thumb|upright=2|Entrée principale du lycée Jacques-Cœur.
Le lycée Jacques-Cœur est un lycée général technologique et professionnel situé à Bourges dans le département du Cher en France. C'était autrefois un petit séminaire qui se nommait Saint-Célestin, fondé en 1856. Il a été le cadre d'un congrès ecclésiastique national en 1900. Le petit séminaire Saint-Célestin est fermé en 1906 à la suite de la loi de séparation des Églises et de l'État de 1905.
C'est dans le cadre des bâtiments de l'ancien petit séminaire qu'est fondée la première École nationale professionnelle de jeunes filles de France. Elle devient lycée d'État en 1960 et prend, en 1973, le nom de lycée Jacques-Cœur.
Histoire Fondation du petit séminaire Saint-Célestin thumb|Le cardinal du Pont, fondateur du petit séminaire Saint-Célestin.|gauche
Le projet de construction du petit séminaire Saint-Célestin date du règne de Louis-Philippe. Il avait émergé dès 1840 dans l'esprit de monseigneur Jacques-Marie-Célestin du Pont, cardinal-archevêque de BourgesDaniel Lambinet, « Au-delà d'un cinquantenaire, le lycée Jacques Cœur », Bulletin d'information du département du Cher, , décembre 1979, . Il souhaitait élever dans le Cher un petit séminaire modèle. En effet, les anciens bâtiments de Sainte-Claire (actuelle école Saint Dominique) étaient devenus trop petits en raison de l’augmentation du nombre d’élèves et leur situation au centre de la ville était peu favorable à la santé des séminaristes Jean Villepelet « le diocèse de Bourges sous le concordat (1802-1909) » Cahiers d’archéologie et d'histoire du Berry , , .
vignette|Vue d'ensemble sur la cour du lycée Jacques-Cœur.
On commença par acheter le terrain, d'une valeur de : il s'agissait, selon l'acte de vente signé le sous l’égide de Maître Porcheron, notaire à Bourges, « d'une pièce de terre labourable d'une contenance de six hectares soixante ares, appelée la Mouée et sise commune de Bourges section Bourbonnoux ». L'acte précise également que « cette pièce de terre d'un seul tenant jouxte au levant trois morceaux de vigne, au midi un chemin appelé la ruelle aux loups et au nord la route de Bourges à Dun-le-Roi » : de fait, si aujourd'hui le lycée Jacques-Cœur est totalement enserré dans le tissu urbain, le petit séminaire fut implanté dans un secteur relevant davantage de la ruralité que de l'espace urbain d'une ville qui ne s'étendait pas alors aussi loin au sudDaniel Lambinet « Au-delà d'un cinquantenaire, le lycée Jacques Cœur, » Bulletin d'information du département du Cher, , décembre 1979, . L'achat du terrain et une partie des travaux furent réalisés aux propres frais du cardinal du Pont : il tenait beaucoup à la réalisation du projetÉmile Mesle, Histoire de Bourges, éditions Horvath, Roanne, 1988, .
La première pierre de l'édifice (avec un parchemin en son sein) fut posée le par le cardinal du Pont, selon les plans des architectes Juillien et BussièreJean Favière, Bourges, l'Histoire et l'Art, La Goëlette, 1996, . La construction dura onze ans, car il fallut faire face à la crise économique de 1847-1848 et apporter toujours plus d'argent : Saint-Célestin coûta finalement un million de francs. De ce fait, en , le cardinal sollicita la charité de ses diocésains pour boucler le budget de constructionCollectif, Les petits séminaires de Bourges, 100 ans d'histoire, 2005, et c'est seulement le qu'il bénit enfin son petit séminaire.
La vie au petit séminaire (années 1860-1890) vignette|Façade du bâtiment C reconstruit après l'incendie.
Dans les , le nombre d'élèves augmenta : on compte en 1863 séminaristes, 290 en 1864, 300 en 1865Guy Devailly, Le diocèse de Bourges, Letouzey et Ané, Paris, 1973, .. Par la suite, à la fin des Guy Devailly, Le diocèse de Bourges, Letouzey et Ané, Paris, 1973, . et jusqu'aux , le nombre d'élèves se stabilisa autour de 200. Au petit séminaire, les élèves, qui portaient un uniforme à liséré vert, se levaient à cinq heures et la vie était entièrement consacrée au travail : cela montre à quel point la vie au petit séminaire était stricte. À Saint Célestin, les élèves bénéficiaient d'un enseignement moderne, notamment sous l'influence des Dominicains dans les premières années de l'établissement. On y apprend les sciences physiques et naturelles ainsi que la photographie.
Lors de la guerre de 1870 entre la France et la Prusse, les jeunes recrues de la garde mobile furent logées dans le petit séminaire Saint-Célestin. Lorsque les troupes prussiennes envahirent le territoire, le petit séminaire reçut plus de qui battaient en retraite : les séminaristes, sauf ceux de la dernière année, rentrèrent chez eux pour libérer de la place.
Un terrible incendie détruisit toute l'aile gauche des bâtiments (sauf le cloître) dans la nuit du 20 au . Le coût de la reconstruction atteignit . Les travaux, financés grâce à une souscription, commencèrent le suivant. Ils étaient quasiment terminés en Collectif, Les petits séminaires de Bourges, p.6, mais l’inauguration des nouveaux bâtiments n'eut lieu que le .
Le petit séminaire sous les feux de l'actualité nationale (1900-1906) Congrès ecclésiastique de 1900 vignette|Façade de la chapelle du lycée public Jacques-Cœur.
Dans le cadre des locaux du petit séminaire Saint-Célestin, eut lieu en un grand congrès ecclésiastique réunissant des prêtres venus de toute la France. Le congrès se déroula à Bourges car l'abbé Lemire, cheville ouvrière du congrès comme il l'avait été du congrès de Reims, avait réussi à convaincre l'archevêque de Bourges Servonnet que cela serait bénéfique pour son diocèse. En tout il y eut à peu près qui participèrent au congrès.
Cependant, berrichons formaient à eux seuls la moitié de l'auditoire, ce qui déséquilibrait la représentation par rapport au congrès de Reims quatre ans plus tôt, où seuls quelques prêtres étaient issus du diocèse où était organisé le congrèsGuy Devailly, Le diocèse de Bourges, Letouzey et Ané, Paris, 1973, . Les débats du congrès manifestèrent clairement la prééminence en son sein des abbés démocrates, avec un net esprit d'ouverture dans la perspective du Sillon et d'un ralliement particulièrement net à la RépubliqueÉmile Mesle, Histoire de Bourges, éditions Horvath, Roanne, 1988, .
Loi de 1905 et la fermeture du petit séminaire La loi de séparation des Églises et de l'État de 1905 condamna les petits séminaires à déménager. Par la suite, la circulaire ministérielle du , mit officiellement fin à l'existence légale des petits séminaires dans des locaux appartenant à l'État à partir du Collectif, Les Petits Séminaire de Bourges, 100 ans d'histoire, 2009, .
Le mercredi à la nuit, eut lieu la dernière cérémonie à la chapelle. Le lendemain matin les séminaristes quittèrent l’établissement. Dans les jours qui suivirent, ils furent accueillis à l'institution Sainte-Marie de Bourges et à l'abbaye de Pontlevoy. Dans la nuit du vendredi 14 au samedi 15, la police se présenta au petit séminaire et obligea le corps professoral à partir. Tous les professeurs furent dispersés.
Pendant la guerre de 1914-1918, les locaux de l'ancien Petit Séminaire furent utilisés comme hôpital de campagne.
Fondation de la première école nationale professionnelle de jeunes filles (1929) vignette|Avant-corps de la façade du lycée Jacques Cœur, où l'on voit inscrit « École Nationale Professionnelle de jeunes filles ».|gauche
Après la guerre, surtout de 1922 à 1926, le département du Cher et la mairie de Bourges s'affrontèrent quant à l'affection des locaux de l'ancien petit séminaireRoland Narboux, Histoire de Bourges au , Tome 1 : 1900-1940, Royer, 1993, . En 1926, pour débloquer la situation, la ville accepta de financer la différence entre la somme donnée par l'État et celle réclamée par le département pour rénover les bâtimentsRoland Narboux, Histoire de Bourges au , tome 1 : 1900-1940, Royer, 1993, . Le le préfet du Cher, Édouard Herriot, le ministre de l'Instruction publique et Armand Fallières, le ministre du Travail, et Henri Laudier le maire de Bourges signèrent un contrat selon lequel le département louait les locaux à l'État pendant (bail emphytéotique) contre un loyer annuel d'un francBulletin d'information du département du Cher, , décembre 1975, .
En effet, Henri Laudier, le maire de Bourges, voulait absolument créer une école nationale professionnelle pour jeunes filles dans sa ville. Il n'en existait encore aucune pour filles en France alors qu'il y en avait depuis plusieurs décennies pour les garçons. Cette école ouvrit effectivement ses portes pour la première fois le lundi à Bourges dans les locaux de l'ancien petit séminaire Saint-Célestin, avec Roland Narboux, Histoire de Bourges au Tome 1 : 1900-1940, Royer, 1993, p. 143. Le but de cette école était de donner une bonne formation professionnelle aux jeunes filles aussi bien à la maison qu'au travail, dans le domaine des arts ménagers, de la couture, du secrétariat, de la chimie.
De l'ENP au lycée Jacques-Cœur (années 1930-années 1990) vignette|Arcades du bâtiment A du lycée Jacques-Cœur.
En 1940, l'avancée des troupes allemandes créa un mouvement de panique et une partie des élèves se replièrent à Égletons. Les bâtiments de l'école furent occupés par les troupes allemandes qui y installèrent un dépôt de munitions : quelques décennies plus tard, on retrouvera un obus au sein du lycée. Dès la rentrée de 1940, à Bourges la vie de l'école renaquit petit à petit : les cours de chimie et les dortoirs furent placés rue Carolus, d'autres dortoirs et les cours de commerce furent installés place des Quatre-Piliers, les autres cours étant donnés aux Beaux-Arts et à l'école Cour ChertierCatalogue du Congrès national France-Intec, avril 1979.
Une fois les bâtiments libérés des troupes allemandes, à la fin de la guerre, la direction de l'école découvrit des locaux dégradés ; on mit en place des dortoirs de fortune.
En 1960 et 1961, l'ENP devient un lycée technique d’ÉtatDaniel Lambinet, « Au-delà d'un cinquantenaire... le lycée Jacques Cœur », Bulletin d'information du département du Cher, , décembre 1975, .. En 1968 lors des événements de mai, l'école est abandonnée par les élèves pendant deux semaines. À partir de 1973 l’hôtellerie devient mixte et le lycée prend le nom de « lycée Jacques Cœur ». En 1996-1997, le lycée atteint son effectif le plus élevé : . De nos jours l'établissement atteint l'effectif de , avec toujours une surreprésentation féminine : on compte environ deux filles pour un garçon.
Architecture Bâtiments du vignette|Cour du lycée vue de la chapelle.|gauche
Le lycée est construit à l’initiative du cardinal du Pont, sous la direction des architectes Juillien et son gendre, Émile Bussière : leurs noms et la date des travaux sont inscrits à droite de l'entrée principale, au sommet d'un pilier d'angle. La construction commence en 1845 (le , la première pierre de l'édifice est scellée), mais est arrêtée en 1847 du fait de la crise économique qui frappe alors le royaume de France ; ils ne reprennent qu'en 1852. De ce fait, les travaux durent onze ans : la construction s'achève en 1856. Elle a coûté plus d'un million de francs. Le , trois ans avant sa mort, du Pont inaugure enfin son petit séminaire.
vignette|Détail de la façade de l'avant-corps.
L'organisation des bâtiments respecte les plans types d'établissements scolaires et d'institutions religieuses du milieu du Le patrimoine des communes du Cher, Éditions Flohic, . Elle se rapproche aussi de l'architecture monastique, puisqu'on y trouve un cloître qui entoure une cour centraleJean Favière, Bourges, L'Histoire et l'Art, La Goëlette, 1996, . En effet, à l'arrière, sur trois côtés, des galeries entourent une cour rectangulaire. La toiture du cloître aux baies cintrées forme une terrasse en hauteur. La chapelle du lycée, construite en 1862, est de style néo-gothique : elle ferme le quatrième côté de la cour.