La chronologie du Proche-Orient ancien constitue le cadre dans lequel s'inscrivent les dates des différents événements, des règnes et des dynasties du Proche-Orient ancienOn entend par « Proche-Orient ancien » l'ensemble des territoires sur lesquels sont apparues les premières civilisations dans une région regroupant approximativement la Mésopotamie (Irak, Turquie du sud-est, sud-ouest de l'Iran, nord-est de la Syrie, Koweit (voir ) ; l'Égypte (rives du Nil) ; l'ancien Iran (Élam, Médie, Parthie et Fars) ; l'Anatolie/Asie mineure et la Haute Arménie (Anatolie orientale turque, Arménie, nord-ouest de l'Iran, sud de la Géorgie et l'ouest de l'Azerbaïdjan (Voir ) ; le Levant (Syrie moderne, Liban, État palestinien, Israël et Jordanie, Chypre et péninsule arabique).

Les textes de cette époque datent ordinairement les événements selon le règne du roi actuel, par exemple sous la forme : « en l'année X du roi Y ». En comparant de multiples textes, on a pu aboutir à une chronologie relative reliant les événements de nombreuses cités et royaumes. Pour le , on a pu donner aux dates relatives une valeur absolue par l'identification de certains phénomènes astronomiques dont la date dans notre calendrier est connue. Par exemple, une inscription datée de la dixième année du roi d'Assyrie décrit une éclipse de Soleil ; les calculs astronomiques, parmi différentes dates possibles, conduisent à identifier l'éclipse du D'autres correspondances de même nature permettent de relier la chronologie relative à la chronologie absolue et d'ancrer ainsi la chronologie relative dans notre calendrierPar convention on ne rétropole pas le calendrier grégorien. Les dates antérieures au sont donc exprimées dans le calendrier julien ou dans le calendrier julien proleptique (calendrier julien rétropolé avant son introduction en ).

On n'a pas pu établir de relations aussi précises pour les et La tablette d'Ammisaduqa constitue un document chronologique capital : elle récapitule des observations de la planète Vénus répertoriées pendant le règne d'Ammisaduqa, roi de Babylone, dont on sait, dans la chronologie relative, qu'il fut le quatrième successeur d'Hammurabi. La conjonction du lever de Vénus avec la nouvelle lune constitue un point de repère, ou plutôt trois points de repère : ce phénomène astronomique est en effet périodique ; les calculs astronomiques conduisent, dans cet exemple, à fixer le début du règne d'Hammurabi en 1848, 1792, 1728 ou . En fonction du choix que l'on fait de cette date s'ensuivent une « chronologie haute », une « chronologie moyenne », une « chronologie basse » ou une « chronologie ultra-basse ».

Âges selon l'archéologie Du au , on distingue : l'âge du bronze ancien : le début de cette période n'est pas synchrone pour toutes les contrées. Il remonte à la fin du pour la Haute-Égypte (période prédynastique égyptienne) et la Mésopotamie (civilisations de Sumer et d'Ur) ; au milieu du pour l'Anatolie, Chypre, la Crète (civilisation minoenne), la Grèce (civilisation mycénienne) et la civilisation de l'Indus (site de Mohenjo-daro) ; au pour l'Europe, où il est connu en Espagne avec la civilisation d'El Argar près d'Almería et en Bohême avec la culture d'Unétice. Au Moyen-Orient, les documents anciens, principalement la liste royale sumérienne, donnent une suite de noms de rois et de dynasties. Certains noms sont attestés par l'épigraphie, comme le roi Enmebaragesi. On ne dispose pas pour cette période de dates absolues plus précises qu'un siècle ; l'âge du bronze moyen : il commence avec l'émergence des royaumes amorrites, vers La chronologie relative devient plus cohérente et plus précise pour cette période. Globalement, on connaît la succession des rois et on relie mieux entre elles les chronologies de la Mésopotamie, du Levant et de l'ancienne Égypte, cette dernière étant la mieux établie. Mais la définition des dates absolues est sujet à controverse. La chronologie moyenne, la mieux acceptée, place le sac de Babylone en , alors que la chronologie basse date cet événement de ; l'âge du bronze final, ou période obscure : elle commence au début de la dynastie kassite de Babylone, vers , et se termine avec l'invasion des peuples de la mer et l'effondrement de l'empire hittite, vers ; l'âge du fer, qui commence vers , présente des événements historiques mieux connus. Des documents écrits plus nombreux permettent de mieux préciser sa chronologie absolue, avec par exemple l'émergence de l'empire néo-assyrien en . Des sources historiques comme le canon de Ptolémée, les œuvres de Bérose ou la Bible hébraïque fournissent des repères chronologiques et des synchronismes entre divers peuples. Une éclipse survenue en relie la liste des officiers impériaux d'Assyrie à la chronologie absolue.

Variantes chronologiques de l'âge du bronze right|thumb|Chronologie du Moyen-Orient ancien La chronologie de l'âge du bronze au Proche-Orient est flottante. Ceci est dû au faible nombre de sources datant de la période obscure qui suit la chute de la première dynastie de Babylone et la mise en place de la dynastie kassite, et dans une moindre mesure de la période qui suit la chute de cette même dynastie kassite. Si la chronologie relative est cohérente, ce n'est pas le cas de la chronologie absolue.

Les durées admises de la période obscure divergent de 56 ou . Cela tient au fait que la source principale liant les chronologies absolue et relative pour cette période est la tablette d'Ammisaduqa ; celle-ci consigne les observations de la planète Vénus sur . Or l'aspect de Vénus suit un double cycle de 56 et de . Les essais de datation fondés sur les éclipses ou sur d'autres phénomènes astronomiques ne fournissent pas de résultats plus convaincants.

Les avis des spécialistes se répartissent entre quatre chronologies. Celles-ci sont toutes fondées sur les cycles de Vénus et divergent donc de 56 ou . Des études récentes suggèrent qu'un cycle de serait plus approprié, ce qui a conduit à une proposition de chronologie « ultra-basse »Propositions de . , ainsi que .. Elles définissent la huitième année du règne d'Ammisaduqa ; par la chronologie relative, on en déduit les dates du règne d'Hammurabi.

La chronologie moyenne, qui situe le règne d'Hammurabi de 1792 à 1750 av. J.-C., est la plus couramment retenue dans les études récentes...... La chronologie basse est moins acceptée et la chronologie haute n'est plus guère retenue. Certains chercheurs remettent même sérieusement en question la pertinence de la tablette d'Ammisaduqa. Au début du , la dendrochronologie semble avoir clairement disqualifié la chronologie basse...

Pour l'ensemble de la Mésopotamie, la chronologie moyenne est généralement retenue. Les chronologies moyenne et basse diffèrent de 64 ans : ainsi l'année en chronologie basse correspond à l'année en chronologie moyenne. Le tableau ci-dessous fournit un aperçu comparatif des diverses chronologies pour certaines dates-clés, et leur écart par rapport à la chronologie moyenne.

Chronologie An 8 du règne d'Ammisaduqa Règne d'Hammurabi Chute de Babylone ± Ultra-Basse 1542 av. J.-C. 1696–1654 av. J.-C. 1499 av. J.-C. - 96 ans Basse 1574 av. J.-C. 1728–1686 1531 av. J.-C. - 64 ans Moyenne 1638 av. J.-C. 1792–1750 1595 av. J.-C. – Haute 1694 av. J.-C. 1848–1806 av. J.-C. 1651 av. J.-C. + 56 ans

La chronologie détaillée de la Mésopotamie est également fondée sur le synchronisme avec l'Égypte. L'imprécision de celle-ci se répercute par conséquent sur la chronologie mésopotamienne.

Sources de données chronologiques

Inscriptions Des milliers de tablettes gravées en écriture cunéiforme ont été exhumées. La plupart sont des documents comptables, l'équivalent de nos reçus commerciaux. Ces tablettes, ainsi que les inscriptions monumentales, sont les sources principales de données chronologiques du Moyen-Orient ancien..

Problèmes posés par les inscriptions

État des documents Si le Louvre et le British Museum exposent des objets en très bon état de conservation, ce n'est pas le cas de la très grande majorité des documents. La plupart ont été brisés, volontairement ou sous l'action du temps, du climat et de l'enfouissement, et souvent seuls des fragments ont été récupérés. Les tablettes qui n'ont pas été cuites doivent être manipulées avec les plus grandes précautions ..

Provenance Le site d'exhumation d'un objet constitue pour les archéologues une information capitale. Cependant, de nombreux objets de terre cuite ont été réutilisés comme matériau de construction très loin de leur origine ; de plus, le pillage, datant au moins de l'Empire romain, est un fait constant qui s'impose à l'archéologie.

Versions multiples Au cours du temps, des documents essentiels comme la liste royale sumérienne ont été et copiés et recopiés, souvent avec des erreurs de copie. Il est parfois très difficile d'en déterminer la version correcte..

Traduction La traduction de l'écriture cunéiforme est particulièrement ardue, a fortiori lorsque le matériel est fragmentaire ou endommagé. La connaissance de langues comme l'akkadien et le sumérien ayant beaucoup progressé, une traduction récente peut être très différente d'une traduction faite en 1900. Il peut ainsi y avoir des désaccords dans la compréhension du contenu exact. De plus, de nombreuses découvertes archéologiques n'ont pas encore été publiées, et les objets conservés dans des collections privées risquent de ne jamais l'être.

Biais d'interprétation Il faut être conscient que les documents officiels tels que la liste des rois d'Assyrie ont été produits par les membres d'un parti, d'une classe ou les adeptes d'une religion. Ils peuvent donc comporter un biais constitutif en faveur du roi ou du dieu au pouvoir. Un souverain peut s'attribuer une victoire ou une création due en réalité à l'un de ses prédécesseurs. Les rois d'Assyrie, par exemple, se sont efforcés de transmettre à la postérité la meilleure image possible d'eux-mêmes. Les tablettes et les inscriptions doivent donc être interprétées avec précaution.

Listes royales Les listes royales constituaient une pratique de tout le Proche-Orient ancien :

Liste royale sumérienne Elle répertorie les rois de Mésopotamie depuis l'époque « qui précéda le Déluge » jusqu'à la dynastie d'Isin. Pour de nombreuses cités-Etats, c'est la seule source chronologique disponible. Le principal problème d'interprétation est que la liste attribue à certains rois des règnes d'une longueur démesurée. Plusieurs études tentent d'expliquer ces durées de diverses manières, à partir de la base de numération sexagésimale des anciens sumériens ou d'autres hypothèses..

Liste des souverains de Babylone Cette liste ne concerne que les rois de Babylone. Il existe deux versions anciennes, appelées la liste des rois A et la liste des rois B. La dernière partie de cette liste énumère les rois de la dynastie kassite et celle des peuples de la mer. Il existe aussi une liste des souverains babyloniens d'époque hellénistique, appelée Liste des rois 6 qui couvre l'essentiel du ..

Liste des souverains d'Assyrie Il existe de nombreuses copies de cette liste de rois assyriens, avec les longueurs de leurs règnes depuis des temps immémoriaux. Les parties dont l'historicité est crédible permettent de remonter jusqu'au .. Associée avec des chroniques connues, cette liste permet de construire une chronologie relativement cohérente pour le

Chroniques Les nombreuses chroniques exhumées au Proche-Orient sont le plus souvent fragmentaires. Cependant, combinées entre elles ou avec d'autres sources, elles constituent un riche matériau pour la chronologie..

Chronique synchronique Cette tablette découverte dans la bibliothèque d'Assurbanipal à Ninive rapporte, du point vue assyrien, les relations de l'empire assyrien avec la Babylonie. Bien qu'utile, la fiabilité de cette chronique est mise en doute par les spécialistes..

Chronique P