Melchior Lorck (1526 ou 1527 – après 1583) est un peintre et graveur de la Renaissance d'origine dano-germanique.

Son œuvre graphique représente sur le plan historiographique les plus importantes archives visuelles sur la vie en Turquie ottomane au .

Lorck est aussi le premier artiste danois pour lequel il est possible d'établir une biographie substantielle et d'attribuer une importante partie de son corpus d'œuvres.

Biographie Jeunesse et formation Melchior Lorck, né en 1526 ou 1527, est le fils de Thomas Lorck, clerc de la ville Flensbourg, dans le duché de Schleswig (Saint-Empire romain germanique)Pour l'histoire de la famille de Lorck, voir ... Le premier document faisant référence à Lorck est le reçu d'un voyage royal danois de quatre ans, payé par le roi Christian III de Danemark et signé le à Flensbourg, document daté du .. Ses premières gravures datent des années précédent ce voyage, d'abord avec des copies maladroites d'après Heinrich Aldegrever, mais développant rapidement une bonne maîtrise du burin, comme dans l'estampe résolument anti-papale Le Pape comme un Homme Sauvage (1545). et Portrait de Martin Luther (1548).. Avec le voyage royal rétribué, Lorck va dans l'actuelle Allemagne et s'installe, vers 1550, à Nuremberg, où il rend hommage à l'artiste local prééminent de la génération antérieure et l'un des graveurs les plus importants de l'histoire, Albrecht Dürer, dans un portrait gravé d'après une médaille de .

Après une visite de Rome en 1551 et un court séjour à Neubourg-sur-le-Danube, où il a brièvement travaillé à la résidence du comte palatin Othon-Henri, il exerce sa profession au sein du cercle de l'importante famille Fugger à Augsbourg, se rapprochant ainsi de la famille impériale des Habsbourg.

Vie en Turquie vignette|Ogier Ghiselin de Busbecq, 1557. vignette|gauche|Vue des toits de Constantinople, 1555-1559, plume et encre, Statens Museum for Kunst, Copenhague. En 1555, le roi germanique Ferdinand — qui deviendra empereur du Saint-Empire en 1556 — ouvre une ambassade à la Sublime Porte, la cour du sultan Soliman le Magnifique à Constantinople, et y assigne Melchior Lorck. Le but de cette entreprise est de négocier un traité sur la Hongrie, que les deux empires réclament. Après que les Ottomans ont vaincu l'armée hongroise lors de la bataille de Mohács (1526) — où le roi Louis II de Hongrie est mort —, la « Petite Guerre de Hongrie » fait rage. Ainsi, cette ambassade, menée par Ogier Ghislain de Busbecq, aboutit finalement à un cessez-le-feu en 1562 ; elle est célébrée et contée dans Les Lettres turques de Busbecq, publiées à Anvers en 1581-1588.

Des trois années et demie passées dans la capitale turque, Lorck en a passé une et demi avec l'entourage confiné dans le caravansérail d' où les Germains s'étaient installés. Dans celui-ci, Lorck a réalisé des portraits gravés de Busbecq (voir ci-contre) et de ses co-ambassadeurs Portrait gravé de Ferenc Zay. et Antun Vrancic (Antonius Verantius), quelques dessins d'animaux et une vue des toits de la ville (voir ci-contre). Dans les périodes de plus grande liberté, il dessine des monuments anciens et modernes de la ville ainsi que coutumes et habits de plusieurs sujets rencontrés dans divers endroits de l'Empire ottoman.

À la fin de son séjour, il a dû passer une longue période auprès des militaires turcs, car il a fait plus tard de nombreux portraits de personnes de rangs et nationalités très divers de l'armée ottomane.

Emploi impérial vignette|gauche|Le sultan Soliman le Magnifique, tel que présumé vu par Lorck à Constantinople le . Gravure, état, . Copenhague, Statens Museum for Kunst, département des estampes et dessins (inv. ).

Lorck rentre en Europe occidentale à l'automne 1559. L'année suivante, sa présence est attestée à Vienne, où il reste jusqu'en 1566. Ses dessins d'anciens monuments de Constantinople et de ses environs ont été exécutés à cette période. Le Arcadius Column, l'obélisque du piédestal de Theodosius le Grand sur l'hippodrome et la colonne du piédestal de Constantin représentent tous des monuments qui sont aujourd'hui disparus. La monumentale Perspective de Constantinople, vue depuis derrière la Corne d'Or, à Galata / Pera, a également été exécutée à cette époque. Ce dessin, de , dessiné sur vingt-et-une feuilles à l'encre brune et noire et à l'aquarelle, très détaillé, est considéré comme l'un des plus représentatifs du dessin topographique primitif. Il contient aussi le premier autoportrait de l'artisteVoir la Perspective de Constantinople dans la bibliothèque de l'université de Leyde..

À Vienne, Melchior Lorck est contacté à deux reprises par le frère du roi Christian III de Danemark, le duc , qui sollicite ses services. Mais Lorck répond qu'il accepterait de bon cœur s'il n'était pas si occupé. Quand il lui répond finalement par la positive en 1563, il envoie également une lettre au roi Frédéric II de Danemark contenant une longue et complète description de sa carrière. En 1562, Melchior Lorck produit un grand portrait en buste du sultan Soliman le Magnifique et de l'ambassadeur perse à Constantinople, Ismaïl, qu'il joint à ses lettres. Dans celles-ci, Lorck demande un mécénat, qu'il obtient avec une grâce royale de . Il les reçoit des mains de son frère Andreas Lock, qui est lui aussi entré au service du roi à Copenhague.

Peu après ses lettres de , de nouvelles missions lui sont assignées et l'occupent à Vienne cinq années de plus. En effet, en 1562, le fils de Ferdinand , Maximilien II de Habsbourg, est élu roi des Romains (c'est-à-dire futur empereur) à Francfort-sur-le-Main, et il descend le Danube pour être reçu et honoré dans les villes le bordant jusqu'à la ville finale, Vienne. Lorck est ainsi chargé de préparer l'entrée grandiose du roi pour , et donc à la fois de redécorer la ville avec des arches triomphales, des réserves de vin et des rues à trois voies, et les habitants eux-mêmes, qui doivent s'habiller aux couleurs des Habsbourgs..

Le , l'empereur confirme le statut de noble de Melchior Lorck et de ses trois frères, Caspar, Balthasar et Andreas, citant dans le document d'anoblissement le séjour en Turquie comme principal argument. Vers la même époque, Lorck est employé comme «  » (de l'italien, , « archer »), une position honorifique dans la garde montée de l'empereur avec un salaire annuel, qu'il conserve jusqu'en 1579.

En 1566, il suit l'empereur lors d'une campagne en Hongrie qui mène à la mort de Soliman le Magnifique lors du siège de Szigetvár. En décembre de cette année, Maximilien II écrit une lettre inhabituelle à son « cousin » le roi Frédéric II où il lui demande de recevoir correctement Melchior Lorck, ce dernier arrivant au Danemark pour récupérer l'héritage de son grand frère Caspar, qui a été tué lors de la guerre nordique de Sept Ans entre le Danemark et la Suède. La lettre demande également de le laisser revenir à son service, ce qui montre que Maximilien II craignait que Frédéric II exigeât à Lorck de rester au Danemark à son service, document daté du .. Voyageant vers le nord, il semble n'être pas allé plus loin que Flensbourg avant de repartir vers le sud.

Vie à Hambourg En 1567, Melchior Lorck apparaît dans des documents du conseil de la ville de Hambourg, où il semble être resté jusqu'en 1572 ; il y rédige son testament, document daté du .. Initialement, Lorck est employé comme cartographe pour cartographier les petits ruisseaux affluant de l'Elbe, de Geesthacht à la mer, afin d'appuyer les revendications légales sur le territoire vis-à-vis du voisin duché de Brunswick-Lunebourg. L’impressionnante qui en résulte est toujours conservée par les ...

vignette|centre|1050px|Carte de l'Elbe, 1568, aquarelle et gouache sur craie rouge, plume et encre, . Hambourg, .

Une autre commande importante pour la ville et la reconstruction de la porte de la ville Schartor, qui a commencé en 1568 et a été achevée en 1570Les documents sont reproduits dans , documents datés du et du ..

À Hambourg, Lorck publie le pamphlet anti-Turc (« Une chanson sur le Turc et l'Antéchrist »), d'un ton assez différent de ceux qui suivront, plus neutres dans leurs descriptions des Turcs.

Dans le testament de Lorck, l'un des seuls témoignages de sa vie de famille, on découvre qu'il lègue toutes ses possessions à sa veuve, une certaine Anna Schrivers, qu'il décrit comme sa fiancée ; c'est la seule fois où celle-ci est mentionnée.

Les dernières traces que l'on a de Lorck datent de son séjour à Anvers en 1574, où il reçoit enfin son salaire et une compensation pour le Schartor, document daté du .. L'année suivante, il est appelé dans cette ville pour témoigner à la Chambre impériale pour un cas sur les possessions territoriales de l'est de Hambourg appelées Vierlande ; il dessine une carte pour le documenter, document daté du , catalogue ..

Vie à Anvers Lorck semble être arrivé à Anvers en 1573. Il est l'un des premiers à écrire une entrée dans l’ d'Abraham Ortelius. Lorck se lie d'amitié avec le graveur Philippe Galle, qui lui dédie le livre de Hans Vredeman de Vries sur les étangs et fontaines, document non daté, .. Il travaille pour l'imprimerie de Christophe Plantin.

Des commentaires élogieux sont publiés dans le Civitates orbis terrarum. de Georg Braun et Frans Hogenberg, document non daté ., ainsi que le portrait de l'antiquaire Hubert Goltzius, frère de Hendrik Goltzius, montrent le réseau qu'il a été capable d'établir pendant son séjour dans la ville.

Les remous causés par la Révolte des gueux lui font fuir la ville à l'été 1574, ainsi qu'il l'insinue dans sa lettre, datée octobre de l'année en cours, à Ortelius, document daté du ..

Anvers est pour Lorck le lieu le plus prometteur de sa carrière : il se trouve en effet dans le centre humaniste le plus important d'Europe grâce aux prolifiques maisons d'édition, dont Plantin est le fer de lance. Une médaille de bronze a été forgée par . Lorck publie à Anvers son seul livre consistant, le (« Les vraies et fausses contrefaçons et images de l'empereur turc, le sultan Soliman et du prince Ismaïl de Perse »), en . Le livre, — dont la seule copie connue a péri dans une tempête de feu à Hambourg en des suites de l'opération Gomorrhe menée par les forces alliées pendant la Seconde Guerre mondiale —, contient deux portraits en buste et deux en pied du sultan et de l'ambassadeur perse de la Sublime Porte, Ismaïl, toujours connus aujourd'hui, ainsi que des poèmes de Conrad Leicht et Paulus Melissus. On y trouve une très longue annonce — citée dans la dissertation de de 1911. — d'un livre sur le point d'être publié et qui décrirait la totalité de la société turque et semble annoncer la publication de l'œuvre alors en cours appelée La Publication turque ().

Peintre du roi danois vignette|Le roi Frédéric II, gravure de Melchior Lorck, 1582.

Quand Lorck avait reçu sa paye pour son voyage de la part du roi Christian III de Danemark en 1549, il avait promis de partir quatre ans et de ne revenir que pour entrer au service du roi ou de son successeur. Ce n'est pas exactement ce qu'il a fait, ayant toujours été interrompu par des projets plus intéressants. Cependant, en 1578, il propose sa candidature à la cour impériale pour un petit fief à Silesia, Guppern (non localisé avec certitude), documents datés du (a et b) et document daté de mars 1579.. Quand sa candidature est refusée par l'empereur Rodolphe II, il candidate en 1579 pour une pension et la relève de son devoir d', toutes deux gracieusement accordées, documents datés du , du 9 juillet (a et c) et du ..

Le , il apparaît dans le livre de compte d'État du Danemark avec le commentaire