L'histoire des mines d'étain, l'un des grands métaux non ferreux qui fut le plus utilisé dans la Préhistoire et l'Antiquité, avant de jouer très tôt un rôle important dès le début de la révolution industrielle.
À l'état non raffiné, l'étain ressemble à de minuscules granulés gris-noir rugueux, assez facilement repérés par les humains comme un minerai utile, dès l'Antiquité. Il est très probable que l'étain a commencé par être reconnu en lavant des alluvions à sables noirs de cassitérite qui ont dû être assez fréquents dans les régions granitiques de l'Europe et de l'Asie, où l'on aura remarqué, par hasard, un métal brillant.
Préhistoire Intercalé entre le Néolithique et l’Âge du fer, l’Âge du bronze s’est terminé en Europe environ avant notre ère. Les humains viennent de maîtriser une technique déterminante : les fourneaux à haute température. Il faut porter à plus de le minerai de cuivre pour en faire du métal. Avec l’étain, suffisent. Lorsque l’on mélange les deux dans des proportions de l’ordre de 90/10, on obtient un alliage plus solide : le bronze, qui permet de fabriquer des statues, des bijoux, et des armes.
En Malaisie, les historiens suggèrent que l'exploitation minière d'étain remonte probablement à l'époque pré-historiques, près de Sungai Lembing et Pahang.
Antiquité
Les Grecs à la recherche des routes de l'étain Dans l'Antiquité, les routes de l'étain étaient aussi importantes que les actuelles routes du pétrole, aussi lourdes d'intérêts, d'ambitions et de rivalités"L'étain dans le monde", par L.-V. Vasseur dans les Cahiers d'outre-mer de 1961 . Les Phéniciens, considérés comme les vrais maîtres de l'étain antique, y accèdent par les rives méridionales de la Méditerranée, les Colonnes d'Hercule et le littoral atlantique, en échelonnant leurs comptoirs, tels Carthage et Gadès. L'étain provenait de deux régions, le Nord-Ouest de l'Espagne et les Cornouailles. Les « îles Cassitérides » (du mot grec Κασσίτερος/Kassiteros, étain) étaient connues comme un des principaux fournisseurs. En latin ancien, le métal était appelé plumbum candidum (« plomb blanc »). Les marins de Cadix en faisaient commerce discrètement, les Grecs savaient seulement que l'étain leur parvenait de l'ouest. Hérodote avait entendu parler de ces îles situées près des côtes occidentales de l'Europe. Mais les îles Scilly ne contiennent pas d'étain en quantité sérieuse. Les Grecs, qui ont fondé la ville de « Massalia », envoient le capitaine Pythéas enquêter sur l'extraction de l'étain aux Cassitérides. « Massalia » est alors le fidèle allié de Rome dans sa lutte contre Carthage.
Les mines dangereuses de Cornouailles Les mines d'étain de la péninsule de Cornouailles, aux côtes découpées toutes proches des îles Scilly, étaient connues des PhéniciensHawkins, Christopher (1811) Observations on the Tin Trade of the Ancients in Cornwall. London plusieurs siècles avant l'ère chrétienne. Les principaux transporteurs de ce métal étaient très probablement les VénètesChampion, Timothy (2001) "The appropriation of the Phoenicians in British imperial ideology", in: Nations and Nationalism; Volume 7, Issue 4, , October 2001.
Dangereuse, l'exploitation minière côtière en Cornouailles a fait de nombreuses victimes au cours des millénaires. La concentration la plus élevée au monde des mines d'étain et de cuivre sous-marin se trouve près de Lands End à Botallack, Levant et GeevorLevantArticle du Daily Mail . Plusieurs sites dans la vallée d'Erme, à Dartmoor dans le Devon attestent de mines de la fin de l’époque romaine, au moment de remplacer les mines d’Espagne victimes de raids barbares.
Les immenses champs d'alluvions stannifères de Cornouailles sont alors faciles à traiter, le travail minier étant le plus difficile. Même s'il ne représente que 0,006 % de l'écorce terrestre, l'étain s'est spontanément concentré en filons pneumatolytiques, en Cornouailles, par condensation de gaz dans les diaclases et les vides de la roche cristalline. Ces filons peuvent s'allonger sur plusieurs kilomètres, s'interrompent, se tordent, et présentent rarement une puissance suffisante pour que leur exploitation soit justifiée. Les plus intéressants sont ceux qui ont une gangue de quartz. Attaqués et démantelés par l'érosion, ils donnent naissance à des aires alluvionnaires où les composés d'étain, métal dense et peu altérable, se concentrent par un lavage naturel, ce qui en fait les gisements les plus rentables, d'autant que les alluvions peuvent drainer d'autres métaux comme l'argent. thumb|Carte de Cornouailles bilingue cornique - anglais.
De l'étain dans le Limousin et en région nantaise Les Celtes, puis les Romains, exploitèrent des gisements d’étain de la Mine de Montebras, dans la commune de Soumans (Limousin), en France. La découverte de l'étamage est attribuée aux Gaulois Bituriges, qui vivaient dans la régionAperçu historique sur l'exploitation des métaux dans la Gaule. A. Daubrée. ..
À l'époque romaine, on a fabriqué de de bronze, près des mines et des exploitations anciennes de cassitérite (mine d'Abbaretz et de Nozay, en Loire-Atlantique). Vers -1200, -725, des hommes avaient déjà exploité ce sol pour la fabrication du bronze et vers -150, les Vénètes, venus par les côtes atlantiques proches faisaient du commerce avec les Grecs et les Carthaginois.
Moyen Âge
Les Normands développent la production d'étain
Dartmoor fournit assure la plus grande partie de la production européenne d'étain au Moyen Âge. Les traces alluviales de la région montrent des accumulations de déchets d’étain entre 1288 et 1389. Les « Stannaries », organisaient l’extraction et le raffinage du métal en divers districts avec chacun sa charte et son tribunal pour protéger les droits des mineurs, sous Robert de Mortain, demi-frère de Guillaume le Conquérant et premier comte de Cornouailles.
Henry II d'Angleterre reconnait dans une charte de 1198 que tous les creuseurs et raffineurs méritent le respect des coutumes et des libertés. Il évalue alors la production de Dartmoor à .
En 1305, le roi Édouard II d'Angleterre décrète des « Stannaries » séparés pour le Devon et la Cornouailles. La production d'étain, en 1337, chute après la Grande peste à puis remonte en 1400 à . Dans le Devon, elle reste inférieure à 25 % de celle de la Cornouailles sur la période 1450-70. Cette proportion monte ensuite à 25-40 % jusqu’au .
La production d'argent améliore les infrastructures La mine d’argent de Combe Martin, au nord du Devon, au bord de la mer, tout près de la Cornouailles, fut l’un des plus riches gisements d’argent de l’histoire de l’Angleterre. La production d'étain profite du fait que l'attrait pour l'argent-métal augmente à la fin du , ce qui incite à améliorer les infrastructures de transport dans les Cornouailles. La révolte de 1497 En 1497, les mineurs d'étain de Cornouailles combattent la hausse des taxes décidées par Henri VII d'Angleterre, pour financer la guerre contre l'Écosse. Marchant jusqu'à Londres, ils ont un soutien populaire mais sont battus par l'armée royale lors de la bataille de Deptford Bridge, qui a donné son nom à une station du métro de Londres. Malgré cette rébellion, dans les années 1540, la production de Cornouailles augmente rapidement et celle du Devon ne représente plus que 10 % à 11 % de la production de son voisin.
Les commerçants chinois puis hollandais en Malaisie Alors que la première zone d'importance pour l'industrialisation de l'étain était la péninsule de Cornouailles, au sud-ouest de Angleterre, le pays qui a finalement dominé le monde de l'étain sur la plus grande période fut la Malaisie. Le minerai d'étain y doit ses origines au granit de grandes montagnes formées de granit ou de quartzite, le long de la colonne vertébrale géologique de la Malaisie. Les commerçants chinois ont visité la Malaisie au et de petits groupes de Chinois se sont installés dans la région"LA FASCINANTE HISTOIRE DE L'INDUSTRIE DE L'ETAIN EN MALAISIE, par PAUL CALLAN, reproduit sur "Le Magazine Expat" de février 2012 , où l'étain a finalement été extrait, non loin du détroit de Malacca.
Les négociants hollandais puis britanniques ont appris aux indigènes à échanger l'étain à plus grande échelle, dans des conditions plus ou moins favorables pour ces derniers, mais dès le , les Occidentaux ont manqué de compréhension à l'égard de l'exploitation minière dans l'est du pays: ils croyaient que les machines était la façon la plus efficace pour l'extraction du minerai d'étain.
Les implantations de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales
En 1659, les Hollandais de la VOC (Compagnie néerlandaise des Indes orientales) prennent Kuto Gawang et le détruisent, obligeant le susuhunan Abdurrahman déplacer sa cour à Beringin Janggut.
En 1670, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales établit un avant-poste à Bengkalis, l'une des îles au sud du détroit de Malacca, et un autre à Perak, à l’entrée du détroit de Malacca, en Malaisie, dans le but de contrôler le commerce de l’étain Chronologie de l'Indonesie.
En 1710, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales ouvre des mines d'étain pour son propre compte, à Bangka. En 1722, la Compagnie néerlandaise des Indes orientales se voit octroyer le monopole de l’étain à Bangka et Belitung par le Sultan de Palembang, fils du sultan Abdurrahman (1659-1706), qui avait proclamé le sultanat en 1675.
Le rôle des Cornouailles dans la Révolution industrielle
Les mines de Cornouailles ont permis aux Anglais de manufacturer de l'étain en fer blanc, facile à utiliser et bon marché, pour des ustensiles simples, couverts, vaisselles, bassines.
Vers 1730, sir Gilbert Clark découvrit l'art de le travailler. L'étain rapportait en 1802 sterlings soit de francs, égalant pour les usages domestiques « le meilleur cuivre d'Espagne ». Le nombre de mineurs d'étain en Cornouailles était évalué jusqu'à Nouvelle géographie universelle, descriptive, historique, industrielle et commerciale, des quatre parties du monde, par William Guntrie (1802), page 17.
Le en Angleterre vit ensuite l'exploitation du cuivre l'emporter sur celle de l'étain, la fonte du minerai étant effectuée sur place. Au début du , la Cornouailles était le premier producteur mondial de métal rouge, employant un homme de la région sur trois. La fonte fut ensuite effectuée dans les bassins houillers, où s'étaient installés les premiers entrepreneurs de la fonte britannique.
L'arrivée des négociants chinois en Indonésie L'histoire de l'industrie minière de l'étain en Indonésie commence à la fin du . Les immigrants chinois ne sont arrivés en nombre après les années 1780. Les gisements d'étain indonésiens se trouvent dans les îles de Bangka, Belitung, Singkep, Karimun et Kundur.
Au , l'État de Perak est un important producteur d'étain, dans la riche « Vallée de Pérak ». Les Anglais, qui possèdent déjà les Établissements des détroits de Malacca, Penang et Singapour, s'y intéressent. Mais des querelles entre prince malais et des luttes opposant les sociétés secrètes chinoises, perturbent la production des mines de Perak.
L'île indonésienne de Bangka domine cependant le siècle : elle a produit à elle seule d'étain, de 1718 jusqu'en 1900, dont le tiers, soit , pour les seules vingt dernières années, de 1880 à 1900"GÎTES MINÉRAUX ET MÉTALLIFÈRES", par L. DE LAUNAY Membre de l'Institut. Ingénieur en Chef des Mines, Professeur à l'École supérieure des Mines. . C'est grâce à elles que la production indonésienne et réussit une très forte croissance sur les deux dernières décennies du . Et en 1909-1910, Bangka a connu de nouveau un accroissement spectaculaire de sa production, à .
Années 1800 L'étain est un métal relativement rare et coûteux au début du : il vaut la tonne.
Années 1810 Les rivalités anglo-hollandaises thumb|Résidence de l'administrateur de la Billiton Maatschappij à Manggar, chef-lieu du Kabupaten de Belitung oriental, la province des îles Bangka Belitung.