Cette page rapporte l'Histoire de la production de zinc. Le zinc fut, avec le plomb, le premier métal non-ferreux le plus utilisé par l'Homme, avant la formidable expansion de la production du cuivre et l'expansion très rapide de la production d'aluminium quelques décennies plus tard. Le zinc se trouvant dans la nature exclusivement sous la forme de composés, sa fabrication s'effectue d'abord à partir du carbonate de zinc.

Jusqu'à la fin du , le zinc était importé d'Inde et était commercialisé à prix d'or. Il trouve des usages divers et variés dans le bâtiment : étanchéité, cuve et conduites d'eau... Au , son prix baisse énormément grâce à l'expansion des bassins houillers, puisque l'extraction de ce métal exige une chaleur forte et continue produite par des quantités considérables de charbon. Entre 1900 et 1956, alors que la production du plomb est multipliée par 2, celle du zinc l'est par 6, et celle du cuivre par 7, même si c'est de loin de celle de l'acier, multipliée par 11,7 et surtout de celle de l'aluminium, qui croît dans le rapport de 1 à 432 Chronologie de l'histoire de l'alumine sur le site de l'Institut pour l'histoire de l'aluminium .

Histoire ancienne Le métal appelé aujourd'hui zinc était présent dans les alliages de cuivre, dénommés dans la littérature ancienne “ airain ”, de l'époque appelée l'Âge du bronze qui succéda à l'Âge du cuivre. Ces alliages étaient vraisemblablement obtenus par réduction simultanée de minerais de cuivre, d'étain et de zinc. On a retrouvé des objets en laiton en provenance de Babylonie et d'Assyrie et remontant au millénaire av. J.-C., de même qu'en provenance de Palestine et remontant à l'époque allant de 1400 à 1000 av. J.-C.

Antiquité Le zinc cassant à température ambiante, il n'a jamais été considéré comme un "métal antique". Les métallurgistes de l'Antiquité l'employaient mélangé à d'autres minerais de cuivre et/ou d'étain qui permettaient de fabriquer divers laitons et/ou des bronzes ou airains sophistiqués. Il fut aussi utilisé sous forme d'alliage comme composant de pièces de monnaie.

Plus tard, les bracelets de zinc découverts en Grèce, sur l'île de Rhodes dans l'antique cité de Camiros, détruite au , a permis de donner une estimation bornée sur la période de leur fabrication, The history of zinc and cadmium, in A comprehensive treatise of inorganic and theoretical chemistry, volume 4, Longmans, Green et Co Ltd, Londres, 1929, pages 298-405 (partie Zn Cd Hg). Zinc NSCEP in texto sur le site EPA US Environmental Protection Agency et ainsi le témoignage que le zinc était connu de l'Antiquité.

Les Grecs avaient donné aux minerais de zinc le nom de kadmeia, pierre cadméenne. La cadmia déjà extraite dans les mines de la cité thébaine, dénommée en français du la "cadmie", pierre calamineuse ou "calamine", un minéral ou minerai carbonaté de zinc.

Moyen Âge Le zinc se répand en Chine et aux Indes comme une variété précieuse de l'étain. La métallurgie indienne produit abondamment du zinc purifié dès le , à partir de carbonate de zinc et de matières organiques réductrices, comme de la laine usagée. Dans un creuset de coulée fermé, le minerai de zinc était indirectement réchauffé grâce à du charbon de bois pour obtenir de la vapeur de zinc, ensuite refroidie à l'air ambiant dans une cuve de condensation placée sous le creuset de coulée.

Le vénitien Marco Polo (1254-1324) fait aussi état de la fabrication d'oxyde de zinc chez les Perses, qui utilisaient une solution de vitriol de zinc (ZnSO4×7H2O) pour traiter les irritations des yeux. Le sulfate de zinc (ZnSO4) est aujourd'hui encore utilisé en médecine comme astringent et antiseptique.

En 1374, le zinc a été reconnu par les Hindous comme étant un nouveau métal, le huitième de l'époque. Il existait, à l'époque déjà, une production et un commerce limités de zinc.

Paracelse, né en 1493 à Einsiedeln (en Suisse centrale), médecin, philosophe mais aussi théologien laïque, d’expression allemande (de dialecte alémanique) découvrit la préparation de certains corps comme l'antimoine, l'arsenic et le zinc. Il classa ce dernier dans les métaux vers 1530, mais le zinc ne continue d'apparaître pratiquement que dans les laitons et les bronzes.

Les marchands arabes, en contact avec les Indiens du Nord l'exportent vers l'Occident et l'Orient. L'Indonésie, puis la Chine semblent en fabriquer de même qualité respectivement un et deux siècles plus tard. Les navigateurs portugais, puis les compagnies hollandaises, brisent le monopole des caravaniers ou navigateurs arabes.

Époque moderne

Lawson, revenu d'un voyage en Chine en 1740, rapporta en Angleterre un procédé d'élaboration du zinc, mis en exploitation dans une fonderie installée, en 1743, à Bristol, ce qui a donné au pays le monopole de la production de zinc. La première fonderie de zinc, procédant par réduction d'oxyde de zinc à l'abri de l'air, est installée par Andreas Margraff entre 1746 et 1749Les pharmaciens et chimistes Margraff père et fils s'inspirent des travaux du chimiste suédois Anton Swab.. Les métallurgistes anglais investissent dans la production du zinc, à l'exemple de William Champion fabricant de laitons. La systématique de Lavoisier en 1787, permet au zinc d'être unanimement reconnu comme élément chimique.

Parallèlement, en Belgique, à partir du , l’art du laiton se développe dans la région mosane, à Huy et à Dinant principalement. L’exploitation de ces ressources se concentre dans la Province de Liège où se trouvent les importants gisements de l’Altenberg ("Vieille-Montagne" à Moresnet) et de Plombières, mais également dans la vallée de la Meuse. Localisée sur les affleurements de minerais, elle se poursuit jusqu'au .

L'histoire de la production de zinc se distingue nettement de cette des autres non-ferreux en ce que, entre 1740 et 1840 on assiste, en Europe, à . De plus, alors que les méthodes mises au point pour les autres non-ferreux (four à réverbère, brassage des métaux, usage du coke) profitent à la sidérurgie, la métallurgie du zinc mûrit indépendamment des autres. Même l'extraction du plomb, qui se fait sur les mêmes gisements, est .

Quatre grandes filières techniques européennes émergent alors en Europe : Bristol, Liège, Carinthie et Silésie. La filière britannique commence dans les années 1740, en travaillant sur les qualités de brillance de l’alliage tout en réduisant son coût. Lors de l'irruption des troupes françaises en Belgique en l'An II, il lui devient aussi nécessaire de pallier la pénurie de calamine. La filière carinthienne, elle, se distingue des trois autres car elle ne s'appuie pas sur la richesse en combustible. Elle reste peu influencée, semble-t-il, par les métallurgies contemporaines (métallurgie du laiton à Bristol, verrerie en Silésie, métallurgie de l’acier en pays de Liège) et fait un large usage du gazogène. Ces deux filières tombent en désuétude après un fonctionnement de quarante années. À partir des années 1860, on constate la création d’une nouvelle filière, la filière rhénane, sorte de mixte entre les deux grandes filières de production survivantes, la liégeoise et la silésienne.

L'Empire La naissance de la fonderie sous pression, en 1805, a lieu aux États-Unis, où William Wing déposa le premier brevet en 1805. La première application industrielle date cependant de 1814. Le procédé est alors employé à la fabrication des caractères d'imprimerie en alliage de plomb et d'étain.

Lors du Blocus continental, une clause insérée au Cahier des Charges de la concession des mines de calamine de la Vieille Montagne, dans la région de Liège, en Belgique, montre que les artisans tentent d'obtenir le zinc, dans un secteur localisé sur les affleurements de minerais, en essayant de le réduire à l'aide de fourneaux appropriés, à l'état métallique". Jean-Jacques-Daniel Dony, chimiste et industriel liégeois, est à l'origine d'un procédé industriel de l'exploitation du zinc, mis au point au même endroit, ce qui fut consacré par un brevet délivré par Napoléon , le 19 janvier 1810, pour un fourneau propre à extraire le zinc de la calamine. En 1805, Dony, bénéficiant des nouvelles législations minières françaises, obtient la concession de la Vieille-Montagne (décret impérial du 21 mars 1805). Son procédé restera connu sous le vocable de "méthode liégeoise" et marque la naissance de la métallurgie du zinc. La métallurgie du zinc est ainsi mise au point par Jacques Dony vers 1808. Dony meurt en 1819, au moment même où Mosselman entrevoit la rentabilisation, à la tête d’une entreprise qui emploie près de , produit deux tonnes de zinc par an et engrange de premiers bénéfices. En 1825, le brevet Dony dont Mosselman était devenu titulaire tombe dans le domaine public. Ses applications iront en se développant. Suit la redécouverte et l'exploitation, après 1830, d'une série d'autres gisements répartis principalement dans le triangle Eupen-Verviers-Aix-la-Chapelle et sur la rive gauche de la Meuse, entre Namur et Liège. L'exploitation de la blende (sulfure de zinc) débute dans les années 1840 et prend de l'ampleur au cours du . Fondée en 1837 avec le soutien de la Banque de Belgique par les héritiers Mosselman, Vieille Montagne est considérée comme la première multinationale d’Europe, car elle est dotée d’un siège liégeois et d’un autre parisien.

La Restauration En 1835, Alfred Mosselman fait l'acquisition, à Angleur, le long de l'Ourthe, d'un terrain pour y construire une usine à zinc, des bureaux et une maison. En 1837, avec ses enfants et la Banque de Belgique, il crée la société anonyme : Vieille Montagne, seul producteur de zinc du pays, avec trois sites produisant en tout tonnes: Moresnet, Saint-Léonard et Angleur. Le zinc est laminé à Tilff, facilement accessible via le canal de l'Ourthe et à Bray, en France.

En 1846, Louis-Alexandre Saint-Paul de Sinçay prend la direction des opérations de Vieille montagne en Belgique et entreprend une politique de croissance. De tonnes en 1845, la production atteint tonnes en 1855. Le groupe installe une fonderie de zinc à Hollogne-aux-Pierres. En 1912, avec une production de , c'est l'usine à zinc la plus importante du monde.

Le Second Empire vignette|200px|Compagnie royale asturienne des Mines, à Madrid. Le chimiste britannique Edward Frankland découvre entre-temps les premiers composés organométalliques à base de zinc (à liaison C - Zn) vers 1850, en appliquant et maîtrisant des techniques de chauffage à reflux et de distillation sous vide ou atmosphère inerte.

Entre 1770 et 1847, la Wallonie est la première région d'Europe continentale à réussir une révolution industrielle, grâce aux immigrés britanniques, pour pallier le déficit technologique du continent au cours du , par la conception d'entreprises intégrées, de la matière première jusqu'au bien fini"Les Wallons hors de la Wallonie - (1995)" par Michel Oris, Maître de Conférence à l'Université de Liège et Jean-François Potelle, Institut Jules Destrée [Wallonie - Histoire - Les Wallons hors de la Wallonie (2/2)]. Les métallurgistes et chimistes wallons ont ainsi pris sous leur contrôle l'extraction de charbon et surtout de minerais de fer et de zinc.

Cockerill, La Providence, les Charbonnages et Hauts Fourneaux d'Ougrée, et d'autres s'implantent dans les années 1850 dans le nord de la France sur des sites riches en charbon et y développent des complexes sidérurgiques puissants, mais aussi dans le bassin de la Ruhr, avec les techniques d'étançonnage et d'extraction wallonnes. La Compagnie royale asturienne des Mines créée en 1853