vignette|267x267px|Professionnelle de la santé expliquant l'anatomie et la fonction pelvi-périnéale. La rééducation périnéale, aussi appelée physiothérapie ou kinésithérapie pelvi-périnéale ou encore réadaptation du plancher pelvien, est la rééducation des muscles du périnée ou du plancher pelvien pour traiter les différentes dysfonction pelvi-périnéales, telles que l'incontinence urinaire ou fécale, ou les douleurs sexuelles.
Généralement pratiquée par les physiothérapeutes ou masso-kinésithérapeutes ayant reçu une formation spécialisée, la rééducation périnéale peut également être offerte par plusieurs autres professionnels de la santé, notamment les sages-femmes ou les infirmières ayant reçu une formation spécialisée. Elle vise la promotion de la santé pelvi-périnéale, ainsi que la prévention et le traitement des troubles pelvi-périnéaux. Les troubles pelvi-périnéaux impliquent généralement une activité ou une fonction anormale de la musculature du plancher pelvien.
Histoire
Québec Au Québec, un comité-conseil en rééducation périnéale était déjà actif à l’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec (OPPQ) dès 1998. En 2000, l’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec a publié le document Conduites physiothérapiques pour la pratique de la rééducation périnéale et pelvienne pour encadrer sa pratique. Le code des professions du Québec inclut depuis 2002 des activités réservées qui permet officiellement aux physiothérapeutes de poser des gestes pour évaluer le plancher pelvien. La rééducation périnéale est de plus en plus répandue au Québec. En 2023, on comptait près de 600 physiothérapeutes qui œuvraient dans ce domaine selon l’Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec. La majeure partie de ce service de physiothérapie est offerte en milieu privé, mais de plus en plus de physiothérapeutes en pratique publique offrent ce service.
France En France, la rééducation périnéale fait partie de la pratique des masso-kinésithérapeutes depuis 1985. Elle figure officiellement dans le code de déontologie qui encadre la pratique des masso-kinésithérapeutes. En 2024, l'annuaire de l'association française de rééducation en pelvi-périnéologie (AFRePP) comptait plus de 480 membres officiels. Les sages-femmes peuvent assurer certains actes lorsque la rééducation périnéale s’inscrit dans le cas de troubles consécutifs à un accouchement.
Le plancher pelvien
Le plancher pelvien regroupe l’ensemble des tissus musculaires et conjonctifs, incluant notamment les ligaments et fascias pelviens, qui referment le bas du bassin et assurent le soutien des organes.
vignette|Muscles du plancher pelvien.|333x333px
Les muscles du plancher pelvien s’étendent comme un hamac entre le pubis et le coccyx et sont innervés principalement par le nerf pudendal, aussi appelé nerf honteux. On distingue trois couches musculaires distinctes au plancher pelvien:
La couche superficielle regroupe le périnée urogénital: elle comprend les muscles bulbospongieux, ischiocaverneux et le transverse superficiel, ainsi que le périnée anal, qui comprend le sphincter anal externe. La couche intermédiaire, ou le diaphragme urogénital: elle comprend le sphincter de l’urètre et le muscle transverse profond. La couche profonde, ou le diaphragme pelvien: elle comprend le muscle coccygien et les releveurs de l’anus, composés du pubovaginal, du puborectal, du pubococcygien et de l’iliococcygien.
Les muscles du plancher pelvien participent à la continence urinaire et anale, contribuent au soutien des organes pelviens et jouent un rôle crucial dans la fonction sexuelle.
Populations ciblées par la rééducation périnéale
Incontinence urinaire L’incontinence urinaire, qui se définit comme toute fuite involontaire d’urine, touche 20 à 60% des femmes et 5 à 34% des hommes selon les études. Les principaux types d’incontinence urinaire traités en rééducation périnéale et pelvienne sont l’incontinence urinaire d’effort, l’incontinence urinaire d’urgenturie et l’incontinence urinaire mixte. vignette|179x179px|Avec l’incontinence urinaire d’effort, les fuites surviennent notamment en toussant ou en éternuant. L’incontinence urinaire d’effort est définie comme une perte involontaire des urines survenant lors d’une augmentation de pression intra-abdominale. Cet incident survient, par exemple, en toussant, en éternuant, en soulevant une charge ou en sautant. Les physiothérapeutes avec une formation avancée en rééducation périnéale et pelvienne peuvent aider les femmes qui présentent de l’incontinence urinaire d’effort. Le traitement consistera principalement à renforcer les muscles du plancher pelvien afin qu’ils puissent mieux occlure l’urètre lors d’augmentation de pression intra-abdominale mais également afin d’améliorer leur tonus musculaire, ce qui assurera un meilleur soutien de l’urètre et de la vessie lors de l’effort. Le traitement par renforcement des muscles du plancher pelvien a été validé dans la littérature scientifique et les femmes qui en bénéficient ont ainsi huit fois plus de chances d’améliorer ou de guérir leurs symptômes. gauche|vignette|221x221px|Avec l'incontinence urinaire d'urgenturie, les fuites surviennent notamment au moment de rentrer chez soi. L’incontinence urinaire d’urgenturie, quant à elle, est définie comme une perte involontaire des urines associée à un besoin urgent d’uriner. Les personnes qui en souffrent ressentent des envies pressantes, par exemple en rentrant à la maison au moment d'ouvrir la porte de leur domicile, en entendant de l'eau couler, ou encore en mettant les mains sous de l’eau froide, qui pourraient même mener à une fuite urinaire. Ces envies pressantes sont parfois appelées syndrome du paillasson ou syndrome clé dans la porte, en référence aux événements spécifiques qui déclenchent le désir impérieux d'uriner chez les personnes concernées. Les physiothérapeutes avec une formation avancée en rééducation périnéale et pelvienne peuvent aider les personnes qui présentent de l’incontinence urinaire d’urgenturie. Comme pour le traitement de l’incontinence urinaire d’effort, le traitement recommandé de l’incontinence urinaire d’urgenturie consiste en un renforcement des muscles du plancher pelvien. Néanmoins, celui-ci s’accompagne également d’une rééducation de la vessie pour contrôler les contractions involontaires du détrusor, le muscle de la vessie qui entraîne sa vidange, qui ont lieu avec l’hyperactivité vésicale, et qui causent les envies pressantes.
L’incontinence urinaire mixte se définit comme la combinaison à la fois de l’incontinence urinaire d’effort et de celle d’urgenturie chez une même personne. Elle se traite donc en tenant compte des deux symptomatologies.
Incontinence fécale et de gaz vignette|374x374px|Visualisation de l'angle entre le canal anal et le rectum: au repos, à la contraction et lors de l'évacuation des selles. L’incontinence fécale et de gaz, ou incontinence anale, se définit par une perte involontaire des matières fécales ou des gaz. Elle touche jusqu’à 13,2% des femmes et des hommes, soit plus d’une personne sur huit. Cette problématique peut être en lien avec une faiblesse des muscles du plancher pelvien ainsi que des sphincters anaux. Les physiothérapeutes avec une formation avancée en rééducation périnéale et pelvienne peuvent aider les personnes qui présentent de l’incontinence fécale et de gaz. En plus des possibles modifications aux habitudes alimentaires pour favoriser une évacuation des selles adéquate, le renforcement des sphincters anaux permettra d’augmenter le tonus et la force de fermeture de l’anus tandis que le renforcement plus global des muscles pelviens permettra de refermer l’angle entre l’anus et le rectum, ce qui aidera à la continence fécale et de gaz. Pour indication, l'angle anorectal se situe généralement entre 70 et 100 degrés à la contraction. Au repos, l'angle anorectal se situe généralement entre 90 et 120 degrés. Pour permettre le passage des selles, l'angle s'ouvre davantage et oscille généralement entre 115 et 140 degrés au moment de l'évacuation. Un angle supérieur à 130 degrés au repos pourrait mener à de l'incontinence fécale et indiquer une origine musculaire au problème. Ainsi, même s’il y a moins de données probantes que pour l’incontinence urinaire, la rééducation du plancher pelvien est recommandée par les guides de pratiques cliniques internationaux afin de traiter l’incontinence fécale et de gaz.
Une rééducation avec un ballonnet peut également être entreprise dans un second temps pour les personnes ayant une hypersensibilité rectale.
Descentes d'organes pelviens Les prolapsus des organes pelviens, parfois désignés selon l’abréviation POP, consistent en une perte de support d’un organe pelvien (la vessie, l’utérus ou le rectum) entraînant sa descente à l’intérieur du vagin. Différentes études recensent que les prolapsus des organes pelviens toucheraient jusqu’à une femme sur dix. Les prolapsus des organes pelviens entraînent fréquemment les symptômes suivants : des lourdeurs et des douleurs au niveau vaginal, des pressions dans la région lombaire, une sensation de présence au niveau vaginal ainsi qu’une impression d’évacuation incomplète à la suite d'une miction ou une défécation. vignette|250x250px|Divers modèles de pessaires. Les physiothérapeutes avec une formation avancée en rééducation périnéale et pelvienne peuvent aider les femmes qui présentent des prolapsus des organes pelviens. Leur traitement dépend de leur sévérité. Le renforcement des muscles du plancher pelvien peut être envisagé dans les premiers stades, lorsque la descente est moins importante, afin d’améliorer le soutien des organes et ainsi prévenir la progression de la descente, réduire la fréquence et la sévérité des symptômes, éviter ou retarder une chirurgie et même, dans certains cas, réduire le stade du prolapsus. Les physiothérapeutes formées en rééducation périnéale et pelvienne peuvent également encadrer, en collaboration avec un médecin, l’utilisation d’un pessaire qui est une petite prothèse vaginale aidant à soutenir les organes. Finalement, la chirurgie est envisagée en dernier recours. Des exercices pré et postopératoires des muscles du plancher pelvien pourraient alors soutenir la réussite à long terme de cette intervention.
Ainsi, la rééducation des muscles du plancher pelvien est recommandée par les guides de pratiques cliniques internationaux comme traitement de première intention afin de prévenir et de traiter les prolapsus des organes pelviens.
Douleurs et dysfonctions sexuelles
Douleurs vulvovaginales Les douleurs vulvo-vaginales sont des douleurs ressenties dans la région de la vulve, du vagin et du clitoris. Celles-ci touchent jusqu’à 28% des femmes de tout âge. Les causes précises de ces douleurs sont encore imprécises mais peuvent inclure des problèmes musculosquelettiques, une lésion ou déchirure à l’accouchement, des névralgies, des réactions allergiques, des infections vaginales répétées, ou la prise de médication. Les muscles du plancher pelviens peuvent être également en cause en se contractant involontairement (spasme musculaire) lorsqu’il y a une douleur ressentie dans cette région, ce qui empêche ou rend douloureux toute pénétration vaginale. vignette|250x250px|Dilatateurs vaginaux de différentes tailles.