lui au et siècles, toutes propriétés situées dans les anciens Pays-Bas espagnols (actuellement sud de la Belgique et nord de la France)..
Nous savons, grâce à l’abbé Théodore Leuridan. que dans la nef droite de cette ancienne église, sur une tête de poutre sculptée figurait l’année 1533. Il ajoute qu’en 1632 quelque part y était suspendu « un tableau représentant un seigneur pèlerin, arrivant en vue d’une ville et accompagné d’un saint. » Une cloche de cette église sera vendue à l’échevinage de Provin en 1686 (archives du Chapitre Saint-Pierre de Lille), peut-être par François et Jean-Baptiste-Joseph Barbieux, fondeurs.
1728, année importante Le 22 juin 1589, l’évêque Jean Vendeville, du diocèse de Tournai, dont dépendait Provin, divise son diocèse en douze doyennés ; un certain nombre de paroisses sont alors rattachées au décanat de Carvin, dont Bauvin et Provin, qui, à l’époque, ne formaient qu’une seule paroisse, nous dit l’abbé Théodore Leuridan dans sa Notice historique sur Carnin parue en 1900, retranscrivant le texte en latin : « Decanatus Carviniensis quindecim (parochias habebit) : Carwin, Carnin, Camphin, Bovin, Provin, Atiche, Annoeulin, Meurchin, Phalempin, Thumeries, Wahagnies, Gondecourt, Alenne, Herin, Chemy, Pont-à-Vendin.. »alt=L’église de Provin, inaugurée en 1728, restaurée en 1814 et détruite en 1892.|L’église de Provin, inaugurée en 1728, restaurée en 1814 et détruite en 1892.|cadre
En 1728, Provin devient une paroisse détachée de Bauvin. La photographie ci-contre est celle de l’église inaugurée en 1728, restaurée en 1814 et détruite en 1892. Charles Masson en a été le premier prêtre, jusque 1745.
Un sujet d’étonnement : le Petit dictionnaire historique et géographique de la Châtellenie de Lille. précise que le doyenné de Seclin a 32 cures, dont Provin & Bauvin, unies, dépendant de l’Abbé de SaintVaas à Arras. Or cet ouvrage est paru en 1733, cinq ans après le détachement de la paroisse. Et en 1737, Charles Masson signera encore curé de Bauvin-Provin, alors que les deux paroisses sont distinctes.
À l'époque de la Révolution française
En 1789 les communes du canton et décanat (doyenné) de Seclin appartiennent à la Flandre wallonne, sont du ressort de la gouvernance de Lille et dépendent du diocèse de Tournai. Cependant, alors donc que Bauvin dépend du diocèse de Tournai, ainsi qu’Annœullin, Provin dépend du diocèse d’Ypres..
« L’Assemblée nationale, aspirant à plus d’unité, de liberté et d’égalité en France, proclama l’abolition du régime féodal, des parlements et des provinces ; elle établit la Cour de cassation et divisa la France en 83 départements. Dans son irrésistible fureur de destruction, elle abolit les titres de noblesse, et, n’étant plus composée en grande partie que de bourgeois, elle voulut s’emparer des biens de l’Église. Elle supprima les vœux monastiques […]. Violant la liberté des cultes, elle prétendit imposer de force au clergé et au peuple une constitution schismatique et janséniste menteusement appelée civile.. »
Le , les prévôt, doyen et chanoines du chapitre de la cathédrale d'Arras avaient rédigé, contre l’arrêt du département qui lui ordonnait de se dissoudre et contre la constitution civile du clergé, une protestation aussi digne que ferme. De ce long réquisitoire, qui mériterait d’être cité en entier, retenons ces quelques questions qui sont autant de reproches : « les limites des diocèses, sans l’intervention de l’église et contre son vœu, déplacées, confondues ? Une foule de pasteurs légitimes arrachés à leurs propres troupeaux, et une multitude de fidèles sans pasteurs, ou, ce qui serait plus déplorable encore, conduits par des pasteurs intrus et sans mission ? Les assemblées religieuses […] transformées aujourd’hui en assemblées politiques, où l’on ne connaît que la qualité de citoyen, où le corps du peuple et du clergé n’est point admis, où des juifs, des hérétiques, de prétendus philosophes peuvent avoir la principale influence et où […] se fera juridiquement l’élection des évêques et des pasteurs ? […] Ces grands monastères, que les Belges et l’Artois avaient multipliés à l’envi, qu’ils ont protégés si constamment contre l’injure des temps et les fureurs des guerres, frappés du coup mortel qui doit bientôt les faire disparaître de l’Église et de l’Empire ? »
M. Carpentier est nommé curé de Provin à partir de 1792.. Il était prêtre constitutionnel, c’est-à-dire nommé par l’État révolutionnaire en 1791. Le prêtre constitutionnel adhère à la Constitution civile du clergé (condamnée par le pape Pie VI) en prêtant serment à la Nation. Son statut est celui de salarié et d’agent de l’État, il ne dépend plus du Saint-Siège. Environ 50 % des curés de l’Ancien Régime ont prêté le serment. Le clergé constitutionnel a existé de 1790 jusqu’au Concordat de 1801 signé entre Napoléon Bonaparte et le Pape Pie VII.
L’Inventaire des Archives Ecclésiastiques. révèle qu’au sortir de la Révolution « deux cents de terre communale seront vendus, dont le produit sera employé à réparer les dégâts de la guerre et à acheter une cloche. »
Au siècle La cloche demandera des soins attentifs : fondue par DrouotVoir une biographie des Drouot, fondeurs de cloches sur http://tchorski.morkitu.org/13/drouot.htm. en 1828 (elle sera refondue en 1899), elle portera le nom de Marie de Provin ; sa marraine est une certaine Albertine et son parrain Antoine Thobois. Théodore Leuridan ajoute que le curé de la paroisse était alors Charles Delaeter. Dix ans plus tard, la cloche, fêlée, sonne faux ; le prix demandé par les fondeurs est trop élevé ; M. le Maire, M. Thobois, s'adresse au Préfet, qui ne pourra subventionner qu’une partie du coût. Le Conseil Municipal, réuni en ce , prend la chose très au sérieux : « Pour subvenir aux frais de refonte de la cloche, il y a lieu de voter une imposition extraordinaireRegistre des délibérations municipales. Ville de Provin. Années 1838 à 1863. » Un mois plus tard, le , se déroule une séance extraordinaire en présence des douze plus forts contribuables de la commune. Une imposition extraordinaire valable pour l’an 1839 est votée en vue de la refonte de la cloche, qui sera effectuée cette même année.
Les plans cadastraux du précisent l’orientation de cette église : l’arrière de l’église donne sur l’actuelle rue Léon-Gambetta. Le chœur est donc tourné vers l’est. Le plan de 1806 indique le cimetière, situé en partie sur l’actuel square Georges-Brassens. L’église nécessite des réparations en 1814.
Celle qui sera construite en 1897-1899Source : Archives départementales du Nord, Affaires communales. a changé d’allure. Son entrée est face à la rue principale du village. L’abbé Théodore Leuridan, en 1906, confirme cette construction dans son ouvrage Épigraphie du Nord) : L’ancienne église de Provin a été remplacée, en 1895, par un édifice roman construit d’après les plans de Paul Destombes, architecte à Roubaix. Au-dessus du portique figure l’inscription : Érigée en 1895. M. L. Menu, maire ; M. A. Mortelecque, adjoint. La cloche, quant à elle, porte la dédicace suivante : « Je m’appelle Marie de Provin, donnée par les paroissiens ; en leur nom je célèbre la gloire de Dieu et les louanges de Marie. Baptisée l’an du Seigneur 1899, j’ai eu pour parrain Louis Legrain, président du Conseil de fabrique, pour marraine Adèle Fourmaux ; Louis Menu-Sion étant maire, Désiré-Joseph Van Costenobel, curé.»
Au lendemain de la Première Guerre mondiale alt=L'église de Provin en ruines, en 1919.|gauche|vignette|350x350px|L'église de Provin en ruines, en 1919. Briques et bois enchevêtrés : voici ce qu’il reste de l’église après sa destruction par les Allemands vers la fin . « La puissance hautement symbolique que revêt l’image de clochers décapités, de murs pantelants, voire de simples amoncellements de gravois signalant l’emplacement du sanctuaire englouti par la tornade de feu […] est à la mesure de l’enjeu que représentent tout à la fois la destruction et le relèvement des églises, signes identitaires et fondateurs des territoires. La destruction de l’église, et plus particulièrement l’église de village dans ce conflit qui a majoritairement pour théâtre le monde rural, porte en elle une telle charge émotionnelle que sa renaissance impose d’emblée des contraintes particulières.. »