Jean Rudolf Zurcher (1918-2003) est un éducateur, théologien, philosophe et administrateur franco-suisse de l’Église adventiste du septième jour qui contribua à la recherche biblique sur l’anthropologie biblique, la christologie, les prophéties apocalyptiques, et les études sur Ellen White.

Il a été président du séminaire adventiste de Soamanandrariny à Madagascar, du Séminaire adventiste du Salève en France, le secrétaire général de la Division eurafricaine, un membre de la Fondation Ellen White et de l’Institut de recherche biblique.

Biographie

Enfance et adolescence en Suisse Jean Zurcher naît le à Cerlier en Suisse, une petite ville au bord du lac de Bienne, à la frontière linguistique du canton de Berne. Il est le huitième d’une famille de neuf enfants.

Son père, Frédérik, possède une ferme non loin du lac et des vignes sur les coteaux du Jolimont. Sa mère, Marie, gère un commerce de grains au rez-de-chaussée de la maison familiale, construite en 1589 au centre de la grand-rue, et classée aujourd’hui site historique.

Durant la Première Guerre mondiale, Frédérik, alors soldat, contracte la grippe espagnole. Démobilisé pour raison de santé, il assiste impuissant à l’abattage de tout son cheptel, atteint par la fièvre aphteuse. Epuisé physiquement et moralement, il liquide ses biens, et s’installe sur le conseil de son médecin dans les Alpes vaudoises. Pour faire face à cette situation critique, Berthe (la deuxième fille de la famille), âgée de 21 ans, alors employée de poste à Chesnières-Villars, quitte son emploi, loue un chalet et ouvre un petit hôtel-pension, permettant aux Zurcher de survivre.

Jean a douze ans quand son père décède le . C’est une dure épreuve pour le jeune garçon, très lié à son père qu’il avait l’habitude de suivre partoutFaculté adventiste de théologie, De l'anthropologie à la christologie : Mélanges offerts à Jean Zurcher (Courtry, France : Imprimerie SAGIM, 1998), ..

Étudiant à Collonges et à Genève

En 1934, la Suisse, comme le reste du monde, est en pleine récession. Un certain M. Tissot passe à l’hôtel pour récolter des fonds pour les missions adventistes. Berthe fait un don et lui propose de partager le repas de famille. Découvrant les difficultés de Jean à trouver un apprentissage, Tissot dit à Berthe : « Je connais une école, non loin de Genève, où ce jeune homme pourrait travailler et poursuivre des études secondaires. »

À seize ans, en , Jean Zurcher est admis au Séminaire adventiste du Salève à Collonges-sous-Salève en Haute-Savoie. Malgré la promesse de Berthe de lui payer les études, il s’astreint à travailler trente heures par semaine à l’imprimerie du campus pour subvenir à une partie de son écolage.

À force de volonté et de travail, il surmonte ses lacunes scolaires et, en 1940, il obtient le baccalauréat. Mais, pour lui, la découverte la plus importante de sa vie, c’est la rencontre avec Jésus-Christ au cours de la semaine de prière d’. Parallèlement à ses études secondaires, il prépare le diplôme d’évangéliste qu’il obtient en 1941. En , Jean fait la connaissance d’une belge âgée de 16 ans, Anna Stéveny, dont il tombe amoureux. Ils se marient le Faculté adventiste de théologie, De l'anthropologie à la christologie : Mélanges offerts à Jean Zurcher (Courtry, France : Imprimerie SAGIM, 1998), .

Durant la Seconde Guerre mondiale, Zurcher bénéficie d’un laissez-passer pour franchir la frontière franco-suisse, mais les conditions de vie sont extrêmement difficiles. Les maquisards se cachent au Salève et les soldats allemands patrouillent partout. Quand des familles juives se présentent épuisées au milieu de la nuit, Anna les héberge et les nourrit jusqu’à-ce que Jean les fasse passer clandestinement en Suisse. Pour cette action humanitaire, Zurcher recevra en 1948 de l’ambassade des Pays-Bas la médaille de reconnaissance pour services rendus durant la guerre, et il est fait sous-lieutenant des Forces françaises combattantes de 1942 à 1944Jean Zurcher (1918-2003), Archives Adventistes ; accès le 17 mars 2017.

Ceci ne l’empêche pas, néanmoins, de décrocher le prix de philosophie de l’université de Genève en 1943, d’obtenir sa licence d’histoire et de philosophie en 1944 et de recevoir le prix Jean-Louis Claparède en 1945 pour son étude sur L’éducation pour la paix. L’année suivante, il termine sa licence en philosophie contemporaine à l’université de Genève.

Président de séminaire à Madagascar

En 1946, Zurcher est envoyé comme missionnaire à Madagascar par l’Église adventiste du septième jour. Obligé de contourner l’Afrique avec sa femme et leurs deux enfants, Frédéric et Tania, il arrive dans l’île après un voyage de six mois. À peine arrivés sur place, une rébellion éclate. Durant cette guerre coloniale, ils restent dans la station malgré la recommandation des autorités de se mettre à l’abri en ville. En 1948, la famille s’enrichit d’un troisième enfant, Donald.

Zurcher est le président du séminaire adventiste de Soamanandrariny, aux alentours de Tananarive. Pendant douze ans, sa femme et lui ne ménagent aucun effort pour développer l’institution. Fondée en 1938, l’école n’avait à ce moment-là qu’un seul bâtiment et une vingtaine d’étudiants. Sous la présidence de Zurcher, l’école développe l’enseignement primaire et secondaire jusqu’au baccalauréat, ainsi qu’un enseignement professionnel en menuiserie et décerne des diplômes de pasteur et d’instituteur biblique.

Le séminaire comporte alors un bâtiment administratif, un auditorium, une chapelle, des salles de classe, une imprimerie et d’autres installations mineures. En 1955, l’école a 531 étudiants et un personnel de 19 enseignants.

Suivant les principes d’éducation préconisés par Ellen White, Zurcher dispense aux étudiants une formation aussi bien manuelle qu’intellectuelle. Une ferme, des jardins potagers, des pâturages, l’imprimerie et une menuiserie offrent du travail aux jeunes gens. Un atelier de broderie, effectuant de magnifiques nappes achetées par la haute société de Tananarive, donne du travail aux jeunes filles.

Zurcher développe le système d’éducation adventiste à Madagascar, à la Réunion, à l’île Maurice et aux Seychelles. Il présente à la radio des émissions éducatives et bibliques. Pour sa contribution, la ville de Tananarive lui décerne la médaille du travail en 1958De l'anthropologie à la christologie, .

Docteur en philosophie

Pendant son congé de neuf mois, entre deux séjours de six ans en mission, Zurcher rédige et soutient en 1953 sa thèse de doctorat en philosophie à l’université de Genève. Les éditeurs Delachaux et Niestlé publient cette thèse philosophique et théologie sur l’anthropologie sous le titre, L’homme, sa nature et sa destinée.

En 1954, Zurcher obtient le premier prix de philosophie de l’université de Genève sur La philosophie de Louis Lavelle. De 1958 à 1960, il enseigne le français et la philosophie au Collège de l’Union atlantique à South Lancaster dans le Massachusetts, aux États-UnisIdem, .

Président de séminaire en France

En 1960, Zurcher devient le président du Séminaire adventiste du Salève. Durant ses dix années de présidence, il hausse le niveau de formation pastorale à celui d’une licence de théologie. Il crée un master plan de l’institution pour un effectif de 500 étudiants afin d’établir à l’avance son développement ultérieur.

Zurcher fonde avec les collèges adventistes américains l’Adventist Colleges Abroad, une organisation qui permet la formation et les échanges linguistiques. Depuis sa création, plus de 40 étudiants américains viennent apprendre chaque année le français à l’Institut de la langue française à Collonges. Un partenariat est aussi établi avec l’université Andrews aux États-Unis.

C’est durant la présidence de Zurcher à Collonges, qu’on érige la chapelle, l’internat des garçons (les Horizons) et l’internat de Beau-Site pour les élèves plus jeunesIDe l'anthropologie à la christologie, .

Secrétaire général de la Division eurafricaine

En 1970, Zurcher est nommé secrétaire général de la Division de l’Europe du Sud de l’Église adventiste du septième jour. Il œuvre immédiatement en faveur d’une fusion administrative de cette Division avec la Division d’Europe centrale, ce qui est mis en place dès l’année suivante. La nouvelle entité est appelée la Division eurafricaine, car outre les pays de l’Europe de l’Ouest et du centre, elle inclut ceux de l’Afrique du Nord et le Mozambique. Aujourd’hui, et ce depuis 2012, cette entité administrative adventiste est appelée la Division inter-européenne. Plus aucun territoire africain n’en fait partie.

Par contre, Zurcher s’oppose à la création de grandes Liste des Unions adventistes/ Unions internationales en Europe, arguant qu’à la différence de pays comme le Brésil, les États-Unis ou la Chine, la mosaïque européenne de langues, de cultures et de nations ne permet pas de former de grands blocs administratifs qui seraient homogènes. Il fait ainsi avorter l’idée d’une Union qui regrouperait l’Autriche, la Belgique, la France et la Suisse.

D’un autre côté, Zurcher défend l’organisation d’Unions d’églises en Europe, une disposition administrative de l’Église adventiste que la Conférence générale considère comme provisoire, mais qui correspond bien à la situation de certains territoires en Europe.

Il lutte aussi sans succès pour conserver les territoires africains francophones quand la Conférence générale crée la Division de l’Afrique et de l’Océan indien en 1980, qui sera ultérieurement scindée en 2003 entre la Division de l’Afrique de l’Ouest et la Division de l’Afrique australe et de l’Océan indien.

Durant ses dix ans au secrétariat général de la Division eurafricaine, Zurcher visite plusieurs fois les pays de l’Europe de l’Est, enfermés derrière le rideau de fer du système communiste, pour soutenir, encourager, former, enseigner et travailler en concertation avec les pasteurs et les membres d’église. Il voyage beaucoup en Europe et en Union soviétiqueDe l'anthropologie à la christologie, .

Recherches et distinctions

Bien que très occupé par ses fonctions administratives, Zurcher publie une quantité impressionnante d’articles et d’études. Il est membre de la Fondation Ellen White et de l’Institut de recherche biblique de 1970 à 1990. Il préside le Comité de recherche biblique de la Division eurafricaine durant la même période.

Pour sa contribution à la recherche biblique et à la connaissance de l’humain, Zurcher reçoit en 1979 la médaille du mérite de l’université Andrews et la médaille de distinction du département de l’éducation de la Conférence générale en 1987. En reconnaissance de son œuvre dans l’éducation, la Conférence générale décide en 1997 d’appeler la nouvelle université adventiste de Madagascar, l’université adventiste ZurcherDe l'anthropologie à la christologie, .

À la retraite

À partir de 1985, Zurcher est à la retraite. Ce qui ne l’empêche nullement de lire, d’écrire et d’enseigner l’anthropologie biblique et la christologie comme professeur honoraire à la faculté de théologie du Campus universitaire du Salève. Inlassablement, il cherche à approfondir « l’excellence de la connaissance de Jésus-Christ » (Philippiens 3:8). Il meurt le à GlandInventaire de la collection Jean Zurcher, Archives Adventistes ; accès le 17 mars 2017.

Pensée théologique

Robert Folkenberg, qui fut président de la Conférence générale de l’Église adventiste du septième jour de 1990 à 1999, place Jean Zurcher parmi « les pionniers académiques qui ont tant fait pour hâter la maturité théologique » de l’adventisme par la clarté, la précision et la pertinence de ses recherchesDe l'anthropologie à la christologie, . Sa contribution à la réflexion théologique adventiste est particulièrement significative en ce qui concerne l'anthropologie biblique et la philosophie biblique de l'histoireHerbert Douglass, Synopsis sur Jean Zurcher ; accès le 17 mars 2017.

Anthropologie biblique