vignette|Le Mirail à Toulouse.

Le quartier prioritaire de la politique de la ville (QPPV), quartier de la politique de la ville (QPV) ou quartier prioritaire (QP)Si le nom officiel est « quartier prioritaire de la politique de la ville », c’est néanmoins le sigle QPV qui est le plus fréquemment utilisé. est un dispositif de la politique de la ville du gouvernement français, rassemblant les zones urbaines les plus pauvres, nécessitant une intervention des pouvoirs publics, notamment en matière de rénovation urbaine.

Environ quartiers prioritaires réunissant plus de 6 millions d'habitants sont dénombrés en France en 2024. Cette même année, 8,1% de la population française vivait dans ces quartiers. S'il s'agit essentiellement de cités de grands ensembles, on trouve aussi d'anciennes cités minières et industrielles ou des centres anciens dégradés. La vétusté de l'habitat, l'éloignement des bassins d'emplois et des services publics représentent des enjeux récurrents.

Cette entité vise à réduire la complexité du maillage des zones socialement défavorisées, en remplaçant deux dispositifs par un seul et en simplifiant les critères de découpage. Le dispositif est entré en vigueur le en remplacement de la zone urbaine sensible (ZUS) et du quartier en contrat urbain de cohésion sociale (CUCS).

Caractéristiques vignette|Samia Ghali avec de jeunes habitants du quartier marseillais de La Viste.

Il y a près de quartiers prioritaires de la politique de la ville ( en métropole et 200 en outre-mer)150 questions sur les collectivités territoriales de Margot Verrières, collection « Entretien avec le jury » chez Vuibert, 2015., contre un peu moins du double dans l’ancien dispositif ( ZUS et CUCS de 1996 à 2014). Le dispositif est créé par la loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine du , qui concentre certains moyens publics sur les quartiers nationaux jugés prioritaires en raison des difficultés qui les concernent, conformément à une promesse de campagne du président François Hollande. Ceux-ci sont officiellement dévoilés le .

Près de 800 zones se trouvant ainsi écartées sont intégrées au nouveau dispositif de « veille active ». La réduction des quartiers a été réalisée dans l’optique de se concentrer sur les territoires où se condense un maximum de dysfonctionnements sociauxClaude Chaline, Les Politiques de la ville, Presses universitaires de France, , 2014..

Ces quartiers comptent environ 5,5 millions d’habitants en 2022. L'abstention aux élections y atteint des taux records. Dans ces conditions, selon le quotidien Le Monde, les habitants des quartiers prioritaires servent régulièrement de bouc émissaire à certains politiciens en période électorale, en les réduisant à des délinquants « ensauvagés », des immigrés « envahisseurs » et des musulmans aux pratiques « incompatibles » avec la République, et ignorés par beaucoup d'autres.

Périmètre des quartiers vignette|Quartier Châtillons à Reims.

Il est fixé par deux décrets, les décrets 2014-1750 (pour la métropole) et 2014-1751 (pour l’outre-mer) du , rectifiés par un troisième décret, le décret du qui entre en application le .

Le principal critère pour le découpage des quartiers a été la concentration en pauvreté définie par l’Insee en comparant, depuis des données issues d’études effectuées sur un carroyage de 200 mètresPour les communes de métropole, en Martinique et à La Réunion. ou par IRISPour l’outre-mer sauf la Martinique et La Réunion., le revenu des habitants au revenu médian de référenceLes Collectivités territoriales d’Emmanuel Auber et Delphine Cervelle, éd. chez Armand Colin, 2015..

Une fois ce premier travail effectué à partir des chiffres sur la pauvreté, les commissions chargées du découpage échangeaient avec les élus locaux sur la cohérence du périmètre pour éventuellement l’ajuster. Les délimitations doivent être revues tous les six ans. Une nouvelle liste des quartiers a été publiée au Journal officiel du : décret du modifiant la liste des quartiers prioritaires de la politique de la ville dans les départements métropolitains.

Typologie Les quartiers prioritaires de la politique de la ville se situent dans de nombreux types différents de quartiers (banlieues, villes moyennes, centres anciens dégradés, communes périurbaines, anciennes cités minières, quartiers ultra-marins, etc.). Les cités de grands ensembles, généralement bâties lors des Trente Glorieuses sous la forme de hautes tours et longues barres d'immeubles, représentent une majorité de ces quartiers. Souvent qualifiés de « banlieues » dans le langage médiatique, ces quartiers présentent souvent une proportion élevée de logements sociaux, mais on y trouve aussi des copropriétés dégradées (par exemple Kalliste ou le parc Corot). Parmi les centres anciens dégradés, qui bénéficient de leur propre programme dédié, on peut citer les centres-villes de Béziers, Carpentras ou Condé-sur-l'Escaut par exemple.

Des « conseils citoyens » sont mis en place dans chaque quartier, ces conseils sont composés de volontaires, d’associations et d’habitants tirés au sort et doivent être paritaires femmes-hommes. Les conseils doivent être associés aux projets menés par la ville « en complète indépendance ».

Les principaux axes des mesures prises dans ces quartiers sont la cohésion sociale (éducation, insertion et sécurité), le cadre de vie et la rénovation urbaine, le développement économique et l’emploiPlaquette de quatre pages « La nouvelle politique de la ville > ses mesures, ses outils » du ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports..

Population vignette|La Villeneuve de Grenoble.

Au total, l’ensemble des quartiers prioritaires de la politique de la ville réunissent plus de cinq millions d’habitantsCinq millions selon Margot Verrières dans 150 questions sur les collectivités territoriales et cinq millions et demi selon la plaquette « La nouvelle politique de la ville > ses mesures, ses outils » du ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports. Emmanuel Auber et Delphine Cervelle dans Les Collectivités territoriales parlent de deux millions d’habitants mais il s’agit probablement des deux millions de personnes situées dans les 400 quartiers prioritaires où a été lancée l’opération Action Logement. sur 702 communes (147 par exemple pour l’Île-de-France« Voici la nouvelle carte des quartiers prioritaires » sur leparisien.fr en juin 2014.) dont une centaine qui n’était dans aucun périmètre de la politique de la ville dans les dispositifs précédents.

En 2017, la population des QPV reste bien plus jeune que la moyenne de France métropolitaine , mais depuis les années 1990 la part de personnes âgées y croît significativement. Dans une centaine de quartiers, plus d’un quart des habitants a plus de 60 ans ; c'est une proportion semblable à celle de certains bourgs ruraux classés comme Voir le rapport d’étude CGET : L’action des bourgs face à l’enjeu du vieillissement de la population, d'avril 2017 (téléchargeable sur : www.cget.gouv.fr/etudes). De 1990 à 2010, les 60-74 ans y ont augmenté d'un quart (passant de à habitants) alors que les plus de 75 ans ont augmenté de moitié (passant de à personnes sur une population totale de 4,73 millions d’habitants des zones urbaines sensibles en 1990 et de 4,88 millions en 2010 dans les QPV). Ce phénomène de vieillissement questionne les politiques de la ville principalement et historiquement centrées sur les jeunes.

En 2017, le Commissariat général à l'égalité des territoires (CGET) a publié un rapport à ce sujet et annoncé souhaiter mieux identifier ce processus et ses enjeuxSarah Audras-Marcy et Catherine Pilon (2017) Vieillissement de la population : un processus qui touche aussi les quartiers prioritaires de la politique de la ville|Commissariat général à l’égalité des territoires (2017)..

En , le Céreq publie une nouvelle étude montrant que les jeunes des accèdent moins à l'alternance que leurs voisins (23 % vs 33 %). À partir des données de l'enquête statistique Génération 2017, cette étude souligne également que l'alternance facilite l'insertion professionnelle pour tous les jeunes, mais que son impact est encore plus marqué pour ceux des QPV. Pendant leurs trois premières années de vie active, seuls 51 % des jeunes des QPV ayant suivi la voie scolaire connaissent des trajectoires dominées par l’emploi. Cette proportion s’élève à 68 % pour les alternants des QPV soit un bond de 17 points contre seulement 8 points d’écart dans les quartiers environnants.

Grands quartiers d'intérêt vignette|Cité des Bosquets à Montfermeil.

Sur les quelque quartiers prioritaires français, l'Agence nationale pour la rénovation urbaine en a sélectionné 480 dans le cadre de projets de renouvellement sur la période 2014-2030, destinés à y améliorer les conditions de vie en rénovant l'habitat et améliorant la mixité sociale. Parmi eux, 216 sont classés « d'intérêt national » car concentrant les plus grandes difficultés sociales, dont une cinquantaine compte plus de habitants en 2018, présentés dans la liste ci-dessousLe Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain (NPNRU) sur anru.fr.

Plusieurs de ces quartiers prioritaires, parmi les plus peuplés, regroupent en réalité différents quartiers proches et parfois étalés sur plusieurs villes. Le plus peuplé est « Franc Moisin-Cosmonautes-Cristino Garcia-Landy » avec habitants, à cheval entre trois communes de Seine-Saint-Denis. Avec un taux de pauvreté record de 71 %, Pissevin-Valdegour concentre le plus d'exclusions socialesListe des QPV d’intérêt national sur legifrance.gouv.fr. La plupart sont inclus au sein des 80 zones de sécurité prioritaire.

Dpt Quartier Commune Habitants Pauvreté ZSP 06 Ariane Nice 46 % 13 Centre-Canet-Arnavaux-Jaurès Marseille 51 % 13 Bon Secours-Rosiers-Marine BleueSt Barthélémy-St Jérôme Marseille 57 % 13 La Cabucelle Marseille 56 % 25 Planoise Besançon 53 % 30 Pissevin-Valdegour Nîmes 71 % 31 Mirail Toulouse 50 % 34 Centre-ville Béziers 57 % 34 Mosson Montpellier 61 % 35 Le Blosne Rennes 49 % 38 La Villeneuve Grenoble 44 % 44 Bellevue Nantes 40 % 45 La Source Orléans 48 % 51 Croix-Rouge Reims 61 % 57 Borny Metz 54 % 59 Lille-Sud Lille 48 % 59 Blanc Seau-Croix Bas St Pierre Roubaix-Tourcoing 51 % 60 Hauts de Creil Creil 49 % 67 Hautepierre Strasbourg 49 % 67 Neuhof-Meinau Strasbourg 49 % 68 Péricentre Mulhouse 46 % 69 Minguettes-Clochettes Vénissieux 51 % 69 Grande-Île Vaulx-en-Velin 47 % 69 Ville-Nouvelle Rillieux-la-Pape 39 % 75 Portes du 20 Paris 34 % 76 Hauts de Rouen Rouen 59 % 78 Val Fourré Mantes-la-Jolie 44 % 78 Merisiers-Plaine de Neauphle Trappes 31 % 80 Amiens-Nord Amiens 53 % 84 Monclar-Rocade-Oiseaux Avignon 57 % 91 Pyramides-Bois Sauvage Évry-Courcouronnes 37 % 91 Grande Borne-Plateau Grigny-Viry-Châtillon 41 % 91 Grigny 2 Grigny 53 % 92 Parc Nord Nanterre 39 % 93 Haut Clichy-Bosquets-Noel Clichy-sous-Bois-Montfermeil 50 % 93 Plateau-Malassis-La Noue Bagnolet-Montreuil 40 % 93 Salengro-Roulaud-Centre Bobigny-Drancy 40 % 93 Abreuvoir-BondySablière-Secteur Sud Bondy-BobignyBlanc-Mesnil-Noisy-le-Sec 42 % 93 Quatre Chemins Pantin 38 % 93 Franc Moisin-CosmonautesGarcia-Landy Aubervilliers-La CourneuveSaint-Denis 44 % 93 Grand Centre-Sémard Saint-Denis 37 % 93 Centre Élargi Stains 42 % 93 Les Beaudottes Aulnay-sous-Bois-Sevran 42 % 93 Secteur Nord-Pont Yblon Le Blanc-Mesnil-Dugny 41 % 94 Le Bois-l'Abbé Champigny-sur-MarneChennevières-sur-Marne 35 % 95 Dame Blanche Garges-lès-Gonesse 42 % 95 Lochères Sarcelles 39 %

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Géraldine Caron, Insee Hauts-de-France, Insee Analyses Hauts-de-France, « Les « nouveaux » quartiers prioritaires de la ville : davantage de difficultés qu'ailleurs », , (lire en ligne).

Liens externes Carte des quartiers prioritaires de la politique de la ville sur le site du Système d'information géographique (SIG) de la politique de la ville. « La nouvelle géographie prioritaire » sur le site gouvernemental.