vignette|Un centre de planification familiale en Malaisie, en 2005.
La régulation des naissances est l'ensemble des diverses politiques gouvernementales nationales ou étatiques visant à la modification du taux de fécondité d'un pays. Elle fait partie de la planification familiale.
L'accès à l'éducation, à la contraception, voire à l'interruption volontaire de grossesse, permettent de réduire ce taux. L'accès à la procréation médicalement assistée permet de l'augmenter.
Les politiques de régulation de naissances, parfois liée à une conception malthusienne, ou à l'inverse populationniste, procèdent aussi par incitations fiscales, économiques, politiques
Histoire de la contraception vignette|Premier préservatif découvert en Suède en 1640. Le principal moyen recensé pour limiter les grossesses au cours des siècles est l'abstinence sexuelle.. Les hommes au paléolithique pratiquaient certainement la contraception..
Dans l'Antiquité Déjà chez les Mésopotamiens (1600 ), les femmes utilisent des pierres pour ne pas concevoir. : elles choisissent des pierres ovales ou arrondies qu'elles s'introduisent dans le vagin, le plus loin possible ; c'est la méthode intra-utérine. En Égypte, le Papyrus Ebers et Kahun prescrivent plusieurs recettes contraceptives, composées d'excréments de crocodile, de natron, de miel et de gomme arabique. Les remèdes de contraception dans l'Égypte antique sont des produits d'origine végétale, minérale ou animale. Certains sont aujourd'hui reconnus comme efficaces et utilisés dans les spermicides modernes. On dit aussi que les premiers préservatifs masculins seraient égyptiens, confectionnés avec des intestins de petits animaux (chats…)Hervé Le Bras, « Maîtrise des naissances : vie privée et défi planétaire », Concordance des temps, France Culture, émission du , ..
Selon certains auteurs., il existerait aussi, dans les papyrus égyptiens, des écrits disant que Ramsès aurait fait distribuer à la population des contraceptifs pour limiter la surpopulation et les risques de famine.
Dans le monde hébraïque La sexualité dans le judaïsme se fonde sur la Bible et les Mishnas. La contraception n'est tolérée que dans certains cas et pour une durée définie.. La régulation des naissances va à l'encontre de deux fondements du judaïsme, l'obligation de concevoirMishna Yevamot 6:6. et l’interdiction d'onanisme. Néanmoins, selon le commentaire de la Bible du rabbin Raschi, Onan aurait été puni pour avoir transgressé les lois du lévirat, plus que « pour avoir gaspillé sa semence »Rachi, Commentaire sur Pentateuque, , . Cité par Pierre Simon, Le contrôle des naissances : histoire, philosophie, morale, Paris : Payot, c1966, .. Les anciens Hébreux, qui pratiquaient la polygamie, étaient parfois autorisés des moyens contraceptifs si la grossesse risquait de mettre en danger la vie de la mère. Le droit talmudique, tiré de la Halakha admet la prévention mais en laisse uniquement l'initiative à la femmePierre Simon, Le contrôle des naissances : histoire, philosophie, morale, Paris : Payot, c1966, ..
De leur côté, les Araméennes de confession hébraïque utilisent, sur le conseil du rabbin (), le moukh, une éponge placée dans le vagin qui empêche le sperme d'atteindre l'utérusNathalie Guiol. Les tribulations du vase sacré : une histoire de la contraception et de l'avortement vue du côté des femmes. Mouvement français pour le planning familial, 1999..
En Chine et en Inde Au , un maître physicien chinois avait déjà documenté les techniques du coitus reservatus et du coït interrompu, qui empêchent le sperme d'entrer dans le vagin. Cependant on ne sait pas si ces méthodes étaient utilisées comme moyen de contraception. À la même époque, Sun Simiao, un médecin et alchimiste chinois, expliquait certaines méthodes de contraception dans thousand of gold contraceptive prescription pour les femmes qui ne voulaient plus avoir d'enfant.. Cette prescription, qui devait induire la stérilité, était faite d'huile d'olive et de mercure chauffés ensemble pendant une journée et pris oralement..
En Inde, les textes de Vatsyayana (au ) présentent plusieurs méthodes de contraception dont le coitus obstructus.
Dans la Grèce antique Contraception Les Grecs et les Romains ont quant à eux utilisé l'avortement et l'infanticide en cas d'échec des drogues et des amulettes, notamment pour éviter un enfant issu d'un riche citoyen et de son esclave.
Une société patriarcale La place prépondérante des hommes dans la cité grecque antique a eu une large influence sur la régulation des naissances. En effet, si les femmes régnaient dans le domaine domestique, les hommes dominent le monde public de l'agora, du gymnase et du symposium. À l'exception de quelques personnages féminins mythologiques, comme Clytemnestre ou de la poésie homérique, comme Pénélope qui en font des objets de respect, les mythes antiques sont dominés par les hommes. Selon le poète Hésiode, Zeus aurait puni l'homme du vol du feu par Prométhée en créant la femme et en la dotant d'une parole habile, de tendances au vol et d'un esprit contraire à la pudeurAngus McLaren, Histoire de la contraception de l'Antiquité à nos jours ; préface du Docteur Pierre Simon ; traduit de l'anglais par Isabella Morel et Jean Rosenthal, Paris : Noêsis, c1996, .. D'après Démocrite, souhaitant s'assurer d'avoir un héritier mâle, les pères qui n'avaient eu que des filles avaient parfois recours à l'adoption. Les adoptés étaient, en outre, souvent des adultes, conformes aux intérêts du père, évitant ainsi à ce dernier une éventuelle déception à l'égard de son fils biologique. La méthode la plus simple pour qu'il y ait suffisamment d'héritiers, sans craindre la surpopulation était, pour la cité, de reculer l'âge du mariage des femmes et, ainsi, de limiter le nombre d'années où elles pouvaient enfanter.
Le rôle de la femme dans la procréation est sujet à débat : Aristote la décrit comme passive tandis que Hippocrate la décrit comme active. Au , Parménide affirmait que les hommes, comme les femmes, produisaient de la semence ou de la « graine » : selon lui, une graine provenant du testicule droit, recueillie du côté droit de l'utérus produirait un garçon ; du côté gauche c'est une fille. Les autres combinaisons donnaient soit un garçon ressemblant à sa mère, soit une fille ressemblant à son pèreLeonardo Taran, Parmenides, Princeton University Press, Princeton, New Jersey, 1965, ; voir aussi . Cité par Angus McLaren, Histoire de la contraception de l'Antiquité à nos jours, , ..
Le contraceptif grec () frame|Pièce ancienne représentant une tige de silphium utilisée comme contraceptif. C'est à partir du que toute la Grèce se préoccupa de la nécessité de réguler les naissances. Au , le portrait de la Grèce antique que fait Polybe illustre la conception des Grecs de la surpopulation. Il parle de « décroissement de population, [de] cette pénurie d'hommes qui, de nos jours, se fait sentir dans toute la Grèce, et qui rend nos villes désertes, nos campagnes incultes, sans que cependant des guerres continuelles ou des fléaux tels que la peste aient épuisé nos forces »Polybe, Histoire Générale, traduit par Félix Bouchot, Paris, 1847, , , 4, 9. 286-287. Cité par Angus McLaren, Histoire de la contraception de l'Antiquité à nos jours, , .. Cette conception, singulière dans le monde, s'illustre à travers le vocabulaire : les Grecs avaient le mot pour désigner le contraceptif alors qu'en latin, il n'existe qu'un terme vague - - qui signifiait « poison ». Pour autant, les références écrites à des traitements contre la stérilité étaient plus nombreuses que celles à des contraceptifs, prouvant ainsi que la stérilité était communément crainte par les Grecs.
Selon les théories médicales grecques, la réussite de la procréation tenait à la bonne santé des sujets et à l'équilibre de leurs humeurs, une théorie qui sera popularisée au Moyen Âge sous le nom de théorie des humeurs. Dans la Grèce antique, d'après ces théories, la fécondité était renforcée par des aliments réchauffants, tels que les légumes, les céréales, les noix et les fruits contenant de nombreux pépin. En dehors de l'alimentation, des pommades chaudes pouvaient être appliquées et des fumigations administrées à cette fin. Par ailleurs, selon Aristote, la saison joue un rôle primordial. Il déconseille à ce titre un temps froid, une eau froide et un vent sec et considère le printemps comme la meilleure saison pour procréer. Un régime alimentaire chaud était d'autant plus préférable, selon lui, qu'il donnait davantage de garçons tandis qu'un régime froid donnait davantage de filles.
Le coït interrompu, même s'il a été peu décrit dans les textes antiques, restait l'une des formes les plus simples de contraception, mais également la pratique de rapports anaux (la sodomie notamment) dans les relations hétérosexuelles, sans doute popularisée par l'enthousiasme des Grecs pour l'homosexualité. Quant aux femmes, puisque l'allaitement arrête l'ovulation, la façon la plus naturelle pour elles de se protéger d'une éventuelle nouvelle grossesse était de prolonger la période pendant laquelle elles nourrissaient au sein leur enfant. Par ailleurs, le calcul des cycles menstruels devait leur permettre de savoir à quelles périodes elles étaient les plus fécondes ; on estimait alors qu'il s'agit de celles survenant juste avant ou juste après les menstruations.
Au , Dioscoride complétait, dans son traité de botanique De materia medica, les informations sur les tisanes fournies par Théophraste au Dans cet ouvrage, il énumère de nombreuses recettes de breuvages à base l'écorce d'aubépine, les feuilles de lierre, de saule et de peuplier, censés contenir des éléments stérilisants. Les baies de genièvre, placées dans le pénis ou la vulve garantiraient une stérilité temporaire. Il mentionne aussi un suppositoire à la menthe et au miel avant le coït et un pessaire poivré après. Aristote recommande de prendre les feuilles de saule comme contraceptif (analogie avec l'absence de graines de cet arbre selon la théorie des signatures). Les ouvrages hippocratiques recommandaient quant à eux l'utilisation du sulfate de cuivre, alors connu sous le nom de « misy ».
L'avortement chez les femmes grecques Soranos d'Éphèse décrit la pratique de l'avortement et la confection d'un tampon qui empêche l'ascension du sperme, en parlant des éponges du Levant, réputées pour leur souplesse et leurs capacités d'absorptionTraité de gynécologie et d'obstétrique de Soranos d'Éphèse au .. Ces éponges, dénommées « mignonnettes », étaient toujours utilisés au . Les mentions des techniques d'avortement dans la Grèce antique sont nombreuses : pessaires comprenant un mélange de drogues irritantes diluées dans une solution huileuse ou graisseuse, coïts répétés, fièvres, vomissements ; et d'autres plus risquées comme la perforation de la poche des eaux, l'introduction de dilatateurs en bois, en plomb ou en étain dans le col de l'utérus ramolli par des fumigations…
Selon certains auteurs grecs d'ouvrages médicaux, l'avortement était une pratique à laquelle les femmes avaient parfois secrètement recours mais aucune trace de loi contre l'avortement dans les textes des premiers législateurs n'a été trouvée. Cependant, l'avortement était considéré comme une cause d'impureté dans de nombreux cultes, qui interdisait l'accès aux sanctuaires religieux pendant un certain temps. L'avortement était d'autant plus toléré dans la Grèce antique que la pratique de l'abandon d'enfants n'était pas rare : le thème de l'enfant abandonné et sauvé était même populaire dans la littérature grecque, à l'image de celle mettant en scène le personnage d'Œdipe.
Chez les Romains Régulation des naissances