thumb|Aperçu de l'expérience Hyper-Kamiokande

Hyper-Kamiokande (également appelé Hyper-K ou HK) est à la fois un observatoire de neutrinos et le nom d'une expérience en construction à Hida, dans la préfecture de Gifu, et à Tokai dans la préfecture d'Ibaraki, au Japon. Elle est conduite par l'université de Tokyo et par l'Organisation de recherche sur les accélérateurs de haute énergie (connue sous le nom de KEK), en collaboration avec des instituts de plus de vingt pays répartis sur six continents.

En tant que successeur des expériences Super-Kamiokande (également Super-K ou SK) et T2K, elle est conçue pour rechercher la désintégration du proton et détecter les neutrinos provenant de sources naturelles tels que les géoneutrinos, les neutrinos atmosphériques, les neutrinos solaires et les neutrinos cosmiques, ainsi que pour étudier les oscillations des neutrinos d'un faisceau produit par un accélérateur.

Le début de la prise de données est prévu pour 2027. Localisation L'expérience Hyper-Kamiokande sera située en deux endroits : Le faisceau de neutrinos sera produit dans le complexe d'accélérateurs du J-PARC () et étudié par un ensemble de détecteurs proches et intermédiaires situés dans le village de Tokai, dans la préfecture d'Ibaraki, sur la côte est du Japon. Le détecteur principal, également appelé Hyper-Kamiokande (HK), est en cours de construction sous le pic du mont Nijuugo dans la ville de Hida, dans la préfecture de Gifu, dans les Alpes japonaises (). Le détecteur HK sera utilisé pour les recherches de désintégration du proton, les études des neutrinos provenant de sources naturelles et servira de détecteur lointain pour la mesure des oscillations du faisceau de neutrinos à la distance correspondant au premier maximum d'oscillation.

Programme de physique

Oscillations des neutrinos atmosphériques et des neutrinos issus d'accélérateur

L'oscillation des neutrinos est un phénomène de mécanique quantique dans lequel les neutrinos changent de saveur (les états propres de saveur ou d'interaction sont le neutrino électronique , le neutrino muonique et le neutrino tauique ) lors de leur propagation puisque ces états de saveur sont un mélange d'états propres de masse (, et avec les masses associées , et ). Les probabilités d'oscillation dépendent de six paramètres du modèle standard de la physique des particules : trois angles de mélange (, , et ) qui gouvernent le mélange entre les états propres de masse et de saveur, deux différences de masses carrées ( et , avec ), une phase () qui est responsable de l'asymétrie matière-antimatière (violation de la symétrie CP) dans les oscillations de neutrinos, ainsi que de deux paramètres qui dépendent de l'expérience considérée : l'énergie des neutrinos, la longueur de base ("baseline" en anglais), qui est la distance parcourue par les neutrinos au point où les oscillations sont mesurées.

Poursuivant les études menées par l'expérience T2K, le détecteur lointain HK mesurera les spectres en énergie des neutrinos électroniques et muoniques du faisceau (initialement produit comme un faisceau quasi-pur de neutrinos muoniques) et les comparera avec les prédictions théoriques calculées sans phénomène d'oscillation. Ces prédictions théoriques dépendent du flux initial de neutrinos ainsi que des modèles d'interaction qui sont contraints par les mesures effectuées par les détecteurs proches et intermédiaires. A l'énergie du faisceau de neutrinos de HK/T2K (600 MeV) et à une distance entre le J-PARC et le détecteur HK/SK (295 km), la mesure à lieu au premier maximum d'oscillation à la fréquence gouvernée . Le faisceau de neutrinos du J-PARC peut fonctionner en deux modes distinct dans lesquels sont produits des neutrinos ou des antineutrinos. La mesure des oscillations dans ces deux modes fournira des informations sur la probabilité de survie des (anti)neutrinos muoniques (), ainsi que la probabilité d'apparition () des (anti)neutrinos électroniques où représente la probabilité qu'un neutrino produit initialement avec une saveur soit détecté plus loin avec une saveur .

thumb|Capacité de l'expérience Hyper-K d'exclure la conservation de la symétrie CP en fonction de la valeur vraie de

La comparaison des probabilités d'apparition des neutrinos et des antineutrinos électroniques ( versus ) permet de mesurer la phase . Celle-ci varie de à (de -180° à +180°) et les valeurs et correspondent à la consrvation de la symétrie CP. Après 10 années de prise de données, HK devrait confirmer à un niveau de confiance d'au moins si la symétrie CP est violée dans les oscillations de neutrinos pour 57% des valeurs possibles de . La violation de cette symétrie est l'une des conditions nécessaires pour produire un excès de matière (supposée avoir été produite en quantité égale avec l'antimatière) dans l'univers primordial, ayant pour conséquence l'univers composé uniquement de matière que l'on observe aujourd'hui. Les neutrinos du faisceau seront également utilisés pour améliorer la précision de la mesure des autres paramètres d'oscillation, , et , et pour réaliser des mesures des paramètres des modèles d'interaction des neutrinos.

La détermination de la hiérarchie des masses des neutrinos (c'est-à-dire de savoir si l'état propre de masse est plus léger ou plus lourd que les états et ) ou de façon équivalente la mesure du signe (encore inconnu) du paramètre se fait en observant la propagation des neutrinos dans la matière. Dans les conditions du faisceau de neutrinos de HK (, ) les effets de matière sont relativement faibles. L'expérience HK mesure également les oscillations des neutrinos atmosphériques. Les neutrinos atmosphériques sont les neutrinos produits (conjointement avec d'autres particules) lors des interactions des rayonnements cosmiques primaires avec l'atmosphère terrestre. Puisque ces interactions ont lieu tout autour du globe, HK a accès à des neutrinos ayant parcouru une large gamme de distances allant de quelques centaines de mètres jusqu'au diamètre de la Terre. Puisque ces neutrinos subissent des effets de matière beaucoup plus importants, ils peuvent être utilisés pour déterminer la hiérarchie des masses des neutrinos.

En résumé, c'est l'analyse combinée des oscillations des neutrinos de faisceau et des neutrinos atmosphériques qui fournira la sensibilité la plus élevées aux paramètres d'oscillation , , , et .

Astronomie neutrino et géoneutrinos

Les supernovas à effondrement de cœur produisent de grandes quantités de neutrinos. Pour une supernova située dans la galaxie d'Andromède, entre neutrinos sont attendus dans le détecteur HK. Pour une supernova galactique située à une distance de , de de neutrinos sont attendues en quelques dizaines de secondes. Si Bételgeuse, située à une distance de , finissait sa vie en supernova, ce taux pourrait atteindre jusqu'à interactions par seconde. Un tel taux d'événements a été pris en compte dans la conception de l'électronique et du système d'acquisition de données (DAQ) du détecteur, ce qui signifie qu'aucune donnée ne serait perdue même pour un tel phénomène. Les profils temporels du nombre d'événements enregistrés dans HK et leur énergie moyenne permettent de tester différents modèles d'explosion. Les informations directionnelles des neutrinos dans le détecteur lointain HK peuvent fournir une alerte précoce afin d'informer les autres observatoires pour la détection des ondes électromagnétiques émises par la supernova dans le paradigme des observations multi-messagers.

Les neutrinos qui ont été produits par toutes les supernovas à effondrement de cœur tout au long de l'histoire de l'univers sont appelés neutrinos reliques de supernova (SRN) ou fond diffus de neutrinos de supernovas (DSNB). Ils portent non seulement des informations sur le mécanisme d'explosion des étoiles encore mal connu mais également des informations sur l'histoire de la formation des étoiles et sur l'évolution de l'univers. En raison de leur faible flux (quelques dizaines/cm²/s), ceux-ci n'ont pas encore été découverts bien que des recherches soient actuellement en cours avec la phase au gadolinium de Super-K. Avec dix années de prise de données, HK devrait détecter environ DSNB dans la plage d'énergie allant de .

En ce qui concerne les neutrinos solaires (de type ), les objectifs expérimentaux de HK sont : La recherche d'une asymétrie jour-nuit dans le flux de neutrinos qui résulte des différentes distances parcourue dans la matière (pendant la nuit, les neutrinos traversent une bien plus importante quantité de matière avant d'entrer dans le détecteur puisque le Soleil est sous l'horizon) et donc de probabilité d'oscillations différentes en raison des effets de matière. La mesure de la probabilité de survie des pour des énergies de neutrinos comprises entre . Cette région est particulièrement sensible à de nouveaux phénomènes de physique au-delà du modèle standard, comme l'existence de neutrinos stériles ou de nouvelles interactions. La première observation de la branche hep, de la chaîne pp prédite par le modèle solaire standard. La comparaison du flux de neutrinos avec l'activité solaire (par exemple, le cycle solaire de ).

Les géoneutrinos sont produits dans les désintégrations des radionucléides présents à l'intérieur de la Terre. Les études des géoneutrinos par Hyper-Kamiokande aideront à évaluer la composition chimique du noyau terrestre en lien avec la génération du champ géomagnétique.

Désintégration du proton

La désintégration d'un proton libre en particules subatomiques plus légères n'a jamais été observée, mais elle est prédite par certaines théories de grande unification (GUT) et résulte de la violation du nombre baryonique (B). La violation de B est l'une des conditions nécessaires pour expliquer la prédominance de la matière sur l'antimatière dans l'univers. Les principaux canaux étudiés par HK sont favorisé dans la plupart des modèles de GUT, et prédit par des théories incluant la supersymétrie.

Avec dix années de prise de données (dans le cas où aucune désintégration ne serait observée), on s'attend à ce que HK augmente la limite inférieure de la durée de vie moyenne du proton de à années pour son canal de désintégration le plus sensible () et de à années pour le canal .

Matière noire

La matière noire est une forme hypothétique de matière non lumineuse proposée pour expliquer de nombreuses observations astronomiques suggérant l'existence d'une masse invisible supplémentaire dans les galaxies. Si les particules de matière noire interagissent faiblement, elles peuvent produire des neutrinos par annihilation ou par désintégration. Ces neutrinos pourraient être observés dans le détecteur HK sous la forme d'un excès de neutrinos provenant de directions présentant de forts potentiels gravitationnels tels que le centre galactique, le Soleil ou la Terre, par rapport à un fond isotrope de neutrinos atmosphérique.

Description de l'expérience

L'expérience Hyper-Kamiokande se compose d'une ligne de faisceau de neutrinos, d'un ensemble de détecteurs proches, d'un détecteur intermédiaire et du détecteur lointain (également appelé Hyper-Kamiokande). Le détecteur lointain seul sera utilisé pour les recherches sur la désintégration du proton et l'étude des neutrinos provenant de sources naturelles. Tous ces éléments serviront aux études sur les oscillations des neutrinos issus de faisceau. Avant le lancement de l'expérience HK, l'expérience T2K terminera sa prise de données et HK reprendra la ligne de faisceau existante ainsi et l'ensemble de détecteurs proches. Les détecteurs intermédiaire et lointain devront quant à eux être construits.

Ligne de faisceau

Détecteurs proches

Le détecteur intermédiaire Tcherenkov à eau (IWCD)