La Grande-Bretagne post-romaine est une période de transition dans l'histoire de l'Angleterre et du pays de Galles qui s'étend à cheval sur la fin de l'Antiquité et le début du Moyen Âge. L'expression anglaise est employée au premier chef dans un contexte archéologique, pour désigner la culture matérielle des habitants de la Grande-Bretagne dans l'Antiquité tardive.
L'histoire de cette période est mal connue, faute de sources écrites. Elle est marquée par le départ de la Bretagne romaine des légions de l'empire d'Occident, au début du , et l'arrivée de peuples germaniques, les Anglo-Saxons, qui prennent progressivement le contrôle de la majeure partie de l'Angleterre. Les Bretons insulaires sont quant à eux lentement repoussés vers le nord et vers l'ouest.
Terminologie et limites En anglais, l'expression désigne traditionnellement la période de l'histoire de l'Angleterre et du pays de Galles qui s'étend entre le début du et la fin du . Ni le début, ni la fin de cette période ne sont délimités par des bornes claires. Plusieurs événements peuvent en marquer le début : la fin de l'importation de monnaies romaines en 402, la rébellion de l'usurpateur Constantin III en 407, la rébellion de 409 ou le rescrit d'Honorius en 410... De la même manière, l'arrivée de la mission grégorienne dans le Kent, en 597, constitue une borne finale possible, mais la culture post-romaine se perpétue plus longtemps dans certaines régions, notamment dans l'Ouest de l'Angleterre et au pays de Galles.
Cette période peut également être décrite comme appartenant à l'Antiquité tardive ou au haut Moyen Âge , selon que l'accent est mis sur la continuité avec la période précédente (l'Antiquité) ou suivante (le Moyen Âge). Dans la culture populaire, on trouve également les expressions « âge sombre » ou « âge du roi Arthur » (, titre d'un ouvrage de l'historien John Morris).
Sources Les textes Il subsiste très peu de documents écrits de cette période. Pour en reconstituer l'histoire, il est donc nécessaire de se tourner vers des textes plus éloignés dans le temps et dans l'espace.
Les deux principales sources contemporaines et britanniques sont la Confession de saint Patrick et le du moine Gildas.. La Confession de Patrick, ainsi que sa lettre à Coroticus, révèlent quelques aspects de la vie quotidienne en Grande-Bretagne et éclairent la situation du christianisme à l'époque. Le est ce qui se rapproche le plus d'une source historique, mais il s'agit avant tout d'un document à visée polémique : Gildas fustige les rois de son époque, interprétant les invasions saxonnes comme le châtiment divin de leurs péchés. Dans cette optique, il se livre clairement à un travail de sélection d'informations afin de ne retenir que celles qui soutiennent son propos. La section purement historique de son pamphlet est brève, ne donne aucune date absolue et présente des erreurs factuelles indiscutables, comme sa version de l'histoire des murs d'Hadrien et d'Antonin. En prenant en compte ses limites, le offre néanmoins une idée des différents royaumes qui se partageaient la Grande-Bretagne au moment de sa rédaction. Il illustre également la manière dont un moine lettré pouvait percevoir la situation du conflit entre Bretons et Anglo-Saxons.
Il existe davantage de sources continentales contemporaines qui mentionnent la Grande-Bretagne, mais elles sont encore plus problématiques. La plus célèbre est le Rescrit d'Honorius, texte dans lequel l'empereur d'Occident Honorius demande aux civitates britanniques de se charger de leur propre défense. Cependant, ce texte n'est mentionné pour la première fois qu'au par l'historien byzantin Zosime, dans le contexte d'une description de l'Italie du Sud qui ne parle pas par ailleurs de la Grande-Bretagne. La majeure partie des chercheurs modernes considère donc que ce texte ne fait pas référence aux Bretons, mais à la Calabre, appelée Bruttium en latin..... La Chronica Gallica de 452 et la Chronica Gallica de 511 indiquent abruptement que . Elles offrent également des informations sur la (ou les) visite(s) en Grande-Bretagne de saint Germain, mais ces textes ont été tout autant remis en question que le Rescrit d'Honorius... Un autre historien byzantin du , Procope de Césarée, fait également allusion à la Grande-Bretagne dans ses écrits, mais l'exactitude de ses propos est douteuse.
De nombreux textes rédigés plusieurs siècles après les faits prétendent en donner une description exacte. Le premier chroniqueur à s'y essayer est le moine Bède le Vénérable, au début du . Le récit de la période post-romaine qu'il fait dans son Histoire ecclésiastique du peuple anglais s'appuie en grande partie sur celui de Gildas, dont il essaie de dater les événements. Sa vision est fortement anti-bretonne. Parmi les textes ultérieurs, la Chronique anglo-saxonne (qui présente également un biais anti-breton), l'Historia Brittonum attribuée à Nennius et les Annales Cambriae mélangent l'histoire et le mythe et doivent être considérées avec prudence.. Après la conquête normande de l'Angleterre, de nombreux chroniqueurs s'essaient à relater l'histoire de la période post-romaine en suivant le modèle de Geoffroy de Monmouth avec son Historia regum Britanniae qui mélange allègrement les faits, les légendes et les inventions de Geoffroy lui-même.
L'archéologie
Forces et limites des sciences auxiliaires de l'Histoire L'archéologie complète les sources écrites pour reconstituer cette période. Elle donne à penser que le dépeuplement des villes romaines et le développement du système des villas et grands domaines terriens débute dès le .. La vie urbaine, imposée de manière artificielle par les Romains, connaît une rupture profonde aux à laquelle n'échappent qu'une poignée de sites, parmi lesquels Londinium, Eboracum, Cantorbéry, Wroxeter et peut-être Cambridge. La discontinuité dans l'institution épiscopale, principal moteur de la survie des villes de Gaule, constitue une preuve supplémentaire de cette rupture. Le système des villas semble avoir lui aussi disparu, peut-être dès les incursions pictes de 367-368 : leurs noms ne se perpétuent pas jusqu'à la période germanique, contrairement à ce qu'on observe en Gaule..
Les datations sont la principale limite de l'archéologie. La datation au carbone 14 peut fournir des estimations, mais elle n'est pas assez précise pour associer des artéfacts à des événements historiques. La dendrochronologie est plus précise, mais les morceaux de bois susceptibles d'être analysés sont très rares. Elle suggère néanmoins que le climat devient plus froid et plus humide vers cette période, avec notamment un refroidissement significatif vers 535-536 qui contribue peut-être à diminuer les rendements agricoles, avec des conséquences démographiques significatives.. En règle générale, les pièces de monnaie sont un bon moyen de datation, mais ce n'est pas le cas pour la Grande-Bretagne post-romaine où il semble qu'aucune nouvelle frappe n'ait été mise en circulation après le tout début du ..
Continuité d'un habitat celtique ? Durant la période post-romaine, la pierre est généralement abandonnée comme matériau de construction au profit d'autres matériaux moins durables mais bien plus aisés à travailler, et ne nécessitant pas de compétences pointues particulières, mais les artéfacts classiques des sites archéologiques du haut Moyen-Âge (broches, poteries et armes) subsistent. L'étude des pratiques funéraires, en particulier des objets retrouvés dans les tombes, joue un rôle important dans la compréhension des identités culturelles, et en particulier de l'impact religieux.. L'archéologie témoigne d'une persistance partielle de l'éducation romaine, du commerce méditerranéen, surtout sur le site cornouaillais de Tintagel où l'on a retrouvé des poteries méditerranéennes, et de l'art celte.
Les fouilles de lieux habités, qu'il s'agisse de collines fortifiées, de castra ou de monastères, témoignent de possibles changements des structures sociales, mais aussi de la manière dont la vie semble s'être poursuivie à l'identique dans certaines zones. Les collines fortifiées de l'âge du fer ont apparemment été réoccupées durant cette période, à l'image de Cadbury Hill ou de Dinas Powys, qui présente des traces de travail du métal. Les forts de la côte saxonne (les deux rives de la Manche), anciens bastions du Litus Saxonicum, sont d'autres lieux importants de cette période. L'archéologie environnementale a quant à elle permis de mettre en évidence continuité et changements dans les pratiques agricoles durant la période post-romaine..
Quelques sites archéologiques témoignent de la cohabitations d'Anglo-Saxons et de Bretons. Le cimetière de Wasperton, dans le Warwickshire, permet de retracer l'adoption progressive de la culture anglo-saxonne par une famille sur plusieurs générations..
La linguistique droite|vignette|250x250px|Répartition des noms de cours d'eau d'origine celtique. La linguistique est un outil utile pour analyser les cultures et, dans une certaine mesure, les liens politiques. Dans son Histoire ecclésiastique du peuple anglais, achevée en 731, Bède le Vénérable affirme qu'à son époque, cinq langues sont parlées en Grande-Bretagne : . Le latin reste utilisé à l'écrit, mais son usage oral n'est pas assuré. Les autres langues suggèrent des contacts entre Pictes, Bretons et Anglo-Saxons, bien que le vieil anglais ne présente que peu de traces de contact linguistique. La toponymie contribue également à la reconstitution de l'histoire linguistique d'une région. Dans la majeure partie de l'Angleterre, les toponymes d'origine celtique sont très rares, sauf en Cornouailles et en Cumbria. C'est dans l'est qu'ils sont le plus rares, autrement dit dans les régions colonisées en premier par les Anglo-Saxons, dont la culture et la langue auraient supplanté celles des Bretons en raison de leur domination politique et sociale. Les noms qui présentent une racine latine suggèrent une occupation continue tout au long de la période, tandis que les lieux nommés d'après des divinités germaniques correspondent peut-être à des lieux de culte païens. La continuité de la population bretonne peut être indiquée par la présence d'un toponyme d'origine celtique, ou bien par l'emploi de la racine anglo-saxonne wealh, qui désigne les Bretons en vieil anglais, comme dans le nom Walton.
La fin de la Bretagne romaine
Un effondrement de la romanisation ? (383-410) Au début du , la Grande-Bretagne fait partie de l'Empire romain d'Occident, gouverné par l'empereur Honorius. Des signes de déclin sont perceptibles et la province subit les raids des Irlandais, des Pictes et des Saxons : dans ces conditions, mais aussi en raison de l'affaiblissement de l'Empire face aux populations barbares qui fait perdre toute crédibilité à l'armée et aux généraux, les légions bretonnes remirent en jeu leur fidélité à de nombreuses reprises dans les siècles précédents en soutenant plusieurs usurpateurs aux destins divers. Si Carausius et Allectus finissent par échouer à la fin du , l'usurpateur Constantin stabilise son autorité avec une telle assise qu'il est à l'origine de la restauration constantino-théodosienne qui "sauve" l'Empire de l'érosion pour un siècle. Le délitement qui s'annonce avec la partition impériale sous Théodose s'accentue en Bretagne avec d'autres usurpateurs : se succèdent ainsi Magnus Maximus et son fils Flavius Victor dans les années 380 puis Eugène dans les années 390. Tous ces prétendants à la pourpre, issus d'un contexte de crise économique doublée d'une crise politique, restèrent dans les mémoires en Bretagne sous l'aspect de rois héroïsés, personnages du folklore dont Geoffrey de Monmouth se fait l'écho plus de cinq siècles après dans lhistoria regum Britanniae.