L'Histoire de l'hydroélectricité en Afrique a été rendue difficile par le faible nombre d'usines d'aluminium ou de ferro-alliages et un développement industriel plus lent que sur les autres continents, ainsi que par l'enclavement des sites naturels et des pluviosités irrégulières ou mal réparties, malgré l'existence de grands fleuves très puissants.
La période coloniale Au cours de la période coloniale, l'hydroélectricité en Afrique est très liée aux grands projets industriels. Les projets d'usine d'aluminium émergent en République démocratique du Congo, avec en 1958 Inga I, pour une usine belge géante"INGA, la grande utopie", par Estelle MAUSSION, sur Afrique Méditerranée Business , au Cameroun, également en 1958, porté par le Barrage hydroélectrique d'Édéa au service d'Alucam, filiale de Péchiney-Ugine"Capitalisme et nationalisme au Cameroun: au lendemain de la seconde guerre mondiale (1946-1956)" par Martin-René Atangana, aux Publications de la Sorbonne, 1998, page 246 , au Ghana via le Barrage d'Akosombo et la Volta Aluminum Company, ou encore au Mozambique, via le Barrage de Cahora Bassa, pilier de la Mozal et fierté locale car il ressemble en tous points au Barrage Hoover des États-Unis. Tous ces projets ont en général été lancés peu avant l'indépendance.
Afrique australe Dès la fondation de la colonie du Cap en 1652, les hollandais ont souhaité protéger la qualité de l'eau destinée aux navires de passage vers l'Inde. L’avancée de fermiers vers l’intérieur semi-aride a été liée aux "Riparian Rights", liant propriété du sol et droits sur l’eau. En , le Barrage de Vierfontein, plus ancien ouvrage hydro-électrique sud-africain et du continent, est achevé, pour alimenter en énergie les mines d’or sud-africaines, alors en pleine croissance grâce à l'exploitation en haute-profondeur, et approvisionner en eau la ville de Johannesburg.
En République démocratique du Congo, les centrales dénommées Inga I et Inga II du Barrages d'Inga ont été développées à partir de projets belges lancés dès 1925, quand le colonel Pierre Van Deuren présente au roi des Belges Albert Ier un plan grandiose : la construction de sept barrages visant à faire de la colonie la première puissance énergétique du continent, capable d’exporter son électricité. Mais la crise de 1929, la Grande Dépression puis la Seconde Guerre mondiale compromettent sa réalisation. Le projet est relancé à la fin de l'époque coloniale, en 1958. L'objectif est une usine d’aluminium géante et une industrie chimique de pointe, mais aussi d'acheminer le courant d’Inga jusqu’aux mines de cuivre et de cobalt du Katanga, ce qui nécessite le déplacement de la communauté du site d’Inga, à qui les Belges étaient prêts à payer une compensation"Le cauchemar de Conrad - Le plus grand barrage du monde et le cœur des ténèbres du développement", par Anders Lustgarten . À l'époque, les cours des matières premières, qui font la fortune de la colonie belge, sont au plus haut. Un consortium américain présente une solution en trois phases, correspondant au schéma qui sera retenu après l'indépendance, malgré le coût du projet (320 millions de dollars pour Inga I et 3 milliards pour l’ensemble).
Dans les colonies portugaises, le Barrage de Cahora Bassa, sur le Zambèze, est né d’un accord entre le Portugal et l’Afrique du Sud, le , pour fournir de l’électricité à celle-ci, via une ligne à haute tension de de long"Mozambique Rising: Building a New Tomorrow", par Ms.Doris C Ross,Victor Duarte Lledo,Mr.Alex Segura-Ubiergo,Mr.Yuan Xiao,Ms.Iyabo Masha,Mr.Alun H. Thomas,Mr.Keiichiro Inui, page 32 et développer l'industrie au Mozambique. L'abondance de la production d'électricité assurée par le barrage dépasse très largement la consommation mozanbicaine. Le site fournissait à la fonderie d'aluminium Mozal, près de Maputo, une énergie bon marché. Il permet aussi un projet d'extraction de sables lourds et divers projets portant sur l'exploitation de mines de charbon dans la province de Tete, opérés par Rio Tinto et Vale.
En Angola, encore sous contrôle portugais, le Barrage de Calueque, dont la construction avait commencé en 1974, avait un rôle minier. Le principal investisseur minier sud-africain était le groupe Anglo-American-De Beers, via sa filiale Minorco (Minerais and Resources Corporation). La production de fer, centrée sur la région de Serpa Pinto et Cassinga, atteignait en 1973 environ 9 millions de tonnes, y compris le gisement annexe de Cassala. L'enrichissement du minerai local, dans le cadre d'une association entre capitaux portugais, anglais, français, japonais et sud-africains, est alors rendu possible par les d'énergie électrique produits par le barrage. L'ouvrage ne put être achevé à cause de l'invasion de l'armée sud-africaine en , lorsque celle-ci envoya ses troupes occuper des positions autour du barrage de Calueque.
Afrique des Grands Lacs Le Barrage de Ruzizi a été construit à la sortie Ruzizi du Lac Kivu en 1958, affectant le niveau et la sortie du lac, pour fournir l'électricité à Bubanza et Kigoma. La station Ruzizi II a été ajoutée en 1989. Ruzizi I et II sont exploités par une société tri-nationale (Burundi, Rwanda et République démocratique du Congo) mais la production d'électricité est insuffisante pour répondre aux besoins locaux dans ces trois pays.
Afrique de l'Ouest Au Cameroun anglais, les premières centrales hydroélectriques privées de Luermann et Malale sont inaugurées en 1929 pour fournir l’électricité dans la région de Muyuka, essentiellement dans les domiciles et les usines des colons, avant d'être rachetées en 1945 pour créer un service public, tandis qu'au Cameroun français, les premiers foyers d’électricité de Nkongsamba, Douala et Yaoundé sont créés par l’Administration peu avant la guerre de 1939-45, et exploités en gérance par des sociétés privées. En 1948, émerge la société d’économie mixte « Énergie Électrique du Cameroun (ENELCAM), chargée d’aménager l’usine hydroélectrique d’Edéa I () sur la Sanaga, inaugurée le pour l’alimentation électrique de Douala et Edéa. Un troisième groupe de est installé pour l’alimentation en énergie électrique des installations d’électrochimie de la société Alucam, pilotée par Péchiney-Ugine. Après des discussions lancées dès 1952, sur fond de crise en France, la production d’aluminium démarre en 1957 et l’usine atteint sa pleine capacité en 1958 ()"Histoire d'Alucam", site officiel du groupe. Entre 1946 et 1956, la France a réalisé au Cameroun 17 % de ses investissements outre-mer, ce qui a abouti, à partir de 1955, à la rébellion.
Au Ghana anglais, la première idée de construire un barrage sur la Volta remonte à 1915, par le géologue Albert Ernest Kitson, mais les premiers plans ne furent dessinés qu’en 1940 et sa construction ne débuta qu'en 1961 à l’initiative de Kwame Nkrumah, Premier ministre du Ghana indépendant, afin de développer l’industrie et de réduire la dépendance du pays aux seules plantations de cacao.
Afrique sahélienne L'idée de construire un ouvrage hydroélectrique sur le fleuve Sénégal remonte à la période de la colonisation, mais ce sont les pères de l'indépendance et les visionnaires du panafricanisme qui décideront de la transformer en une volonté politique, lui donnant même une dimension supérieure : faire de l'aménagement du fleuve l'axe d'une renaissance collective, partagée par tous les États riverains"L'ÉTERNEL RETOUR D'UNE POLITIQUE· DE GRANDS PROJETS L'AMÉNAGEMENT DU FLEUVE SÉNÉGAL EN PERSPECTIVE", par Guy MEUBIAT et Jérôme INGLES , regroupés au sein de l'Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal. L'observation des "grands" aménagements de la colonisation britannique aux Indes, des programmes américains sur la Tennessee River ou plus tard des "grands" barrages hydroélectriques soviétiques, alimente l'imaginaire de certains ingénieurs français. P. Augier batailla, mais sans succès, de 1927 jusqu'au début des années 1950, pour convaincre l'administration coloniale du bien-fondé de son projet intégré de régularisation des flux et d'aménagement hydroélectrique.
Le concept du Barrage hydroélectrique de Manantali remonte à 1927, tandis que celui du Barrage de Diama, voit sa première évocation officielle en 1953.
Un barrage réservoir, d’une capacité de stockage de 16 milliards de m, devait être construit à Gouina, au Mali, et aurait permis la régulation du fleuve sur la base d'un débit de /s. La centrale hydroélectrique devait produire 2 milliards de kWh par an. Ces projets ne seront jamais réalisés, faute de soutien des autorités« L’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal (OMVS) : un exemple réussi de gestion d'un grand bassin transfrontalier en Afrique de l'Ouest » .
Les travaux de la "Mission d'Aménagement du Sénégal" de 1934 vont dans le même sens. Cette mission, qui regroupe le Soudan (l'actuel Mali), le Sénégal et la Mauritanie, a réalisé principalement des études hydrologiques et des travaux d'aménagement hydroagricolesMamadou Lakh, « Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal », atelier RIOB . Lui succède, en 1938, la Mission d’aménagement du fleuve Sénégal (MAS).
La période d'après l'indépendance La période d'après l'indépendance a vu se concrétiser, via les sociétés nationales, les projets de barrage qui avaient souvent été mis au point peu avant, mais sans forcément aboutir ou trouver la volonté d'y investir.
Afrique australe Par le jeu du processus de décolonisation qui a suivi les accords entre les puissances coloniales, certains États, comme le Malawi ou la Namibie, se sont trouvés démunis et connaissent une pénurie permanente"Les nouveaux enjeux géopolitiques de l’eau en Afrique australe", par David Blanchon, sur Hérodote, 2001 . La partie australe du continent est en effet nettement divisé entre l’Ouest, aux ressources limitées, et l’Est, qui dispose de beaucoup plus d’eau. La segmentation très forte des bassins hydrographiques, héritée des frontières coloniales, fait que le bassin versant du Zambèze est divisé entre huit États, le fleuve constituant une frontière sur près d’un tiers de sa longueur.
Afrique de l'Ouest Les bassins de l’Afrique du Nord et de l’Afrique australe ont été exploités pour l’irrigation, mais ceux des fleuves Sénégal et Niger laissent passer plus de 90 % des écoulements, l’Afrique de l’Ouest ayant relativement peu investi dans les infrastructures hydrauliques"Le retour des grands investissements hydrauliques en Afrique de l’Ouest : les perspectives et les enjeux", par Bruno Barbier, Hamma Yacouba, Amadou Hama Maïga, Gil Mahé et Jean-Emmanuel Paturel sur Geocarrefour, 2009 , alors qu'elle représente un tiers de la superficie du continent, de plus soumise à un climat variable. Seule une centaine de barrages de plus de 3 millions de mètres cubes ont été construits (8 % des barrages africains). La majorité des grands investissements a été réalisée après les indépendances, comme le Barrage d'Akosombo au Ghana, financé conjointement par des prêts de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement, de la Banque mondiale, des États-Unis et du Royaume-Uni à hauteur de 40 millions de dollars, le Ghana apportant les 69 millions nécessaires à la construction de l’usine hydroélectrique. La plus grande partie (80 %) de l’électricité produite alimente la Volta Aluminum Company.