Cavalière (en russe : ), alias Giovannina et Amacilia Pacini, est un tableau du peintre russe Karl Brioullov, conservé à la Galerie Tretiakov à Moscou. Il représente Giovannina et Amacilia Pacini, filles adoptives de Ioulia Samoïlova.
Le tableau a été réalisé en 1832. Ses dimensions sont de (selon d'autres données, ).
Le tableau a été peint à Milan à la demande de la comtesse Ioulia Samoïlova. En 1832, l'année de sa réalisation, la toile est exposée à l'Académie des beaux-arts de Brera à Milan, où elle est très appréciée par le public et la critique. Dans leurs commentaires, les Italiens comparent même Brioullov à Rubens et Van Dyck et écrivent qu'ils n'avaient jamais eu l'occasion de voir « un portrait équestre exécuté avec autant de maîtrise ».
Puis la toile est restée dans la collection de Ioulia Samoïlova pendant près de quarante ans et on n'en entendait plus parler. En 1872 ou 1874, peu de temps avant la mort de la comtesse ruinée, la vente de ses biens est organisée à Paris. Lors des enchères, Cavalière a été acquise par un des commissaires-priseurs. Puis, plus tard, la toile a fini par se retrouver propriété de la société pétersbourgeoise de mise en gage de biens meubles, et en 1893, Pavel Tretiakov en a fait l'acquisition.
Pendant longtemps, les historiens d'art ont cru que c'était Ioulia Samoïlova elle-même qui était représentée sur la toile. Mais, après étude, ils sont arrivés à la conclusion que la cavalière représentée était en fait Giovannina Samoïlova. Quant au modèle de la petite fille, il s'agissait d'Amacilia, l'autre fille du compositeur Giovanni Pacini et fille adoptive de Ioulia Samoïlova.
La critique d'art Olga Liaskovskaïa écrit que la création de la Cavalière était « un pas en avant significatif dans la réalisation des nouveaux objectifs que l'artiste s'était fixés ». Selon la critique Madeleine Rakova, Cavalière est un exemple typique de portrait-tableau, dans lequel tout est conçu « comme une apothéose de la beauté et de la joie de vivre de la jeunesse, comme une apothéose du sentiment d'une vie sereine », et tout cela est contenu dans la représentation des deux actrices : la cavalière et la petite fille.
Histoire Évènements antérieurs, travaux sur la toile et exposition de Milan
Après avoir obtenu son diplôme de l'Académie russe des Beaux-Arts avec la grande médaille d'or en 1821, l'année suivante Brioullov entreprend un voyage à l'étranger avec son frère architecte Alexandre Brioullov. Ils bénéficient du statut de pensionnaire de la Société impériale d'encouragement des beaux-arts et visitent d'abord l'Allemagne, puis, en 1923, l'Italie où ils s'installent à Rome.
vignette|gauche|200px|Karl Brioullov.Autoportrait (années 1830, collection privée) Durant les premières années de son séjour en Italie, Karl Brioullov réalise des scènes de genre tirée de la vie italienne, comme Matin italien (1823), Midi italien (1827) et Jeune fille recueillant des raisins dans la banlieue de Naples (1827). De 1825 à 1828, sur commande de l'ambassade de Russie en Italie, il réalise une copie de l'L'École d'Athènes de Raphaël . En 1827, il visite les fouilles de Pompéi , et lui vient alors l'idée de réaliser un tableau sur la destruction de la ville par l'éruption du Vésuve . À partir de 1827, il réalise des études et des croquis, et en 1830, il entreprend la version finale de la grande toile Le Dernier Jour de Pompéi, avec ses nombreux figurants. Il y travaille jusqu'en 1833 .
En 1827, à Rome Brioullov fait la connaissance de la comtesse Ioulia Samoïlova lors d'une réunion dans le salon artistique de la duchesse Zinaïda Volkonskaïa. Il s'est ensuivi une longue relation d'amitié entre Brioullov et Ioulia Samoïlova ; selon le Grand-duc Nicolas Mikhaïlovitch de Russie, « le célèbre peintre Karl Brioullov nourrissait pour elle des sentiments plus forts que l'amitié : il réalisait sans fin des portraits de la comtesse ou reprenait son visage dans d'autres toiles ». C'est précisément à la demande de Samoïlova qu'a été réalisé le tableau Cavalière : Brioullov l'a peint en 1832 à Milan, à l'époque où il travaillait à sa toile Le Dernier jour de Pompéi. Selon toute vraisemblance, le peintre a créé la toile Cavalière dans le jardin de la villa-palais appartenant à Ioulia Samoïlova. Les journalistes et historiens Ivan Botcharov et Ioulia Glouchakova, qui ont pu visiter la villa, rapportent que c'est l'angle de ce bâtiment qui se retrouve dans le tableau de Brioullov . Selon eux, « Cavalière est représenté près du portail de l'ancienne villa-palais de la périphérie de Milan, devenue plus tard propriété du comte Giulio Renato de Litta Visconti Arese . Le qui se distinguait par un luxe inouï se trouvait parmi les demeures patriciennes de la .
Durant la même année 1832, Cavalière a été exposé à l'Académie des beaux-arts de Brera à Milan. La toile a suscité un grand intérêt et a fait l'objet de nombreuses réactions que Mikhaïl Jeleznov, élève de Brioullov a recueilli, traduit, constituant une première biographie de son maître. . Dans leurs commentaires les italiens ont comparé l'auteur de Cavalière à Pierre Paul Rubens et à Antoine van Dyck . Le poète Felice Romani écrit : « Ce que nous admirons certainement dans ce travail vraiment nouveau pour nous par le genre et l'intrigue, c'est la liberté, le courage et la facilité de son exécution ». Un article détaillé a été publié dans l'article Beaux-arts à Milan 1932 (), publié dans le numéro de de la revue Nuovo Ricoglitore. Les auteurs de l'article, l'écrivain et le journaliste et Giuseppe Sacchi ont avoué n'avoir vu « un portrait équestre conçu et exécuté avec une telle habileté »… « Le cheval magnifiquement dessiné et mis en scène, <…> bouge, s'ébroue, renifle, hennit. La jeune cavalière est un véritable ange volant. L'artiste surmonte toutes les difficultés ; son pinceau glisse sans heurts, en douceur, sans contrainte ; il répartit la lumière en l'amplifiant ou en l'affaiblissant comme un grand artiste peut le faire. Ce portrait fait ressortir l'art d'un artiste prometteur et surtout marqué par le génie ».
Évènements ultérieurs vignette|droite|250px|Cavalière et autres tableaux à l'exposition de la Galerie Tretiakov (photographie , 1898) La toile une fois terminée, est placée dans la collection de Ioulia Samoïlova dans sa villa milanaise. C'est ce que rapportent certains contemporains, qui ont vu la toile dans le salon du palais-villa milanais. Ainsi en est-il, en 1838, du poète Vassili Joukovski. Pendant plusieurs décennies plus rien ne ressort de l'histoire de cette toile. Durant la première moitié des années 1870, (en 1872 ou 1874 selon les sources), une vente des biens de Samoïlova, qui est ruinée, est organisée à Paris.. Dans une lettre datée du envoyée de Paris, le peintre Ilia Répine écrit à Pavel Tretiakov: « Alekseï Bogolioubov demande de vous informer, pour le cas où cela vous intéresserait, que divers biens de la comtesse Samoïlova sont mis en vente ici » . D'après le catalogue de la galerie Tretiakov, la comtesse est restée propriétaire de la toile jusqu'en 1873.
Lors de la vente aux enchères de 1873, le tableau a été acquis par un commissionnaire du nom de Jules-Philippe Duloup . Selon la rumeur, Duloup a acheté la toile pour Pavel Tretiakov, pour la somme de .
vignette|gauche|250px|Le tableau Cavalière à la Galerie Tretiakov La Cavalière ne s'est pourtant pas retrouvée directement à la galerie Tretiakov. Pendant quelques années la toile est restée dans les anciens bâtiments de l'Académie impériale des beaux-arts à Saint-Pétersbourg, et ce n'est qu'en 1893, qu'elle entra dans les collections de la galerie Tretiakov par l'intermédiaire d'une société de mise en gage de biens mobiliers . Le , cette société de mise en gage a remis une quittance attestant de la vente du tableau pour à la galerie Tretiakov et de l'entier paiement du prix demandé . Remarquant le nom Cavalière dans un inventaire, le critique Vladimir Stassov a demandé à Pavel Tretiakov quel était ce tableau. Tretiakov lui a répondu « Cavalière achetée à Paris par Duloup qui l'a revendue, semble-t-il, à Horace Günzburg. Un superbe cheval est en général une peinture intéressante ! ».
Depuis lors, le tableau est resté dans la collection de la galerie Tretiakov. Il a été exposé à plusieurs occasions, parmi lesquelles des expositions des œuvres de Brioullov. Par exemple celle tenue en 1950 à la Galerie Tretiakov et celle à l'exposition de l'académie des beaux-arts de l'URSS, qui s'est tenue en 1983-1984 à Moscou. Le tableau fut aussi l'un des joyaux de l'exposition pour le 200è anniversaire de la naissance de Brioullov, de à au palais Mikhaïlovski, qui fait partie du Musée russe à Saint-Pétersbourg, puis de à à la nouvelle galerie Tratiakov, rue Krymski Val à Moscou. Actuellement le tableau Cavalière est exposé à la salle du bâtiment principal de la galerie Trétiakov ruelle Lavrouchinski .
Description Sujet et composition
vignette|droite|220px|Karl Briollov. Portrait de K et M. Narychkine (aquarelle, 1827, Musée russe) Le portrait de Cavalière est réalisé par l'artiste sous forme d'une scène de genre. Une jeune femme, montant en amazone un cheval à la robe noire , arrive devant la terrasse d'une riche villa au retour d'une promenade matinale. Une fillette élégamment vêtue sort de la maison pour rencontrer sa compagne plus âgée qu'elle regarde avec admiration en se blottissant contre la balustrade dorée de la terrasse. Un petit épagneul aboie en tournant près des pieds du cheval . « Le chien est disposé de telle sorte qu'il complète le triangle formé par la cavalière et sa monture » . L'émotion de la scène est amplifiée par la présence des arbres secoués par le vent et des nuages qui occupent un morceau de ciel aux couleurs inquiétantes. .
La cavalière est une jeune et belle femme, sa monture « servant de piédestal à sa beauté » . Elle porte une élégante tenue de cheval amazone : une longue jupe blanche et un chemisier en soie bleue, aux manches étroites sur les avant-bras, puis bouffantes à partir du coude. La fine taille de la jeune fille est souignée par une ceinture au bas du corsage. Elle porte une coiffe noire sur des cheveux blonds, qui encadrent un visage tendre et rose, aux radieux yeux bleus . La courbe du voile posé sur la coiffe crée un effet d'auréole autour de la tête . Le même effet de voile a été utilisé pour la toile de Brioullov de 1827, intitulée portrait de K. et M. Narychkine Ce tableau est intitulé selon d'autres sources Nikita Volkonski et Zinaïda Volkonskaïa. . Il semble que ce type de gaze flottant au-dessus de la coiffe était réalisé en tissu rare appelé Gaze de Sylphide .
La fillette aux cheveux noirs, debout sur la terrasse, est vêtue d'une robe rose, d'un pantalon garni de dentelles et chaussée de ballerines vertes . Ses lèvres sont entrouvertes d'admiration, ses yeux bruns sont pleins d'émotions, et ses mains semblent prêtes à applaudir . Cette fillette en rose sert de lien vivant entre le spectateur et les évènements qui se déroulent sur la toile. Malgré sa subordination au personnage principal elle ne perd pas sa signification indépendante comme portrait et comme élément essentiel de la composition picturale de la toile . À côté de la petite fille, se tient un petit lévrier italien. En Italie, ces chiens étaient considérés comme « des attributs indispensables des riches familles aristocratiques » .