Le château du Raincy est un château, aujourd'hui disparu, qui a été construit entre 1643 et 1650 pour Jacques Bordier, intendant des finances, à l'emplacement d'un ancien prieuré de l'abbaye bénédictine de Tiron sur la route de Paris à Meaux, sur la commune actuelle du Raincy (Seine-Saint-Denis). Il a été détruit en 1819.
Histoire Avant le château classique
Situé au moyen-âge dans la forêt de Bondy, Rincis, fut un lieu dit, où était situé un bien d'église, mouvant de l'abbaye de Tiron et où fut aménagé un établissement religieux.
Au début du XVIe siècle, Pierre Julien, avocat au Parlement, possède au Raincy un fief avec manoir, relevant de l'abbaye de Chelles. Mort en 1529, il a pour successeur son fils, Nicolas Julien, également avocat au Parlement, auquel succède sa fille, Madeleine Julien, dame du Raincy, mariée avec Alexandre Regnart, avocat au Parlement. Ces derniers agrandissent le domaine du Raincy, qui passe après eux, vers 1580, à Marthe Regnart, épouse de Philippe Jabin, conseiller au Parlement, puis à leur fils, Philippe II Jabin, seigneur du Raincy, mort en 1625. Après lui, le domaine, voué à l'agriculture, est vendu à Jean Hérouard, puis revendu après la mort de ce dernier, survenue en 1638.
Le château de Jacques Bordier
En 1639, « la terre des Rincis » est achetée par Jacques Bordier, conseiller d'État et intendant des finances du roi Louis XIII, qui métamorphose les lieux en faisant construire en 1640, à l'emplacement d'un prieuré tombé en ruine, un château d'une magnificence royale. Louis Le Vau fut chargé de la construction du bâtiment et, selon la tradition, André Le Nôtre des jardins et Charles Le Brun de la décoration intérieure à laquelle travaillèrent également François Perrier, Van Obstal, Charles-Alphonse Dufresnoy, Philippe de Buyster, Louis Testelin et Giovanni-Francesco Romanelli.
Entouré de fossés secs et flanqué de cinq pavillons, le château du Raincy était une demeure d'une magnificence royale. Les écuries monumentales pouvaient accueillir 200 chevaux. Le parc de 240 hectares était l'un des plus vastes de la région parisienne. Les travaux coûtèrent la somme fabuleuse de et engloutirent la fortune de Jacques Bordier. Le roi Louis XIV, accompagné de sa mère Anne d'Autriche, vint spécialement inaugurer le château, dont la notoriété était parvenue jusqu'à la cour.
Vers 1652, Bordier reçut la permission d'enclore le parc, que, jusque-là, rien ne permettait de distinguer de la vaste forêt de Bondy.
Les intérieurs
Quand on rentrait dans le château, le visiteur était ébloui par un grand vestibule assez unique en France, sans doute l'un des plus spectaculaires pour l'époque. On y trouvait pas moins de 32 colonnes (qui servaient à soutenir le sol du grand salon ovale situé juste au-dessus). La théâtralité depuis l'entrée était tout simplement spectaculaire, et assez unique. On constate la volonté de Bordier d'éblouir ses invités par une vision unique. De là on accédait au grand escalier, ou l'on pouvait évidemment rejoindre le grand parterre en face du château.
Au premier étage, la pièce la plus spectaculaire du Raincy, était sans conteste le grand salon ovale, qui précède d'environ 10 ans le salon ovale du château de Vaux-le-Vicomte. Le salon du Raincy était peint en trompe-l'oeil, avec de grands pilastres dorés. Donc il faut bien se rendre compte que la pièce, qui était à l'étage, était toute peinte en or et bas-reliefs feints également au-dessus des portes. On accédait à l'attique à deux tribunes pour les musiciens, auxquelles on accédait par deux petits escaliers situés au nord de la pièce, dans la maçonnerie. En effet, ce grand salon était le lieu des bals, des grands festins, des représentations théâtrales (c'est dans cette pièce que le Grand Dauphin sera surpris par l'apparition d'un théâtre caché par un rideau).
Le reste des appartements était d'une richesse inouie, avec de nombreux décors peints sur les boiseriers ainsi que les meilleurs peintres du temps pour les plafonds peints, dont François Perrier, ou Charles-Alphonse Dufresnoy.
1663 : La princesse palatine, Anne de Gonzague de Clèves
À la mort de Jacques Bordier, en 1660, le domaine passe à son fils, Hilaire Bordier, qui le vend le à la princesse palatine, Anne de Gonzague de Clèves, épouse d'Édouard de Bavière (Pfalz-Simmern), prince Palatin du Rhin.
A son invitation, Molière donne au Raincy en 1664 la première représentation de Tartuffe.
La Palatine est proche du Grand-Condé, père de l'un de ses gendres, Henri-Jules de Bourbon-Condé, qui, l'un et l'autre, séjournent fréquemment au Raincy.
À la mort de la Palatine, en 1684, le domaine passe à ses trois filles, entre lesquelles il reste en indivision, jusqu'à ce qu'elles le vendent en 1694 à Louis Sanguin, marquis de Livry, premier maître d'hôtel du Roi, capitaine des chasses de Livry et de Bondy.
Restitution du domaine en 1663
Le marquis de Livry En 1697, le marquis de Livry obtient le rattachement du domaine du Raincy à son marquisat de Livry, puis en 1700 le détachement du domaine du Raincy de la paroisse de Bondy et son rattachement à celle de Livry. Proche de la cour, le marquis de Livry reçoit au Raincy de nombreux membres de la famille royale. En quittant Paris après sa visite en 1717, le tsar Pierre le Grand fait étape au Raincy. Il monte sur une échelle dans le grand salon ovale du premier étage, pour s'assurer par lui-même que les pilastres dorés sont peints en trompe-l'oeil, et non pas réels.
A sa mort, en 1723, Louis Sanguin de Livry a pour successeur, son fils Louis II Sanguin de Livry, chef d'escadre des armées navales, chevalier de l'ordre du Roi, qui héberge au Raincy le poète Alexis Piron. Louis Sanguin de Livry meurt en 1741, laissant le Raincy à son fils, Paul Sanguin de Livry, aussi premier maître d'hôtel du Roi, mort en 1758.
Après ce décès, son héritier, son frère, François Hippolyte Sanguin, marquis de Livry, vend le Raincy en 1769 à Louis-Philippe d'Orléans, duc d'Orléans (1725-1785).
Les ducs d'Orléans Louis Philippe d'Orléans
En 1769, Louis-Philippe d'Orléans, achète le domaine du Raincy, moyennant un million de livres, en se défaisant de son château de Bagnolet.
Sur ce million, seules 763 000 livres sont acquittées.
Venant d'offrir, en 1767, la seigneurie voisine de Villemomble à Mademoiselle Le Marquis, dite Madame de Villemomble, avec laquelle il entretenait des liens cordiaux, et souhaitant continuer à pouvoir la rencontrer amicalement, il fit pratiquer le percement d'une porte dans le mur d'enceinte donnant sur Villemomble. Il confia la modification des intérieurs à l'architecte Henri Piètre, alors architecte ordinaire du prince.
Il fait aménager une salle à manger et reprendre la distribution intérieure du château. En , la partie centrale du château est ravagée par un incendie, mais rapidement restaurée, elle est occupée ensuite par le duc et son épouse morganatique, Madame de Montesson.
Il fit redessiner le parc « à l'anglaise » par un certain Pottier, Chevalier de l'Ordre royal et militaire de Saint-Louis. Ce dernier, retiré du service militaire, s’était fait une réputation de dessinateur de jardins anglais ; ce fut l'un des premiers parcs à l'anglaise en France.
Vers 1773, c'est ce même Pottier qui le réaménage et l'agrémente de cascades artificielles et y fait bâtir des dépendances telles qu'une vacherie et, spécialement sur demande du duc d'Orléans qui était très féru de chasse, un chenil. Un accord fut signé entre le président Hocquart, alors seigneur de Gagny et de Montfermeil, et Louis-Philippe d'Orléans pour la réalisation d'un aqueduc afin d'alimenter les fontaines du château. Cet aqueduc prenait ses sources à la fontaine Martelet, le lac des Sept-Îles, et la fontaine Saint-Fiacre. Une pompe à feu fut construite par un mécanicien anglais nommé Spiring spécialement pour grossir le flux d'eau ; elle pompait dans une nappe située à en contrebas, cette dernière serpentait dans le parc sous forme de rivière artificielle et débouchait dans un lac où se trouvait un pavillon bâti sur un rocher en son milieu.
Le mur d'enceinte était alors percé de 5 portes d'accès : les portes de Gagny, de Villemomble, de Bondy, de Chelles, et la principale, la porte de Livry au flanc de laquelle se situait un lac, une laiterie, une orangerie située dans le parc de l'actuel lycée Albert Schweitzer. La porte de Chelles, située au lieu-dit le petit Raincy, abritait un appartement pouvant accueillir un hôte.
L'Ermitage nommé ainsi car d'après Charles Beauquier les jours de réception au château un domestique déguisé en ermite disait la bonne aventure aux invités.
Vers 1780, Carmontelle exécute plusieurs superbes vues du parc et du château du Raincy, conservées au Musée Marmottan.
À la même époque des boutons de chasse peints, sans doute, par Carmontelle, représentent le château, les pavillons d'entrée, le chenil, la ferme anglaise.
Philippe Égalité En 1785, le fils de Louis-Philippe d'Orléans, Louis-Philippe Joseph d'Orléans, le futur Philippe Égalité, hérite du domaine après la mort de son père.
En 1786, il ordonne d'embellir les jardins, le parc et le château. Pour cela il fait appel au jardinier écossais Thomas Blaikie. Réputé notamment pour la conception du jardin de Bagatelle, dont le style était très en vogue à l'époque, Blaikie transforma le parc en jardin paysager, une mode arrivant de Grande-Bretagne, et s’appliqua à répartir bosquets et plantations tout en respectant les irrégularités du terrain, comme le veut la conception de ces parcs nouvelle manière. Il y bâtit des installations agricoles, une ferme mais aussi une ménagerie, intégrées au parc paysager. Les fabriques du parc sont connues par de nombreuses gravures et par les tableaux de Carmontelle. La vieille Tour date de la première campagne de travaux, c'est-à-dire de 1777. Les constructions du Chenil, de la Ferme, de la vacherie et de l'orangerie, quant à elle, eurent lieu au cours des années 1786-1787. Parmi ces fabriques, il faut citer les maisons russes, construites sur la gauche de l'entrée principale du château, avec des rondins en bois, comme des isbas, qui furent particulièrement célèbres.
Alexander Howatson succéda à Blaikie : ce dernier le trouvait médiocre mais considérait malgré tout qu'il s'occupait avec brio des pelouses du château du Raincy dont il avait la charge.
Louis-Philippe Joseph d'Orléans engagea du personnel d’outre-Manche pour gérer l’ensemble des plantations et activités du parc. Formant une sorte de colonie, le personnel et leurs familles furent logés dans des maisons individuelles et autorisés à cultiver quelques arpents de terre pour leur propre compte. Progressivement, ce que l’on appellera le « hameau anglais » se constitua et la maison dite du régisseur (18 bis boulevard du Nord) en rappelle le souvenir.
À la fin de 1787, les relations entre Louis Philippe Joseph d'Orléans et la cour de Versailles se tendent, il est placé en "résidence surveillée" au Raincy.
En , Louis XVI l'envoie en Angleterre, d'où il revient au début du mois de . A son retour, il continue à faire planter le parc du Raincy et à y chasser.
Au début de 1792, le château du Raincy et son domaine sont rattachés à la commune de Livry.
Criblé de dettes, Louis Philippe Joseph d'Orléans doit passer en un concordat avec ses créanciers, mais conserve l'usage de ses biens.
Le , il est arrêté, alors qu'il dinait au Raincy avec Marat et Sillery-Genlis. Incarcéré, il est guillotiné le .
Le domaine du Raincy se trouve alors à l'abandon. Les animaux du zoo du parc sont transférés au Museum, le château est vidé de son mobilier et les scellés y sont apposés. En , le comité de salut public ordonne la réquisition des métaux, ce qui entraine le démontage de la toiture du château et le début de sa ruine.
Le gouvernement souhaite conserver le domaine, qui est converti en un établissement rural d'élevage, finalement fermé en .
Après la Révolution : divers occupants M. Sanguin de Livry