L'histoire des mines d'antimoine s'est accélérée avec l'activité économique de la révolution industrielle en Europe, qui a amené à ouvrir des mines un peu partout dans le monde et dans diverses provinces françaises. De 1890 à 1910, la France fut le premier producteur mondial d'antimoine, la plus grande partie produite venant de la région ouest du Haut-Allier dans le Massif central, avec environ extraites dans plus de 30 centres miniers.

Préhistoire Selon l'association internationale de minéralogie, l'espèce est reconnue par l'Homme depuis les temps préhistoriques, un topotype possible, mais non exclusif, peut être l'ancienne mine d'argent de Sala dans le Västmanland en Suède.

Antiquité Le mot invariable grec stibi désignait une poudre noire servant de fard à paupières ou de peinture à sourcils dans l'Antiquité gréco-romaine. Le mot stibi a évolué, devenant en grec byzantin stimmi, puis ’ithmid en arabePline l'Ancien appelle stibium différents sulfures, incluant la galène et peut-être la stibine, utilisé comme médicament ou comme fards ou colorants. Selon son interprétation grromaine, stibium signifierait "signe, marquage"..

Les Romains, promoteurs d'une civilisation céramique, qui possédaient d'excellents métallurgistes en bronze et alliages proches, connaissaient en pratique l'antimoine natif car ils l'incluaient volontairement dans les alliages de coupelles qui conservaient un vin acide à dépôt de tartre. L'ingestion du contenu avec de l'huile avait pour fonction unique de les faire vomir après un festin.

Moyen Âge Les alchimistes européens, lointains héritiers de la tradition arabo-persane, désignent par le mot re-latinisé en antimonium à la fois la stibine et le semi-métal antimoine. Il a donné antimoine en français, déjà attesté au dans l'Antidotaire Nicolas, et antimony, adapté en anglais probablement au siècle suivant.

À partir de 1423, le moine bénédictin Basile Valentin, moine allemand et religieux de l'ordre de saint Benoît, étudie les effets de l’antimoine et lui attribue la vertu de purifier le corps en le débarrassant de ses mauvaises humeurs. Par ailleurs il préconise des bains à base de sel marin et de carbonate de potassium pour lutter contre les maladies de peau« LES MÉTAUX BOUSCULENT L’ART DE GUÉRIR » Pamphlet du « La querelle de l'antimoine : Guy Patin sur la sellette « par Alfred Soman Histoire, économie et société de 1986 .

Découverte du grand gisement chinois vignette|upright=1.3|Schéma indiquant les principaux types de plis géologiques. La mine d'antimoine de Xikuangshan a été découverte en 1521. Elle était à l'origine exploitée pour ses gisements d'étain, et l'exploitation d'antimoine restera longtemps très marginale, compte tenu de besoins modestes en volume. Les ressources d'antimoine de la Chine sont principalement réparties dans les provinces de Guangxi, Hunan, du Yunnan, du Guizhou, du Jiangxi et du Gansu.

Premières découvertes en Auvergne L'histoire de l’antimoine en Auvergne commença timidement au . L’usage en était alors limité aux fards, à la poterie, à l’imprimerie et à la confection de fausse monnaie. Vers 1640 des exploitations sont signalées non loin de la vallée de la Sianne à la Fage et dans le ravin de la mine d'antimoine de Dahu à Lubilhac, en Haute-Loire« Le triangle de l'antimoine » . La polémique académique sur les usages médicaux L'utilisation par voie interne de l'antimoine — traditionnellement considérée comme nocive et très dangereuse pour l'homme — fut à l'origine de la fameuse «guerre de l'antimoine » (1566-1666). Guy Patin, dès qu'il ne s'explique pas la mort d'un patient, la met sur le compte d'un traitement par l'antimoine. À l'opposé, Charles de l'Orme en fait une panacée.

En 1566 le camp des médecins opposés à l'antimoine est assez puissant pour faire décréter que l’antimoine, en tant que poison, ne doit plus être utilisé en médecine. Et la Faculté ne badine pas : de plus en plus sévère, elle ira jusqu’à exclure le docteur-médecin Pierre Paulmier, en 1609, pour avoir contrevenu à son interdiction.

L'antimoine natif, en Suède et dans le Dauphiné L’antimoine natif, tel qu'il est extrêmement rare de le rencontrer, a été trouvé pour la première fois par Antoine Swab (1763-1809), conseiller des mines, membre de l'académie royale des sciences de Suède. Il l'a découvert par hasard, et en très petite quantité, dans la mine d'argent de Salberg, à Sabla, en Suède, vers 1748. Swab l'a fait connaître en 1748, dans les actes de Stockholm. On l'avait pris d'abord pour du bismuth, puis pour de l'arsenic testacé, ensuite pour une pyrite arsénicale, tenant antimoine. L'antimoine natif se présente sous forme de petites masses lamelleuses. On en trouve aussi ensuite dans les mines d'antimoine à Perela, dans les Marennes du Siennois, en Toscane. Johann Schreiber (1746-1827), un ingénieur des mines d'origine allemande, directeur des mines d'Allemond, en Dauphiné, en a trouvé aussi, sur la montagne des Chalanches, sous la forme d'un «régule d'antimoine natif arsenical » en grandes lames d'oxydation sous la forme d'une croûte blanche de deux à trois centimètres d'épaisseur, dans la proportion de 16 livres d'arsenic par quintal, et l'a présenté dans un mémoire lu à l'académie des sciences de Paris, le , et publié dans le Journal de physique, du mois de .

L'invention de l'obus à balles, consommateur d'antimoine En 1784, le lieutenant britannique Henry Shrapnel (1761-1842) mit au point une arme anti-personnel plus efficace que les boîtes à mitraille: un étui métallique empli de billes de fer ou de plomb. Son invention accroissait la portée de . Au fil du temps, différentes versions de cet obus à balles vont être perfectionnées, réclamant de l'antimoine pour durcir le plomb des balles à l'intérieur. L'artillerie britannique attendit 1803 pour l'adopter. Le duc de Wellington employa le shrapnel contre Napoléon, de 1808 jusqu'à Waterloo. La conception fut améliorée par le capitaine E. M. Boxer.

L'Auvergne En 1760, la comtesse de Brion fait exploiter artisanalement une mine à OucheDictionnaire statistique du Cantal, édition 1868. En 1786, les sieurs Thomas et Tixier y sollicitent une demande d’exploitation, mais sans succès. Entre 1780 et 1810, les géologues régionaux identifièrent les principaux filons.

Vers 1726 commencent les premières fouilles sur le grand filon de La Bessade qui ne se présentait alors que comme une maigre formation renfermant surtout des oxydes. Il faudra cependant attendre 160 ans et le pour que commence sa véritable mise en valeur qui durera près de cinquante années.

La Corse Les trois sites miniers corses d'antimoine sont situés le long du Cap Corse. Aux mines d'antimoine de Meria, comme à celle d'Ersa et à la mine d'antimoine de Luri, la découverte d’antimoine date d'une période très ancienne. Les indices sont déjà indiqués dans le plan Terrier dès la fin du , quand règne une ferveur pour la recherche et l’exploitation des minerais, dans toute la Corse"L'antimoine du Cap-Corse-Meria", sur Minéraux de Corse .

L'antimoine devient le métal d'une nouvelle industrie qui se développe dans les années 1820 et les années 1830 en Angleterre puis en France et en Allemagne. Les tirages des journaux sont encore modestes mais leur nombre explose et chacun d'eux a sa propre imprimerie, avec des caractères en plomb, qui doivent être durcis en l'alliant à de l'antimoine. Dans la seconde moitié du , un autre débouché commercial émerge pour l'antimoine, celui des obus à balles de plomb, car il faut durcir ces dernières pour les rendre plus meurtrières.

En Algérie, les gisements d'antimoine, exploités dès le milieu du , comportent de la sénarmontite, d'Henri Hureau de Senarmont (1808-1862), au Djebel Hammimat, de la valentinite au Djebel Senza tout proche, de la stibine au , de la nadorite à la mine du Nador N'Baïls et de la cervantite à Aïn Kerma.

Années 1800 L'État semble dès l'Empire extrêmement vigilant sur l'accessibilité à l'information minière, et sa conservation. Le décret du Annales des mines 1817, page 521 oblige tout concessionnaire de mine à établir constamment un registre de contrôle journalier des ouvriers employés, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur des travaux et un plan constatant l'avancement journalier des travaux, "dont il sera utile de conserver le souvenir". Il doit aussi tenir un registre d'extraction et de vente et fournir au préfet tous les ans, et au directeur général des mines, chaque fois qu'il en fera la demande, l'état certifié de ses ouvriers, celui des produits en nature de son exploitation, et celui des matériaux employés

Années 1810

La fièvre minière sur les hauts alpages du Cézallier Dans premier tiers et surtout la décennie qui suit, une fièvre minière s’empare de la région du Cézallier et des vallées qui le traversent ou l'enserrent, en raison de l’essor de l’industrie mécanique. La mine d’antimoine d'Anzat-le-Luguet est découverte en 1814 par Jean Bertier d'Auzat, qui quatre ans plus tôt avait fait une demande de concession pour la mine d'antimoine d'Ouche, toute proche.

Une ordonnance du donne aussi à Jean Bertier d'Auzat la concession des mines d'antimoine de la Licoulne et de la Bessade, communes d'Ally et de Mercœur, dans le département de la Haute-Loire, sur une étendue de quinze kilomètres carrés. Le filon principal, dit la Licoulne, sera repris dans les profondeurs, prévoit l'ordonnance, et pour cela la galerie d'écoulement déjà exécutée sera remise en état, dans les cinq années à partir de la date de l'acte de concession, de manière qu'elle puisse servir au roulage du minerai. L'ordonnance rappelle les décrets des et , prévoyant que le concessionnaire tiendra constamment un registre de contrôle journalier des ouvriers employés, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur des travaux et un plan constatant l'avancement journalier des travaux, "dont il sera utile de conserver le souvenir". Il doit aussi tenir un registre d'extraction et de vente et fournir au préfet tous les ans, et au directeur général des mines, chaque fois qu'il en fera la demande, l'état certifié de ses ouvriers, celui des produits en nature de son exploitation, et celui des matériaux employés.

Années 1820 Jean Bertier d'Auzat accumule les concessions La mine d'antimoine d'Ouche est accordée en 1826 à Jean Bertier d'Auzat, le premier grand chercheur de filons, alors qu'il a déjà obtenu en 1821 celle d'Anzat-le-Luguet, à quelques kilomètresClub minéralogique de Moulins . Dès 1830, il est le seul propriétaire des trois premières concessions d'antimoine d'Auvergne: la concession de la Licoulne sur les communes d’Ally, de Villeneuve d’Allier, de Mercoeur (Haute-Loire) et de la Chapelle-Laurent (Cantal). la concession d’Ouche sur les communes de Massiac, Blesle et Auriac. celle d’Anzat-le-Luguet (Puy-de-Dôme) et Leyvaux (Cantal) non loin de Laurie et Molèdes.

Années 1830 L'impact du succès de l'imprimerie Dans les années 1830, l'antimoine sulfuré vaut de le quintal métrique, car il trouve des débouchés importants dans les alliages de plomb, durcis à l'antimoine, utilisés pour fabriquer des caractères d'imprimerie, alors que l'industrie de la presse connait une forte expansion. Les journaux n'ont encore que des tirages modestes mais ils se multiplient, profitant du succès de la publicité inventée par Émile de Girardin et de l'apparition de très nombreuses agences de presse après les "Trois Glorieuses" de la Révolution de 1830.

Les concessions auvergnates de 1837 et 1838 Sur les hauts alpages d'Anzat-le-Luguet, est accordée en 1837 une concession d’exploitation à la mine d'argent et d'arsenic du Bosberty, rapidement dotée d'une petite usinePatrimoine du Cézallier , pour traiter trois mille quintaux de minerais d’arsenic en trois ans. La concession a été revendue par le propriétaire de la Mine d’antimoine d'Anzat-le-Luguet.