La guerre civile des Francs est une série de batailles échelonnées sur une période de quatre ans, entre 715 et 719. Provoqué par les morts successives du maire du palais Pépin de Herstal en 714 et du roi en 715, ce conflit oppose l'Austrasie aux autres Teilreiche francs.

Cette guerre marque un affaiblissement toujours plus significatif des Mérovingiens, qui ne sont plus que nommés par les maires du palais, et voit l'ascension de Charles Martel, dont le pouvoir grandissant est une amorce à l'arrivée future sur le trône de la dynastie des Carolingiens.

L'affrontement armé fut aussi marqué par la présence de belligérants étrangers, au travers des ducs et Eudes d'Aquitaine, alliés à la Neustrie.

Contexte Après la bataille de Tertry en 687, le maire du palais d'Austrasie, Pépin de Herstal, affirme sa puissance en Neustrie et en Bourgogne défaites, mais échoue à s'imposer en Aquitaine. Il demeure au pouvoir sous les rois , et .

Il place son fils à la tête de l'Austrasie en 695 mais celui-ci meurt en 714. Il nomme donc le fils de Grimoald, Théodebald, comme maire du palais. La mort de Pépin de Herstal le suivant conduit son épouse Plectrude à favoriser son petit-fils Théodebald au détriment de l'autre fils de Pépin, Charles Martel, qu'elle enferme à Cologne. Elle détient alors le pouvoir en tant que régente de Théodebald et du roi , tous deux mineursBrigitte Kasten : Königssöhne und Königsherrschaft. Untersuchungen zur Teilhabe am Reich in der Merowinger- und Karolingerzeit. Haovre 1997, S. 65ff., 84ff. Theo Kölzer : Die letzten Merowingerkönige: Rois fainéants? Dans : Matthias Becher, Jörg Jarnut (Hrsg.): Der Dynastiewechsel von 751. Vorgeschichte, Legitimationsstrategien und Erinnerung. Münster 2004, S. 33–60. hier: S. 55f.. Certains historiens désignent le conflit qui s'ensuit comme la « crise de succession pippinido-carolingienne »Der Begriff geht auf den Aufsatz von Josef Semmler: Zur pippinidisch-karolingischen Sukzessionskrise 714 bis 723. dans : Deutsches Archiv für Erforschung des Mittelalters 33 (1977), S. 1–36 (Digitalisat)..

Les Neustriens refusent de se voir ainsi gouverner et, à la mort de Dagobert en 715, appellent à la charge de maire du palais Ragenfred, qui fait monter sur le trône un clerc du nom de Daniel, renommé . Dans cette situation, à partir de Cologne, Plectrude lève une armée au nom de son petit-fils et l'envoie soumettre les insurgés neustriens.

Résumé

Les armées neustrienne et austrasienne se rencontrent dans la forêt de Cuise située entre Saint Jean de Cuise et Cuise-la-Motte. Le , les Neustriens vainquirent les Austrasiens à Compiègne. Le maire du palais d'Austrasie, le jeune Théodebald, est défait et rejoint sa mère Plectrude à Cologne. Les Neustriens s'emparent de et imposent leur chef Ragenfred comme nouveau maire du palais. Après la mort prématurée de Dagobert, âgé d'à peine 15 ans, en 715, les Neustriens élurent comme nouveau roi un moine, Daniel, qui porta désormais le nom de . Ce dernier semble avoir tenté de s'impliquer activement dans les affaires du royaume et fut le dernier Mérovingien à se battre sur le champ de bataille. et le maire du palais de Neustrie poursuivent ensuite Théodebald afin de soumettre l'Austrasie.

Entre-temps, Charles Martel avait réussi à s'échapper de sa prison. En 716, les Neustriens menés par Chilpéric et Ragenfred s'avancèrent jusqu'à Cologne et en firent le siège, alors que Plectrude et Théodebald s'y sont réfugiés. Dans cette situation, les principaux partisans de Plectrude se sont ralliés à Charles MartelRichard Gerberding : 716: A Crucial Year For Charles Martel. Dans : Jörg Jarnut, Ulrich Nonn, Michael Richter (Hrsg.): Karl Martell in seiner Zeit. Sigmaringen 1994, S. 205–216.. En outre, le Carolingien put s'assurer le soutien du missionnaire anglo-saxon WillibrordWaltraud Joch : Legitimität und Integration. Untersuchungen zu den Anfängen Karl Martells. Husum 1999, S. 108ff.. L'ascension de Charles s'est appuyée sur l'allégeance traditionnelle de sa famille maternelle dans la région de Maastricht-LiègeWolfram Drews : Die Karolinger und die Abbasiden von Bagdad. Legitimationsstrategien frühmittelalterlicher Herrscherdynastien im transkulturellen Vergleich. Berlin 2009, S. 402. Richard Gerberding: The Rise of the Carolingians and the Liber Historiae Francorum. Oxford 1987, S. 116ff. Richard A. Gerberding: 716: A Crucial Year For Charles Martel. Dans : Jörg Jarnut, Ulrich Nonn, Michael Richter (Hrsg.): Karl Martell in seiner Zeit. Sigmaringen 1994, S. 205–216.. Alors que , le duc des Frisons, s'allie aux Neustriens et envahit l'Austrasie , Charles dut subir sa seule défaite devant Cologne en 716 et s'enfuir du champ de bataille.

Plectrude et Théodebald, enfermés à Cologne, qui est assiégée par Chilpéric et Ragenfred, capitulent finalement et reconnaissent comme roi des Francs, le trésor royal revenant désormais à la coalition neustro-frisonne, qui se retire ensuite de Cologne. Charles rassembla quant à lui ses forces et vainquit les Neustriens au printemps 716 à Amblève, dans les Ardennes. Après le retrait des Frisons, il attaqua et vainquit de nouveau l'armée neustrienne à Vinchy, près de Cambrai, le Des doutes sur cette date ont été émis par Marco Kamradt : Die frühfränkische Historiographie und die Schlacht von Vinchy am 21. März 717. Dans : Concilium Medii Aevi 10, 2007, p. 153-166 (online). Cologne fut ensuite prise par Charles, qui obligea sa belle-mère Plectrude à lui remettre le trésor royal. Celui-ci devint ainsi entièrement à la disposition des CarolingiensDaniel Carlo Pangerl : Der Königsschatz der Merowinger. Eine interdisziplinäre historisch-archäologische Studie. Dans : Frühmittelalterliche Studien Bd. 47 (2013), S. 87–127, hier: S. 104f..

La remise du trésor symbolisait le passage du pouvoir de Plectrude à Charles. Le trésor royal était un instrument de pouvoir important pour l'obtention et l'établissement du pouvoir. Il permettait en outre à son propriétaire de récompenser matériellement ses fidèles et de s'assurer ainsi de leur loyauté. Le trésor était augmenté par le butin des campagnes militairesAndreas Fischer : Karl Martell. Der Beginn karolingischer Herrschaft. Stuttgart 2012, S. 24. Vgl. Matthias Hardt : Gold und Herrschaft. Die Schätze europäischer Könige und Fürsten im ersten Jahrtausend. Berlin 2004.. Plectrude dut renoncer à ses ambitions politiques et devint la fondatrice du couvent de Sainte-Marie-au-Capitole à Cologne.

Avant le , afin de légitimer son pouvoir, Charles éleva son propre roi, , qui le nomma formellement maire du palais d'AustrasieJosef Semmler : Zur pippinidisch-karolingischen Sukzessionskrise 714 bis 723. Dans : Deutsches Archiv für Erforschung des Mittelalters 33 (1977), p. 1-36. Paul Fouracre : The Age of Charles Martel. Harlow 2000, p. 69f.. La couronne du royaume des Francs se trouve alors avec deux têtes. Après leur défaite à Vinchy, le roi Chilpéric et son maire du palais Raganfred demandent l'aide du duc Eudes, à la tête des duchés d'Aquitaine et de Vasconie, et prennent la route de Soissons. Au printemps 718D'après Josef Semmler : Zur pippinidisch-karolingischen Sukzessionskrise 714 bis 723. In: Deutsches Archiv für Erforschung des Mittelalters 33 (1977), S. 1–36, hier: S. 10 (Digitalisat) vorherrschende Meinung. ou le Selon Roland Zingg: Zur Datierung von Karl Martells Sieg in der Schlacht bei Soissons. In: Deutsches Archiv für Erforschung des Mittelalters 68 (2012), S. 127–136 (Digitalisat), Charles vainquit à nouveau et Raganfred à Néry, proche de Soissons. À la suite de cette ultime défaite, rejoint Eudes et le suit à Toulouse, alors que l'ancien maire du palais, Ragenfred, décide de partir à Angers.

Conséquences Quelques mois plus tard, à la mort du roi , Eudes d'Aquitaine, affaibli par une invasion musulmane qui ravage la région de Toulouse, demande l'aide de Charles Martel et lui envoie en retour le roi . Charles Martel se retrouvant sans ennemi, il réunit les charges de maire du palais de Neustrie et d'Austrasie et reprend le titre de duc des Francs créé par son père, affirmant ainsi sa puissance sur tout le royaume des Francs. Il évince définitivement Raganfred (qui dut se contenter d'une domination locale en Anjou jusqu'à sa mort, survenue en 731), tandis que est confirmé comme roi de tous les Francs. Ainsi, les Neustriens purent s'accrocher à leur roi, tandis que Charles put faire davantage accepter sa prise de pouvoir à l'ensemble des royaumes francsAndreas Fischer : Karl Martell. Der Beginn karolingischer Herrschaft. Stuttgart 2012, S. 170.. Après la mort de Chilpéric en 721, Charles éleva un nouveau roi, , un fils de .

Sources Chronique de Frédégaire. Liber Historiae Francorum. . Annales de Metz.

Notes et références

Bibliographie , Frieslands oudheid. Het rijk van de Friese koningen, opkomst en ondergang, Utrecht, 2000, pp. 85-90.

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