vignette|Theodor Herzl, auteur du manifeste sioniste L'État des Juifs. vignette|Le drapeau du mouvement sioniste qui deviendra le drapeau d'Israël.
Le sionisme est historiquement le mouvement national du peuple juif visant à son autodétermination politique par la formation d'un foyer national juif en Terre d'Israël.
Le sionisme plonge ses racines historiques dans la tradition religieuse, nationaliste et culturelle juive et dans la nostalgie de « Sion » au sein des consciences de la diaspora juive.
Néanmoins, le sionisme ne prend réellement son essor parmi les Juifs d'Europe centrale et orientale que dans le contexte des aspirations nationales du . Georges Bensoussan cité par Bruno Ackermann.. et du processus de sécularisation de la population juive ashkénaze. D'abord fortement combattu au sein des populations juives aussi bien laïques (notamment par le mouvement socialiste juif du Bund) que religieuses (comme l'attestent les positions du rabbin allemand Samson Raphael Hirsch), le mouvement gagne en popularité du fait des persécutions répétées des populations juives.
Son renouveau sous forme politique est dû à l'action de Theodor Herzl, avec le premier congrès sioniste (1897) et la création de l'Organisation sioniste mondiale. Pour leur salut, il encourage le « retour » des Juifs en Terre d'Israël, faisant alors partie des trois sandjaks ottomans de Jérusalem, Acre et Naplouse. Le mouvement voit ses espoirs exaucés pendant la Première Guerre mondiale par la déclaration Balfour de 1917, puis par l'institution de la Palestine mandataire en 1920, ce qui permet l'accroissement de l'immigration juive sur le territoire. Peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 1947, l'ONU adopte un plan de partage de la Palestine qui prévoir la création d'un « État juif ». Rejeté par les arabes de Palestine, le partage mène à la déclaration d'indépendance de l'État d'Israël en 1948 et à la guerre entre arabes et israëliens.
Le sionisme est à la fois une idéologie., : , [Le sionisme était et reste une idéologie sérieuse et mérite d'être traité comme tel]. et un mouvement nationaliste. L'idéologie du sionisme est constituée d'un large éventail d'idées, qui comprend non seulement l'aspiration à un territoire pour le peuple juif, mais aussi une quête morale et spirituelle.
Depuis la création d'Israël en tant qu'État, en 1948, le sionisme est un élément important de la vie politique en Israël, État que le mouvement continue de soutenir. Il participe notamment à l'accueil des immigrants et des réfugiés (Agence juive), aux programmes écologiques (Fonds national juif) et à des programmes d'aide sociale (Keren Hayesod).
Dès ses débuts, le sionisme suscite parfois un rejet, y compris chez certains Juifs socialistes ou assimilés, tout comme un grand enthousiasme.
Concept de peuple juif Pour les courants dominants du sionisme, mouvement nationaliste et ethnique, la définition de « peuple juif » s'inscrit dans une continuité biologique de la lignée juive de l'ensemble de la Diaspora juive depuis ce que les sionistes considèrent l'Exil fondateur de l'an 70.
Pour d'autres auteurs notamment du courant des nouveaux historiens israéliens, tel que Shlomo Sand, la dissémination du judaïsme dans le monde s'est effectuée progressivement, et essentiellement par vagues de conversions. Ils critiquent ainsi la présentation sioniste de l'ensemble des Juifs comme formant un peuple voire une nation, conception considérée comme un mythe nationaliste du « roman national » forgé dans le cadre du sionisme.
Terminologie géographique Sionisme Le terme « sionisme » apparaît pour la première fois en 1890 sous la plume de Nathan Birnbaum dans un article de la revue allemande Selbstemanzipation! (en français, « auto-émancipation »).. Il fait référence à l'idée traditionnelle du « retour à Sion »., Sion désignant d'abord une colline de Jérusalem, le mont Sion, et par métonymie, Jérusalem et la terre d'Israël dans son ensemble.
« Terre d'Israël »
La tradition biblique désigne sous le nom d'Eretz Israël (Terre d'Israël) la Terre promise par Dieu aux Enfants d'Israël (« Israël » est le second nom de Jacob, fils d'Isaac, petit-fils d'Abraham) (voir Royaume d'Israël et Royaume de Juda), aussi appelés « Israélites ». Par extension, la Torah désigne sous ce nom la population supposée descendre d'Israël, désignée fréquemment comme Bnei Yisrael : les « fils d'Israël », ou les « Enfants d'Israël ». En 1050 av J.C., les Israélites fondent le royaume d'Israël en référence auquel fut choisi à l'époque contemporaine le nom de l'État d'« Israël », fondé en 1948.
Dans la Bible, « Terre d'Israël » fait référence à plusieurs concepts : un terme religieux et politique, car c'est la terre mentionnée dans le Livre de l'Exode 3:7-8 où les Israélites sont conduits à leur sortie d'Égypte ; un terme religieux et métaphysique, car certains passages de la Bible permettent une interprétation où la Terre d'Israël est perçue comme ayant un lien spécial avec le règne divin, comme dans le Livre de Daniel 2:44 : « Dans le temps de ces rois, le Dieu des cieux suscitera un royaume qui ne sera jamais détruit, et ce royaume ne passera point à un autre peuple ; il brisera et anéantira tous ces royaumes-là, et lui-même subsistera éternellement. »
À partir du , la dimension politique du terme va progressivement prendre le dessus sur l'interprétation religieuse : c'est le territoire ancestral revendiqué pour la recréation de l'État juif.
Se pose alors la question du tracé de ce territoire. L'appartenance de la partie occidentale de la Jordanie à Eretz Israël est débattue au sein du mouvement sioniste d'alors (voir le chapitre La scission des sionistes révisionnistes (1925-1935)).
Par principe, la plupart des tendances politiques du mouvement sioniste considèrent qu’Eretz Israël appartient de droit au peuple juif pour des raisons historiques et religieuses pour les sionistes religieux. Mais toutes les tendances du mouvement sioniste ne s'accordent pas sur l'étendue de ce que devrait être l’Eretz Israël moderne : certaines sont favorables à un certain degré de partage avec les Palestiniens, d'autres y sont hostiles.
Palestine Le terme de « Palestine » (Palaïstinê) apparaît pour la première fois sous la plume de l'historien grec Hérodote, au , en référence au peuple des Philistins (d'ethnie grecque), habitant la région côtière de la Méditerranée (de l'actuelle région de Tel-Aviv jusqu'à l'actuelle frontière égyptienne, en incluant la bande de Gaza). Sous la domination romaine, le terme a pris un sens plus large pour finalement englober toute la région.
À l'époque moderne, soit avant la déclaration d'indépendance d'Israël de 1948, le terme « Palestine » est utilisé dans les textes officiels pour désigner la région où un « foyer national juif » doit s'établir, comme dans la Déclaration Balfour en 1917 ou dans le Mandat britannique sur la Palestine à partir de 1920.
Dans l'article ci-dessous, le terme « Palestine » sera utilisé pour désigner le territoire entre la seconde révolte juive (vaincue en 135) et la proclamation d'Israël (en 1948). Le mouvement sioniste lui-même a utilisé les deux terminologies assez largement avant la création de l'État d'Israël en 1948.
Utilisation des différentes terminologies Les termes « Palestine » ou « Eretz Israël » pour désigner l'ensemble de la région postérieurement à l'indépendance d'Israël expriment des positions politiques ou idéologiques sur le conflit israélo-palestinien opposant les Palestiniens aux sionistes.
De même, l'utilisation de l'expression « Judée-Samarie » en lieu et place de la terminologie internationale officielle actuelle « Cisjordanie » pour désigner les territoires à l'ouest du Jourdain traduit une volonté de s'inscrire dans un contexte de sionisme religieux faisant référence à l'histoire antique.
Dans la partie de cet article traitant de l’époque postérieure à la déclaration d'indépendance d'Israël, on parlera généralement d'« Israël », de la « Cisjordanie », de « Jérusalem-Est » et de la « bande de Gaza », termes les plus utilisés de nos jours en français et reconnus par l'ONU.
Liste des courants sionistes aux vignette|gauche|Léon Pinsker, auteur de la brochure Auto-émancipation et l'un des chefs de l'organisation des Amants de Sion. Sionisme pratique de Moïse Lilienblum et Léon Pinsker : organisation des Amants de Sion (1881) ; Sionisme politique de Theodor Herzl et Max Nordau : Organisation sioniste mondiale (1897) ; Sionisme culturel de Ahad Ha'Am ; Sionisme synthétique de Chaim Weizmann, Aryé-Yéhouda-Léo Motzkin et Nahum Sokolow ; Sionisme travailliste de Nahman Sirkin, Dov-Ber Borochov, Haïm Arlozoroff et Berl Katznelson ; Sionisme révisionniste de Vladimir Jabotinsky puis Begin ; Sionisme révolutionnaire de Avraham Stern, Israël Eldad et Uri Zvi Greenberg ; Sionisme religieux de Abraham Isaac Kook et Yitzchak Yaacov Reines.
Le sionisme chrétien est un courant du christianisme évangélique, à visée eschatologique. Il apparait en Angleterre et se développe aux États-Unis, particulièrement au long du .
Sionisme avant Theodor Herzl
Origines européennes Le mouvement sioniste moderne naît au parmi les Juifs d'Europe centrale et orientale en réaction à la montée de l'antisémitisme et dans le prolongement des mouvements nationalistes en EuropeBen-Ami Shillony, Jews & the Japanese: The Successful Outsiders, Tuttle books, 2012, (Polonais, Tchèques, Hongrois, etc.). Naissant dans ce contexte, il est imprégné jusqu’aux par les idées ayant cours alors en Europe, le nationalisme donc, mais aussi le racisme et le darwinisme socialG. Zhumatay, A.S. Yskak, « The Historical-Ideological roots of the Zionist-Israeli settler colonialism and ethnic cleansing or Palestine »ISSN 1563-0226, ISSN 2617-1864 Шығыстану сериясы. 1 (108) 2024, 41. https://bulletin-orientalism.kaznu.kz, https://doi.org/10.26577/JOS.2024.v108.i1.04. Cet auteur cite J. Kornberg, (1993). Theodor Herzl: From Assimilation to Zionism. Bloomington: Indiana University Press ; A. Roshwald, (2003), « Jewish Identity and the Paradox of Nationalism », In Berkowitz M. (ed), Nationalism, Zionism and Ethnic Mobilization of the Jews in 1900 and Beyond, (IJS Studies in Judaica), 11-24 ; M. L. Rozenblit, (2010), « European Jewry: 1800-1933 », In J.R. Baskin, K. Seeskin eds. The Cambridge Guide to Jewish History, Religion, and Culture. Comprehensive Surveys of Religion, 169-207. Cambridge: Cambridge University Press ; et A. Shapira, (1999). Land and Power. The Zionist Resort to Force, 1881-1948. Stanford University Press.. En Europe occidentale, le choc causé par l'affaire Dreyfus compte parmi les motifs du lancement du congrès sioniste par Theodor HerzlJacques Le Rider, Les juifs viennois à la belle époque (1867-1914), Albin Michel, 2013, ..
Bien qu'ayant des caractères spécifiques du fait de la dispersion des Juifs, ce mouvement est contemporain de l' affirmation d'autres nationalismes en Europe. Dès 1840, Moses Hess, penseur allemand proche de Karl Marx, pense une indépendance juive et annonce en 1862 que Peu de temps après, à la suite du rapport de Charles Netter sur la Situation des Israélites d'OrientBulletin de l'A.I.U., juillet 1868, ., l'Alliance israélite universelle ouvre en 1870 la première implantation juive moderne en PalestineHenry Laurens, Le retour des Exilés, Laffont, Paris, 1998, ., une école agricole, Mikvé-Israël, près de JaffaPrécurseur du sionisme : Le lycée agricole de Mikvé Israël..