L'invasion mongole en Chine est une série de grandes campagnes militaires conduites par les Mongols pour envahir la Chine historique. Elle s’étend sur six décennies du et entraine la défaite et la destruction de la dynastie des Xia occidentaux, de la dynastie Jin, du royaume de Dali et de la dynastie Song. L’invasion commence sous Gengis Khan par des raids à petite échelle contre les Xia occidentaux en 1205 et 1207.. Plus de plus tard, en 1279, le chef mongol Kubilai Khan fonde la dynastie Yuan et écrase le dernier foyer de résistance pro-Song, ce qui marque le début de la domination mongole/Yuan sur toute la Chine. Pour la première fois dans son histoire, l'ensemble du territoire chinois est conquis et gouverné par une dynastie d'origine non-HanHugh D. Walker "Traditional Sino-Korean Diplomatic Relations : A Realistic Historical Appraisal", Monumenta Serica, Vol. 24 (1965), , ().

Conquête des Xia occidentaux

vignette|gauche|200px|Carte de la Chine avant le début des invasions mongoles. Les territoires des Jins sont en jaune, ceux des Xia Occidentaux en marron, ceux de la dynastie Song en rose et ceux du royaume de Dali en violet De la fin des années 1190 jusqu'au début de la décennie 1200, Temujin, le futur Gengis Khan, commence à consolider son pouvoir en Mongolie. Après la mort d'Ong Khan, un chef Kéraït, en 1203 et à la suite de la naissance du nouvel Empire mongol de Temujin, le chef Kéraït Nilqa Senggum part de Mongolie avec un petit groupe de fidèles et va se réfugier chez les Xia occidentauxMay 2012, pg. 1211. Cet exil est bref, car comme lesdits fidèles se livrent au pillage aux dépens de la population locale, Nilqa Senggum est expulsé du territoire des Xia occidentaux.

Malgré cette rapide expulsion, Temujin prend prétexte de la présence de son ennemi chez les Xia pour les attaquer. En 1205, il lance un premier raid dans la région d'EdsinC. P. Atwood Encyclopedia of Mongolia and the Mongol Empire, , qui se conclut par la soumission des nobles Xia locauxJ. Bor Mongol hiigeed Eurasiin diplomat shashtir, vol.II, . En 1207, Temujin, devenu entretemps Gengis Khan, lance un autre raid, envahit le plateau d'Ordos et attaque la garnison de Wuhai, avant de se replier en 1208.

En 1209, il lance une campagne à plus grande échelle pour obtenir la soumission des Xia Occidentaux. Après avoir vaincu le général Kao Liang-Hui devant les murs de Wuhai, Gengis prend à nouveau la ville, puis avance le long du fleuve Jaune pour aller assiéger Yinchuan, la capitale des Xia, qui est défendue par une garnison forte de Jack Weatherford Genghis Khan and the Making of the Modern World, . Les Mongols n'ont alors aucune expérience de la guerre de siège et finissent par inonder leur propre camp en essayant d'inonder la ville. Malgré cet échec du Khan, l'empereur Huánzōng des Xia occidentaux comprend qu'il ne recevra aucun renfort de la part de la dynastie Jin et fait sa soumission aux Mongols. En gage de sa bonne foi, il donne une de ses filles, Chaka, en mariage à Gengis et lui verse un tribut sous forme de chameaux, faucons et tissus.

Après leur défaite de 1210, les Xia agissent en vassaux fidèles de l'Empire mongol et les aident dans leur guerre contre la dynastie Jin. Les choses changent en 1219 lorsque l'empereur des Xia et son général en chef Asha refusent d'aider Gengis Khan dans sa guerre contre l'Empire khorezmien en répondant de manière insultante à sa demande de renforts. Furieux, Gengis jure de se venger avant de partir envahir le Khwarezm, pendant que les Xia occidentaux tentent, en vain de s'allier avec les dynasties Jin et Song contre les Mongols.

En 1221, après sa victoire contre les Khorezmiens, Gengis commence à préparer sa campagne contre les Xia. Elle débute en 1225, lorsqu'il marche sur ses ennemis à la tête d'une armée d'à peu près . Après avoir pris Khara-Khoto, les Mongols avance rapidement vers le sud et prennent les villes les unes après les autres. Le général en chef Asha ne peut rien faire, car il garde la capitale et devrait traverser de déserts pour attaquer les Mongols. Si les villes tombent face aux Mongols, leur résistance rend Gengis Khan tellement fou de rage qu'il décide de détruire totalement le pays et ordonne à ses généraux de raser systématiquement les villes et les garnisons qui se trouvent sur leur route. Gengis divise son armée en deux pour être sûr de raser toutes les villes des Xia. La cité de Ganzhou est la seule à échapper à la destruction, car c'est la ville natale de Chagaan, un des généraux de Gengis, qui obtient du Khan la survie de son peuple.

En , les Mongols arrivent à Wuwei, le seconde plus grande ville des Xia, qui se rend pour échapper à la destruction. En , Gengis assiège la ville de Lingwu, qui se trouve à de YinchuanHartog 2004, pg. 134. C'est à proximité de cette ville, lors de la bataille du fleuve Jaune, qu'il détruit une armée de des Xia occidentaux conduite par Asha, qui espérait éliminer la menace mongole.

Gengis assiège Yinchuan début 1227 et, pour éviter que les Jin envoient des renforts, il lance des raids contre ces derniers. Un de ces raids atteint même Kaifeng, la capitale des Jin. Le siège de Yinchuan dure six mois, après quoi Gengis commence des négociations de paix, tout en prévoyant secrètement de tuer Mòzhǔ, l'empereur des Xia. Durant ces négociations, le Khan continue ses raids contre les Jin et refuse une offre de paix de ces derniers. À la place, il se prépare à les envahir au niveau de leur frontière avec les Song. En , Gengis meurt subitement. Afin d'éviter l'échec de la campagne en cours, sa mort est gardée secrète le plus longtemps possible. En , Mòzhǔ se rend aux Mongols et est exécuté quasi immédiatement. Par la suite, les Mongols pillent et rasent Yinchuan, tuent toute la population de la ville et détruisent les tombes impériales situées à l'ouest de la ville, parachevant ainsi la destruction totale des Xia occidentaux.

Conquête de la dynastie Jin vignette|300px|Le siège de Zhongdu (l'ancien nom de Pékin) en 1213–14. Un des buts principaux de Gengis Khan est de conquérir le territoire de la dynastie Jin, afin de venger la mort d'un des précédents khans, de mettre la main sur les richesses du nord de la Chine et faire des Mongols une puissance de premier plan de l'Asie de l'est. Dans cette optique, la soumission des Xia occidentaux ne sert qu'à ouvrir la voie à l'invasion des Jin.

Gengis Khan déclara la guerre aux Jin en 1211, mais même si les Mongols remportent de grandes victoires lors des batailles rangées, ils éprouvent de grandes difficultés lorsqu'il faut prendre des grandes villes. Conformément à sa manière d'agir typiquement logique et déterminée, Gengis Khan réunit ses conseillers les plus compétents et étudie les problèmes liés à la prise d’assaut des fortifications. Avec l’aide d'ingénieurs chinois, les Mongols développent leur propre art de la poliorcétique, qu'ils affinent ensuite avec l'apport d'ingénieurs musulmans qui leur font connaitre les trébuchets à contrepoids, ou « Phao musulman », qui a une portée maximale de bien supérieure aux des modèles chinois. Ces nouveaux trébuchets jouent un rôle important aussi bien pour prendre les forteresses chinoises que pour attaquer les unités d’infanterie sur le champ de bataille. Finalement, les Mongols deviennent des experts de la prise des villes.

À la suite de plusieurs victoires écrasantes dans des batailles rangées et de la prise de plusieurs villes, Gengis a réussi à conquérir une grande partie du territoire Jin et en 1213 ces derniers sont repoussés jusqu'au sud de la Grande Muraille. Il avance alors avec trois armées au cœur du territoire des Jin, entre la Grande Muraille et le fleuve Jaune. Avec l’aide de Chenyu Liu, un des officiers de haut rang qui ont trahi les Jin et/ou les Song, Gengis réussit à vaincre les troupes des Jin, puis dévaste le nord de la Chine, prend de nombreuses villes et finit par assiéger Yanjing, la capitale des Jin et future Pékin, en 1215. La ville est prise et pillée, et l’empereur Jin Xuanzong doit se soumettre. Soumission de façade, car il déplace immédiatement sa capitale vers le sud, à Kaifeng. La nouvelle capitale est assiégée en 1232 et tombe entre les mains des Mongols. L'empereur Jin Aizong s'enfuit alors vers la ville de Caizhou, qui est à son tour assiégée et prise en 1234. Aizong se suicide et la dynastie Jin s'effondre.

Déserteurs chinois De nombreux Han, ou Chinois de souche, et Khitans, font défection au profit des Mongols pour lutter contre les Jin. Parmi eux, on trouve les deux chefs chinois Shi Tianze et Liu Heima (劉黑馬, Liu Ni)Collectif 2002, ..., et le Khitan Xiao Zhala (蕭札剌), qui commandent 3 tumens dans l’armée mongole, soit l'équivalent de trois divisions.May 2004, .. Liu Heima et Shi Tianze sont au service de Gengis Khan et également de son successeur Ögedei Khan. Et ce sont Liu Heima et Shi Tianxiang, un autre déserteur, qui dirigent l’armée mongole qui part en guerre contre les Xia occidentaux. Finalement, on trouve quatre tumens « han » au sein de l'armée mongole, chacun d'entre eux étant composé de . Pendant le règne d'Ogödei Khan les quatre généraux à la tête de ces tumens sont Zhang Rou, Yan Shi, Shi Tianze et Liu Heima....

Ces déserteurs ne sont pas uniquement des militaires. Ainsi, Shi Tianze (Shih t’ien-tse), Zhang Rou (Chang Jou, 張柔), Yan Shi (Yen Shih, 嚴實) et d'autres dignitaires chinois de haut rang trahissent la dynastie Jin au profit des Mongols et aident ces derniers à mettre sur pied l’administration du nouvel État mongol.

Civils ou militaires, ces nouveaux alliés des Khan n'ont aucun problème à attaquer leurs compatriotes fidèles aux Song. Ainsi, Chagaan (Tsagaan) et Zhang Rou ont lancé une attaque contre la dynastie Song, sur ordre de Töregene Khatun.

Par la suite, la dynastie Yuan crée une « Armée Han » (漢軍) regroupant les soldats Jin ayant rejoint les rangs des Mongols et une « Armée nouvellement soumise » (新附軍), rassemblant les soldats Song ayant changé de campHucker 1985, ..

Conquête du royaume de Dali En 1253 le Khan Möngke envoie Kubilai conquérir le royaume de Dali, afin de pouvoir prendre de flanc le territoire des Song. À cette date c'est le clan Gao qui domine la cour du royaume. Ces derniers refusent de se soumettre et font assassiner les envoyés mongols. Kubilai riposte à cette provocation en organisant l'invasion du royaume. Les troupes mongoles sont divisées en trois armées distinctes : La première attaque par l'est en passant par le bassin du SichuanJohn Man Kublai Khan, . La deuxième est dirigée par Uryankhadai, le fils de Subötaï. Cette armée prend un chemin difficile en passant par les montagnes de l'ouest du Sichuan. La troisième est dirigée par Kubilai lui-même et se dirige vers le sud en passant par les prairies, avant de retrouver la première armée. Alors que Uryankhadai contourne le lac Erhai par le nord, Kubilai prend Dali, la capitale du royaume, et épargne ses habitants malgré le massacre des ambassadeurs. Duan Xingzhi (段興智), le roi de Dali, fait lui-même défection au profit des Mongols, qui utilisent ses soldats pour conquérir le reste du Yunnan. Après leur victoire, les Mongols donnent au roi Duan Xingzhi le titre de Maharajah et nomment un commissaire à la pacification pour achever la mise au pas du paysC. P. Atwood Encyclopedia of Mongolia and the Mongols, . Après le départ de Kubilai, des troubles éclatent chez les Black Jang, l'un des principaux groupes ethniques du royaume de Dali. Ces troubles durent trois ans et il faut attendre 1256 pour qu'Uryankhadai achève la pacification complète du Yunnan.

Conquête de la dynastie Song