Le terme (ou ultra-libéralisme), principalement employé en France, désigne une doctrine prônant un libéralisme jugé excessif.
Ce terme, pouvant logiquement désigner le libertarianisme et en particulier l'anarcho-capitalisme, suscite la polémique, car il est souvent utilisé comme slogan politique pour désigner de manière péjorative le libéralisme, même modéré (social-libéralisme), lorsqu'il prône une déréglementation de certains marchés et la réduction de certains services publics au profit du secteur privé. C'est donc un terme souvent qualifié d', afin de conspuer toute politique libérale qui aurait des effets appréciés négativement, comme un accroissement des inégalités, une déstabilisation du tissu social, ou des atteintes à l'environnement (utilisation excessive de ressources naturelles, pollution).
Il n'existe aucun groupe ni école de pensée se désignant par ce qualificatif. En contrepoint, il n'y a pas non plus de consensus entre les utilisateurs du terme sur une définition qui permettrait de distinguer, parmi ce qu'ils appellent , le libertarianisme du libéralisme classique, voire du social-libéralisme. Le terme d'ultralibéralisme est donc rejeté par certains analystes et par les libéraux qui y voient un terme polémique, même si le mot renvoie dorénavant, pour une majorité de l'opinion, aux politiques inspirées, dans les années 1980, par Margaret Thatcher et Ronald Reagan — et que l'on associe également souvent à la révolution conservatrice.
Origines du terme Sens initial Le terme est apparu initialement durant la Révolution française. Il désigne les révolutionnaires français, désireux de promouvoir la liberté politique et sociale. Les robespierristes Simón Bolívar et Francisco de Miranda se réclament du libéralisme, car ils cherchent à libérer les peuples d'Amérique latine du joug de l'Espagne. Le terme est donc utilisé lors de la Restauration en France pour caractériser les partisans « extrémistes » d'une république libérale, opposés à la monarchie, à l'absolutisme et au Parti de l'ordre. On retrouve par exemple le terme sous la plume de Stendhal en 1832 dans ses Souvenirs d'égotisme - cf.Trésor de la Langue Française. ou sous celle de Prosper Mérimée en 1870 (MÉRIMÉE, Lettres Panizzi, t. 2, 1870, - cf.Trésor de la Langue Française..
Le philosophe antilibéral Max Stirner, dans L'Unique et sa propriété, dit que le libéral radical veut réaliser le citoyen (tout ce qui est humain) ; par l'éducation, la morale, la raison, le mérite, le travail et la piété envers l'État de droit et l'humanité. Stirner distingue trois sortes de libéralisme : le libéralisme politique (classique, bourgeois), le libéralisme social (socialistes) et le libéralisme humanitaire (l'essence de l'homme). L'ultralibéral est donc l'humanitaireMax Stirner distingue les libéraux radicaux des libéraux modérés. Néanmoins, il n'épargne pas non plus ces derniers.. Selon Stirner, le libéralisme critique le dogmatisme, mais embrasse le culte de la raison. Le libéral défend donc toujours une idée impersonnelle : il est asservi à . C'est un . Le libéralisme n'a pas vocation à déréguler le marché ; au contraire, l'État libéral contrôle tout, même dans une économie de marché. , .
Développement du sens contemporain Le terme est à nouveau utilisé à partir des années 1960-1970 dans la langue française ; il est Dictionnaire culturel de la langue française, article ultralibéral pour caractériser un système économique jugé néfaste qui prônerait Article « ultralibéralisme » dans Le Petit Robert.
Utilisation contemporaine du terme Le terme « ultra-libéralisme » serait synonyme, pour certains de ses contempteurs (en France), de et de libre-échange. Cela revient à réduire le libéralisme à une simple doctrine économique. Les minarchistes (Robert Nozick) et les objectivistes (Ayn Rand) sont qualifiés d'ultralibéraux, puisqu'ils poussent la logique du libéralisme à son paroxysme. Ils s'inscrivent dans la continuité du droit anglais, de la pensée libérale de Thomas Jefferson et de Frédéric Bastiat. L'ultralibéralisme pourrait se définir ainsi : moins de gouvernement que possible dans l'économie, un État régalien fort, plus de libertés individuelles et une séparation des pouvoirs plus importante. Toutefois, les libéraux classiques (jusnaturalisme, utilitarisme) ne sont pas les seuls représentants du libéralisme (ordolibéralisme, keynésianisme, social-libéralisme, jacobinisme, socialisme, romantisme, idéalisme…) et cette assertion peut être remise en question.
Dans la littérature Certains auteurs utilisent le terme pour caractériser des penseurs ou économistes, en donnant au terme une acception proche de celle de libertarianismeJules Gazon, Ni chômage, ni assistance. Du choix éthique à la faisabilité économique, L'Harmattan, 2007, .. Le terme étant cependant un néologisme, l'utilisation du terme dans le sens courant s'en trouve ainsi partiellement expliqué. Par exemple, dans Politiques de l'extrême centre, le philosophe antilibéral Alain Deneault indique le fait qu'en Amérique du Nord, le spectre gauche-droite est subordonné à un . Sur son axe gauche-droite, on passe désormais de libertaire à à l'américaine, puis au libéralisme à la française, enfin à ultralibéralisme et au courant libertarien. Selon Denault, le nous positionne de manière négative quant à la question des contraintes sociales. On manquerait alors le coche, parce qu'on relèguerait hors champ ce qui paramètre et conditionne la liberté.
Selon la professeur de philosophie Marie Cuillerai, l'ultra-libéralisme économique se fonde sur Marie Cuillerai, La Communauté monétaire. Prolégomènes à une philosophie de l'argent, L'Harmattan, 2001, .. Pour Daniel Cardot d'Alternatives économiques, l'ultra-libéralisme place la liberté individuelle au-dessus de tout, tout ce qui concourt à la limiter réduisant le bien-être généralDaniel Cardot, « L'ultralibéralisme existe-t-il ? », Alternatives économiques, hors-série, , janvier 2002..
Le philosophe Francisco Vergara, dans son ouvrage Les Fondements philosophiques du libéralismeÉditions La Découverte, 2002. Publié à l'origine sous le titre : Introduction aux fondements philosophiques du libéralisme, 1992., distingue les prélibéraux, les libéraux classiques et les ultra-libéraux. Il classe parmi les plus célèbres représentants de l'ultra-libéralisme Frédéric Bastiat et Herbert Spencer pour le , Friedrich Hayek, Milton Friedman, Ludwig von Mises, Jacques Rueff et Fritz Machlup pour le , qui : .
Dans le chapitre « L'ultra-libéralisme » de son livre, Vergara identifie (avec des citations et des exemples) la différence de principe entre les ultra-libéraux (comme Friedman et Hayek) et les libéraux classiques (comme Adam Smith et Turgot). Pour Smith, par exemple, le critère pour juger les lois et les mœurs est qu'elles tendent à produire : (La Théorie des sentiments moraux, 1759). Pour Friedman, le critère est (si elles augmentent ou diminuent la liberté) : (Capitalism and Freedom).
D'une manière générale, Francisco Vergara considère que le trait majeur qui caractérise les classiques, qu'ils appartiennent au courant utilitariste ou au courant des droits de l'homme, c'est la cohérence théorique ou unité de principe, c'est-à-dire l'utilisation d'un seul et même critère éthique ultime (bonheur pour les utilitaristes, droit naturel pour le courant des droits de l'homme) lors de l'examen de questions totalement différentes. En revanche, les ultralibéraux opèrent avec plusieurs critères éthiques supérieurs, changeant de critère lorsqu'ils passent d'un problème à un autre, et se caractérisent par un éclectisme dans l'utilisation des principes et un manque de cohérence dans la méthodeFrancisco Vergara, Les fondements philosophiques du libéralisme, Éditions La Découverte, 2002, p. 167-171.
D'après le sociologue Daniel Mercure, l' trouve ses origines au sein de l'école économique autrichienne, notamment chez Ludwig von Mises et Friedrich Hayek. Il considère qu'au milieu des années 1970, Daniel Mercure (dir.), Une Société-monde ? Les dynamiques sociales de la mondialisation, De Boeck Université, 2001, .. Selon l'auteur, ce discours a inspiré les politiques économiques menées dans les années 1970-1980 en Grande-Bretagne et aux États-Unis , avant de conduire à la déréglementation des marchés financiers et à la ratification de plusieurs traités de libre-échange. Le journaliste au Monde diplomatique et écrivain Serge Halimi adopte le même point de vue : Serge Halimi, « Les recettes idéologiques du président Sarkozy », Le Monde diplomatique, juin 2007, p. 1, 8-9..
Dans le langage courant
Le terme est d'un usage courant dans le langage politique, dans tous les partis, pour critiquer les orientations d'une politique : en , Ségolène Royal a ainsi accusé Nicolas Sarkozy de mener une politique Ouest-France, 20 septembre 2007. Nicolas Sarkozy a déclaré en conseil des ministres qu'il entendait mener sa politique industrielle , d'après le porte-parole du gouvernement Laurent WauquiezDépêche Reuters du 7 septembre 2007 : « Sarkozy dit ne pas être "impressionné" par les "ultra-libéraux" ».. Marie-George Buffet considère que le Medef propose un « programme économique et social ultra-libéralDéclaration de Marie-George Buffet, 6 mai 2007</ref> » tandis que, pour le Parti socialiste, le programme de François Bayrou est « centré sur l'ultra-libéralismeLe programme de Bayrou… centré sur l’ultralibéralisme, Hebdo des socialistes ». À l'automne 2005, Alain Soral rejoint le Front national qu'il définit alors comme étant « le seul parti qui lutte efficacement contre la déferlante capitaliste et ultralibérale« Alain Soral vient parler pour la première fois en Belgique », 22 novembre 2007. ». En 2004, Le Monde observe que le socialiste Pascal Lamy, , est pourtant jugé à ParisUltralibéral à Paris, « régulateur » à Bruxelles, Le Monde, 9 février 2004.
Il n'y a donc pas d'unanimité dans le discours politique pour situer l'ultra-libéralisme. Lors du référendum européen de 2005, la lutte contre l'ultralibéralisme a été revendiquée par les partisans du oui et du non : selon François Bayrou, l'ultra-libéralisme du traité établissant une constitution pour l'Europe a été l'une des causes de la victoire du non au référendum français de 2005« Bayrou veut un nouveau référendum européen en 2009 », Le Figaro, 13 février 2007.. À l'inverse, Ernest-Antoine Seillière, ancien président du MEDEF, estime que le texte de la constitution se distinguait de l'ultra-libéralisme, qui « Le MEDEF dit “oui” au traité », Témoignages, 20 avril 2005.. Pour Jean-Marie Le Pen, Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal ou François Bayrou se sont faits les partisans de l'ultra-libéralisme en appelant à voter oui au référendum<ref>Convention présidentielle à Lille : le discours de clôture, 25 février 2007.
L'emploi du terme est également courant au sein du mouvement altermondialiste. L'association Minga, partisane du commerce équitable, plaide pour une Michèle Dessenne, compte rendu de Les Coulisses du commerce équitable. Mensonges et vérités sur un petit business qui monte de Christian Jacquiau, Le Monde diplomatique, mai 2007, .. L'organisation ATTAC qualifie la directive Bolkestein de « Directive "Bolkestein". Faire barrage à un projet ultra-libéral ! », 18 novembre 2005.. José Bové affirme en 1999 : José Bové, « Pour une agriculture paysanne », Le Monde diplomatique, octobre 1999, ..
À la suite de l'élection présidentielle française de 2017, une partie des médias critiquent l'attribution du terme au programme d'Emmanuel Macron. Parallèlement, celui-ci dénonce une politique européenne .
À la suite de l'élection de Javier Milei à l'élection présidentielle argentine de 2023, plusieurs journaux français le présentent comme un homme politique .
Critiques et pseudo-réfutations du terme