Cette page relate l'histoire de la production de plomb. À travers les âges, de nombreux écrits relatent sa présence dans des objets ou à travers les cultures. Principal minerai du plomb, la galène est souvent argentifère et accompagnée d’autres sulfures (blende, pyrite, notamment). Il en résulte que la production annuelle de plomb et son prix sont relativement dépendants des fluctuations de l’offre et de la demande d’autres métaux. Dans les minerais, le plomb est en effet très souvent associé au zinc mais aussi à l'argent.
Dès le , deux grandes régions productrices se distinguent, le nord de l'Angleterre et la colonie du Missouri, aux États-Unis, qui voient ensuite l'Espagne prendre le relais.
On utilise le plomb sous forme d’oxydes (accumulateurs pour les sources d'énergie) et sous forme métallique (tuyaux, feuilles, alliages pour soudure, alliages antifriction). Ses composés ont été incorporés dans les carburants pour en améliorer les qualités antidétonantes. De ce fait, l'histoire de la production de plomb a été dopée au par l'automobile, mais l'essence sans plomb a ensuite réduit fortement ce débouché.
Entre 1900 et 1956, période de forte croissance industrielle, stimulée par l'effort de guerre lors des conflits mondiaux puis par les efforts de reconstruction, la production de plomb progresse, comme celle des autres métaux, mais moins vite : alors que la production du zinc est multipliée par 6, celle du plomb l'est par seulement 2,6Chronologie de l'histoire de l'alumine sur le site de l'Institut pour l'histoire de l'aluminium . Les deux secteurs sont liés car on trouve beaucoup de plomb dans les mines et les minerais de zinc.
L'âge du bronze Le plomb - relativement abondant dans la croûte terrestre - est l'un des métaux les plus anciennement connus et travaillés. On en a trouvé dans des pigments recouvrant des tombes ou dépouilles préhistoriques ( ), mais aussi des objets. En dépit de sa haute toxicité, et grâce probablement à sa facilité d'extraction, à sa grande malléabilité et à son bas point de fusion, il a été fréquemment utilisé lors de l'âge du bronze, durci par de l'antimoine et de l'arsenic trouvés sur les mêmes sites miniers.
L'Antiquité Le plomb recherché par les Sumériens, Grecs et Égyptiens Les Sumériens, Égyptiens, Grecs, Hébreux ou encore Romains savaient extraire le plomb, afin de colorer et émailler des céramiques, lester des hameçons, sceller des amphores, produire des fards, du khôl ou produire des objets usuels (de avant notre ère). Le plomb est mentionné dans les écritures cunéiformes sumériennes — sous le vocable a-gar5John A. Halloran Sumerian lexicon version 3.0 — il y a près de , ou encore dans l'Exode, rédigé il y a environ . C'est souvent aussi un sous-produit de mines d'argent.
Les mines du Laurion en Grèce Les mines du Laurion, gisement de cuivre, de plomb, mais surtout connues pour l'argent sont exploitées à la pointe méridionale de l'Attique, entre Thorikos et le cap Sounion, à une cinquantaine de kilomètres au sud d'Athènes, en Grèce. De nombreux vestiges (puits, galeries, ateliers de surface) en marquent encore le paysage. Les mineurs (sans doute pour la plupart esclaves et probablement souvent enfants ou adolescents, car la hauteur des galeries n'excède souvent pas ) y travaillaient dans des conditions très difficiles dans un air chaud (plus de aujourd'hui), et appauvri en oxygène où ils devaient, à la faible lueur de lampes à huile, creuser des roches souvent très dures et - au niveau du minerai de plomb argentifère - inhaler et ingérer des poussières riches en plomb, source d'intoxication saturnine.
Empire romain Le plomb était extrait en grande quantité à l'époque romaine, comme sous-produit des mines de plomb argentifère, notamment dans les mines de Bétique et des Cornouailles mais aussi dans le Massif central. En plus des utilisations qu'en faisaient déjà les Égyptiens ou les Grecs, les Romains ont massifié l'usage du plomb pour produire des tuyaux (ou fistules) destinés à acheminer l'eau potable jusqu'aux édifices publics et privés. Ces canalisations possédaient différents diamètres selon leur usage, les plus grosses étaient destinées aux siphons et ponts-siphons des aqueducs. On estime ainsi que l'aqueduc du Gier à Lyon avec ses quatre ponts-siphons a nécessité près de de plomb.
Le plomb était utilisé aussi sous forme de petites tablettes pour rédiger des inscriptions magiques. Le plus souvent maléfiques, ces tablettes de défixion ont été retrouvées en contexte funéraire comme le plomb du Larzac ou dans des sanctuaires comme la tablette de Chamalières.
La toxicité du plomb était connue des médecins et des mineurs de l'Antiquité. Les Romains l'utilisaient aussi sous forme d'acétate de plomb pour conserver et sucrer leur vin, et s’étaient rendu compte que les gros buveurs, donc de la classe aristocratique, souffraient d’intoxication.
Des analyses effectuées dans la glace au Groenland révèlent que les fonderies de plomb de l'Antiquité romaine ont eu des retombées jusque dans les régions polaires Sungmin Hong, Jean-Pierre Candelone, Clair C. Patterson, Claude F. Boutron (1994) « Greenland Ice Evidence of Hemispheric Lead Pollution Two Millennia Ago by Greek and Roman Civilizations » Science 265:1841-1843..
Moyen Âge Au Moyen Âge, les alchimistes croyaient que le plomb était le métal le plus ancien (et le plus froid) et l'associaient à la planète Saturne. C'est pourquoi l'intoxication au plomb est dite saturnismeEMC-toxicologie Pathologie 2 (2005) 67-88. Plus tard, des symptômes spécifiques ont été décrits, associés à des métiers tels que les mineurs, fondeurs, peintres ou artisans fabricants de vitraux.
Le plomb est utilisé pour fabriquer des mines pointues pour régler, mettre en page et dessiner, comme il est attesté dans des écrits au . Le moine Théophile écrit que l'on
La zone la plus ancienne de développement de minerai de plomb connu documenté en Allemagne est l'Arrondissement de Siegen-Wittgenstein au village de Hesselbach, dans le land Rhénanie-du-Nord-Westphalie. L'exploitation minière y a été réalisée sur les minerais de plomb depuis le début du (802-830).
Aux , tous les gisements argentifères sont exploités. Il s’agit souvent de sulfoantimoniures de plomb et de cuivre. Le minerai subit deux transformations opérées par le feu de bois : une réduction suivie d’une oxydation qui permet d’isoler l’argent. L’oxydation du plomb donne naissance à de la litharge, qui ne contient plus d’argent et est utilisée pour la composition des peintures. Pour obtenir du plomb, il faut réduire cette litharge, mais ceci est peu pratiqué, car le plomb était généralement importé. En cinq ans, de 1292 à 1297, les mines du Devon produisirent la valeur de d’argent et de plomb. Un an plus tard, en 1298, la production des mines d’argent du Devon doubla, grâce au creusement des "areines", des galeries de drainage légèrement inclinées qui permettent d’évacuer à flanc de colline l'eau des mines. Nécessitant près de cent mineurs, elles furent efficaces, permettant d’exploiter la mine été comme hiverLa révolution industrielle du Moyen Âge, par Jean Gimpel, page 48.
En Angleterre, les Blacketts, de Tyneside, famille propriétaire de mines de charbon dans les Allendales, près de Hexham, se lancèrent dans l'exploitation des gisements de plomb en 1684. Quelques années plus tard, ils prirent un fermage à Weardale, auprès de l'évéché de Durham, pour exploiter les mines de Burtree Pasture, à Weardale, Coalcleugh à West Allen, et les mines d'Allenheads Mine.
La "London Lead Company" a été constituée, à son tour, en 1692 par des investisseurs qui avaient l'intention d'acquérir la fonderie utilisant un Four à réverbère appartenant à Talbot Clerke, et dirigée par le fils de Sir Clément Clerke, près de Bristol. Faute de succès, la société a rendu ses activités en 1695 à Talbot Clerke (Sir Talbot).
Un autre groupe d'entrepreneurs, dont le Edward Wright a été l'un des principaux membres, a obtenu des contrats de location dans le Cumberland en 1693. Constitué en société en 1693 sous le nom de Royal des Mines de Cuivre, cette société, dont de nombreux membres ont été Quakers, n'est pas à confondre avec la "Société Royale des Mines", qui était alors pratiquement moribonde. Il a acquis des mines de plomb dans le Flintshire en 1695. Cela s'est avéré plus efficace.
La "London Lead Company" exploitait les gisements d'Alston à partir de 1696, avant de s'implanter à , Weardale, Tynedale et dans la vallée de la Derwent.
La Haute-Vienne En Haute-Vienne, à une vingtaine de kilomètres au sud de Limoges, les mines de plomb argentifère de Glanges sont exploitées au début du , sur un plateau de schistes cristallins entaillés par un réseau hydrographique assez denseAndre Laporte Histoire de l'exploitation des mines de plomb argentifère de Glanges (Haute-Vienne) au cours du . Le duc de la Feuillade exploite sur sa terre de la Feuillade, près de Gentioux (Creuse) une usine à fer sans réussite. En août 1701, la forge reçoit la visite de Charles Nicolas Richer puis d'un nommé Prieur, bourgeois de Paris. Le 2 janvier 1703, le Duc reçoit un privilège minier pour sur un immense territoire qui couvre la majeure partie du Massif Central.
En juillet 1703 de Rhodes embauche six Anglais et les dirige vers Fargeas de Vicq où l'on trouve du beau minerai de plomb. Les Anglais s'associent à Prieur, mais la mésentente entraîne un arbitrage. De Rhodes se retire de l'affaire en cédant ses droits aux Anglais par acte du . Mais c'est l'échec, suivi d'un autre en 1724, quand de Rhodes fait venir des mineurs allemands, mais dilapide les fonds: les ouvriers repartent au bout d'un an. Puis une "Société d'exploitation des mines de Glanges de Saint-Germain" échoue à son tour. Le 20 mars 1766, le Marquis de Mirabeau crée une compagnie au capital de , en 100 actions, pour exploiter trois filons de plomb: de 1766 à 1772 on produit de minerai qui ont donné de plomb à la fonderie.
Les Cévennes Dans les Cévennes, l’exploitation des parties superficielles du gisement de la Mine de VillefortMINES DE VILLEFORT ET VIALAS (LOZÈRE) (PLOMB ARGENTIFÈRE) L'achat de Vialas par Mokta (L’Écho des mines et de la métallurgie, 27 mai 1883) , a commencé au début du . Elle s’arrêta en 1770 pour cause de discordance entre les associés. La concession sera instituée en 1776 au profit de la Compagnie des Mines de Villefort, dirigée par M. Ollivier et les galeries descendent à plus de sous terre.
À La Garde-Freinet, dans le Var, en 1729, un gentilhomme irlandais, Martin O'Connor, a entrepris avec un certain succès l'exploitation d'une mine de plomb argentifèreLes Mines de plomb des Basses-Alpes (), par Joseph Billioud.
L'Iowa et le Wisconsin En 1685, Nicolas Perrot, explorateur, diplomate et commerçant en fourrures, fut l’un des premiers européens dans la haute vallée du Mississippi. Aux côtés des missionnaires Jésuites qui apprenaient les dialectes indiens, est nommé "Commandant de l'ouest" avec son poste à la Baie et vingt Français seulement. C'est alors qu'il va reconnaitre son territoire et construire des forts le long du Mississippi. C'est un pèlerinage avec Perrot que de suivre le Mississippi. Il reconnait les mines de plomb au sud de Prairie de Chien et enseigne aux Indiens à détacher le plomb et à le fondre"Le Wisconsin Français", par Elisabeth GAENSLEN (1970).
Venu de Champlain (Quebec), le Canadien Julien Dubuque fut un des premiers blancs à se fixer près de l'endroit connu maintenant comme Dubuque en Iowa, où il reçut en 1788, la permission de la tribu indigène des Fox d'exploiter une mine de plomb. Par la suite les Espagnols confirmèrent son droit en lui accordant un terrain en 1796. Fidèle ami des indigènes de la région, il devint champion de leur cause, mais a fini couvert de dettes.
Le Missouri en 1720