Laffaire Francis Imbard est une affaire criminelle qui débute à Paris en France le . Ce jour-là, Francis Imbard, , est tué d'une balle dans la tête alors qu'il quitte son domicile. La brigade criminelle du 36, quai des Orfèvres ouvre le jour même une enquête de police. Les policiers déterminent les circonstances de cet homicide.
Francis Imbard, né en 1944 dans le Gard en France, est un gérant d'établissements de nuit parisiens. Un temps enseignant, il se lance assez rapidement dans les affaires et rachète plusieurs sociétés en péril, à bas coût, puis les remet sur pied, avant de les revendre. À la fin des , il crée le Brasil Tropical, un dîner-spectacle, et L'Enfer (plus tard rebaptisé Le Red Light), une boîte de nuit. Ses établissements, très populaires au début des , deviennent des lieux de référence du « monde de la nuit » parisien.
Plusieurs pistes sont étudiées par les enquêteurs : un crime passionnel, un meurtre commis par un débiteur, ou encore un règlement de comptes, piste qui leur apparaît comme la plus probable, mais aucun suspect n'est identifié, ce qui laisse l'affaire non résolue. Tout au long de l'enquête, plusieurs juges d'instruction se succèdent. En 2008, une ordonnance de non-lieu est rendue, puis l'enquête est finalement rouverte. En 2014, un individu est mis en examen pour complicité et participation au meurtre, mais cette mise en examen est annulée pour vice de procédure. En 2022, deux individus sont mis en examen, l'un étant accusé d'avoir commandité le crime, l'autre de l'avoir facilité.
Contexte La famille Imbard Francis Imbard naît le à Laudun, dans le GardRelevé des fichiers de l'Insee. Il grandit à Marseille, dans une famille d'industriels, entouré de trois sœurs.. Il fait de longues études et réussit une agrégation de mathématiques. À l'université d'Aix, il rencontre Dominique., avec qui il se marie peu de temps après.. Le couple donne naissance à Julie et Lionel, des jumeaux, en 1977..
alt=Photographie en couleurs, représentant des personnes en train de danser dans un établissement de nuit (le Brasil Tropical).|vignette|Des personnes en train de danser dans le Brasil Tropical en 2013, établissement créé par Francis Imbard dix-sept ans plus tôt. Un temps enseignant, Francis Imbard quitte finalement l'éducation nationale et devient commercial dans une société américaine de microfilms.. Il rencontre ensuite Yves Bidot, un commercial chez Renault, avec qui il se lie d'amitié. Les deux hommes décident de quitter leurs entreprises respectives, de s'associer et de se lancer dans les affaires.. Ils rachètent plusieurs sociétés en péril, à bas prix, puis les remettent en bon état, avant de les revendre. Entre les et 1990, les deux hommes possèdent une vingtaine de sociétés, pour un patrimoine estimé entre de francs de l'époque...
En 1987, ils rachètent Télématique France, une société toulousaine spécialisée dans le minitel et qui édite plusieurs services de . L'un des plus gros clients est David Girard, leader dans la communauté gay... À sa mort, en 1990, Francis Imbard rachète sa société à ses héritiers, puis fait une importante plus-value en la revendant quelques années plus tard. Il devient alors un homme très riche....
En 1996, Francis Imbard rénove d'anciennes salles de squash sous la dalle de la tour Montparnasse, et ouvre le Brasil Tropical, un dîner-spectacle de .. Quelque temps plus tard, il crée une boîte de nuit, qu'il nomme L'Enfer. (renommée plus tard le Red Light). Ses deux établissements marchent très bien, et sont des lieux de référence du « monde de la nuit » parisienne au début des années 2000....
Le fait divers alt=Photographie en couleurs, représentant une rue parisienne et des immeubles.|vignette|Vue générale de la rue Copernic à Paris (), domicile de Francis Imbard, au de la rue. Francis Imbard habite un grand appartement, qui occupe l'ensemble du et dernier étage d'un immeuble situé au de la rue Copernic, dans le de Paris..
Le mercredi , aux alentours de , la femme de ménage de l'appartement, Malika, monte par l'escalier de service et commence sa journée de travail par la cuisine, où elle trouve Julie, la fille de Francis Imbard.
Vers , Francis Imbard dit au revoir à sa fille, puis quitte l'appartement. Quelques secondes plus tard, Malika et Julie entendent un bruit sourd. Julie se précipite alors sur le palier et découvre son père gisant sur le sol. Elle tente d'interrompre l'hémorragie et demande à Malika d'appeler les sapeurs-pompiers... À leur arrivée, Julie indique que son père est atteint d'une balle dans la tête et ils entament une réanimation cardiopulmonaire.. Lionel, le fils de la victime, prévenu par téléphone, arrive sur les lieux du drame..
La réanimation est finalement arrêtée, et Francis Imbard, , est déclaré mort à ...
Enquête La brigade criminelle de Paris du 36, quai des Orfèvres est saisie de l'enquête....
Premières constatations vignette|Représentation schématique de la scène de crime, vue du dessus (distances non respectées)..|alt=Schéma en couleurs représentant la scène de crime. La victime se trouve dans une zone exiguë, au et dernier étage de l'immeuble du 50, rue Copernic. À sa droite, se trouvent les escaliers et l'ascenseur du bâtiment. À sa gauche, une fenêtre condamnée en verre dépoli, donne sur la cour. Le sol de marbre est recouvert d'un tapis de cheminement rouge foncé. Le corps de la victime gît sur le dos, en travers du palier, les pieds dans l'embrasure de la porte de l'appartement, la tête en direction de la rambarde en fer noir, avec une tache de sang. Autour du corps, se trouvent toutes les affaires que portait la victime en sortant de chez elle : des clés de voiture, un stylo, un téléphone portable, ainsi qu'un gros agenda rouge (voir schéma ci-contre)..
Les techniciens de l'identité judiciaire cherchent une empreinte génétique sur le palier mais, étant donné que la cage d'escalier est un milieu semi-ouvert et que la scène de crime est polluée (notamment par l'intervention des pompiers), aucune trace n'est retrouvée.. Tout l'immeuble est alors inspecté, et un mégot de cigarillo est retrouvé au rez-de-chaussée. La pièce à conviction est alors mise sous scellé, mais elle n'est pas exploitée dans un premier temps. Lorsque les enquêteurs décident de chercher une trace ADN, la preuve est trop ancienne, et n'est plus exploitable...
Examen balistique et médico-légal vignette|Un Colt 45, modèle d'arme à feu ayant servi dans ce meurtre.|alt=Photographie en couleurs représentant une arme à feu (un Colt 45). Dans le mur du fond de l'étage, un impact est trouvé, à de hauteur et de l'angle du mur. Juste en dessous, les techniciens trouvent un projectile déformé. Près de la main gauche de la victime, se trouve une douille percutée, avec l'inscription : . Les analyses ne permettent pas de retrouver de trace ADN sur la douille.. Ces mêmes analyses permettent de définir qu'il n'y a eu qu'un seul tir, effectué avec un Colt 45, chargé de munitions de calibre .. Les munitions, de marque Sellier et Bellot, vendues à des milliers d'exemplaires, ne permettent pas de retrouver le tireur, en tentant de retracer l'achat..
Le corps de Francis Imbard est conduit à l'institut médico-légal de Paris pour autopsie. Il est établi que sa mort est causée par le seul tir, effectué à bout touchant, c'est-à-dire que le bout de l'arme a touché la victime.. L'orifice d'entrée de la balle se situe à sous l'œil droit et celui de sortie, derrière le lobe de l'oreille gauche. La trajectoire de la balle est donc la suivante : d'avant en arrière, de droite à gauche et de haut en bas. La victime était debout au moment du tir, avant de s'effondrer sur le dos.. Le tir a provoqué des blessures encéphaliques, des lésions osseuses et endommagé des voies veineuses.. Il n'y a aucun signe de violence ou de lutte, ce qui indique que le meurtre a été rapide, et effectué directement, dès que la victime est sortie de chez elle.. Ces indications ne permettent pas de définir avec certitude si le tireur est un homme ou une femme ni s'il est plus petit ou plus grand que la victime..
Interrogations liminaires Les enquêteurs effectuent d'abord une enquête de voisinage. Toutes les personnes présentes au moment du tir sont interrogées. L'immeuble est composé de cabinets d'avocats et de conseils. Tous les employés, clients, coursiers et livreurs ont entendu la déflagration, mais personne n'a rien vu de particulier.. Le digicode du bâtiment n'est activé qu'à partir de , ce qui permet un flux régulier de personnes tout au long de la journée..
La gardienne de l'immeuble a cependant indiqué avoir vu et vécu des faits inhabituels, le matin du crime. : avant le tir, elle remarque qu'un agent EDF se trouve dans la cour, et ce, alors qu'elle n'a pas été prévenue de sa venue. Elle contacte alors le syndic, qui confirme que personne ne devait intervenir à ce moment-là dans l'immeuble. Elle ne peut apercevoir le visage de l’agent, mais le décrit comme un homme mesurant environ , pour , avec les cheveux bruns. L'enquête n'a pas permis de retrouver cet homme.. Ensuite, alors qu'elle s'apprêtait à monter dans les étages pour distribuer le courrier, une représentante en parfum se présente à sa porte. Elle indique qu'elle n'a pu apercevoir son visage, mais la décrit comme une femme d'environ , pour , avec les cheveux ternes. Au moment du coup de feu, cette dernière part précipitamment.. Les enquêteurs décident alors d'aller interroger les autres concierges du quartier, mais aucune n'a reçu la visite de cette représentante.. Les enquêteurs pensent alors que cette personne pourrait être une complice, chargée de retenir la concierge chez elle, mais elle n'a pu être identifiée..
vignette|L'ambassade du Liban, située au de la rue Copernic.|alt=Photographie en couleurs représentant un bâtiment (l'ambassade du Liban en France). Après avoir interrogé les personnes présentes dans l'immeuble, les enquêteurs questionnent les commerçants et habitants du quartier, mais personne n'a vu quelque chose en particulier.. Ils constatent ensuite qu'à quelques mètres de là se trouve l'ambassade du Liban, un bâtiment entouré de caméras de vidéosurveillance. L'une d'elles est d'ailleurs pointée vers l'angle du trottoir permettant d'accéder au lieu du crime.. Mais les enquêteurs découvrent que ces caméras n'enregistrent pas les images ce jour-là...
Trois jours après le crime, Julie Imbard se rend au 36, quai des Orfèvres, pour signaler un témoignage qu'elle a recueilli. Le lendemain du meurtre, alors qu'elle se trouvait au Brasil Tropical, une employée lui indique qu'elle était en bas de l'immeuble, au moment du tir, et qu'elle a ainsi vu le meurtrier de son père.. Cette Brésilienne, nommée Sueli, confie avoir vu le tueur et être sûre de le connaître.. Elle est alors convoquée, mais elle change de version et indique finalement n'avoir rien vu. Une confrontation est organisée entre elle et Julie, mais elle n'indique aucun élément. Elle n’est alors plus retenue et repart, sans avoir donné d'informations, puis rentre rapidement au Brésil..
Toutes ces investigations ne permettent pas d'établir une description du tireur..
Pistes d'enquête Bien que la piste du règlement de comptes soit privilégiée par les enquêteurs dans les premiers jours qui suivent le meurtre, d'autres pistes sont explorées.
Piste du crime passionnel Francis Imbard est décrit comme un .. Lorsqu'il se sépare de sa femme Dominique, il commence à entretenir des relations avec plusieurs femmes. Les enquêteurs explorent donc la piste du crime passionnel par une maîtresse jalouse.. Ils arrivent à faire émerger deux relations en particulier.
vignette|Sueli est logée par Francis Imbard, non loin de la place Victor-Hugo.|alt=Photographie en couleurs représentant une place et des bâtiments (la place Victor-Hugo).