Les Jeux olympiques d'hiver de 1968, officiellement connus comme les Jeux olympiques d'hiver, se déroulent du 6 au . La ville candidate, Grenoble, obtient les Jeux dès sa première tentative. Elle est la deuxième ville française à accueillir les Jeux olympiques d'hiver après Chamonix en 1924. L’ensemble des sites de compétition se situent dans le département de l'Isère, à Grenoble pour les épreuves de patinage artistique, de hockey sur glace et de patinage de vitesse, ainsi que dans les stations de sports d'hiver qui entourent la ville pour les autres épreuves.
Les Jeux rassemblent de , ce qui constitue un record à l'époque pour les Jeux d'hiver. Ils se mesurent dans dix disciplines qui regroupent un total de officielles, soit une de plus qu'en 1964. Pour la première fois, l'Allemagne de l'Est et l'Allemagne de l'Ouest sont présentes séparément, tandis que le Maroc effectue sa première participation.
La Norvège finit en tête du classement des nations en remportant quatorze médailles dont six en or. L'équipe de France obtient son meilleur total jusqu'alors dans l'histoire des Jeux d'hiver avec neuf médailles, un résultat couronné par la performance individuelle de Jean-Claude Killy, qui remporte trois médailles d'or dans les trois disciplines de ski alpin.
Ces Jeux innovent dans plusieurs domaines comme l'utilisation de tests antidopage, de tests de féminité, d'une identité visuelle globale, du chronométrage électronique ou de la retransmission télévisée en couleur via satellite. Si les dépenses liées à l'événement affectent durablement les finances de la ville de Grenoble, les Jeux la font rentrer dans la modernité et lui confèrent l'image d'une ville dynamique. La ville se dote d'équipements généraux et de nouvelles infrastructures sportives ou routières dont la réalisation est accélérée par le biais de cette organisation. Si certaines installations sont abandonnées après les Jeux, comme la piste de bobsleigh de l'Alpe d'Huez ou le tremplin de saut de Saint-Nizier-du-Moucherotte, d'autres sont conservées au bénéfice de la population grenobloise, comme les logements du village olympique ou le stade de glace, converti en Palais des sports et utilisé aussi bien dans le cadre de manifestations sportives que culturelles. L'État, qui finance les Jeux à hauteur de 80 %, y voit un moyen d'accroître le prestige de la France, tout en mettant en œuvre des projets de modernisation des stations de sports d'hiver et de promotion du tourisme.
Sélection de la ville-hôte
L'idée d'une candidature de Grenoble pour accueillir les Jeux d'hiver apparaît pour la première fois dans la presse régionale le . Elle émane de Francis Raoul, préfet de l'Isère, de Raoul Arduin, président du Comité de Ski du Dauphiné, de l'architecte Laurent Chappis et de l'ingénieur des ponts et chaussées au chef-lieu de l'Isère Georges Cumin.. Elle reçoit l'approbation immédiate de la municipalité de la ville. Albert Michallon, maire de la commune, adresse le une lettre au Comité international olympique dans laquelle il déclare officiellement la candidature de Grenoble pour accueillir la dixième édition des Jeux olympiques d'hiver, en 1968. Cette candidature reçoit le soutien des stations de sports d'hiver qui entourent la ville et celui du Conseil général de l'Isère. Un comité pour la candidature de Grenoble est créé en . Il est présidé par Albert Michallon et reçoit de subvention, dont de la part de la ville de Grenoble, de la part du Conseil général et de la part de l'ensemble des stations de sports d'hiver associées à la candidature..
vignette|alt=Le quai de l'Isère avec les sommets enneigés au loin.|Grenoble entourée par les Alpes. L'État soutient fermement cette candidature : le président de la République Charles de Gaulle voit dans l'organisation des Jeux un moyen d'accroître le prestige de la France tout en mettant en œuvre des projets de modernisation des stations de sports d'hiver pour promouvoir le tourisme. Pour la municipalité grenobloise, l'enjeu est d'accélérer les projets d'urbanisme afin de rattraper le retard de la ville. Marquée par une croissance démographique et économique exceptionnelle après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Grenoble est alors plus une ville industrielle qu'une ville de montagne. Elle possède l'image d'une ville moderne et dynamique notamment grâce à la croissance rapide de son Université et à l'implantation du premier Centre d'études nucléaires en dehors de la région parisienne ., mais elle apparaît sous-équipée en matière d'infrastructures de transport et d'équipements urbains. Un rapport ministériel de 1964 précise notamment que . Le dossier de candidature affirme pourtant que la ville est très bien équipée..
Cinq autres villes sont candidates pour accueillir les Jeux d'hiver de 1968 : Calgary au Canada, Lahti en Finlande, Sapporo au Japon, Oslo en Norvège et Lake Placid aux États-Unis, ces deux dernières ayant déjà accueilli les Jeux en 1952 et 1932. La candidature grenobloise est présentée par un film innovant produit par Jack Lesage.. Le vote a lieu le lors de la du CIO, qui se déroule à Innsbruck en Autriche, juste avant l'ouverture des Jeux. Au troisième tour du vote, Grenoble l'emporte face à Calgary avec contre 24. Elle devient ainsi la deuxième ville française hôte des Jeux d'hiver, alors que les premiers de l'histoire se sont tenus à Chamonix en 1924..
Organisation Comité d'organisation vignette|redresse|alt=Portrait d'un homme en noir et blanc.|Albert Michallon, président du Comité d'organisation. Le comité d'organisation des Jeux voit le jour le sous le nom officiel de « Comité d'organisation des Jeux olympiques d'hiver » (COJO). Il est présidé par Albert Michallon, maire de Grenoble, tandis que Pierre Randet, ancien Directeur de l'Aménagement du Territoire, en est nommé directeur général. Il assume également la fonction de commissaire du gouvernement chargé de coordonner l'intervention des administrations. Il assure ainsi la cohérence des projets liés à l'organisation des Jeux tout en les soumettant à l'approbation du Comité international olympique (CIO).. En 1966, Pierre Randet démissionne. Robert Héraud, président de l'Institut national des sports, prend en charge la direction générale, tandis que la mission de commissaire du gouvernement est supprimée. La coordination de l'organisation générale des Jeux est alors confiée directement au ministre de la Jeunesse et des Sports, en l'occurrence François Missoffe, sous contrôle du premier ministre..
Le conseil d'administration du , qui assure le choix des grandes options et le contrôle de l'organisation des Jeux, se compose de , dont élus par l'assemblée générale des membres du et de droits : le président du Comité olympique français, les membres français du , des membres du Conseil général de l'Isère, du conseil municipal de Grenoble et des conseils municipaux des stations qui ont soutenu la candidature, Autrans, Huez, Lans-en-Vercors, Méaudre, Mont-de-Lans, Saint-Martin-d'Uriage, Vénosc et Villard-de-Lans. En 1966, la commune de Saint-Nizier-du-Moucherotte rejoint elle aussi le conseil d'administration après être devenue station olympique par la construction d'un tremplin de saut à ski sur son territoire..
L'armée est sollicitée par le comité d'organisation pour opérer un certain nombre de tâches liées à l'organisation des Jeux : préparation et entretien des installations sportives sur les lieux d'épreuve, transport de matériel et de personnel, équipement en liaisons filaires des lieux d'épreuve, mise en place de clôtures, travaux sur les infrastructures ou les parkings, prêt de matériel, enfin police et secourisme sur les pistes d'Autrans, Villard-de-Lans et Saint-Nizier-du-Moucherotte..
Aspects économiques vignette|alt=Diagramme en couleurs.|Répartition des dépenses. Le coût des Jeux de Grenoble s'élève à . Les investissements concernent les infrastructures de communication et de transport, les sites d'hébergement ou de compétition, les équipements culturels et ceux destinés aux médias, ainsi qu'un certain nombre d'équipements généraux dans les villes olympiques. L'État en finance la plus grande partie avec un investissement de plus de de francs, auxquels il faut ajouter l'investissement d'organismes publics ou semi-publics, comme l'ORTF ou la SNCF à hauteur de de francs. Le département de l'Isère participe pour plus de de francs, tandis que la ville de Grenoble investit de francs et les autres communes olympiques de francs..
La construction des différents sites de compétition coûte de francs, mais les dépenses les plus importantes se situent dans l'aménagement des infrastructures routières et ferroviaires ( de francs) et la construction du village olympique pour plus de de francs. Le comité d'organisation reçoit une subvention de fonctionnement de de francs de la part de l'État.
Transports D'importants travaux sont entrepris sur les routes menant aux stations de ski. Les différents aménagements réalisés pour faciliter l'accès à la station de Chamrousse coûtent de francs. Ils consistent en l'élargissement des chaussées, l'aménagement d'un carrefour et de ponts en béton armé ainsi que la création d'une bretelle de entre Uriage-les-Bains et Grenoble. La pente maximum de ce viaduc de Gières est réduite à 9 % et certains virages sont modifiés pour faciliter le passage d'engins lourds de transport. La construction de nouveaux tronçons et l'élargissement de certaines routes visent également à faciliter l'accès au massif du Vercors. La circulation se fait en sens unique, en utilisant la voie du plateau de Saint-Nizier-du-Moucherotte à l'aller et la route traversant les gorges d'Engins au retour. Une déviation permet d'éviter la traversée étroite du village de Sassenage, tout en limitant la pente moyenne de la route à 6 %. Une route empruntant des voies communales et un tronçon neuf de huit kilomètres permet l'accès à Autrans depuis la vallée du Rhône sans passer par Grenoble, pour un montant de quatre millions de francs, dont un million pour le percement d'un tunnel de de longueur, le tunnel du Mortier. Cet ouvrage d'art restera en service jusqu'en 1992, année où l'éboulement d'une falaise toute proche empêche son franchissement. La déviation de Vizille est créée, la route accédant à la station de l'Alpe d'Huez est elle aussi élargie et une déviation de permet d'atteindre la piste de bobsleigh sans traverser la station..
L'attribution des Jeux olympiques à Grenoble rend nécessaire la création d'un aéroport commercial. L'aérodrome Grenoble-Mermoz, trop exigu et gênant l'urbanisation au sud de la ville par sa trop grande proximité avec des habitations, est fermé. L'aéroport de Grenoble-Saint-Geoirs est construit au terme d'un projet porté par le maire de Grenoble, le préfet de l'Isère et le président de la Chambre de commerce et d'industrie de Grenoble. L'État ne participe pas au financement de sa construction car il considère que ce projet entre en concurrence avec celui de Lyon-Satolas dans le cadre de l'aménagement régional, à l'encontre du principe de centralisation et de concentration financière.. L'emplacement libéré par l'ancien aéroport est immédiatement utilisé pour construire le stade olympique de Grenoble, où se tient la cérémonie d'ouverture, ainsi que des parkings et une gare SNCF provisoire, la gare de Grenoble-Olympique. Les transports par avions légers s'effectuent également en utilisant des infrastructures déjà existantes, comme l'aérodrome de Grenoble-Le Versoud, l'altiport de l'Alpe d'Huez et la base d'hélicoptères de Chamrousse-Roche Béranger.
vignette|alt=Autobus ancien utilisé en 1968.|Autobus Chausson APH-2/522 utilisé en 1968 et exposé de nos jours à l'Histo Bus Dauphinois.