La glande labiosternale est un organe prosomatique qui caractérise la famille des Theridiosomatidae. Situé au-dessous du cerveau dans la partie ventrale du prosome ou céphalothorax, il s'ouvre extérieurement sur le sternum par un pore que précède le labium.
Introduction
La glande labiosternale est un organe sécréteur exocrine qui semble propre aux seuls Theridiosomatidae, petite famille d’ Araignées “ Labidognathes ”, pour la plupart tropicales, se rattachant aux Araneoidea les plus primitives et dont la biologie parait encore mal connue. vignette|Fig.1 -Wendilgarda mustelina arnouxi : les deux orifices ou pores labiosternaux (O). G, gnathocoxae - L, labium - S, sternum (M.E.B.). Dans leurs études morphologiques de Wendilgarda américaines, Archer (1953) et Brignoli (1972) ont signalé l’existence de petites “ fossettes ” sternales (“sternal pits ”) rapprochées du labium, retrouvées plus tard par Wunderlich (1980 : “ sternal-organ ”). chez d’autres genres de Theridiosomatidae (Theridiosoma, Ogulnius, Epeirotypus) et qu’il considère comme une autapomorphie familiale.
Ultérieurement, Coddington (1988) les signale encore comme caractères de diagnostic dans sa monographie sur tous les genres connus de Theridiosomatidae. Wunderlich a précisé, que les “ organes sternaux ” ont l’ aspect d’ invaginations sacciformes, de nature vignette|Fig.2 - Détail de la précédente. Orifice ou pore labiosternal gauche (O) de Wendilgarda mustelina arnouxi, détail (M.E.B.). S, sternum. glandulaire, mais il s’est uniquement basé sur l’examen superficiel et grossier de préparations éclaircies, sans exploration histologique, la seule valable.
Les premières études histologiques par coupes sériées (C.H.) et ultrastructurales (microscopie électronique à balayage, M.E.B. et à transmission, M.E.T.) de l’ “organe sternal” ont été effectuées par A.Lopez & al (1983,1988,1993). Elles apportent la preuve formelle qu’il est de nature glandulaire et s’ouvre bien à l’extérieur par la fossette (“pit”). Ils ont également proposé d’appeler cette dernière “ pore labio-sternal ” et la structure qui y débouche, “ organe labio-sternal ”, ces noms composés exprimant mieux leur position très antérieure au contact du labium. vignette|246x246px|Fig.3 - Theridiosoma sp.Orifice ou pore labiosternal (O), détail .G, gnathocoxa - L, labium - S, sternum (M.E.B). Le matériel étudié se composait de 3 Theridiosomatidae néotropicaux : Wendilgarda mustelina arnouxi (Guadeloupe), Theridiosoma sp. (Martinique) et Naatlo splendida ex Theridiosoma splendidum de Guyane française.
Organe labio-sternal
Pore labio-sternal Vu au microscope électronique à balayage (M.E.B.), il se présente comme un orifice régulier situé sur le sternum au contact de son bord antérieur et de l’extrémité du labium, donc de la suture labio-sternale, Il est régulier, ovalaire et bordé d’une petite margelle postérieure chez Wendilgarda mustelina arnouxi (Fig.1,2), à peu près circulaire et de niveau avec la surface du tégument chez Theridiosoma sp, de Martinique (Fig.3), ouvert obliquement en bas, en avant et un peu en dedans, et mesurant de 10 à 20 µm de diamètre. vignette|Fig.4 - Plato juberthiei. Les deux orifices ou pores labiosternaux (P) G, gnathocoxae - L, labium - S, sternum (M.E.B.). Cet aspect se retrouve chez d’autres Theridiosomatidae tels que Plato juberthiei de Guyane (Fig.4) et Ogulnius hayoti de Martinique.
Structure histologique. L’organe s’abouchant au pore est pair, symétrique, paramédian, superficiel et repose sur le tégument sternal au voisinage immédiat du labium. Recouvert par la masse nerveuse sous-œsophagienne, il est constitué par un massif glandulaire et une poche réceptrice commune (Fig.5 à 8). Ainsi que l’indiquait Wunderlich d’après ses préparations éclaircies, cette poche est un “ sac ” s’ouvrant extérieurement au niveau du pore labio- vignette|Fig.5 - Wendilgarda mustelina arnouxi : section longitudinale de la glande labiosternale passant par son pore (P). G, massif glandulaire ; N, ganglions nerveux ; S, sécrétion (C.H.). sternal, allongé (L = 90 à 100 µm), plus large dans sa moitié postérieure (l = 60 à 70 µm) que dans l’antérieure (l = 40 µm), donc ovoïde ou piriforme (Fig.5,6) et orienté de telle sorte que son grand axe est à peu près horizontal, légèrement oblique en avant et un peu en dedans. Sa paroi est formée par une assise épidermique fine, bien visible seulement lorsqu’elle contient un pigment noir et surtout, par de la cuticule. Cette dernière, très mince au niveau du fond ou globalement chez Naatlo (2 µm), s’épaissit progressivement dans la partie antérieure (Wendilgarda) où elle atteint 4 µm et se raccorde à la chitine sterno-labiale (10 µm) sur le pourtour du pore (Fig.). Ainsi se vignette|Fig.6 -Wendilgarda : autre section longitudinale de la glande labiosternale passant en dehors du pore. C, cuticule ventrale ; N, ganglions nerveux ; S, sécrétion ; T, "tigette" (C.H.). présente-t-elle comme une invagination en profond récessus du tégument et repose sur ce dernier par sa face ventrale sans lui adhérer. La cavité ou lumière de la poche renferme un matériel amorphe éosinophile en boules et masses irrégulières. Chez Wendilgarda (Fig.), il englobe de curieuses saillies pariétales, sorte de “ tigettes ” cuticulaires se détachant sur le pourtour du fond, longues en moyenne de 15 µm, bi ou trifurquées à leur extrémité libre et s’y terminant en pointes plus ou moins divergentes (Fig.6 à 8). Elles sont remplacées par de simples “ dentelures ” postérieures chez Naatlo. Le massif glandulaire vignette|Fig.7 - Coupe transversale de la glande labiosternale de Wendilgarda en coupe transversale. A, adénocytes - N, ganglion nerveux - P, paroi de la poche - S, sécrétion - T, "tigettes" s’inscrit toujours dans une loge en triangle, haute d’environ 30 µm, que délimitent le pôle postérieur de la poche, les ganglions sous-œsophagiens et le tégument sternal. Ce massif est très compact chez Wendilgarda et Naatlo, ne dépassant pas vers l’arrière le niveau du ganglion de P II. Par contre, il est moins dense chez Theridiosoma, y adoptant une disposition en chapelet qui atteint le ganglion de P III. Il se compose de cellules ayant un aspect sécréteur, donc d'adénocytes, et de canalicules excréteurs flanqués par des cellules “ satellites ”. Les adénocytes sont volumineux (30 µm), oblongs, pourvus d’un vignette|Fig.8 - Autre coupe transversale de la glande labiosternale de Wendilgarda. A, adénocytes ; C, cuticule ventrale - P, paroi de la poche - T, "tigettes" noyau arrondi vésiculeux (8 à 10 µm), nettement nucléolé ; leur cytoplasme est basophile en périphérie et présente une zone centrale éosinophile, striée, de forme ovalaire, évoquant un “ réservoir ” où débute un très grêle canalicule également coloré par l’éosine. Les cellules “ satellites ” siègent entre les adénocytes et la paroi de la poche, ont un petit noyau allongé (4 µm), à chromatine abondante, un cytoplasme pâle peu visible et entourent les canalicules venant de se dégager des adénocytes. Ces conduits sont grêles, tortueux, convergent vers la paroi de la poche et la traversent en une zone limitée de son pôle postérieur, au niveau des dentelures.
Ultrastructure L’étude ultrastructurale chez Naatlo et Wendilgarda (Lopez, 1988, 1993) montre que les cellules et les canaux sont bien réunis en unités glandulaires fonctionnelles toutes semblables (Schémas 1 et 2) dont la sécrétion est reçue par la poche collectrice. Cette dernière et l’ensemble de tous les canaux qui y aboutissent, récepteurs inclus, constituent un appareil cuticulaire global. Chez les deux espèces étudiées, l'unité glandulaire comporte une cellule sécrétante ou adénocyte et la partie de l'appareil cuticulaire qui le dessert, soit un canalicule récepteur, un canalicule excréteur ou conducteur et des cellules canaliculaires (Schémas 1 et 2). vignette|396x396px|Schéma 1 - Wendilgarda mustelina arnouxi (Guadeloupe) : unité glandulaire labiosternale (1) et détails (2, 3)(M.E.T.). B, partie basale de l'adénocyte - Cc1, cellule canalaire proximale - Cc2, cellules canalaires intermédiaires - Cc3, cellules canalaires distales - Cd, canalicule conducteur - Da, digitation apophysaire - G, Golgi (dictyosome) - Gs, grains de sécrétion (2) - Mt, mitochondries - Mv, microvilli - O, orifices excréteurs - Rd, canalicule récepteur - S, "section-raccourci". Flèches : grains de sécrétion (1) et canalicule récepteur (2)
Adénocyte Il se présente comme une grosse cellule pyramidale.Son pôle externe ou basal, au contact du sinus hémolymphatique, montre quelques invaginations de la membrane (Wendilgarda)(Schéma 1) ou est régulièrement arrondi, sans indentations particulières (Naatlo)(Schéma 2) En revanche, son pôle apical est caractérisé par une invagination de l’espace extracellulaire en « cul-de-sac » ou « doigt de gant », occupant le grand axe adénocytaire, légèrement vignette|385x385px|Schéma 2 -Naatlo splendida (Guyane) : unité glandulaire labiosternale (M.E.T.). Cc1, cellule canalaire proximale - Cc2, cellule canalaire distale - Cd, canalicule conducteur - Ep, épicuticule - Ex, exocuticule - Gs, grains de sécrétion - Mt, mitochondries - Mv, microvilli - O, orifice excréteur - Pc, poche collectrice - R, réticulum endoplasmique - Rd, canalicule récepteur - S, sécrétion. S (en noir), "section raccourci".