Le concept de Moi transcendantal s'inscrit dans le mouvement qui depuis Descartes conduit la philosophie à faire du Je et de la conscience de Soi le point de départ de toute pensée et le fondement de toute connaissance certaine-..

Déclinaisons du Moi Distinctions formelles On parle indifféremment de « moi psychologique », de « moi empirique » ou de « moi concret », parfois simplement de « conscience » trois termes équivalents, qui vont avoir à se distinguer en phénoménologie du « moi pur », « ego transcendantal » ou « moi transcendantal ». Le « moi naturel » est défini comme par le Dictionnaire des concepts . Pour Maurice Merleau-Ponty cette unité est problématique : .

Il peut être envisagé d'un autre point de vue comme ce qui constitue l'essence du sujet, désignant l'âme plutôt que le corps. En fait, ce que l'on connaît ce n'est qu'une succession de vécus empiriquement perçus comme relevant d'un Moi unique mais dont la justification théorique a été tentée pour la première fois par Kant sous le concept de « Moi transcendantal ». La phénoménologie va chercher à surmonter la dispersion des actes en fondant leur unité sur l'ego.

Ce qui est alors en question, c'est le lien entre l’« ego empirique » instable et l’unicité de l'« ego transcendantal », en montrant ..

Structure phénoménologique du Moi L'analyse du « Moi » menée par Eugen Fink dans ses réflexions phénoménologiques sur la théorie du sujet met à jour une structure phénoménologique complexe. Le « Moi » y apparaît à la fois « multiple » et « unique ». Dans son principe, tout savoir d'objet est toujours simultanément un savoir que le « Moi » a de lui-même car toute conscience éveillée , toute représentation, toute connaissance est dès toujours une certaine ouverture sur lui-même, par où il devient familier à lui-même.

Dans la compréhension classique, la « conscience du Moi » est interprétée comme , comme , autrement dit comme réflexion. L'intention, conçue ordinairement comme dirigée vers le dehors, se transforme à cette occasion, en une intention réflexive dirigée vers le dedans, mais comme le souligne Fink cette réflexion ne peut rencontrer un « Moi » que parce que le Moi a déjà un savoir originellement accompli de sa propre vie. Autrement dit, la réflexion est par elle-même, dans l'incapacité de découvrir le « Moi » et ce serait bien plutôt la « conscience de soi » qui rendrait possible la réflexion.

Déjà remarque Fink.,. Dans la pensée de cet auteur, la « réflexion » devient un mode d'expressivité de la « conscience de soi ». La « conscience de soi » n'est pas d'abord formée par la réflexion mais à l'inverse : toute forme de réflexion présuppose déjà la « conscience de soi ». Ce n'est pas la conscience d'objet qui rend possible la « conscience de soi », mais l'inverse, autrement dit il ne faut ne pas comprendre la « conscience de soi » comme une auto-objectivation du « Moi ».

, écrit Eugen Fink . Selon cet auteur, il serait possible de distinguer, à l'intérieur d'une unité globale, trois ego à différents niveaux de profondeur, dans le cours de l'accomplissement de l'époché à savoir un ego engagé dans le monde (le Je, l'homme), lego transcendantal possédant le monde comme pré-donné et l' ego qui accomplit l'époché.. Dans la Sixième Méditation cartésienne, Eugen Fink reprend sous une forme légèrement différente cette triplicité du Moi .

Par ailleurs, en étant conscience d'une « conscience-de » qui en serait l'objet, la réflexion correspond à une diversification interne du « Moi », c'est-à-dire à une façon pour le « Moi », unique, de devenir multiple en lui-même. En réfléchissant sur un vécu j'embrasse non seulement les objets vécus dans cette expérience mais tout le rapport vécu entre le « Moi éprouvant » et le contenu éprouvéJe puis réfléchir sur mon expérience de réflexion et donc saisir le Moi, qui préalablement réfléchissait, et ce qui était vécu par lui réflexivement, ce qui à nouveau se décompose en Moi éprouvant et ce qu'il éprouve, et je puis encore réfléchir sur la deuxième réflexion.. Il se démultiplie, sans perdre son unité et son unicité. En phénoménologie, .

Eugen Fink, se demande s'il n'existe pas .

La chose se complique, selon cet auteur, si, au lieu de prendre comme exemple la réflexion sur un vécu singulier, elle porte sur tout un style de vie « égoïque », où le Moi ne regarde pas son vécu mais son comportement (exemple la méditation morale). Le remords ne rejette pas seulement une action passée mais tout un comportement, une habitude une bassesse. Cette sorte de réflexion peut aussi se redoublerLe personnage de Dostoïevski réfléchit sur ce que sa manière de se comporter avec son prochain a de lâche, puis il réfléchit justement sur cette circonstance que réfléchir sur cela et se repaître de sa propre veulerie en s'en torturant est ce qui a de plus veule.. La réflexion a le caractère d'un « démasquage » de soi par soi, et pas seulement de la prise de possession explicite des vécus passés . Le Moi devient multiple, d'une manière toute particulière, telle qu'une multiplicité de Moi se développe et ne cesse cependant pas d'être un Moi un et unique . Toute constitution d'objet (la perception d'un arbre par exemple) a conjointement deux pôles unitaires à travers lesquels l'unité de l'objet se constitue, du côté de l'objet et du côté du Moi dans une synthèse de l'appréhension

Approches conceptuelles Ego transcendantal de Kant C'est à partir de l'héritage du cogito que se comprend la « révolution copernicienne » décrite par Kant dans la Critique de la raison pure. . En effet, les diverses représentations qui sont données dans une certaine intuition ne seraient pas toutes ensemble mes représentations si elles n'appartenaient pas toutes ensemble à une « conscience de soi ». Kant distingue entre le « moi empirique », susceptible d’être éprouvé comme ceci ou comme cela (de diverses façons), et le « moi transcendantal ». Ce dernier n'est, par contre, pas susceptible d'être connu ni de faire l'objet d'une expérience.

Pour nous appartenir il faut que toutes nos représentations puissent se regrouper dans un même ensemble qui sera la « conscience de soi » et que ces représentations soient conformes aux conditions sous lesquelles seulement une telle « conscience de soi » est possible. La théorie du « moi transcendantal », vise à satisfaire cette exigence. Le « moi transcendantal » devient, la pensée nécessaire, le pôle unitaire de notre être sans lequel je n’aurais aucune conscience de moi ni de quoi que ce soit car pour avoir conscience de quelque chose, il faut bien que j’ai conscience de moi et pour avoir conscience de moi, il faut que je (sup)pose un « Je » un et identique au travers du temps, position ou supposition qui transcende (est au-delà de) la variété de l’expérience dans une constante unité et permanente identité. C'est dans le sujet que s'accomplit le travail d'unification du divers sensible . Pour Kant, Descartes aurait fait l'erreur . Kant refuse le caractère substantiel de l’âme, il considère aussi que l’existence du cogito est fondée sur une confusion entre la pensée et l’être.

Émergence du Moi transcendantal dans la pensée d'Husserl La pensée de Husserl s'est progressivement enrichie au long de son œuvre. À l'époque des Recherches logiques, Husserl refusait de penser le « Moi » comme quelque chose de spécifique distincte des vécus. Ceci le conduisait à réduire le « Moi » à la « totalité unifiée » des vécus qui du même coup constituaient l'unité de la conscience. Dans ces conditions cette dernière ne pouvait être rien d'autre qu'une « visée », ce qui était confirmé de plus par l'affirmation renouvelée de son caractère essentiellement intentionnel.

C'est dans les « Ideen » qu'est apparue la nécessité de les distinguer et d'assurer la première place à la relation entre chaque vécu avec le moi « pur ». En effet tout acte intentionnel : . .

Ce « moi pur » ou pôle « égoïque » correspond à ce qui dans le « moi empirique » reste . N'appartenant pas au « vécu », ce « moi pur », remarque Renaud Barbaras ne peut pas faire l'objet d'une description, il faudra passer par le « comment » de son rapport à l'objet pour y accéder. Tout vécu est par essence vécu d'un moi, d'un « moi empirique » ou « psychologique » qui par essence, n'échappe ni au doute ni à la « réduction phénoménologique » pour l'ensemble de ses déterminations appelées à disparaître. Ce « moi réduit », qu'il s'agit de postuler comment étant à la source de tout vécu est, de fait, à ce stade, une « forme vide »-.. Ce qui reste non élucidé est la vie propre de la « subjectivité transcendantale » une fois qu’elle a été trouvée et son rapport aux autres subjectivités

Revenant dans les Méditations cartésiennes, sur le concept d'''ego qui exprime la continuité du « moi », Husserl ne le considère plus comme un concept vide. Car, le « moi » existant, qui vit comme ceci ou cela, effectuant des actes qui ont un sens objectif nouveau, acquiert spontanément ce que Husserl appelle des habitus, c'est-à-dire des modes d'être qui peuvent devenir comme une .. À la différence de Emmanuel Kant le « moi » de la réduction, « le moi transcendantal », , écrit Jean-François Lyotard. Husserl insiste sur le fait que le moi empirique dit , mais regardé d'un point de vue différent. La différence entre « moi empirique » et « moi transcendantal » c'est que le premier est alors que le moi transcendantal, issu du travail de la réduction, se présente comme un spectateur désintéressé.

Dans une ultime étape, Husserl envisage une réduction plus radicale pouvant déboucher sur une problématique du « Soi transcendantal » plus profond que le Moi, note Nathalie Depraz L'éveil du Moi transcendantal dans la philosophie d'Eugen Fink Eugen Fink radicalise la démarche de Husserl. En inhibant toute validité mondaine, l'époché fait que l'homme de l'attitude naturelle se supprime lui-même en libérant en lui le spectateur transcendantal-.. Sachant que rien dans l'attitude naturelle ne pousse à cette recherche Fink s'interroge sur les conditions de l'advenue à soi-même, du Moi. En mettant à jour ses différentes étapes, il découvre la circularité inhérente au processus de réduction.

Le Moi comme origine du monde La « réduction » montre que le « monde » ne se révèle que par et dans la vie de ma conscience pure : écrit Husserl. L’expérience du monde ne peut se faire que par des constitutions synthétiques opérées par l’ego transcendantal. Le Moi est le sol transcendantal de toute expérience possible, il devient selon l'expression que Renaud Barbaras attribue à Eugen Fink l'.

Parce que tout ce qui est mien, est du monde, la mise en suspens, avec l'époché, de sa validité s'accompagne de la mise entre parenthèses du « Moi » lui-même. La réduction a pour but de Le moi empirique ne peut fournir la base de la connaissance .

Voies d'accès Voie cartésienne

À la recherche d'un fondement certain pour les sciences, Descartes soulève la question du « Moi ». Dans sa démarche il s'agit de fonder la connaissance sur .. L' ego, est le premier principe qu'il rencontre sur l'itinéraire qui le conduit du doute généralisé à la constitution d'une science certaine.. En pensant, en effet, je ne puis au moins douter de ma propre existence. Pour l'auteur du Dictionnaire. Chez Descartes la découverte de l'acte de lego entraîne une affirmation d'existence. Une conscience seule certaine et parfaitement distincte du monde est révélée. La voie cartésienne vise à reconstituer l'unité de l'objet et l'objectivité du monde à partir de cette seule certitude. . Comme Descartes, Husserl fait de la subjectivité transcendantale tout en en approfondissant la portée la source de toute vérité expérimentale..