vignette|Ambigramme en carré mélangeant les mots anglais et .

Les relations entre musulmans et juifs ont commencé au dès la naissance et l'expansion de l'islam dans la péninsule arabique. Les deux religions partagent des valeurs, principes et règles similairesDennis Prager, Joseph Telushkin, Why the Jews?: The Reason for Antisemitism. . De plus, l'islam intègre l'histoire juive comme une partie de sa propre histoire. Le concept des enfants d'Israël a une place importante dans l'islam. Moïse, le plus important prophète dans le judaïsme, est aussi considéré comme un prophète et un messager dans l'islam : Also mention in the Book (the story of) Moses: for he was specially chosen, and he was a messenger (and) a prophet.. Il est mentionné plus que n'importe qui d'autre dans le Coran, et sa vie est relatée plus que celle d'aucun autre prophèteAnnabel Keeler, Moses from a Muslim Perspective, in: Solomon, Norman; Harries, Richard; Winter, Tim (eds.. Il y a environ quarante-trois références aux Israélites dans le Coran (sans compter les références aux prophètes)Yahud, Encyclopedia of Islam, et de nombreuses dans les hadiths. Certaines autorités rabbiniques ou penseurs juifs plus récents, comme Maïmonide, ont débattu de la relation entre l'islam et la loi juive. Maïmonide lui-même a, selon certains, été influencé par la pensée juridique islamiqueSarah Stroumsa, Maimonides in His World: Portrait of a Mediterranean Thinker, Princeton University Press, 2009 :'we do know the extent of Maimonides' involvement in the wider Islamic culture. .

Comme l'islam et le judaïsme ont, à travers le patriarche Abraham, une origine commune située dans le Moyen-Orient, les deux sont considérés religions abrahamiques. Il existe de nombreux points communs entre le judaïsme et l'islam à la fois à cause de cette similitude et en raison de l'influence de la culture et de la philosophie musulmanes sur les communautés juives du monde musulman. Les deux religions ont été en contact et partage continu sur le plan physique, politique et théologique pendant . Le premier waqf islamique, par exemple, a été donné par un juif, rabbi Mukhayriq. Et en 1027, un juif, Samuel ibn Nagrela, devint le plus haut conseiller et le général en chef du taïfa de Grenade.

L'antisémitisme européen apparaît dans le monde musulman à partir du XIX siècle, avec des accusations de meurtres rituels à Damas en 1840 et des attaques de fanatiques contre les Juifs. L'hostilité aux Juifs dans le monde arabo-musulman se développe durant le avec des massacres de Juifs notamment en Irak, à Constantine, en Libye et au Maroc. Avec le développement du sionisme et la création de l'État d'Israël, les Juifs Arabes sont contraints à l'exode, l'antisémitisme progresse fortement et les relations entre juifs et musulmans se détériorent. Avec la montée de l'islamisme, un antisémitisme d'inspiration islamique apparaît. Le plus souvent l'antisionisme est confondu avec l'antisémitisme et inversement, ce qui crée dans les pays du monde arabo-musulman et chez une certaine partie de la population musulmane, la confusion et l'amalgame.

Interactions sociales et politiques

Les Juifs et les débuts de l'islam

vignette|« Muhammad and the Jews According to Ibn Ishaq », The Levantine Review, 2013 (Cliquer pour feuilleter) Pendant les prêches de Mahomet à La Mecque, il vit dans un premier temps les chrétiens et les Juifs (qu'il appelait les Gens du Livre) comme des alliés naturels qui avaient les mêmes principes fondamentaux que lui, et il comptait sur leur soutien. Dix ans après sa première révélation sur le mont HiraUri Rubin, Muhammad, Encyclopedia of the Quran, une délégation constituée des représentants des douze clans les plus importants de Médine prêta serment de protéger Mahomet et l'invita, en tant qu'étranger à Médine, à servir de conciliateur pour toute la population, alors que les combats entre factions duraient depuis une centaine d'années pour savoir qui prendrait le pouvoirThe Cambridge History of Islam, (1997), Esposito, John. (1998), Islam: the Straight Path, extended edition. 'Muhammad, Encyclopedia of Islam', Alford Welch.

Pour mettre fin aux longues querelles qui déchiraient les tribus de Médine, Mahomet rédigea, entre autres, un document connu sous le nom de la constitution de Médine. La communauté telle que définie par la constitution de Médine était fondée sur des règles religieuses, mais était aussi marquée par des considérations pratiques et conservait en substance le mode de fonctionnement légal des vieilles tribus arabesMuhammad, Encyclopedia of Islam, Alford Welch. Mahomet adopta aussi certains des rites et pratiques juives, comme le jeûne durant le jour de Yom Kippour. Selon Alford Welch, la coutume juive de prier trois fois par jour semble avoir été un facteur influençant l'introduction de la prière de midi dans l'islam, mais la décision de Mahomet de prier en direction du nord, vers la qibla (soit vers Jérusalem, qui a été la première qibla, ou direction de la prière, et fut remplacée plus tard par La Mecque), vient d'une coutume qui était aussi en honneur au sein d'autres groupes en Arabie.

La plupart des habitants de Médine se convertirent à la religion des nouveaux venus de la Mecque. Cela fut le cas particulièrement pour les membres des tribus païennes et polythéistes, mais aussi, quoique dans une moindre mesure, pour certains des Juifs de la villeWatt (1956), , . Cependant, la majorité des Juifs refusèrent de voir en Mahomet un prophèteEsposito, John. 1998. Islam: the Straight Path, extended edition. Oxford university press, et mirent en avant le fait que certains passages du Coran contredisaient la TorahThe Cambridge History of Islam, . Les raisons de cette opposition étaient tout autant politiques que religieuses puisque de nombreux Juifs à Médine avaient tissé des liens avec Abd-Allah ibn Ubayy qui leur était favorable et qui aurait été le prince de Médine si Mahomet n'était pas arrivé dans la villeGerhard Endress, Islam, Columbia University Press, .

Mark Cohen ajoute que Mahomet est apparu « des siècles après la fin de la prophétie biblique » et « a rédigé son message dans un verbiage étranger au judaïsme, à la fois par son format et par sa rhétorique »Mark R. Cohen, Under Crescent and Cross: The Jews in the Middle Ages, , Princeton University Press.

Dans la constitution de Médine, les Juifs obtinrent l'égalité avec les musulmans en échange de leur loyauté politique et furent autorisés à pratiquer leur propre culture et leur religion. Cependant, à partir du moment où Mahomet fit face à une certaine opposition de la part des Juifs, les musulmans commencèrent à adopter une position plus négative vis-à-vis d'eux, les voyant comme une sorte de cinquième colonne. Des accusations de violations de la constitution de Médine par les Juifs, conduisirent à l'exil les Banu Qaynuqa et Banu Nadir, deux des trois tribus juives de Médine et au massacre des hommes de la tribu des Banu Qurayza. gauche|vignette|243x243px|Image d'un Hazzan lisant la légende de Pessah en Andalousie, extrait de la haggada de Barcelone du .

Les Juifs dans les pays à majorité musulmane

Des communautés juives ont vécu au sein de pays à majorité musulmane pendant plus de .

Les guerres israélo-arabes qui ont suivi la création d'Israël en 1948 ont provoqué une dégradation dramatique des relations judéo-musulmanes, bien que ces guerres aient eu à l'origine un objet territorial.

L'instrumentalisation de la religion dans le conflit israélo-palestinien La montée des tensions entre les Israéliens (majoritairement juifs, mais non exclusivement) et les Arabes (majoritairement musulmans, mais pour une part d'entre eux, chrétiens et juifs) ne doit pas induire en erreur sur la nature de l'opposition des deux groupes. « Le conflit israélo-arabe n'est pas de nature foncièrement religieuse mais bien politique »Alain Dieckhoff,La mobilisation du religieux dans le conflit israélo-arabe », Histoire des relations entre juifs et musulmans, dir. Abdelwahab Meddeb et Benjamin Stora, Albin Michel, 2013, p.403-409. Voir également Avraham Sela, Elhanan Yakira : « le conflit israélo-palestinien n’est pas un « conflit de religions ». Il n’est pas davantage un conflit religieux mais, pour l’instant, un conflit entre un État et un mouvement national. », Avraham Sela, Elhanan Yakira, « La religion dans le conflit israélo-palestinien », Cités, 2003/2 (n° 14), p. 13-27. DOI : 10.3917/cite.014.0013. URL : https://www.cairn.info/revue-cites-2003-2-page-13.htm. « Le religieux est un outil utilisé par certains acteurs pour faire de la politique, dans des circonstances bien précises. À d'autres moments, il ne joue plus qu'un rôle secondaire, voire tout à fait marginal »Alain Dieckhoff, « La mobilisation du religieux dans le conflit israélo-arabe », Histoire des relations entre juifs et musulmans, Abdelwahab Meddeb (dir.) et Benjamin Stora, Albin Michel, 2013, p.403-409.

Les spécialistes distinguent deux périodes depuis la création d'Israël en 1948 : dans les années 1950 et 1960, aussi bien côté palestinien que côté israélien, le discours politique dominant fait référence à des valeurs laïques. Dès les années 1970, en revanche, le religieux est mis au service de la politique par les acteurs musulmans et juifs (selon A. Sela et E. Yakira, l'islamisation du combat palestinien commence un peu plus tard, dans les années 1980).

Dans les années 1950-1960 : l'OLP qui porte les aspirations nationales des Palestiniens est un mouvement laïque, qui tend vers la gauche radicale, et qui se réclame de l'anti-impérialisme ; dans la charte de l'OLP, le sionisme est désigné comme une force colonialiste. Quant aux Israéliens, ils ont porté au pouvoir le parti travailliste, essentiellement laïque ; les Palestiniens sont qualifiés de « terroristes », mais « personne ne songeait alors sérieusement à conquérir Jérusalem, ses lieux saints ou la Cisjordanie, qui étaient à l’époque sous souveraineté jordanienne »Avraham Sela et Elhanan Yakira, « La religion dans le conflit israélo-palestinien », Cités, 2003/2 (n° 14), p. 13-27. DOI : 10.3917/cite.014.0013. URL : https://www.cairn.info/revue-cites-2003-2-page-13.htm. Le combat pour la survie d'Israël a un caractère national.

Dès les années 1970 : la situation change côté israélien après la guerre de 1967, la prise de Jérusalem et d'Hébron, lieux hautement symboliques, ayant été interprétée par des sionistes religieux comme un miracle que Dieu a opéré en faveur du peuple juif. Alors, le sionisme religieux, qui existait déjà dans la Palestine mandataire connaît un nouvel essor et élargit considérablement son audience. Son interprétation théologique des événements politiques et militaires est portée à partir du milieu des années 1970 par le Gouch Emounim (« Bloc des fidèles »). « Ce mouvement a pour objectif l’appropriation de toute la terre située entre le Jourdain et la Méditerranée par une politique agressive de colonisation. Des colonies israéliennes apparaissent alors dans toute la Samarie et en Judée (de la Cisjordanie à Gaza). De cette manière, l’État d’Israël met concrètement en œuvre une politique et une stratégie fondées sur une idéologie messianique qui fait de la terre d’Israël une terre sainte et de sa colonisation complète à la fois un devoir religieux suprême et un droit indéniable, enraciné dans une approbation divine ». « Cette conviction fait basculer la majorité du sionisme religieux vers un fondamentalisme messianique lourd de dangers ».