Johann Georg Schrepfer (peut-être né en 1730, baptisé en 1738 à Saint-Sebald de Nuremberg et mort le à Leipzig) est un charlatan allemand, franc-maçon indépendant et nécromancien.
Il réalisait des séances d'apparition de disparus ; il y utilisait des effets spéciaux comprenant des projections de lanternes magiques de fantômes sur des volutes de fumées. Il a inspiré de nombreux spectacles populaires de fantasmagorie en Europe entre 1790 et 1830.
Biographie
L'année de naissance la plus souvent avancée pour Schrepfer est 1730 et parfois 1739. Il a été baptisé à Nuremberg le . Il a été décrit comme étant le huitième enfant de l'hôtelier de Zum Rothen Roße. Le père de Schrepfer dirigea plus tard le Goldenen Lamm et semble avoir fait faillite en 1753.
Johann Georg aurait servi pendant un certain temps comme hussard dans l'armée prussienne au début de la guerre de Sept Ans. Il a prétendu avoir été commandant de cavalerie dans les troupes impériales et avoir reçu de nombreuses blessures au cours de batailles (son rapport d'autopsie indiquera qu'aucune cicatrice ou signe d'anciennes blessures n'a été trouvé sur son corps).
Il va à Leipzig en 1759 et débute une activité de Küper (contrôleur des marchandises) dans l'Hôtel de Saxe. Il devient citoyen de la ville en et est enregistré comme serveur.
Le , il épouse Johanna Katharina Herr, fille du quartier-maître des tailleurs locaux. Ils ont un premier enfant. En 1769, ils achètent la Weisslederische Coffeé-Hauß avec l'argent de Johanna. Il s'agit d'un café avec une salle de billard dans le centre de la ville, à l'angle de Klostergasse et le Barfußgäßchen, à l'emplacement du restaurant Zill's Tunnel depuis 1841.
Entre 1770 et 1771 la Saxe traverse une période de famine. Schrepfer a des dettes, sa famille vit dans une relative pauvreté ; il aurait poursuivi une vie frivole et aurait souvent beaucoup bu avec ses disciples. Il aurait reçu un soutien financier d'une loge maçonnique française, ou d'un prince extérieur au pays, tant il quittait souvent Leipzig. Il crée sa propre loge maçonnique. Il promet aux gens de grosses sommes d'argent et de les rendre heureux. Parmi ses mensonges, il se présente comme un prêtre catholique et le fils du prince français de Conti.
Schrepfer porte toujours des pistolets chargés : il disait qu'ils devaient servir contre lui-même, au cas où il tomberait sous le pouvoir de mauvais esprits.
Il est décrit comme un grand et bel homme, instruit, mais avec un comportement souvent déplacé..
Deux des frères aînés de Schrepfer vivaient à Leipzig. Georg Wolfgang Schrepfer est un homme respecté, commerçant en vins, banquier et propriétaire immobilier. Johann George Friedrich Schrepfer est restaurateur à Leipzig entre 1770 et 1776. Johann Georg Schrepfer semblait ne pas s'entendre avec ses frères, mais il a écrit une lettre d'adieu peu avant sa mort à Johann George Friedrich : .
Séances nécromantiques maçonniques vignette|Une apparition Schrepfer n'avait probablement jamais vécu de réunion maçonnique quand il a créé sa propre loge de « vraie maçonnerie ». Il a prétendu être le seul à connaître les vrais secrets de la maçonnerie et à communiquer avec le monde des esprits. Il a également prétendu être en contact avec les vrais Maçons en Angleterre. Interrogés à ce sujet, ils écrivirent : .
Il aurait acquis ses connaissances sur la maçonnerie à partir de magazines, de livres, et en écoutant les clients francs-maçons qu'il a servis. Il aurait volé des documents « magiques » et des écrits maçonniques du duc Von Holstein-Gottorp pendant la guerre de Sept Ans. Il aurait acquis de nombreuses connaissances sur la magie d'un marchand de Francfort-sur-le-Main. Ce marchand l'aurait soutenu financièrement et mis en contact avec des francs-maçons à Brunswick. À la fin de 1771, il avait de bons contacts avec la riche noblesse et les monastères catholiques près des frontières avec la Bohême et la Silésie. Il a réalisé des « travaux magiques » à Sorau (maintenant Żary, Pologne), avant que les Maçons de Leipzig ne le connaissent.
Pour une nuit typique d'activité nécromantique, les adeptes de Schrepfer jeûnent pendant 24 heures, on leur sert une salade italienne (probablement droguée) et beaucoup de punch ; juste avant minuit, ils sont plongés dans une pièce sombre, devant un autel drapé de noir. Schrepfer, costumé, exécute les rituels et exige que ses disciples restent assis à une table, faisant face à de « terribles dangers ». Il utilise un mélange de symbolisme maçonnique, catholique et kabbalistique : crânes, cercle de craie sur le sol, eau bénite, encens et crucifix. Il commence par une longue prière adressée à Jésus-Christ, à Dieu et à la Sainte Trinité, demandant la protection des bons esprits. Il révèle habituellement trois fantômes différents : une âme bonne dans le beau blanc, une neutre dans le blanc subjugué et une mauvaise dans le brun et le noir affreux. L'arrivée des fantômes était accompagnée d'un son semblable à celui des doigts mouillés sur le verre, qui parfois augmentait, et pouvait se poursuivre pendant environ une heure. Les esprits qu'il révélait étaient réputés être clairement visibles, reconnaissables, planant dans l'air les bras croisés. Ils paraissaient vaporeux, et parfois criaient terriblement. Ils pouvaient répondre à ses questions. Parmi les apparitions révélées par Schrepfer au cours de ces années, figurent Frédéric le Sage, les « traîtres » danois Johann Friedrich Struensee et Enevold Brandt, le comte Brühl, Maurice de Saxe et le dernier grand maître Jacques de Molay. Lors d'une séance à Dresde, Schrepfer ordonna à un esprit d'apporter une lettre à un habitant de Francfort. L'esprit obéit et revint une demi-heure plus tard, avec une réponse signée à Francfort par l'habitant en question . Un autre esprit semblait englouti dans les flammes et priait Schrepfer de ne pas le torturer ainsi. En dehors de l'apparition de fantômes, Schrepfer a également montré ses pouvoirs en faisant briller une étoile à son commandement et en soulevant une tempête dans une forêt.
La plupart des spectateurs des séances de Schrepfer étaient convaincus que les apparitions étaient réelles. Aucune preuve évidente de tromperie ne semble jamais avoir été trouvée, mais les critiques ont fait part de soupçons. Un marchand local qui fréquentait la loge de Schrepfer prétend, dans son journal, qu'une fois, il avait barré la porte derrière eux, avant que la séance ne commence. Le fantôme attendu aurait été entendu jouer avec la serrure, mais sans pouvoir entrer. Une autre fois, il se serait caché sous la table et reconnu les chaussures d'un fantôme comme celles qu'il avait vendues la veille à un vieux compagnon. Schrepfer avait une fois, par méfiance, refusé de faire apparaître l'esprit du poète Christian Fürchtegott Gellert, qui avait été connu de certains spectateurs. Parmi les techniques de Schrepfer, figuraient des acteurs qui se produisaient sous l'apparence de fantômes, de ventriloques, aux sons d'harmonica de verre, dans une fumée aromatique, avec des projections de caméra obscura, ou des projections de lanterne magique sur de la fumée, ou des projections de miroir concaves et accompagnées de tonnerres. vignette|Johann Heinrich Linck le jeune. Schrepfer avait été ami avec le pharmacien et franc-maçon Johann Heinrich Linck ; il a tenu régulièrement des réunions de loge dans le jardin de Linck. Il a même accueilli la femme de Linck dans sa loge, alors que les femmes étaient habituellement exclues des loges maçonniques. Linck a été expulsé d'une autre loge et a probablement dit à Schrepfer tout ce qu'il y avait appris. Schrepfer avait besoin de produits que seul un pharmacien pouvait fournir ; Linck avait aussi des connaissances sur les dispositifs optiques et acoustiques. Une lanterne magique et un autre type de boîte de projection de sa collection sont actuellement dans le musée Waldenburg. La boîte de projection est décorée d'un crucifix et d'un crâne avec des ailes.
Conflits avec la loge Minerva
Schrepfer a eu plusieurs conflits avec la loge maçonnique de Leipzig Minerva zu den drey Palmen, de l'Ordre de la Stricte observance templière. Il a essayé de recruter quelques membres pour sa propre loge. Schrepfer aurait été lié à l'ordre rosicrucien secret de la Rose-Croix d'Or, qui voulait infiltrer les loges maçonniques pour les affaiblir de l'intérieur. Schrepfer a réclamé le soutien des jésuites pour cacher ce lien et prospecter pour sa propre loge.
Après de nombreux refus, Minerva a permis à Schrepfer de prendre la parole lors d'une réunion, le . Avec aplomb, il s'est déclaré être le vrai Franc-maçon de la connaissance et du pouvoir. Les dirigeants de Minerva ont exigé plus de respect pour leur loge, car ils avaient entendu dire qu'il les avait accusés d'être des imposteurs. Ils ont rappelé à Schrepfer que Minerva était sous la protection du prince Karl von Sachsen, ancien duc de Courlande, et qu'ils lui soumettraient son cas s'il proférait d'autres accusations, puis ils l'ont laissé aller.
Au cours de l'été 1783, Schrepfer aurait participé à une conférence de la loge Minerva et les aurait menacés avec ses pistolets, en leur demandant d'abandonner leur système mensonger.
Minerva envoya une lettre pour demander l'aide de Karl von Sachsen. Schrepfer, dans l'intervalle, est allé quérir le soutien du membre de la cour saxonne et commandant de l'infanterie Albert Christian Heinrich von Brühl, également lié à l'ordre rosicrucien. Un soir de cette période, quelques hommes de Schrepfer avaient envahi Minerva en énonçant à haute voix et à plusieurs reprises le mot de passe principal de la loge sous les fenêtres de deux hommes de Minerva. La réponse de Karl von Sachsen a été lénifiante ; la loge a commencé à craindre pour son avenir ; elle a caché ses documents secrets et cherché un accord avec Schrepfer.
Dans la nuit du , Schrepfer distribua 40 exemplaires d'un pamphlet : il écrivait que Minerva ne connaissait rien à la maçonnerie et que les gens n'obtiendraient rien qui vaille de cette loge. Le dépliant révélait les secrets des trois premiers degrés de maçonnerie et les coûts élevés de l'adhésion. Schrepfer promettait de révéler d'autres secrets huit jours plus tard, mais n'est jamais passé à l'acte.
Karl von Sachsen s'estima offensé par la conduite de Schrepfer : il ordonna son arrestation et envoya un officier à Leipzig pour l'arrêter le .
Controverse sur l'arrestation Selon certains, Schrepfer a reçu 100 coups de bâton et a dû signer une confession. Cette confession a été publiée dans les journaux locaux.
Dans une déclaration au Frankfurther Zeitung, Schrepfer a nié l'existence de ses confessions, ainsi que la peine elle-même ou toute raison de punition. Il a déclaré avoir déposé une plainte concernant son arrestation, qui avait duré 20 heures, auprès du conseil de Leipzig. Il conclut subtilement à l'existence d'.
Un autre récit de sa punition prétend que Schrepfer a couru dans un coin, s'est jeté à genoux et a appelé les esprits à son aide.
Après cet incident, Schrepfer quitte Leipzig quelque temps.
Séance au tribunal de Dresde
Schrepfer revient à Dresde sous un faux nom, prétendant être un colonel français. Il demande à être présenté à l'électeur Friedrich August III, mais cela lui est refusé par François Barbé-Marbois. Son vrai nom est bientôt découvert. Des rapports sur ses pouvoirs surnaturels arrivent aux oreilles de Karl von Sachsen. Le prince décide de chercher une réconciliation et rencontre personnellement Schrepfer pour s'excuser des châtiments qu'il avait commandés. Schrepfer accepta les excuses, et, devant les demandes insistantes du prince, promit de convoquer un esprit.