L'invasion mongole de l'Empire khwarezmien est une campagne militaire dirigée par Genghis Khan, qui a lieu entre 1219 et 1221The Islamic World to 1600: The Mongol Invasions (The Il-Khanate) et qui marque le début de l'invasion mongole des pays musulmans. L’expansion mongole se solde finalement par la conquête de la quasi-totalité de l’Asie, ainsi que certaines parties de l’Europe de l'Est, à l'exception du Japon, du sultanat mamelouk d’Égypte et de la plus grande partie du sous-continent indien et de l’Asie du Sud-Est.
Dans un premier temps, les Mongols ne souhaitent pas envahir l’Empire khwarezmien. Selon l’historien persan Juzjani, au début Genghis Khan a juste envoyé à Ala ad-Din Muhammad, le souverain de l’Empire khwarezmien, un message visant à établir des liens commerciaux, où il s'adresse à lui comme étant son voisin : « Je suis le maître des terres du soleil levant, tandis que vous régnez sur celles du soleil couchant. Concluons un solide traité d’amitié et de paix ». Suivant les chroniques ou les traductions consultées, on peut aussi trouver cette version du texte : « Je suis le Khan des terres du soleil levant, tandis que vous êtes le Sultan de celles du soleil couchant : concluons un solide accord d’amitié et de paixRatchnevsky, Paul. Genghis Khan: His Life and Legacy, . ». À cette date, le Khan a réussi à unifier tous les « peuples des tentes de feutre », soit les tribus nomades de Mongolie ainsi que plusieurs peuples turcs et quelques autres peuples nomades. Cette unification a été menée à bien avec relativement peu de pertes humaines et presque aucune perte matérielle. Mais les guerres des Mongols avec les Jürchens de la dynastie Jin et les Tangoutes de la dynastie Xia ont cependant montré à quel point les Mongols peuvent être cruels. Le Chah Muhammad accepte avec réticence ce traité de paix, qu'il va bien vite rompre. En effet, la guerre commence moins d’un an plus tard, quand une caravane mongole et ses émissaires sont massacrés dans la ville khwarezmienne d’Otrar.
Dans la guerre qui s’ensuit, l’Empire khwarezmien est détruit en moins de deux ans.
Origines du conflit
Après la défaite des Kara-Khitans, l'Empire mongol de Gengis Khan gagne une frontière avec l’Empire khwarezmien, qui est dirigé par le Chah Ala ad-Din Muhammad. À cette époque, le Chah venait juste d'annexer de nouveaux territoires et était également occupé par un différend avec Al-Nasir, le calife de Bagdad. En effet, héritant d'un conflit larvé datant de l'époque de son père, Ala ad-Din Tekish, Ala ad-Din Muhammad a refusé de rendre l’hommage obligatoire au calife, le chef titulaire de l’Islam, et a exigé de ce dernier qu'il le reconnaisse shah de son empire, sans avoir recours aux habituels prétextes fallacieux et autres pots-de-vin. Muhammad a donc des problèmes à gérer sur sa frontière ouest lorsque les Mongols apparaissent sur sa frontière nord-est à la faveur de l'expansion de leur empireSaunders, J. J. The History of the Mongol Conquests. S'il est un point sur lequel les historiens mongols sont formels et inflexibles, c'est qu'à ce moment-là, le grand khan n’a aucune intention d’envahir l’Empire khwarezmien et est seulement intéressé par le commerce et même une potentielle allianceHildinger, Eric. Warriors of the Steppe: A Military History of Central Asia, 500 B.C. to A.D. 1700.
Le Chah est très suspicieux par rapport aux intentions réelles de Genghis Khan concernant cet accord commercial et les messages de son ambassadeur à Zhongdu (Pékin), qui lui décrivent la sauvagerie exagérée des Mongols lorsqu’ils ont attaqué la ville pendant leur guerre avec la dynastie Jin ne sont pas faits pour le rassurerSoucek, Svatopluk A History of Inner Asia. De plus le calife de Bagdad a tenté de déclencher une guerre entre les Mongols et le Chah, quelques années avant le déclenchement de la véritable invasion mongole. Le calife a tenté de s'allier avec Gengis à cause de son différend avec le Chah ; mais le khan n’a aucun intérêt à s'allier avec quelqu'un revendiquant une autorité suprême, même si ladite autorité est purement symbolique. Cette opposition inconciliable entre les prétentions universalistes du Calife et celles des Mongols conduit par la suite à la destruction du califat par Houlagou Khan, le petit-fils de Gengis Khan. De plus, au moment de cette demande, la guerre contre la dynastie Jin mobilise toutes les forces de Gengis, qui gagne plus à commercer avec l’Empire khwarezmien qu'à déclencher une nouvelle invasion.
Après son message, le Khan envoie une caravane comptant , tous musulmans, pour établir des liens commerciaux officiels avec le Khwarezm. Cependant, Inalchuq, le gouverneur de la ville khwarezmienne d’Otrar, arrête les membres de la caravane qui viennent de Mongolie et affirme qu'il s'agit d'espions envoyés par les Mongols au Khwarezm. Malgré les affirmations du gouverneur, il semble peu probable que tous les membres de la délégation commerciale soient des espions, tout comme il semble peu probable que Gengis tente d’engager un conflit avec l’Empire khwarezmien. En effet, au même moment il progresse régulièrement dans sa campagne militaire contre un empire Jin chancelant et semble être en bonne voie pour annexer le nord de la Chine .
Gengis Khan réagit à cette arrestation en envoyant un groupe de trois ambassadeurs, un musulman et deux Mongols, rencontrer le Chah lui-même et exiger que la caravane soit remise en liberté et que le gouverneur lui soit remis pour être puni. Le Chah rejette en bloc les demandes du Khan, fait raser les Mongols et décapiter le musulman, avant de les renvoyer en Mongolie. Muhammad ordonne également l'exécution de tous les membres de la caravane. Ceci est considéré comme un grave affront fait au Khan lui-même, pour qui les ambassadeurs « sont sacrés et intouchablesPrawdin, Michael. The Mongol Empire. ». Furieux, Gengis Khan réagit en attaquant la dynastie des Khwarezmchahs et en 1219 les Mongols traversent les monts Tian pour attaquer l’empire du ChahRatchnevsky 1994, ..
Début de l'invasion
Après avoir rassemblé des informations provenant de nombreuses sources de renseignement, principalement d'espions situés le long de la route de la soie, Gengis Khan a soigneusement préparé son armée, qui est organisée différemment par rapport à ses précédentes campagnesVoir "Armée mongole" pour plus de détails.. Les changements concernent surtout l'intégration de nouvelles unités qui viennent appuyer ses redoutables cavaliers lourds et légers. Même s'il s'appuie toujours sur les avantages que lui procurent sa traditionnelle cavalerie nomade mobile, Gengis a assimilé de nombreux aspects de l'art de la guerre chinois, notamment tout ce qui concerne la guerre de siège. Son train de bagages inclut des engins de siège, comme des béliers, de la poudre à canon et d'énormes balistes capables de lancer des flèches de de long dans les murs et les rangs des assiégés. En outre, les Mongols peuvent compter sur un formidable réseau de renseignements et ils n'envahissent jamais un adversaire sans avoir au préalable étudié ses capacités militaires et économiques, ainsi que sa volonté et sa capacité à résister. Par exemple, Subötaï et Batu ont procédé à des repérages pendant un an en Europe centrale, avant de détruire les armées de la Hongrie et la Pologne dans deux batailles distinctes, à deux jours d’intervalleChambers, James. The Devil's Horsemen.
Les avis divergent sur la taille exacte de l’armée mongole durant cette campagne. Beaucoup d’historiens musulmans contemporains des événements affirment que l’armée mongole était supérieure en nombre, avec du Chah, répartis dans tout l’empire, devant faire face à environ 600 000-700 000 Mongols. Certaines sources, plus rares, parlent de pour Gengis Khan. Le problème de ces chiffres, c'est que cela correspond à plusieurs fois la taille de la population mongole totale. En effet, le mode de vie nomade de ces derniers les empêche d'amasser les ressources alimentaires nécessaires à la survie d'une population importante. Les historiens modernes débattent encore pour savoir dans quelle mesure ces chiffres reflètent la réalité. David Morgan et Denis Sinor, entre autres, doutent que ces chiffres soient exacts en termes absolus ou relatifs, tandis que John Mason Smith considère qu'il s'agit de chiffres exacts. Sinor attribue aux Khwarezmiens une armée comptant au total , mais limite celle des Mongols à -. Les sources quasi contemporaines de l'invasion, telles que les écrits de Rashid Al-Din, affirment que les Mongols avaient au total en 1206 et en 1227France, . Enfin, John France, après avoir recoupé une grande variété de sources et utilisé des méthodes d’estimation, considère que l'armée mongole était forte de et que l'armée du shah en comptait probablement 40 000France, .
Toujours est-il que Gengis prend avec lui ses généraux les plus capables, ainsi qu'un grand nombre de combattants et d'experts d'origine non mongole, principalement des Chinois. Ces étrangers sont des spécialistes du siège, de la construction de ponts, des médecins et une grande variété de soldats spécialisés. Lors de l’invasion de la Transoxiane en 1219, en plus de la force principale des Mongols, Gengis Khan a utilisé une unité de Chinois spécialistes des catapultes durant les combats. Ils sont également présents en 1220, lorsque le Khan retourne en Transoxiane. Ces Chinois ont pu utiliser les catapultes pour lancer des bombes à poudre noire, car ils maitrisent déjà cette technologie à l'époque et plusieurs Chinois familiarisés avec l'usage de la poudre à canon servent dans l’armée du Khan. Les historiens suggèrent que c'est l’invasion mongole qui a amené les armes à poudre noire chinoise en Asie centrale. L’une de ces armes est le huochong, un mortier chinois.
C'est durant cette invasion que le Khan utilise pour la première fois la tactique de l’attaque indirecte, qui va devenir une des marques distinctives de ses campagnes ultérieures et de celles de ses fils et petits-fils. Gengis Khan divise ses armées et envoie vers le cœur du territoire ennemi une force dont le seul objectif est de trouver et exécuter le Chah, ce qui implique que le dirigeant d'un empire aussi vaste que celui du Khan, avec à sa disposition une armée plus importante, est obligé de courir à travers son propre pays pour sauver sa vie. Les différentes armées mongoles ainsi formées détruisent une à une les troupes dispersées du Chah et commencent la dévastation totale du pays, dévastation qui va également devenir une des marques distinctives des campagnes ultérieures du Khan.
De son côté, le Chah Muhammad a mobilisé une armée hétéroclite, ses soldats turcs sont indisciplinés et l'unité fait défaut entre les soldats turcs, iraniens, arabes et afghans de l'armée. La méfiance du Chah à l'égard de ses troupes et de ses commandants turcs Qanqli, fait qu'il n'envisage de livrer bataille que dans des conditions favorables et avec une supériorité numérique sur ses adversaires. Il adopte une stratégie de défense en profondeur basée sur des villes fortifiées et installe des garnisons de soldats vétérans dans différentes villes, dont Otrar, Boukhara, Banakat et Samarcande, comptant sur l'inexpérience des Mongols en matière de siège et sur leur méconnaissance du terrain pour retarder leur progression et lui donner l'occasion de livrer bataille au moment où il le décidera. Il prévoit de lever une nouvelle armée au-delà de l'Amou-Daria, près de Kelif, puis de frapper les Mongols en Transoxiane, ou de défendre la barrière de l'Amou-Daria en empêchant les Mongols de franchir le fleuve et, si nécessaire, de battre en retraite vers Ghazni, puis vers l'Inde. Les décisions initiales du Chah en matiére de tactique et de déploiement de ses troupes vont se révéler catastrophiques tout au long de la campagne.