Le siège de Montmédy est un épisode de la guerre franco-allemande de 1870. La petite place de Montmédy, dans la Meuse, est assiégée par l'armée de la coalition allemande. Défendue par le régiment d'infanterie de ligne, la Garde nationale et des éléments d'autres unités, elle capitule le .
Disposition des lieux vignette|gauche|300px|Citadelle de Montmédy - Ville haute.
En 1870, Montmédy est une petite ville de . La ville haute, c'est-à-dire la forteresse proprement dite, forme une plate-forme triangulaire entourée de bastions à 70 m au-dessus du niveau de la Chiers, affluent de la Meuse, soit 104 m au-dessus du niveau de la mer. La Chiers décrit une boucle qui constitue la première protection de la place. La ville basse est entourée d'un mur en moellons de faible valeur défensive, crénelé et haut de 6 m tandis que la ville haute domine les abords par des pentes de roche ou de maçonnerie hautes de 20 à 25 m. Une poterne barrée par des grilles, avec des positions de tir, relie la ville basse à la forteresse. Des ouvrages extérieurs couvrent le col de Tivoli et la gare de Montmédy. Les fortifications, construites par les Espagnols et remaniées par Vauban, sont de disposition médiocre et offrent peu de protection contre l'artillerie. . La place manque d'abris à l'épreuve des bombes, de magasins et de positions de tir bien protégés. Un cercle de hauteurs entoure Montmédy à une distance de 2,5 à 4 km des remparts, ce qui l'expose aux tirs de l'artillerie ennemie
Située à 6 km de la frontière belge, Montmédy fait partie d'un ensemble de petites forteresses entre la Meuse et la Moselle. Trop petite pour abriter des forces importantes, elle sert néanmoins à verrouiller les communications du chemin de fer des Ardennes et de la route impériale n°47. La voie ferrée, à l'est de la gare, traverse un tunnel de 900 m de long dit « col de Tivoli ».
Début des hostilités
Le , trois jours avant la déclaration de guerre, la rumeur se répand qu'un corps de l'armée prussienne a franchi la frontière à Sierck-les-Bains, déclenchant un début de panique. Le commandant rassemble les habitants sur la place et prend les dispositions nécessaires.
La garnison, commandée par le chef de bataillon Reboul, se compose d'une compagnie du régiment d'infanterie<ref>Peter Spohr parle de deux compagnies de ce régiment, de 100 hommes chacune, voir Geschichte der Beobachtung, Einschliessung, Belagerung und Beschiessung von Montmédy im deutsch-französischen Krieg 1870|71'''', Berlin, 1877, p. 32.</ref> et du de garde nationale mobile du département de la Meuse. La garde mobile, levée dans les premières semaines du conflit, manque d'entraînement et la place est presque dépourvue d'officiers qualifiés de l'artillerie et du génie. L'artillerie, assez hétérogène, se compose de 65 pièces dont seulement 8 à canon rayé. Les munitions consistent en projectiles de canon, kg de poudre à canon, kg de poudre à fusil, pour fusil modèle 1866 et cartouches pour fusil modèle 1857. vignette|redresse=0.6|Sergent de la Garde nationale mobile, 1870-1871.
Dans les derniers jours d'août 1870, Montmédy reçoit des approvisionnements considérables destinés à l'armée du maréchal Bazaine et à l'armée de renfort qui se rassemble autour de Châlons. Le médecin-chef Félix Hippolyte Larrey, l'intendant en chef Wolf et d'autres officiers, destinés à diriger les services de ces armées, viennent aussi s'établir à Montmédy. Après la défaite de Bazaine à la bataille de Saint-Privat () et son encerclement dans Metz, les communications étant coupées, le bétail et les autres provisions s'entassent à Montmédy : faute d’entrepôts, il faut les stocker dans l'église Saint-Martin et autres locaux improvisés où ils resteront jusqu'à la capitulation de la ville. . Au cours des journées suivantes, la garnison est rejointe par 700 infirmiers destinés à l'armée de Châlons et par plusieurs petits détachements de gendarmes venus des bourgs voisins : elle atteint un effectif total de à hommes. La gare abrite 7 ou 8 locomotives et 200 wagons.
Le , la garnison apprend que la voie ferrée de Mézières à Thionville est coupée. Elle reçoit le renfort d'une partie d'une compagnie du d'infanterie, venu de Mézières. Le , près de Chauvency-le-Château, une escarmouche oppose l'avant-garde du à un détachement de chasseurs de l'armée bavaroise : les fantassins français, menacés d'encerclement, sont sauvés par l'arrivée d'un renfort venu de Montmédy par chemin de fer. Le combat fait 7 ou 8 tués et 15 blessés du côté français, 2 tués et 4 blessés du côté bavarois. Selon Peter Spohr, le détachement allemand était une avant-garde du corps d'armée de l'armée saxonne comprenant une compagnie du de chasseurs et un escadron du de cavalerie ; les Saxons détruisent les installations de la gare de Chauvency (télégraphe, réservoir d'eau, etc.) ; ils perdent un tué et un blessé et emmènent 11 prisonniers français dont un capitaine.
Le septembre, la garnison de Montmédy entend la canonnade d'une violente bataille vers le nord. Elle apprendra le lendemain que l'armée du maréchal Patrice de Mac Mahon, venue de Châlons, a livré et perdu la bataille de Sedan. Le , un officier saxon envoyé par le prince royal Albert de Saxe vient informer le commandant de Montmédy de la défaite française et le prier fort poliment de se rendre, ce que le commandant Reboul refuse dans les formes : . .
Le , un officier prussien du d'uhlans de la Garde se présente, au nom du prince de Hohenlohe, pour renouveler la demande de capitulation. Un tirailleur français, qui n'avait pas vu le drapeau blanc ni entendu l'ordre de ne pas tirer, fait feu et tue un trompette prussien. Le commandant Reboul présente ses excuses et promet de punir sévèrement le soldat coupable. Il refuse de nouveau de se rendre, même quand l'émissaire prussien lui apprend que Mac-Mahon est tué (en fait, il n'est que blessé) et que l'empereur Napoléon III et une grande partie de l'armée ont été capturés par les Prussiens.
Le siège Bombardement du 5 septembre Le , le prince Albert, commandant du corps d'armée, ordonne au prince de Hohenlohe d'entreprendre le siège de Montmédy. Il met à sa disposition les unités suivantes : d'infanterie de la Garde (général Alexander von Medem) 6 escadrons des et d'uhlans de la Garde Un corps d'artillerie comprenant 2 batteries d'artillerie à pied et 3 d'artillerie à cheval L'artillerie de la division de la Garde compagnie de pionniers de la Garde Un détachement de pontonniers.
Le au matin, des patrouilles de cavalerie prussienne viennent observer les défenses françaises : vers 9h, elles sont écartées par quelques tirs d'obus. L'artillerie prussienne commence aussitôt le bombardement de la ville, pratique exceptionnelle à cette époque et à laquelle les Français sont mal préparés. Les gardes mobiles qui tentent de gagner leurs positions sont gênés par l'afflux de femmes et enfants affolés qui viennent se réfugier dans les casemates. Les Français n'ont qu'un seul canon disponible en mesure de tirer sur les batteries prussiennes. L'église, l’hôtel de ville et la sous-préfecture sont touchés. Des incendies éclatent que les Français ne sont pas en mesure de maîtriser. Vers midi, l'artillerie prussienne cesse son bombardement et un émissaire, le maire de Thonnelle, vient porter un message du prince de Hohenlohe avec une nouvelle demande de reddition qui est rejetée comme les précédentes. vignette|Blessés français évacués en Belgique, gravure de L'Illustration européenne, 1870. Le bombardement reprend dans l'après-midi avec davantage de précision. Les deux tiers des maisons et tous les bâtiments publics sont endommagés et l'incendie d'un entrepôt de fourrage fait craindre l'explosion d'une poudrière proche. Tandis que les canons français, déplacés pendant la trêve de midi, ouvrent le feu sur les positions prussiennes, les soldats parviennent à grand peine à circonscrire l'incendie qui durera encore une semaine. Le bombardement s'arrête vers 18h. Au total, les Français ont perdu 3 tués (dont un civil) et 19 blessés, dont 4 mourront de leurs blessures. La plupart des maisons civiles sont endommagées mais le bombardement, mené avec des pièces de campagne, n'a pratiquement pas eu d'effet sur les remparts. Dans la journée du , les Prussiens se retirent sans vouloir reprendre le bombardement. Une grande partie de la population civile quitte la ville pour se réfugier en Belgique ; les maisons abandonnées sont récupérées par les soldats.
Sorties en septembre et octobre
vignette|Combat dans un village; toile de Paul-Louis-Narcisse Grolleron (1848-1901). À partir du , les petites garnisons allemandes de la Meuse passent sous l'autorité du général von Bothmer qui dirige le siège de Verdun. Le allemand est partagé entre Damvillers, Stenay et Étain. Le chirurgien-chef Larrey, l'intendant général Wolf et d'autres officiers quittent Montmédy pour rejoindre Paris. Environ soldats capturés lors des combats de Beaumont () et Sedan ( septembre) parviennent à s'échapper et à rejoindre Montmédy mais la plupart, démoralisés et manquant d'équipement, ne restent pas et préfèrent quitter la place pour rallier l'armée de la Loire que le Gouvernement de la Défense nationale est en train de constituer plus au sud. Seuls 600 nouveaux venus restent sur place et, malgré un certain relâchement de la discipline, constituent un appoint précieux pour la garnison. Un lieutenant d'artillerie évadé travaille à améliorer les positions de tir de la place mais, à la suite d'une série de querelles, quitte la ville au bout d'un mois pour rejoindre l'armée du Nord. Le , les locomotives et wagons sont rassemblés dans le tunnel ferroviaire dont on fait sauter les deux extrémités pour éviter que l'ennemi ne s'en empare.
Des colonnes de prisonniers de guerre français se dirigeant vers l'est passent non loin de Montmédy, par des routes boisées et propices aux embuscades. Dans la nuit du 12 au , une compagnie de 200 fantassins est envoyée pour tenter de les délivrer. Après une marche sous la pluie, les Français arrivent en position près de Stenay mais un tirailleur algérien, faisant feu avant l'ordre, donne l'alerte au convoi et fait échouer l'attaque. Le , un détachement de 200 hommes, envoyé à la recherche d'éclaireurs ennemis près de Chauvency, ne les trouve pas mais décide d'attaquer la garnison allemande de Stenay. Rencontrant par hasard sur sa route un convoi d'une centaine d'Allemands avec deux fourgons, il change ses projets et s'en prend au convoi : il capture 40 soldats et un officier, le reste s'enfuyant vers Damvillers. Cette troupe appartenait au de landwehr.
Le , à la suite de l'attaque d'un train de troupes par les habitants de Thonne-le-Thil, le commandement allemand ordonne, à titre punitif, une réquisition dans les villages environnants. En réaction, le , les Français entreprennent une nouvelle sortie avec un détachement de 400 hommes pour intercepter le convoi de réquisition escorté par deux cents ou trois cents Saxons du . Ces derniers, plus rapides que prévu, ont dépassé le point d'embuscade lorsque les Français les aperçoivent : une compagnie de du et des zouaves se lancent à leur poursuite et se dispersent sans pouvoir les rattraper. Les Français se replient alors sur le gros de leur détachement et repartent vers Chauvency en échangeant des coups de feu avec des renforts allemands venus de Stenay. Le seul résultat de ces sorties est d'avoir maintenu les Allemands sur le qui-vive et entravé leurs opérations de réquisition.