vignette|4 décembre 1945: la salle d'audience avec la table des juges ; c'est dans cette salle qu'eut lieu le procès de Dachau Le procès de Dachau est le premier procès de criminels de guerre conduit par l'armée des États-Unis dans la zone d'occupation américaine au tribunal militaire de Dachau. Le procès se déroula du au dans l'ancien camp de concentration de Dachau, transformé fin en camp d'internement.
Lors de ce procès, 40 personnes furent inculpées pour crime de guerre lié au camp de concentration de Dachau et à ses camps annexes. À l'issue du procès, les 40 accusés furent reconnus coupables. 36 condamnations à mort furent prononcées, parmi lesquelles 28 furent exécutées. L'affaire est officiellement nommée United States of America vs. Martin Gottfried Weiss et al - Case 000-50-2.
En plus du procès principal de Dachau, 121 procès secondaires eurent lieu, s'appuyant sur le procès principal (Parent Case) ; on compte environ 500 accusés supplémentaires. Le procès principal de Dachau fut le premier dans le cadre du Tribunal militaire de Dachau et a donc servi de modèle aux suivants. D'autres procès principaux et secondaires contre le personnel d'autres camps de concentration durèrent jusqu'en 1948Ute Stiepani, Die Dachauer Prozesse und ihre Bedeutung im Rahmen der alliierten Strafverfolgung von NS-Verbrechen, dans Gerd R. Ueberschär, Die alliierten Prozesse gegen Kriegsverbrecher und Soldaten 1943–1952, Frankfurt am Main, 1999, ss..
Contexte historique vignette|Les corps de détenus dans le train d'évacuation de Buchenwald arrivé entre le et le Alors que l'armée de terre des États-Unis continuait d'avancer sur le territoire du Troisième Reich dans la dernière phase de la Seconde Guerre mondiale, elle fut confrontée aux traces des crimes des camps de concentration sans y être préparée et parfois en pleine bataille. Les soins à apporter aux « Muselmänner », ces détenus pour la plupart décharnés, affamés et gravement malades, ainsi que l'ensevelissement des milliers de détenus morts d'épuisement ou fusillés durant les marches de la mort placèrent l'armée américaine devant une tâche difficileKatrin Greiser, Die Dachauer Buchenwaldprozesse – Anspruch und Wirklichkeit – Anspruch und Wirkung, dans Ludwig Eiber, Robert Sigl (Hrsg.), Dachauer Prozesse – NS-Verbrechen vor amerikanischen Militärgerichten in Dachau 1945–1948., Göttingen, 2007, ..
Peu avant la libération du camp de concentration de Dachau le , les soldats américains avaient déjà atteint les camps annexes comme le réseau de camps de Kaufering. Tout comme d'autres camps annexes, le avait été évacué avant le , date de l'arrivée de l'armée américaine. Au cours de la dissolution du camp, des soldats SS avaient incendié les baraques des détenus. Les soldats américains trouvèrent quelque 360 corps à Kaufering IV ; on ne sait pas si ces détenus moururent brûlés vifs ou avaient déjà été tués avant l'incendieWolfgang Benz, Barbara Distel (édit.). Dans le camp principal, les soldats américains découvrirent d'abord le train d'évacuation de Buchenwald (), où se trouvaient jusqu'à 2000 corps dans plus de 38 wagons. À l'intérieur du camp, ils découvrirent également de nombreux cadavres non inhumés. Ces crimes ainsi que d'autres, commis durant la phase finale de la guerre dans le camp de concentration de Dachau et ses camps annexes, firent énormément de victimes dans les dernières semaines de la guerre. Même après la libération, plus de 2200 anciens détenus moururent des conditions d'internement dans les camps ou du typhus, qui continua de sévirStanislav Zámečník, Das war Dachau...
C'est dans ces circonstances et dans le cadre du (programme visant la mise en place de tribunaux de guerre) que les enquêteurs américains commencèrent leurs recherches, déjà à partir du , afin de trouver les personnes responsables de ces crimes ; l'enquête dura jusqu'au . Cela permit de recueillir des preuves sous forme de témoignages, de pièces à conviction et de photographies. Rapidement, de nombreux criminels furent arrêtés et internés, comme Martin Gottfried Weiss, prédécesseur du dernier commandant du camp Eduard Weiter. Le compte-rendu d'enquête fut terminé le et forma la base de la demande de mise en accusation, et donc du procès principal de Dachau.
Base légale et accusation vignette|Les accusés au procès principal de Dachau le 15 novembre 1945 C'est la directive JCS 1023/10 qui constitue la base de l'accusation formulée le par le Comité des chefs d'état-major interarmées. Cette directive, qui fut ensuite remplacée par la loi du Conseil de contrôle () du , autorisait le Commandant en chef américain Dwight D. Eisenhower à mettre en place un tribunal militaire afin de juger les criminels de guerre sur les territoires allemands occupés par les États-Unis. D'autres textes réglementèrent les compétences, les faits incriminables négociables, le pouvoir des cas faisant jurisprudence et les droits des accusés lors des procès militaires.
L'acte d'accusation, établi le et présenté ensuite aux accusés, comprend deux chefs d'accusation principaux réunis sous le titre de « Violation des usages et des lois de la guerre ». Étaient contenus dans l'acte d'accusation les crimes de guerre commis entre début et fin au camp de concentration de Dachau et dans ses camps annexes contre les civils alliés et les prisonniers de guerre, alliés ou non. Dans un premier temps, seuls les crimes commis contre les citoyens des quatre puissances ou de leurs pays alliés furent poursuivis. Les crimes commis par des Allemands contre des victimes allemandes restèrent longtemps impunis et ne furent souvent jugés que plus tard devant des tribunaux allemands. Les accusés furent mis en examen pour avoir pris part, de manière illégale, délibérée et collective, à la maltraitance et au meurtre de civils et de prisonniers de guerre alliés. En plus de leur participation aux crimes de guerre du camp de concentration de Dachau figuraient dans l'acte d'accusation des actes d'abus leur étant imputés de façon individuelleDachau-Hauptprozess, Case No. 000-50-2 (US vs. Martin Gottfried Weiss et al) Tried 13 Dec. 45, ; Holger Lessing, Der erste Dachauer Prozess (1945/46) Baden-Baden, 1993, ..
Les prévenus se virent inculpés de projet commun (Common Design) comprenant une participation consentante à un système de meurtres, de maltraitance et de traitement inhumain et impliquant donc une présomption de culpabilité. L'accusation dut par conséquent fournir la preuve que Robert Sigel, Im Interesse der Gerechtigkeit. Die Dachauer Kriegsverbrecherprozesse 1945–1948, Frankfurt am Main, 1992, .. Si cette preuve était apportée, la fixation individuelle de la peine variait selon le type et l'ampleur de cette participation. Ce modèle juridique n'était pas courant dans le droit traditionnel européen puisque lors des procès des criminels de guerre des alliés, aucune preuve individuelle des faits ne devait être apportée dans le cas de la perpétration d'un délitFlorian Freund, Der Dachauer Mauthausenprozess, dans Dokumentationsarchiv des österreichischen Widerstandes, Jahrbuch 2001, Wien, 2001, ..
À l'origine, 42 membres de l'ancienne administration du camp devaient figurer parmi les accusés lors du procès de Dachau. Mais Hans Aumeier et Hans Beier n'étant pas présents, l'acte d'accusation ne put leur être notifié et ils furent rayés de la liste des suspects au début du procès. Beier fut plus tard condamné à la peine de mort lors de l'un des procès annexes au procès de Dachau, mais la sentence fut ensuite commuée en une peine d'emprisonnement. Après son extradition vers la Pologne, Aumeier fut condamné à mort lors du procès d'Auschwitz et exécuté par pendaison en à Cracovie. Le groupe des 40 accusés restants était composé de 32 membres du personnel du camp, cinq médecins et trois kapos. Parmi les 32 membres du personnel du camp figuraient entre autres le commandant du camp Martin Gottfried Weiss, son adjoint Rudolf Suttrop, le directeur du département politique ainsi que les chefs du camp de détention préventive et de rapport. Le groupe des médecins accusés était composé du médecin spécialisé en médecine tropicale Claus Schilling, de trois médecins du camp et d'un médecin des troupes. Les trois kapos occupaient des fonctions de direction dans de camp de concentration de Dachau. Mis à part les Autrichiens et , des Volksdeutsche de Roumanie, tous les autres accusés étaient de nationalité allemandeHolger Lessing, Der erste Dachauer Prozess (1945/46), Baden-Baden, 1993, ..
Conduite du procès et prononcé du jugement vignette|Le , le Capitaine John Barnet certifie, devant le procureur en chef William D. Denson, l'authenticité des photographies prises lors de la libération du camp de concentration de Dachau. vignette|Le médecin du camp Hans Eisele suit l'énoncé des chefs d'accusation dont il fit l'objet le 17 novembre 1945. La création d'un tribunal de guerre pour y conduire le procès de Dachau fut décrétée le par le quartier général de l'armée de terre des États-Unis et débutée le . Le général de division John M. Lentz prit la direction du tribunal militaire ; comme les sept juges siégeant à ses côtés, il portait un uniforme durant l'audience. L'accusation, sous le commandement du procureur en chef William D. Denson, était composée de quatre officiers américains. La défense des accusés fut assurée par cinq officiers américains et par le allemand Hans von Posern. Le procès se déroulant en anglais, des interprètes étaient chargés d'assurer la communication en anglais et en allemand entre la cour et les accusés. Des observateurs du procès issus de pays alliés devaient prendre part à l'audienceHolger Lessing: Der erste Dachauer Prozess (1945/46)..
, William D. Denson, procureur en chef, discours d'ouverture le
Après l'ouverture du procès le à 10 heures dans l'ancien camp de concentration de Dachau, le procureur commença la présentation de l'acte d'accusation. Les juges militaires établirent ensuite la légitimité de la cour et sa compétence jurisprudentielle concernant les accusés. La fin de la phase d'introduction du procès fut toutefois interrompue par trois demandes de jugement de rejet de la part de la défense. Celle-ci contesta premièrement la compétence de la cour et émit deuxièmement une critique selon laquelle la période présentée des crimes n'était pas assez précise. La troisième demande de jugement de rejet concernait le nombre restreint d'avocats de la défense par rapport aux 40 accusés, ce qui aurait pu considérablement entraver l'élaboration d'une stratégie de défense efficace en cas de déposition d'un accusé potentiellement incriminante pour les coaccusés. Les trois demandes furent rejetées par le tribunal militaire. La compétence de la cour fur justifiée par le statut de criminels de guerre des accusés, qui ne devraient donc pas être traités selon les règles en vigueur pour les prisonniers de guerre puisque les crimes avaient été commis avant leur mise en détention. La deuxième demande fut rejetée selon le motif que les prévenus n'étaient pas accusés en premier lieu de faits isolés mais d'un crime continu commis de façon collective. C'est pour cette même raison que la cour ne fit pas droit à la demande de diviser le procès en procès individuels.