thumb|Gravure de 1854 représentant des agents de change autour de la « corbeille » du palais Brongniart. En France, les agents de change étaient jusqu'en 1987 les seuls intermédiaires financiers habilités à négocier l'achat et la vente de titres cotés à la Bourse de Paris. Les agents de change bénéficiaient d'un statut d'officiers ministériels tout en exerçant une activité commerciale dans des sociétés de droit privé.
Contrairement à ce que le terme d'« agent de change » peut évoquer de nos jours, l'activité des agents de change ne se limitait pas aux transactions sur le marché des changes, mais concernait l'ensemble des échanges de titres financiers (valeurs mobilières) négociables en France, notamment les actions et les rentes (désignées de nos jours sous le terme d'obligations). L'agent de change était ainsi celui qui pouvait « changer » des espèces contre des titres financiers en réalisant des transactions à la criée pour le compte d'un client.
La profession trouve ses origines en France en 1305, date à laquelle Philippe Le Bel crée par ordonnance la profession de « courratier de change ». Dès son origine, la profession bénéficie d'une logique de monopole régi par le Roi de France puis par l'État. Ce monopole est supprimé au cours de la Révolution française avant d'être réinstauré en 1801 par Napoléon Bonaparte. À partir de 1826, les agents de change exercent leur fonction à Paris au sein du palais Brongniart. La profession d'agent de change perdure jusqu'en 1987, date à laquelle celle-ci est réformée et disparaît avec l'informatisation des transactions boursières et l'ouverture du courtage à la concurrence.
Avec la réforme de 1987, la plupart des charges d'agents de change françaises sont transformées en sociétés de bourse souvent rachetées par d'autres établissements, notamment par des banques cherchant à développer leurs activités dans le domaine de la finance de marché. Malgré de nombreuses faillites, certaines sociétés issues d'anciennes charges d'agents de change poursuivent leur développement et donnent lieu, après généralement plusieurs rachats et fusions, à des sociétés toujours en activité de nos jours comme Oddo et Cie (ancienne charge Oddo), Kepler Cheuvreux (ancienne charge Cheuvreux-de Virieu) ou Aurel BGC (ancienne charge Leven).
Histoire Origines Les premiers agents de change font officiellement leur apparition en France en 1305, date à laquelle Philippe Le Bel établit par ordonnance douze « courratiers de change royaux », a qui est confié le « droit exclusif de changer les monnaies et matières métalliques ». Malgré ces premières dispositions, « le courtage demeure, en fait, très libre durant tout le Moyen Âge » estime l'historien Jean-Marie Thiveaud, qui souligne que la profession s'était au départ développée librement dans les foires européennes dans le courant du siècle.
La situation évolue au siècle, au cours duquel le pouvoir royal renforce son contrôle sur les échanges monétaires. Charles IX restreint la liberté du commerce en juin 1572 et décide d'ériger le courtage en office : les agents de change deviennent des officiers ministériels.
Le monopole des agents de change est formellement établi en 1598 par Henri IV, qui interdit dans le royaume de France toute opération de courtage en dehors des offices, dont le droit d'exercice aura préalablement été acheté à l'État. Peu de temps après, la loi permet aux agents de change de transmettre leur office de père en fils. Le monopole des agents de change et la transmission héréditaire de leur charge seront des éléments clés de cette profession en France jusqu'à sa disparition.
La profession se développe dans le courant du siècle. Des charges d'agents de change sont créées dans les principales villes du royaume de France à commencer par Lyon puis Paris, Marseille, Rouen, Bordeaux, Tours, La Rochelle, Dieppe et Calais. 30 offices d'agents de change sont déclarées en 1638 et 35 en 1645. Les textes encadrant la profession évoluent simultanément à son développement : en 1638 est créée la Compagnie des agents de change., et en 1639 est créé le statut de courtier, qui remplace celui d'agent de change pour les officiers réalisant des opérations de banque et de change monétaire.
En 1713, après une poursuite de la croissance du nombre d'offices tout au long des décennies précédentes, Louis XIV décide de limiter arbitrairement leur nombre à soixante. Le prix à payer pour le rachat d'une charge existante s'envole et atteint à la même date. La réglementation évolue de nouveau dans les décennies suivantes : le numerus closus est abandonné jusqu'à ce que Louis XVI décide de le rétablir en 1786, limitant de nouveau le nombre de charges d'agents de change à soixante.
Révolution française et Empire vignette|Galerie des agents de change de la cour intérieure de la Vieille Bourse à Lille Le monopole des agents de change, privilège de la noblesse, fait partie des cibles des Révolutionnaires français qui prennent le pouvoir avec l'instauration de la République. Le , l'Assemblée nationale examine un projet de réforme de la Bourse défendu par le député girondin François Buzot, qui réclame l'abolition du monopole des agents de change dans une optique libérale. « Si les agents de change croient mériter la confiance publique, qu'ils ne redoutent pas la perte de leur privilège : la confiance les suivra sous le régime de la liberté, et ils conserveront le premier rang » affirme ainsi le député devant l'Assemblée.
Le projet de loi est adopté le et les offices d'agents de change sont supprimés. La profession devient libre, mais ne se développe pas pour autant au cours des années suivantes à cause des difficultés financières que traverse la France au cours de la décennie révolutionnaire.
Le (28 ventôse an IX), sous le Consulat de Napoléon Bonaparte, la profession des agents de change est rétablie. Le Code du commerce de 1807 donne à la profession le statut définitif qu'elle conservera jusqu'en 1987, établissant que les agents de change, « ayant seuls le droit de faire les négociations des effets publics et autres susceptibles d'être cotés », bénéficient donc de nouveau d'une situation de monopole sur l'intermédiation boursière. Par ce choix, les auteurs du Code du commerce « renouent, sous les couleurs novatrices de l'Empire, avec une très vieille tradition d'Ancien Régime » commente l'historien Jean-Marie Thiveaud. Pour Laure Quennouëlle-Corre, ce choix est surtout « le fruit d’une volonté politique de Bonaparte, qui souhaite faire surveiller le marché et s’assurer du cours de la rente via des intermédiaires boursiers sûrs (...), l’idée étant à la fois de renforcer la sécurité sur le marché et de restaurer la confiance dans les titres publics ».
siècle vignette|« L'agent de change, après la Bourse » par Daumier (1837) À partir de 1826, les agents de change exercent leur fonction à Paris au sein du palais Brongniart. Jusqu'à la fin du siècle, la Bourse de Paris connaît un fort développement, jusqu'à devenir la seconde place financière mondiale après Londres et devant New York juste avant la Première Guerre mondiale.. D'abord très concentré sur les rentes d'État (obligations d'État) qui constituent le produit quasi-unique du marché financier français à l'époque de la Restauration, le marché parisien s'élargit rapidement aux échanges d'actions : 811 entreprises sont ainsi référencées à la cote officielle de la Bourse de Paris en 1892.. En 1900, la cote officielle de Paris compte environ valeurs dont correspondant à des entreprises étrangères..
Face à l'engouement des investisseurs pour les produits financiers dans le courant du siècle, et alors que le numerus closus des charges d'agents de change reste fixe (il augmente à 70 charges avant de revenir à 60 au cours du siècle.), la négociation des titres se fait parfois en dehors des charges d'agents de change, notamment par des courtiers libres (dits « coulissiers ») qui s'occupent principalement d'échanges sur le marché à terme à partir des années 1820. Agents de change et coulissiers entretiennent de très mauvaises relations, les premiers faisant régulièrement des procès pour délit d'immixtion aux seconds, qui ne siègent pas au palais Brongniart.. À partir des années 1870, les agents de change deviennent également concurrencés par la « haute banque » (Mallet, Neuflize, Hottinguer, Mirabaud et Rothschild.) qui organisent d'abord les placements de titres lors des nouvelles introductions en Bourse, puis prennent en charge la cotation de titres spéculatifs non admis à la négociation sur le parquet du palais Brongniart. Les investissements en titres étrangers transitent également par ces banques lorsque celles-ci bénéficient d'une implantation dans plusieurs pays d'Europe, comme la banque Rothschild. De nouveau, les agents de change entretiennent des relations médiocres avec les banquiers à cause de la concurrence qu'ils leur font.. L'influence des banques dans les cotations françaises se réduit après 1899, laissant de nouveau les agents de change et les coulissiers principaux maîtres du terrain..
Après le Second Empire, les agents de change gagnent en respectabilité : « De métier risqué, à haut pourcentage de faillites sous le Second Empire, à rotation rapide des titulaires, à activité spéculative, [le métier d’agent de change] devient un métier dont on cherche à limiter le risque et où la charge tend à devenir héréditaire » affirme ainsi Patrick Verley, cité par Laure Quennouëlle-Corre. Cette dernière estime que, du fait du maintien du numerus clausus des charges d'agents de change en France, les opérateurs boursiers sont 75 fois plus nombreux à Londres qu'à Paris, et 3 fois plus nombreux à New York qu'à Paris juste avant la Première Guerre mondiale.
Tout au long du siècle, le monopole des agents de change sur les transactions boursières fait l'objet de nombreux débats. Plusieurs personnalités politiques françaises souhaitent son abrogation, comme Adolphe Crémieux ou Félix Faure, qui déclare en 1893 : « J’espère que quand nous nous occuperons de l’organisation du marché de Paris, nous arriverons à la suppression du monopole »..
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Une vidéo tournée dans les années 1980 par un commis de bourse montre le quotidien des groupes de cotation à l'époque de la criée, du Groupe 4 dit « La Rente » (Obligations d’États, Cotation en continu à partir de 10h) aux différents groupes : Groupe 2 (Marché obligataire, cotation par Casiers), Groupe 3 (Second Marché), Hors Cote (situé au dernier étage, salle devenue par la suite Salle du Matif Pibor), et le Parquet (Groupe A, B, C et L, ancienne Corbeille jusqu'au ) dont les cotations ne commencent qu'à 12h30 à la sonnerie de la cloche.
Dissolution des agents de change vignette|Fiche de Bourse permettant aux commis d'enregistrer les ordres clients et leurs réponses durant la séance (version pré87 Agent de Change et post88, Société de Bourse Lavendeyra) Au cours des années 1980, les bourses de Londres et de New York passent aux échanges électroniques qui permettent de gérer les transactions boursières de manière plus simple et plus transparente qu'avec les cotations à la criée. De nombreux hauts responsables français estiment que la Bourse de Paris doit à son tour s'adapter à la modernité.
Édouard Balladur, ministre de l'Économie, des Finances et de la Privatisation de 1986 à 1988, est à l'origine d'une importante loi de réforme de la Bourse de Paris. Cette loi, adoptée en 1987, signe la fin de la profession des agents de change.
La suppression du monopole des agents de change prend officiellement effet le ., mais, dès 1987, de nombreuses charges sont déjà transformées en sociétés de bourse et rachetées par d'autres établissements financiers qui souhaitent ainsi développer leurs activités de marché en bénéficiant du savoir-faire des anciennes charges et des nombreux commis d'agents de change qui composaient les effectifs.