Gabrielle Alphen-Salvador, née le à Paris et morte le à Ballan-Miré, est une philanthrope, militante féministe, fondatrice d’une école d’infirmières à Paris qui donne naissance à l’École de puériculture de la faculté de médecine de Paris et à l’Institut de service social de Montrouge.
Biographie
Sa vie avant son engagement social thumb|Isaac Adolphe Crémieux. Gabrielle Salvador est issue de deux lignées de notables et d’érudits juifs, portugaise par son père, Daniel Lévy (dit Gabriel) Salvador, et du Comtat Venaissin par sa mère, Séphora Adamine Crémieux. Son père, polytechnicien, est l'un des premiers juifs français à faire une carrière militaire en devenant colonel du ; à la retraite, il consacre une biographie à son oncle philosophe et historien, Joseph SalvadorDaniel Lévy Salvador, Joseph Salvador, sa vie, ses œuvres et ses critiques, Paris, 1881. Sa mère est apparentée à l’avocat Isaac Adolphe Crémieux, sénateur et ministre de la Justice, qui sera l’un des témoins au mariage de Gabrielle. Le , elle épouse à Paris Emile Alphen, né à Metz, banquier et de son aîné. Sur leur acte de mariage, une mention signale un fait peu courant, l’ajout du nom de l’épouse à celui de l’époux, autorisant le couple et sa descendance à user du double patronyme Alphen-Salvador. Sa petite cousine, Henriette Nizan, épouse de l’écrivain Paul Nizan, raconte de façon humoristique, le mariage de Gabrielle avec Emile et les méfaits de l’inexistence d’une éducation sexuelle pour les jeunes fillesEntretiens d’Évelyne Diebolt avec une cousine de Gabrielle Alphen-Salvador, Henriette Nizan, 1993Henriette Nizan, Libres Mémoires, Paris, PUF, 1990. Elle met au monde leur fils unique, Mathieu Casimir Alphen-Salvador en 1880 à Paris ; son époux meurt en 1891. Veuve à , Gabrielle Alphen-Salvador ne se remariera pas. Avec sa mère et sa sœur aînée, Marguerite Brandon-Salvador, également veuves, elle séjourne régulièrement à la Commanderie, un vaste domaine acquis par ses parents à Ballan (aujourd’hui Ballan-Miré), commune dont son père fut maire de 1879 jusqu’à son décès en 1889. Dans l’enceinte de la Commanderie, ses parents avaient fondé en 1882 un établissement d’aide aux nécessiteux, L’Hospitalité, qui, après avoir connu d’autres propriétaires, fonctionnait toujours comme maison de repos au début des années 2000. À la Commanderie ou à Paris, les veuves Salvador reçoivent des visites de l’écrivain André Gide ou d’Eugène Rouart, le fils du peintre Henri Rouart. Leurs amis les évoquent dans leur correspondance comme des dreyfusardes inconditionnelles avec lesquelles Eugène Rouart, antidreyfusard tout aussi convaincu, se dispute souvent.
Ses débuts dans la vie associative thumb|Sarah Monod. En 1891, veuve à , elle s’investit dans des activités associatives très diversifiées, allant du féminisme à la formation de personnel soignant féminin. Elle participe en 1900 au Congrès des institutions féminines chrétiennes, qui regroupe quarante associations et réunit . Cela la conforte dans l’idée qu’il faut agir sur le terrain socialColette Bec, Assistance et République. La recherche d’un nouveau contrat social sous la République, Paris, L’Atelier, 1994.. Gabrielle, en 1901, est une des fondatrices du Conseil national des femmes françaises (CNFF)Eliane Gubin, Leen Van Molle . (dir.), Des femmes qui changent le monde : Histoire du Conseil international des femmes. 1888- 1988, Bruxelles, Racine, 2005. présidé par Sarah MonodPierre Poujol, protestantisme français moderne (notes pour une histoire sociale depuis 1870. Deuxième brochure : 1898-1914. Paris, La Revue du christianisme social, 1961. Parallèlement, elle est présidente d’honneur de l’Union des Françaises contre l’alcool, ainsi que de l’Office national de l’activité féminine, membre de l’Union française pour le suffrage des femmes (UFSF). Elle se rend aux cultes des pasteurs libéraux Charles Wagner (1852- 1918)"Charles Wagner et la création du Foyer de l'Âme. L’invention d’une paroisse protestante à Paris en 1907", Actes de la journée du 27 janvier 2007, publication du foyer de l’âme. et Émile Roberty (1856-1925).
L’Association d’assistance aux malades thumb|Julie Siegfried. En 1900, l’année du décès de sa mère, un groupe, où les protestants prédominent, Léonie Allégret (1860-1928), agrégée, directrice du lycée de Versailles ; Henri Marion, directrice de l’École normale supérieure de Sèvres et Mathilde SalomonCatherine Nicaut, "Mathilde Salomon, pédagogue et pionnière de l’éducation féminine", Archives juives, 2004, 37, , ., directrice du collège Sévigné ; ainsi que des membres du corps médical : le Gabriel MaurangeGabriel Maurange, Lettre ouverte adressée à tous les membres de l’Association pour le développement de l’assistance aux malades, Paris, Imprimerie Maretheux, 1903.Gabriel Maurange, Livre de raison d’un médecin parisien, Paris, Plon, 1938. ; le Albert Tollmer ; le Abel Desjardins, se constituent en association pour fonder une école de garde-malades avec des services hospitaliers, lieux d’apprentissage pour les élèves : l’Association d’assistance aux malades (Adam). Gabrielle Alphen-Salvador finance très généreusement cette école.
L’œuvre se veut laïque et républicaine. L’Adam commence par ouvrir en 1900, pour six mois, l’École professionnelle française des infirmières à domicile dans un appartement au 8, rue Garancière, dans le arrondissement de Paris, puis déménage au 10, Amyot, dans le arrondissement près du temple du 37, rue Tournefort Georges Baudoin, L’association pour le développement de l’assistance aux malades et l’école professionnelle de la rue Amyot, L’Hygiène, janvier 1910.. L’Adam, déclarée au Journal officiel en , reçoit immédiatement une subvention du ministère de l’Intérieur et se voit accorder une audience par le président de la République, le .
L’Adam se compose d’une école et regroupe diverses activités médico-sociales rue Amyot mais aussi au sein de structures hospitalières disséminées dans Paris. Dès 1901, Gabrielle aménage un hôpital gratuit de six lits pour des femmes issues de milieux modestes. De 1903 à 1906, Gabrielle décide d’adjoindre une Maison de santé pour malades payants au 4 de la rue Oudinot dans le . À sa fermeture, Madeleine Daniélou y ouvre l’École normale d’enseignement supérieur pour les jeunes filles destinées à exercer dans des établissements non publics.
De 1900 à 1921, deux présidentes se succèdent à la tête de l’Adam : Gabrielle jusqu’en 1920 et Julie Siegfried de 1920 à 1921. Trois directrices se succèdent : de 1900 à 1903, Jeanne Thénard ; de 1903 à 1910, Jeanne Schérer, fille du pasteur réformé Edmond Schérer, élu député républicain de Seine-et-Oise ; enfin Jeanne de Joannis (1913-1914 et 1919-1920).
Les conflits au sein de l’Adam thumb|Nicole Girard-Mangin. Jeanne Schérer présente un très brillant médecin, le Édouard Rist (1871-1956)E. Bernard, « Edouard Rist (10 mars 1871-13 avril 1956) », Bulletin de l’Académie nationale de médecine, 10 au 12 juin 1956, 140, 19-20, ., à l’Adam. Très vite, il en devient le secrétaire général. Il négocie avec l’Assistance Publique de Paris l’ouverture de stages : à l’hôpital Trousseau, où les élèves s’occupent d’enfants, au dispensaire anti-tuberculeux de Beaujon, dirigé par le Nicole Girard-Mangin (1878-1919). La vie de cette association est ponctuée de conflits entre Gabrielle et le corps médical, qui entend rester maître de son exercice professionnel. Gabrielle doit aussi faire face au mécontentement des parents d’élèves et des élèves, qui trouvent la charge de travail en service trop lourde au détriment de leurs études. Assignée en justice par une élève injustement renvoyée, Gabrielle doit payer des dommages et intérêts s’élevant à . L’association, malgré tous ces remous, prospère et attire vers elle les regards bienveillants de ses contemporains.
À la fin de la guerre, Gabrielle accueille avec plaisir Jeanne de Joannis, à qui elle décide de confier le poste de directrice de l’Adam sans en avertir le Nicole Girard-Mangin, qui démissionne.
La vie mondaine de l’Adam thumb|Paul Desjardins photographié par Nadar en 1889. Gabrielle est en relation avec les directrices fondatrices des nouvelles écoles d’infirmières : le Anna Hamilton, directrice de la Maison de santé protestante de Bordeaux (MSP), et Léonie Chaptal.
Elle-même ne possède pas de formation médicale, mais elle a à cœur que l’enseignement pratique dispensé aux jeunes filles de toutes confessions admises à l’école d’infirmières soit accompagné d’un enseignement moral et culturel. Dans cet objectif, elle y organise des Causeries du jeudi ouvertes au public et demande à des personnalités de renom et de toutes confessions de les animer. C’est une nouvelle forme de « salon » social qui attire une assistance nombreuse et cultivée rue Amyot. Les conférencières et conférenciers sont éminents: Marguerite AronMarguerite Aron, Malades et garde-malades, psychologie pratique et professionnelle, Paris, Fischbacher, 1910., Jeanne de Joannis, Léon Brunschvicg, Paul Desjardins (1859-1940), Frédéric Rauh (1861-1909). Ces causeries ne sont pas appréciées par certains membres de l’équipe de l’école qui démissionnent. Jeanne Schérer qui en prendra la direction et son adjointe Anne Roberty, fille de pasteur, donneront un second souffle à l’écoleLouli Sanua, Figures féminines, 1909-1939. Avec une lettre-préface d’André Siegfried et une réponse à la dédicace par Renée de Brimont. In Notes biographiques et historiques par Yvonne Decaris, Paris, Imprimerie de l’Ouest, 1949..
Gabrielle sait faire affluer les dons : Maurice Vernes, directeur de l’École des hautes études, finance un service d’assistance pour les indigents. Le Louis Dubrisay donne gratuitement des consultations pour enfants. En , lors du Congrès international des femmes qui se tient à Paris, le Nicole Girard-Mangin, rapporteur de la section d’hygiène, pointe le retard français dans la formation d’un personnel d’hygiène sociale à domicile (district nurse) et émet l’idée qu’une fédération des œuvres parisiennes serait plus efficace que l’émiettement qui existe alors. Dans l’assemblée se trouvent Marie Diémer et Renée de Montmort.
Ses engagements
Gabbrielle Alphen-Salvador continue néanmoins à financer, à présider et à élargir les fonctions de l’établissement Adam en y introduisant différents services sociaux, des consultations gratuites et des services à l’enfance… En 1908, un décret ministériel déclare l’Adam association d’utilité publique. Pour accompagner ce développement Gabrielle et sa sœur font paraître en 1911 une traduction-adaptation de l’anglais de l’ouvrage de Sarah Tolley sur la vie et l’œuvre de Florence Nightingale, la première infirmière britannique qu’elles considèrent comme un modèle pour cette professionS. Tooley, La vie de Florence Nightingale, traduction-adaptation de l’anglais par G. Alphen-Salvador et M. Brandon-Salvador, préface de M. Duclaux, Paris, Librairie Fischbacher, 1911.. Parallèlement, Gabrielle, est aussi membre de l’Union française pour le suffrage des femmes (UFSF) et présidente d’honneur de l’Union des femmes française contre l’alcool et poursuit tous ses engagements pratiquement jusqu’à son décès à l’âge de .
Ses activités pendant la guerre 14-18 thumb|Edith Cavell.