Les forces armées de l'OTAN et du pacte de Varsovie se font face en Europe pendant la guerre froide, depuis le début des années 1950 jusqu'à la chute du bloc soviétique et la dissolution du Pacte en 1991. Elles mobilisent des moyens en homme et en matériel considérables, massés pour l'essentiel de part et d'autre du rideau de fer en Europe centrale. Ce face à face ne s'est jamais traduit par un quelconque affrontement armé. Contexte général des deux alliances

vignette|Drapeau de l'Organisation du traité de l'Atlantique nord. vignette|Emblème du Pacte de Varsovie. Les États-Unis jouent un rôle prépondérant au sein de l'OTAN pendant la guerre froide, comme l'Union soviétique au sein du Pacte. Cette prépondérance s'exerce toutefois dans un contexte originel très différent. Au sein de l'OTAN, les Européens pèsent sur les décisions stratégiques prises, touchant par exemple le concept de défense de leur territoire le plus proche possible des frontières orientales ou l'installation d'armes nucléaires tactiques ou intermédiaires sur leur sol. Le pacte de Varsovie est sur le plan formel organisé de façon assez similaire à l'OTAN, mais les Soviétiques exercent un contrôle sur les pays membres de manière à empêcher toute sortie du régime communiste, et donc du glacis protecteur mis en place par Staline, des démocraties populaires occupant une position stratégique, la Tchécoslovaquie, la Pologne, la Hongrie et la RDA. Le Pacte est ainsi utilisé sur le plan politique comme sur le plan militaire en 1968 pour reprendre le contrôle de la situation et mettre un terme au Printemps de Prague.

Les deux alliances proclament leur caractère défensif. La naissance de l'Alliance atlantique naît bien des craintes qu'ont les pays d'Europe de l'Ouest de voir se propager le communisme stalinien à travers toute l'Europe et par conséquent de leur insistante à bénéficier de la protection américaine et de leur aide financière et matérielle. Cette protection revêt deux dimensions essentielles, la présence de troupes américaines sur le sol européen et la dissuasion nucléaire solidement adossée à la supériorité écrasante des États-Unis en matière d'armes nucléaires dans les premières années de la vie de l'Alliance et de l'OTAN, l'organisation civile et militaire intégrée mise en place pour donner de la crédibilité aux engagements de défense mutuelle pris par ses membres. L'initiative de la création du pacte de Varsovie revient clairement aux Soviétiques par suite de l'entrée de l'Allemagne de l'ouest dans l'OTAN et sa remilitarisation qui se traduit par la mise sur pied une nouvelle armée allemande, la Bundeswehr, forte de . Les Soviétiques craignent la résurgence d'une Allemagne forte et aspirant à redevenir la principale puissance en Allemagne et possédant peut-être un jour l'arme nucléaire bien que son accès lui soit interdit par les traités en vigueur. Ils peuvent aussi craindre que les Américains soient tentés par une attaque nucléaire préventive avant que les Russes ne disposent d'une capacité de représailles suffisante. Si le caractère défensif des deux alliances est bien réel, il s'accompagne de la mise en place d'organisations militaires et d'une accumulation d'armements aux fortes capacités offensives. Le point de vue de l'OTAN est que la doctrine militaire soviétique et la puissance de feu des forces du pacte de Varsovie traduisent une posture clairement offensive.

L'OTAN comme le Pacte sont préparés à mener des opérations qui combinent l'emploi de moyens conventionnels et nucléaires. La stratégie de l'OTAN repose davantage sur la dissuasion nucléaire selon des doctrines qui évoluent avec la montée en puissance des moyens nucléaires soviétiques. À partir du milieu des années 1960, la doctrine de l'OTAN dite « stratégie de la riposte graduée » suppose que ses forces conventionnelles soient suffisamment puissantes pour pouvoir faire face à un grand nombre de situations en utilisant ou non les armes nucléaires tactiques. Il s'agit pour l'OTAN de disposer d'un éventail de forces lui permettant de choisir le niveau de la riposte et de montrer qu'elle est prête et résolue à se défendre tout en laissant l'adversaire dans l'incertitude quant à la forme que prendrait cette défense.

Effectifs et moyens comparés de l'OTAN et du pacte de Varsovie

Pendant toute la guerre froide, les deux alliances mobilisent des moyens militaires conventionnels considérables, constamment renforcés et modernisés Voir site. Le pacte de Varsovie jouit en la matière d'une supériorité numérique significative ; en termes qualitatifs, l'OTAN possède en revanche un grand avantage.

+Tableau comparatif des forces de l'OTANet du pacte de Varsovie (début des années 1980)Moyens militaires en Europe2,6Effectif militaire (en millions)4,084Divisions d'active173Chars de batailleArtillerieVéhicules blindés400Hélicoptères d'attaque700Avions tactiques

Les données relatives au rapport de forces entre l'OTAN et le pacte de Varsovie proviennent le plus souvent de sources occidentales. Les négociations dites « » menées entre 1973 et 1979 par l'OTAN et le pacte de Varsovie sur la réduction des forces en Europe ont toutefois rendues disponibles des données précises fournies par les deux camps. À cette même période, la France n'est plus partie prenante de l'organisation militaire intégrée de l'OTAN, les données fournies par l'OTAN n'incluent donc pas les forces françaises.

Au début des années 1980, les forces armées des pays du pacte de Varsovie comptent environ 5,7 millions d'hommes, dont 4 millions face à l'OTAN ; les forces permanentes des pays de l'OTAN se composent de 4,4 millions d'hommes dont quelque 2,6 millions stationnés en Europe. Les forces les plus importantes sont massées de part et d'autre de la frontière entre les deux Allemagnes : sur ce front « Centre », le Pacte aligne 95 divisions, plus de et , tandis que l'OTAN compte 35 divisions équipées de et . L'OTAN dispose d'environ pièces d'artillerie et missiles à courte portée utilisables sur le champ de bataille avec des ogives nucléaires et jouit d'une supériorité en la matière.

Dans le domaine naval, la situation est fondamentalement dissymétrique de par la géographie des deux alliances, l'OTAN reposant pour beaucoup sur les routes maritimes et possédant une grande tradition en matière de forces navales, tandis que le Pacte est d'essence continentale. Les Soviétiques aspirent néanmoins à contester la suprématie occidentale en la matière en développant notamment une flotte de sous-marins considérable, capable de menacer le commerce ou l'acheminement de renforts militaires Site de référence.

Comparaison par théâtre d'opérations +Forces terrestres de l'OTAN et du pacte de Varsovie (1987) Site de référenceNbre. de divisionsRatioPacte / OTAN5Nord-Europe102,037Centre-Europe691,315France45Sud-Europe420,9102Toutes zones1211,2 +Forces aériennes de l'OTAN et du pacte de Varsovie (1987)Nbre. d'avions d combatRatioPacte / OTANNord et Centre Europe1,8435FranceSud Europe2,5Toutes zones2,0 La géographie de l'Europe conduit à distinguer trois théâtres d'opérations principaux pour des opérations essentiellement aéroterrestres : le Nord Europe de l'extrême nord de la Norvège jusqu'à la mer Baltique et le nord de l'Allemagne, le Centre Europe qui correspond à la frontière de la RFA avec la RDA et la Tchécoslovaquie et à la France en second rideau, et enfin le Sud Europe qui englobe les pays riverains de la Méditerranée et les pays les plus au sud du Pacte. en complément, l'océan Atlantique constitue un quatrième théâtre pour des opérations purement aéronavales.

La situation particulière de Berlin

vignette|Chars Chieftain du de la défilant dans la Straße des 17. Juni à Berlin-Ouest le 18 juin 1989. Durant toute la guerre froide, Berlin demeure sous le statut d'occupation par les quatre puissances résultant des accords de Potsdam. Les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et l'Union soviétique maintiennent chacun des troupes dans leur zone d'occupation de Berlin de la taille d'une brigade environ. Durant la crise de Berlin qui conduit à l'élévation du Mur, des chars américains et soviétiques se font face pendant deux jours en de part et d'autre du checkpoint Charlie.

Armements conventionnels des armées de l'OTAN et du pacte de Varsovie Les doutes existants au sein des états-majors de part et d'autre quant à la possibilité réelle d'utiliser des armes nucléaires tactiques et le ravivement des tensions Est-Ouest dans les années 1980 conduisent au renforcement et à la modernisation des matériels mis en ligne par les deux camps dont le tableau ci-dessous identifie les principaux.

Bien que dans les années 1980 la France ne fasse pas partie de l'organisation militaire intégrée de l'OTAN, et qu'à ce titre ses forces ne soient pas incluses dans les données publiées par l'OTAN, les principaux matériels dont sont équipées les Forces françaises en Allemagne figurent dans ce tableau dans la mesure où elles constituent une réserve générale importante pour l'OTAN en cas de crise ou de guerre selon les accords à l'époque confidentiels négociés entre les États-majors français et américains.

Une partie des pièces d'artillerie et des avions de combat possèdent une capacité duale, c'est-à-dire peuvent être employés soit avec des explosifs classiques, soit avec des armes nucléaires ou chimiques. +Armes conventionnelles en service dans les années 1980Type d'armeLeopard 1, Leopard 2, AMX-30Chieftain, Challenger 1, M60 Patton, M1 AbramsChar de batailleT-64, T-72, T-80M108/M109, M110MLRSArtillerie Lance-roquettes2S3 Akatsiya, 2S5 Giatsint-SBM-21 Grad, BM-27 UraganM113, Marder, AMX-10 PM2/M3 Bradley,Véhicule blindéPT-76, BMP-2, MT-LBF-16, F-15 Eagle,ChasseurMIG-23, MIG-25, MIG-29, MIG-31Phantom II, A-10 Thunderbolt II, F-111Panavia Tornado,Chasseur-bombardierMIG-27, SU-24, SU-25

Cartes illustratives des effectifs de l'OTAN et du pacte de Varsovie en 1959 et en 1973 Les effectifs des armées de l'OTAN et du pacte de Varsovie ont évolué pendant la guerre froide au gré des phases de détente ou de plus grande tension et en fonction des priorités budgétaires. Du côté de l'OTAN, ils augmentent très fortement dans les années 1950 avec la mise en place de l'organisation militaire intégrée consécutive à la guerre de Corée et l'installation en Europe de forces armées américaines importantes. La constitution d'une armée ouest-allemande de à partir de 1955 renforce de manière significative les moyens de l'OTAN. La détente ou les tensions en Asie entraîne ensuite une stabilisation voire une baisse des effectifs militaires en Europe tant à l'Ouest qu'à l'Est. La sortie de la France de l'organisation militaire de l'OTAN entraîne en 1967 une redistribution très importante des forces américaines en Europe vers les autres pays de l'OTAN. La montée des tensions au début des années 1980 a pour conséquence de renforcer en quantité mais surtout qualitativement les moyens conventionnels massés de chaque côté du rideau de fer.

La nucléarisation du théâtre militaire européen

En sus de leurs forces nucléaires stratégiques basées sur leur territoire, les États-Unis comme l'Union soviétique déploient en Europe un nombre considérable de bombes nucléaires et de vecteurs à moyenne ou courte portée de toutes sortes capables de les porter, dont une partie est opérée par les forces des pays membres de leurs alliances respectives.

Forces nucléaires intermédiaires