Abū ʿAlī Ṣalaḥ ibn Mirdas, aussi connu par son laqab (nom honorifique) de Assad al-Dawla (Le lion de l’Empire) est le fondateur de la dynastie des Mirdassides d'Alep. Il règne de 1025 à sa mort en . À son apogée, l'émirat englobe la majeure partie de la Jazira occidentale, le nord de la Syrie, et une bande de cités situées au centre de la Syrie. Malgré quelques interruptions, les successeurs d'Assad al-Dawla gouvernent Alep lors des cinq décennies suivantes.
Salah apparaît en 1008-1009 quand il s'empare d'Al-Rahba sur l'Euphrate. En 1012, il est emprisonné et torturé par Mansour ibn Lou'lou', l'émir d'Alep. Deux ans plus tard, il s'échappe et fait prisonnier Mansour au cours d'une bataille avant de le libérer en échange de nombreuses concessions, dont la moitié des revenus d'Alep. Par cette réalisation, il devient le principal émir de la tribu des Banu Kilab dont nombre des chefs sont morts sous Mansour. Grâce à ses guerriers bédouins, Salah s'empare d'une série de forteresses le long de l'Euphrate, dont Manbij et Raqqa en 1022. Plus tard, il noue une alliance avec les tribus des Banu Kalb et des Banu Tayy et les soutient dans leur lutte contre les Fatimides. Au cours de cette rébellion tribale, Salah annexe les cités syriennes d'Homs, Baalbek et Sidon avant de prendre Alep en 1025.
Salah met en place une solide administration dans l'émirat d'Alep. Militairement, il s'appuie sur les Banu Kilab et confie l'administration fiscale à son vizir chrétien. Son règne est officiellement accepté par les Fatimides qu'il assure de son allégeance. Toutefois, son alliance avec les Banu Tayy finit par l'entraîner dans un conflit avec le général fatimide Anuchtakin al-Dizbari. Lors d'une bataille avec ce dernier, Salah est tué près du lac de Tibériade et ce sont ses fils, Thimal et Nasr, qui lui succèdent.
Premières années et carrière L'année de naissance de Salah est inconnue. Ses parents appartiennent aux familles nobles de la tribu bédouine des Banu Kilab. Son père se dénomme Mirdas ibn Idris et vient d'une lignée princière de cette tribu, ce qui est la seule chose connue à son propos. La mère de Salah, Rabab al-Zawqaliyah, vient du clan princier de Zawqal, originaire des environs d'Alep. Salah a au moins trois frères et au moins quatre fils. La famille de Salah contrôle la ville de Qinnasrin, au sud-ouest d'Alep. À l'image de la plupart des Musulmans d'Alep aux et , les Banu Kilab sont des chiites. Bien que le degré d'adhésion à cette doctrine ne soit pas connu avec certitude, le kunya de Salah, Abu Ali (frère d'Ali) fait référence à Ali ibn Abi Talib, une figure centrale dans le chiisme.
Les Kilab sont des membres de la tribu des Banu 'Amir qui ont migré de l'Arabie centrale à la Syrie lors des conquêtes musulmanes du . Rapidement, au sein des Qaysites, ils s'illustrent par leurs pillages et établissent leur domaine dans la Jazira (la Mésopotamie supérieure) et dans les steppes autour d'Alep. Grâce à leur puissance militaire et leur ambition à gouverner et à contrôler les territoires qu'ils habitent, les Kilab constituent une puissance notable dans le nord de la Syrie au cours des siècles qui suivent. En 932-933, de nombreux membres des Kilab se rendent dans les environs d'Alep comme soldats au sein d'une armée d'invasion des Qarmates. Selon l'historien Suhayl Zakkar, les nouveaux arrivants ont établi les bases de la puissance de la dynastie des Mirdassides. À partir de là, les Kilab se sont établis comme la force tribale dominante au nord de la Syrie, jouant un rôle important dans les soulèvements et les luttes intestines impliquant les émirs hamdanides d'Alep, entre 945 et 1002.
Émir d'Al-Rahba Salah apparaît dans les sources en 1008, en lien avec la lutte de pouvoir autour de la possession de la ville forteresse d'Al-Rahba sur l'Euphrate. Cette cité est stratégiquement située au carrefour entre la Syrie et l'Irak et est fréquemment l'objet de rivalités entre des pouvoirs locaux et régionaux. En 1008, Ibn Mihkan, un natif d'Al-Rahba, expulse le gouverneur fatimide et recherche le soutien militaire de Salah pour affirmer son pouvoir. Salah est alors toujours dans le désert et rien n'est connu de ce qu'il reçoit en échange de la protection accordée à Ibn Mikhan. Toutefois, une querelle naît rapidement entre les deux hommes, conduisant Salah à assiéger Al-Rahba. Les hostilités prennent fin avec un accord prévoyant le mariage de Salah avec la fille d'Ibn Mikhan et le départ de celui-ci pour Anah qu'il dirige désormais en plus d'Al-Rahba. Néanmoins, Ibn Mikhan est assassiné lors de ces événements et les chroniqueurs contemporains soupçonnent Salah d'en être responsable. Quoi qu'il en soit, Salah peut s'emparer d'Al-Rahba et proclame son allégeance à Al-Hakim bi-Amr Allah, le calife des Fatimides. Cela marque la première étape dans la carrière de Salah et le moment à partir duquel ses ambitions évoluent selon Zakkar. En effet, la prise d'Al-Rahba a probablement renforcé son prestige parmi la tribu des Banu Kilab.
L'émir suprême des Banu Kilab Entre 1009 et 1012, les Kilab participent à la lutte de pouvoir entre Mansour ibn Lou'lou', le dirigeant d'Alep et les Hamdanides, soutenus par des forces locales situées autour de la ville. L'enjeu est alors la possession d'Alep. À deux reprises, les Kilab trahissent les Hamdanides et leurs alliés et demandent à Mansour d'obtenir des pâturages pour leurs troupeaux et leurs chevaux de guerre. Toutefois, Mansour voit les Kilab comme un obstacle à son pouvoir. Par conséquent, il a pour projet de les tromper en leur tendant un piège. Le , il les invite à une fête et, une fois qu'ils sont entrés dans son palais, les portes sont fermés et Mansour et ses ghulam les attaquent. Plusieurs d'entre eux sont tués et les autres, incluant Salah, sont emprisonnés dans la citadelle d'Alep. Par la suite, l'émir des Kilab, Ibn Za'ida, assiège la ville de Kafartab pour faire pression sur Mansour. Ce dernier réagit en déplaçant les prisonniers dans des lieux où les conditions de vie sont meilleurs, en prévision de futures négociations. Toutefois, dès qu'il apprend la mort de Muqallid lors du siège, qui est ensuite levé, Mansour renvoie les prisonniers dans les donjons de la citadelle. Nombre des captifs, comprenant des chefs tribaux, sont exécutés ou meurent à la suite de torture et de mauvais traitements.
Salah est torturé par Mansour et contraint de divorcer de sa femme, reconnue pour sa beauté, de manière que Mansour puisse l'épouser. Zakkar écrit que les motivations exactes de Mansour sont incertaines. Il a pu vouloir humilier Salah mais aussi rechercher à établir des liens familiaux avec les Banu Kilab. Mansour menace fréquemment d'exécuter Salah qui parvient finalement à s'échapper. Selon les versions des chroniqueurs médiévaux, Salah parvient à briser une de ses entraves et creuse un trou dans le mur de sa cellule. Le , il saute du mur de la citadelle avec une jambe toujours entravée par une manille. Il se cache dans un conduit d'approvisionnement pour le reste de la nuit avant de rejoindre les hommes de sa tribu à leur campement de Dabiq. Zakkar s'interroge sur la véracité de ces récits et affirme qu'il est plus probable que Salah s'est échappé en corrompant ou en s'assurant du soutien d'un garde.
L'évasion de Salah remonte le moral des Banu Kilab qui se rassemblent pour lui faire allégeance. Dans les jours qui suivent, ils assiègent Alep mais les forces de Mansour sont en mesure de piller leur camp et de capturer cinquante des leurs. Enhardi par sa victoire, Mansour regroupe son armée de ghulman à Alep et décide d'affronter les forces de Salah en dehors des murs d'Alep. Les Banu Kilab mettent en déroute leurs adversaires, tuant d'entre eux et capturant Mansour. Des négociations s'ouvrent entre Salah et les partisans de Mansour, débouchant sur un accord. Mansour est libéré en échange de la libération des frères de Salah, d'une rançon de d'or et le versement de la moitié des revenus de l'émirat d'Alep aux Banu Kilab. Salah peut aussi se remarier à son ancienne femme Taroud et épouse en plus la fille de Mansour. Enfin, Mansour reconnaît Salah comme l'émir suprême des Banu Kilab, lui conférant l'autorité et le contrôle sur les membres de sa tribu.
Création de l'émirat mirdasside
Conquêtes en Mésopotamie et lutte pour Alep
Grâce au pouvoir qu'il a acquis, Salah s'empare des villes de Manbij et de Balis sur l'Euphrate, situées à l'est et au sud-est d'Alep. Grâce à ces conquêtes et à son contrôle d'Al-Rahba, Salah s'assure de la maîtrise de la région de la Mésopotamie supérieure dans ce qui s'apprête à devenir l'émirat mirdasside. Cette région est d'une importance stratégique et riche sur les plans agricoles et commerciaux. Salah est désormais au contact des Byzantins, des Fatimides et des dirigeants de l'Irak.
Dans le même temps, l'accord entre Salah et Mansour est rompu quand ce dernier refuse de respecter la plupart de ses promesses, dont le fait de donner sa fille en mariage et d'accorder la moitié des revenus de l'émirat d'Alep aux Banu Kilab. Salah assiège Alep en représailles tandis que les Banu Kilab et leurs alliés bédouins pillent l'arrière-pays. Mansour fait appel aux Byzantins et il prévient Basile II que si la révolte des Bédouins n'est pas matée, elle risque de s'étendre jusqu'aux terres byzantines. Basile envoie Arméniens en renforts mais les retire quand Salah l'informe des mauvais agissements de Mansour et l'assure de sa bonne foi. Basile pourrait avoir accepté de prendre le parti de Salah pour prévenir des raids bédouins dans l'Empire car les territoires des Banu Kilab et des Numayrides, qui leur sont apparentés, sont frontaliers des Byzantins. Le retrait des forces byzantines fragilise encore plus la position de Mansour et renforce celle de Salah, qui envoie un de ses fils à Constantinople pour prêter allégeance à l'empereur.
En , Mansour fuit Alep après que le commandant la citadelle, Fath al-Qal'i, s'est révolté et a reconnu la suzeraineté de l'émirat de Salah et du calife Al-Hakim sur Alep. Selon chroniqueurs aleppins, la révolte est coordonnée par Salah qui récupère sa part prévue des revenus d'Alep. En outre, il obtient la garde sur la mère, les épouses et les filles de Mansour. Rapidement, il envoie les femmes rejoindre Mansour mais garde l'une des dernières filles pour se marier avec elle. Le départ forcé de Mansour et le désordre qui règne au nord de la Syrie poussent Basile à couper toutes les communications et le commerce avec la Syrie et l'Égypte mais Salah le persuade d'exempter Alep et la tribu des Banu Kilab de ces sanctions.
Pour consolider son emprise sur Alep, Fath fait appel aux troupes fatimides d'Apamée, dirivée par Ali al-Dayf. Al-Hakim réclame de Salah une coopération avec Al-Dayf et lui confère le titre d’asad al-Dawla (le lion de l'émirat). Toutefois, Salah s'oppose à la présence fatimide à Alep et propose un accord à Fath. Celui-ci doit recevoir le contrôle de la citadelle et les Banu Kilab celui de la ville. Fath répond favorablement mais ce sont les habitants d'Alep qui protestent, demandant le retour des Fatimides. En effet, ils bénéficient des exemptions fiscales d'Al-Hakim et s'opposent à la présence des Bédouins. Fath doit partir à Tyr sur ordre d'Al-Hakim qui envoie des troupes supplémentaires à Alep, de manière à empêcher Salah de s'en emparer. Néanmoins, la fuite de Mansour et l'instabilité du contrôle fatimide permet à Salah de renforcer son émirat en Mésopotamie supérieure. Il y établit sa propre administration et une justice tribale. Dès 1019, sa cour est visitée par le poète arabe Ibn Abi Hasina, qui devient un important eulogiste de la dynastie mirdasside.