Boris Vian, né le  à Ville-d'Avray et mort le  à Paris, est un écrivain français, poète, parolier, auteur-compositeurBoris Vian est aussi compositeur, avec Alain Goraguer, d'une chanson dont il n'est pas parolier, à savoir Sept ans de malheur (Engagez-vous) (paroles de Léo Campion), interprétée par Les Quatre Barbus., auteur-interprète (parfois auteur-compositeur-interprète), critique et musicien de jazz.

Son héritage en chansons est immense et ne fut exploité que superficiellement par les interprètes de son époque. Chaque année qui passe on entend de nouvelles interprétations des chansons de Boris Vian, mais le massif reste néanmoins presque inexploré.

On connaît environ 500 chansons de Boris Vian (dont une centaine d'adaptations), ainsi qu'une trentaine de poèmes mis en musique donc devenus chansons (parmi lesquelles, par exemple, À tous les enfants et Rue Watt largement connues).

Aperçu

La chanson dans la vie de Boris Vian

Boris Vian écrivait des chansons tout au long de sa vie. Sa première chanson, commençant par des vers , date de 1943, tandis que la dernière, Flamme d'or, fut écrite dans la semaine précédant sa mort.

L'histoire de la création de cette première chanson mérite d'être contée. Durant l'hiver 1942-1943, Johnny SabrouJean-Marc Sabrou, ancien élève des Arts appliqués, guitariste de l'orchestre de Claude Abadie, plus tard chez Jacques Hélian, puis membre des Branquignols, puis décorateur... demande à Boris Vian d'écrire un texte sur un thème qu'il a composé et qu'on joue dans les orchestres amateurs. Johnny Sabrou lui fournit la phrase de départ que Boris Vian reprend et poursuit par ceci : Le manuscrit est rédigé sur un papier à en-tête du Ministère du Commerce et de l'Industrie tandis que le dactylogramme est daté du mois d' à Ville d'Avray.

Ce doit être en 1945 ou 1946 que Jack Diéval demande à Boris Vian de lui écrire des textes pour deux mélodies. En sortent Ce n'est que l'ombre d'un nuage et J'ai donné rendez-vous au vent. Ces deux lieder seront, en 1948, les premières œuvres de Boris Vian à être publiées chez un éditeur musical.

En 1950 Boris Vian écrit un certain nombre de chansons avec Jean Gruyer et d'autres encore avec Jack Diéval, devenu le pianiste d'un fantaisiste, ex-guitariste de jazz, un nommé Henri Salvador. Ce dernier, déjà très connu, sera le premier à chanter et à enregistrer une chanson de Boris Vian sur 78 tours, C'est le be-bop. Lorsque, à cette occasion, Boris Vian et Henri Salvador se rencontrent, ils se reconnaissent tout de suite. Contrairement aux apparences, Boris Vian adore rire et s'esclaffer ; il comprend qu'il tient un compère digne de ce nom et qu'ils vont pouvoir collaborer en s'amusant. Des dizaines d'autres chansons viendront, toujours écrites par Boris Vian et composées par Henri Salvador, dont les très célèbres Blouse du dentiste ou Faut rigoler.

Le , Boris Vian passe l'examen obligatoire d'admission à la Sacem sur le thème imposé Pour bercer ma peine. Le tournant est pris : la littérature cède sa place à la chanson.

En 1952, il s'essaie à l'écriture de comédies musicales et d'arguments de ballets, mais ces œuvres resteront dans ses cartons. Alors, il écrit quelques autres chansons sur des musiques d'Eddie Barclay, Guy Longnon et Claude Laurence, plus connu comme critique et théoricien du jazz sous le nom de André Hodeir.

Boris Vian passe aussi beaucoup de temps avec ses compagnons d'alors : Philippe Weil qui reprendra en 1959 son poste chez Philips/Fontana et Michel Legrand, dit plus tard Big Mike, pianiste et compositeur, et enfin Eddie Barclay.

Avec l'échec en 1953 de son dernier roman, L'Arrache-Cœur, qui n'est même pas arrivé jusqu'aux librairies, il renonce cette fois-ci, de fait, à la littérature. Si en 1953 la chanson était pour Boris Vian une occupation constante mais secondaire, à partir de 1954 elle prend une place de plus en plus importante, jusqu'à devenir le pôle essentiel de son activité créatrice. Si à la fin 1953, Boris Vian avait écrit une cinquantaine de chansons, dans la seule année 1954 il va en écrire plus de soixante.

Début 1954, Boris Vian cherche de nouveaux collaborateurs compositeurs. C'est alors qu'il fait la rencontre d'un musicien américain nommé Harold B. Berg auquel il remet quelques textes afin qu'il les revoie. Les manuscrits sont prêts ; Vian joue un certain air sur sa guitare-lyre (instrument des plus extraordinaires offert par son frère Alain) et chantonne une mélodie afin qu'Harold B. Berg puisse bien cerner les harmonisations demandées ; il s'agit du Déserteur.

En , Renée Lebas présente Jimmy Walter, son pianiste, à Boris Vian. C'est rapidement le début d'une collaboration très féconde : en six ou sept mois, Boris Vian et Jimmy Walter écrivent une trentaine de chansons dont beaucoup deviendront des « standards » comme Cinématographe, J'suis snob ou On n'est pas là pour se faire engueuler, toujours très chantés. Leurs chansons plairont et seront enregistrées par Renée Lebas, Suzy Delair, Mouloudji, Philippe Clay, Les Frères Jacques, Patachou et Boris Vian lui-même.

Au mois de novembre, Boris Vian est chargé par Michel de Ré, qui monte le spectacle d'Henry-François Rey, La Bande à Bonnot, d'écrire plusieurs chansons qui doivent venir accentuer les effets dramatiques de la pièce. En une semaine il compose, seul, l'essentiel des chansons du spectacle. Avec Jimmy Walter, ils écriront quatre autres titres, dont Les Joyeux Bouchers qui aura une carrière « solo ».

C'est également fin 1954 que Boris Vian fait la connaissance de celui qui deviendra son pianiste, Alain Goraguer, avec lequel il composera bon nombre de succès, dont La Complainte du progrès, La Java des bombes atomiques et Je bois.

Boris Vian envisage très sérieusement de chanter lui-même ses chansons et prend des cours de chant depuis plusieurs mois. Les 4 et , il passe deux auditions aux Trois Baudets dirigé par Jacques Canetti et à la Fontaine des Quatre Saisons dont le directeur est alors Pierre Prévert. Un mois plus tard, il monte sur scène.

Les 22, 27 et , c'est dans les Studios Philips, installés rue de Clichy, sur la scène de l'ancien Théâtre de l'Apollo, que Boris Vian enregistre, avec un orchestre dirigé par Jimmy Walter, huit de ses chansons destinées à être gravées sur deux 45 tours intitulés Chansons impossibles. et Chansons possibles.. Le , Boris Vian retourne en studio, accompagné cette fois-ci par Claude Bolling et ses musiciens et il y reprend les deux titres d'avril et deux nouvelles chansons. Les dix titres sortent sur un 33 tours Chansons “possibles” et “impossibles”.. Toutefois les ventes de ces disques ne sont estimées initialement qu'à moins de 500 exemplaires. Philips ne procède par la suite à aucun retirage, sans doute en raison de la réputation sulfureuse de Boris Vian liée à sa chanson Le Déserteur. Des copies illégales circulent donc rapidementNicole Bertolt et Georges Unglik dans ..

Pourtant le modernisme et l'originalité de ces dix chansons, parmi les plus fortes, les plus personnelles et les plus inventives de Boris Vian, furent saluées par une certaine presse ; Georges Brassens déclara dans le texte au dos de la pochette du 33 tours de Boris Vian :

Du au Boris Vian part en tournée. Son tour de chant est assez bref : entre trois et cinq chansons choisies essentiellement parmi les suivantes : La Complainte du progrès, J'suis snob, Les Lésions dangereuses, Le Petit commerce, Les Joyeux bouchers, La Java martienne, Pourquoi qu'on peut pas, Blues pour Jean Martin, La Java des bombes atomiques, L'Âme slave, Chantez, Huit jours en Italie, Le Déserteur, Le Prisonnier et Valse jaune. À défaut d'enregistrement, on n'entendra jamais certains titres chantés par Boris Vian lui-même.

En , Boris Vian est chargé par Philips de préparer l'édition d'une série de disques de jazz. En 1955, Boris Vian écrit une quarantaine de chansons, la plupart sur des musiques de son nouveau collaborateur, Alain Goraguer.

En 1956, Boris Vian tient toujours la scène aux Trois Baudets (jusqu'au ) et travaille partiellement, mais régulièrement, chez Philips. À cette même époque, on lui demande à la radio :

Au mois de mai, Michel Legrand revient d'une tournée aux États-Unis où on l'a affectueusement surnommé Big Mike. Dans ses bagages, il rapporte quelques disques de rock 'n' roll, genre qui commence à faire fureur outre-Atlantique. Entre le et le , ce nouveau rythme fait trois adeptes : Michel Legrand, Henri Salvador et Boris Vian, qui en une après-midi écrivent et composent les quatre premiers rock and roll français : Rock and roll mops, Dis-moi qu'tu m'aimes rock, Rock hoquet et Va t'faire cuire un œuf, man ! Le à 14 heures, Henri Salvador enregistre ces quatre titres sous le nom de « Henry Cording and his Original Rock and Roll Boys ». Les musiques sont signées Mig Bike, un autre surnom, ou Henry Cording. Jack K. Netty est crédité du texte du verso de la pochette de ce disque Fontana (filiale de Philips) et Boris Vian de la traduction. Les paroles en sont signées Vernon Sinclair. On aura reconnu sous ce pseudonyme Boris Vian, le prénom est déjà célèbre…

Les 11, 12 et c'est au tour de Magali Noël de prendre le chemin de l'Apollo ; elle y enregistre quatre rocks signés Boris Vian et Alain Goraguer : Fais-moi mal Johnny, Alhambra rock, Strip-rock et Rock des petits cailloux. Le Boris Vian supervise une autre séance studio devant les micros de Pierre Fatosme avec Magali Noël pour Sexy Songs. Le , à l'occasion d'un hommage rendu au dramaturge allemand Bertolt Brecht, Boris Vian commence à travailler à de nouvelles adaptations. Durant cette année 1956, Boris Vian aura écrit une soixantaine de chansons.

L'année suivante, Boris Vian est nommé directeur artistique adjoint pour les Variétés chez Philips. Il a désormais la charge complète d'un certain nombre d'artistes, il doit gérer leur répertoire, leurs séances d'enregistrements (près de vingt-cinq séries réparties sur près de cinquante dates en 1957) et leur promotion. C'est une activité à temps plus que complet. Quant à Alain Goraguer, Philips se l'est attaché comme arrangeur et chef d'orchestre. C'est avec Henri Salvador que Boris Vian travaille désormais le plus souvent quand il écrit de nouveaux textes.

Boris Vian écrit une cinquantaine de chansons cette année-là malgré plusieurs crises d'œdème qui le frappent et l'obligent à rester chez lui pour se reposer, si tant est que cela soit possible car, le plus souvent, il travaille, et beaucoup, à ses écrits bien sûr mais aussi à la menuiserie qui le passionne et le détend.

En 1958, les responsabilités de Boris Vian s'accroissent : il œuvre désormais dans tous les domaines, jazz et variétés. C'est près de trente-cinq séances d'enregistrement (sur plus de soixante-cinq dates) qu'il contrôle au mois de mai. Il est chargé de la direction artistique de la marque Fontana. Le nombre de ses chansons atteint des sommets ahurissants : près de cent quarante. Sa production est extrêmement composite : beaucoup d'adaptations de succès étrangers, de chansons de films ou de comédies musicales filmées, comme My Fair Lady ou Gigi. S'ajouteront beaucoup de succès américains de différents styles, bien révélateurs des tendances de Boris Vian : rhythm and blues, rockabilly, rock and roll, doo-wop, country and western, gospel, standards et traditionals ; adaptations encore de chansons italiennes, écossaises, antillaises vraies et fausses plus vraies que les vraies. La chanson française n'est pas oubliée avec nombre de javas, valses, complaintes et ballades. Au passage, Boris Vian enrichit le vocabulaire en imposant le terme « tube » à la place de « saucisson » qu'il trouve malsonnant. Il écrira avec Henri Salvador une chanson portant ce titre.

En 1959, tout au début de l'année, Boris Vian démissionne de Fontana. Le cœur n'y est plus : ce travail épuisant le prive d'une partie de son indépendance et de sa liberté et ne se justifie plus que par le salaire qu'il lui procure.

Poème ou chanson ?