vignette|Salle de Kinétoscope. Edwin Stanton Porter, inventeur et réalisateur américain de l'ère du cinéma muet, né le à Connellsville dans l'État de Pennsylvanie, une ville proche de Pittsburgh, et mort le à New York, est plus connu sous le nom d'Edwin S. Porter.
Il est considéré comme l'un des pionniers du cinéma américain. En 1900, il est embauché comme directeur de studio et directeur de la photographie de l'Edison Manufacturing Company. En 1909, il quitte Thomas Edison pour fonder la société de production Defender Pictures Company en 1910, puis la Rex Motion Picture Company pour enfin rejoindre Adolph Zukor pour créer la Famous Players Film Company. Sur plus de créés par Porter, on peut noter : What Happened on Twenty-third Street, New York City, (1901), Jack and the Beanstalk (1902), Life of an American Fireman (1903), le premier film qui raconte une histoire, avec , il introduit la pratique des intertitres dans les films muets, Le vol du grand rapide (1903) qui est le premier western, The European Rest Cure (1904), Le Prisonnier de Zenda (1913), etc. films qui, selon les critiques et historiens du cinéma, ont révolutionné la réalisation cinématographique dans la mesure où il fait partie des tout premiers réalisateurs à raconter une histoire par un film.
Il se retire de la production cinématographique en 1915 pour devenir le président de la qui fabrique des équipements pour le cinéma. Il prend sa retraite en 1925 et perdra une partie de sa fortune lors de la Grande Dépression de 1929.
Biographie
Jeunesse et formation Edwin Stanton Porter est le fils de Thomas Porter, propriétaire d'un atelier et magasin de meubles et de Mary Jane (Clark) Porter. Il est le quatrième d'une fratrie de sept enfants. Edwin passe son enfance et son adolescence à Connellsville, une petite ville manufacturière réputée pour sa production de coke, surnommée la "Coke Capital of the World". Il quitte l'école à quatorze ans, Edwin exerce divers métiers comme peintre d'enseigne, caissier de théâtre et celui de télégraphiste. Parallèlement, il s'informe sur les nouvelles technologies liées au développement de l’électricité et de ses applications, ce qui lui donne les compétences d'ingénieur. Participant à la vie culturelle de Connellsville, il développe une passion pour le théâtre, qui le prépare ainsi au cinéma.
En 1891, après l'arrivée de l’électricité à Connellsvill, avec son ami Charles H. Balsley, ils déposent le brevet d'un régulateur d'intensité pour les ampoules électriques. Malgré ses talents reconnus d'ingénieur en électricité, il ouvre une boutique de confection sur mesure, celle-ci fait faillite lors de la crise de 1893. Il fait une dépression, son médecin lui recommande l'air marin pour se réhabiliter, c'est ainsi qu'il part à Philadelphie pour s'engager dans la marine américaine de 1893 à 1895 où il sert à bord du croiseur l' en tant qu’opérateur de télégraphe.
Pendant son temps à la marine, il a l'occasion d'améliorer le télémètre électrique inventé par un officier de marine, Bradley A. Fiske, qui devient amiral en 1911.
Edwin S. Porter et les débuts du cinéma Alors que les projections par les Vitascopes d'Edison sont en plein essor en l'année 1896, Edwin Porter, démobilisé, s'informe sur cette nouveauté. Dans un premier temps, il se propose avec son ami Charles H. Balsley d'acheter les droits de diffusion des Vitascopes dans l'état de Pennsylvanie, mais les correspondants commerciaux d'Edison, Raft et Gammon, lui répondent que les droits sur la Pennsylvanie sont déjà concédés, mais qu'il lui reste la possibilité d'acheter des droits pour d'autres États des États-Unis. Finalement, avec quelques citoyens de Connellsville, il crée un consortium qui achète les droits pour l'Indiana et la Californie. Il commence sa carrière de cinéaste en 1896, grâce à ses connaissances en électricité et en mécanique et leurs applications techniques, il est engagé par le studio de Thomas Edison à Orange (New Jersey) en en tant que "motion picture operator", autrement dit projectionniste. Il part faire des projections à l'aide du "projectoroscope" de Kuhn & Webster, séances qui l'emmènent de l'Amérique centrale au Canada, où il apprend ce qui plait au public.
En 1898, il s'installe à New York pour travailler au théâtre Eden Musée qui possède une licence des studios de l'Edison Manufacturing Company permettant la diffusion de ses films. Edwin S. Porter s’occupe de la programmation des projections, de l’accompagnement sonore, de l'achat de films auprès de sociétés de production. En , apparaissent les premières projections des films réalisés par Louis Lumière aux États-Unis et, dès la fin de 1897, Edwin Porter programme des films Lumière à l'Eden Musée, notamment ceux qui célèbrent le jubilé de la reine Victoria.
Durant le printemps 1899, l'Eden Musée présente à côté de films d'actualités, de scènes de voyage, d'humour, de scènes historiques, les films de Georges Méliès. Ces derniers rencontrent un grand succès auprès du public et conquièrent Edwin S. Porter.
Tout en travaillant pour l'Eden Musée, Edwin S. Porter met ses compétences au service de l'amélioration du matériel cinématographique. Au cours de l'été 1899, il construit des appareils photo, des caméras et des appareils de projection. Ses inventions sont exploitées par la société Veriscope, ce qui lui donne une autonomie absolue et lui permet de dégager de gros bénéfices grâce à ses nombreuses projections itinérantes. La société américaine Sportagraph Company lui demande également du matériel adapté à la prise de vues de matchs de boxe, de courses de chevaux, de courses à vélos, de courses à pied, de compétitions de lutte et d’autres spectacles mettant en scène des vedettes du monde sportif. Une possibilité offerte par la caméra conçue par Edwin S. Porter. Elle peut en effet fonctionner soit sur courant continu, soit sur courant alternatif, ne pèse que quinze kilos et peut être installée en moins d'une heure. Mais le succès n'est pas au rendez-vous et la Sportagraph Company fait faillite sans avoir pu payer le matériel fourni par Edwin S. Porter, le mettant ainsi en difficultés financières.
Il invente un projecteur particulièrement lumineux, baptisé le "Projectorscope", distribué par Edison et diffusé par la Kuhn & Webster’s Company. Cet appareil rencontre un succès certain, notamment en raison de son prix relativement bas () qui permet son acquisition par des projectionnistes itinérants modestes. Sa commercialisation s'arrête en 1900, date à laquelle la petite usine de Porter est détruite par un incendie.
En 1900, le succès du cinéma entraîne la multiplication des sociétés de production et des salles de projection, l'Eden Musée n'est plus qu'une des quinze salles de projection de New York, concurrencé principalement par le Proctor's Pleasure Palace qui diffuse massivement les films frères Lumière.
Edwin S. Porter et l'essor du cinéma
Les débuts en tant que réalisateur À la suite de l'incendie de son usine, Edwin Porter est à la recherche d'un emploi, son expérience de concepteur/fabricant de matériel cinématographique fait qu'il est embauché à nouveau par Edison avec une mission précise : « améliorer et repenser les caméras, les machines de projection et les perforateurs ». En 1901, Edwin Porter conçoit le cinétoscope (basé sur un développement et des améliorations du Vitagraph d'Albert Smith et du cinématographe Lumière) qui devient l'un des meilleurs projecteurs du moment. Il construit également une nouvelle machine à développer et dupliquer les films.
À l’automne 1900, la société Edison construit un nouveau studio à New York au 41, East Twenty-first Street, cela afin d'assurer production régulière de films et conforter sa position concurrentielle. Désirant un homme de confiance pour diriger et animer le nouveau studio, Edison fait le choix de nommer Edwin Porter. C'est ainsi que Porter entame une carrière de réalisateur. Par réalisateur, à l'époque, il faut entendre caméraman qui est le seul responsable de la production d'un film, à la fois metteur en scène, décorateur et photographe ce qui lui permet de maîtriser tout le processus de la création d'un film de la prise de vue au montage. Influencé par Georges Méliès, notamment par Le Voyage dans la Lune, Edwin Porter commence à utiliser des trucages au sein de ses premiers films.
Le cinéma comme récit Jusqu'en 1900, la plupart des films exposaient des scènes de la vie quotidienne, des numéros de music-hall, des tableaux historiques, le cinéma de l'époque est une attraction, une curiosité sans aucune prétention esthétique ou narrative. Peu de gens voyaient un avenir pour le cinéma, il semblait ridicule que le Vitascope puisse remplacer le music-hall. Edwin Porter veut utiliser ce nouveau support pour raconter une histoire. Avec l'aide de son assistant George S. Fleming, il produit, en 1903, un film dramatique, le premier qui raconte une histoire : The Life of an American Fireman, pour lequel il pratique pour la première fois ce qu'on appellera plus tard un flashforward (le pompier a une vision, logée dans une image circulaire impressionnée au bord du plan, qui montre à cet homme qu'un incendie va se déclarer), ce film se distingue des autres par sa longueur de temps, plus de , longueur de bobine neuf fois plus longue que les bobines les plus courantes, son film comporte sept plans, son innovation est telle pour l'histoire du cinéma qu'il est inscrit au National Film Registry en 2016. Devant le succès du film, les Edison Studios lui demandent de tourner une version cinématographique de La Case de l'Oncle Tom, Edwin Porter ne se montre guère motivé, il réalise l'adaptation sans enthousiasme, cela dit est à sortie le film le plus long depuis la naissance du cinéma, il dure et c'est le premier film de l’ère du muet qui introduit des intertitres entre chaque séquence. Après ses deux succès, il tourne de petites comédies telles que The Old Maid Having Her Picture Taken (1901), Trapeze Disrobing Act (1901), Jack and the Beanstalk (1902). Avec What Happened on Twenty-third Street, New York City (1901), il est de ceux qui importent le suspense de la littérature au cinéma.
Le premier western En 1903, Edwin S. Porter réalise le premier western de l'histoire du cinéma : The Great Train Robbery / Le Vol du grand rapide. Quatre bandits, en tenue de cow-boys, attaquent un train de voyageurs, s'emparent de l'argent en faisant sauter le coffre-fort du fourgon, dévalisent les voyageurs et tuent l'un d'entre eux. Poursuivis par des Texas Rangers qui les cernent, ils sont abattus. Le film dure douze minutes, utilise une quarantaine d'acteurs, une vingtaine de plans, et une dizaine de lieux en intérieur et en extérieur. Avec ce film, il pose les bases du western en trois parties : le crime, la poursuite et la confrontation finale. Le film est un immense succès public mondial, inscrit au National Film Registry en 1990. Le rôle principal est tenu par Max Aronson qui changera son nom en Bronco Billy Anderson et deviendra la première star du western. Edwin S. Porter ne transforme pas l'essai aucun de ses films suivants auront le même succès et surtout le même degré de création cinématographique.
La réorganisation de l'industrie cinématographique L'Edison Manufacturing Company, à la suite de nombreux procès, perd son quasi-monopole de production et de diffusion, face à la libéralisation du marché du cinéma et la multiplication des nickelodeons, premières salles dédiées aux seules projections cinématographiques. La société se réorganise de façon industrielle, avec une hiérarchisation opérationnelle, des spécialisations et un souci de rationalisation financière. Ce nouvel esprit ne convient pas à Edwin Porter, les tensions montent avec son employeur et, finalement, il est licencié ainsi que son assistant William J. Gilroy.