Le Kiltgang est une pratique sociale consistant à faire des rencontres de nuit entre une jeune fille et ses soupirants successifs, dans sa chambre. Théoriquement chastes, ces rencontres pouvaient toutefois conduire à des rapports sexuels, et en cas de grossesse, au mariage. Cette pratique permettant aux jeunes de se connaitre avant de s'engager était largement répandue en Europe centrale et en Europe du nord, mais tout particulièrement dans l’espace alpin et préalpin.

Histoire Le mot « Kilt » renvoie au terme germanique « kwelda », qui définit le moment du coucher du soleil.

Le Kiltgang, mentionné à partir du mais assurément bien plus ancien, était pratiqué dans toute l'Europe germanique, depuis la Scandinavie jusqu'à la Suisse, dans certaines régions alémaniques, notamment dans l’Oberland bernois. Il existait une pratique proche en Suisse romande, celle de l'albergement (où l'on parle d’«héberger»Louis Junod, «Le Pays de Vaud a-t-il connu le "Kiltgang"?» Tiré à part de: Archives suisses des traditions populaires (ASTP), Bâle, t. 43 (1946), p. 164-175 et dans ASTP 93, 1997, pp. 17-25.), présente aussi sous des noms différents dans plusieurs régions françaises.

Le Kiltgang, répandu dans la paysannerie, contrairement aux classes supérieures de la société ou les alliances résultent plus souvent de stratégies matrimoniales et patrimoniales, permet aux jeunes de se découvrir progressivement, de laisser monter la tension érotique dans un cadre de mariages tardifs endogames, et de faire de l'attirance sexuelle, lorsqu'elle est vérifiée, l'un des critères du mariage. La pratique en est très codifiée, avec l'assentiment des familles, et ces relations de type préconjugales témoignent d'une forme de liberté sexuelle répandue dès le , en rupture avec les préconisations de l'Église.

Cette coutume était combattue par l’Église protestante, mais la pratique bénéficiait néanmoins d’une grande popularité. Une grossesse avant mariage offrait en effet aux fiancés l’assurance de pouvoir avoir des enfants, un aspect très important en milieu rural. C’est pourquoi cet usage était toléré avec une certaine mansuétude, même s’il représentait pour les femmes un risque d’enfant illégitime, qui faisait alors l'objet d'une régularisation par le mariage.

Le peintre, lithographe et dessinateur Franz Niklaus König (1765–1835) s’exprime ainsi, en 1814, à propos du Kiltgang : F. N. König, Reise in die Alpen, begleitet mit naturhistorischen Beyträgen von Kuhn, Meisner, Seringe, Studer und Tscharner, Bern : bey dem Verfasser, 1814, , p. 65-66. Accessible en ligne: .

Bibliographie Louis Junod, «Le Pays de Vaud a-t-il connu le "Kiltgang"?», tiré à part de: Archives suisses des traditions populaires (ASTP), Bâle, t. 43 (1946), p. 164-175, repris dans ASTP 93, 1997, pp. 17-25. Der Kiltgang. Ein ernstes Freundeswort an christliche Aeltern und Hausväter. Jenni, Bern 1822. Digitalisat

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