La Sixième République, officiellement la république de Corée, est le régime politique républicain en vigueur en Corée du Sud depuis le . Ce régime succède à la Cinquième République qui avait été établie en . La révision constitutionnelle du marque l'adoption définitive de la Sixième République. Il fait du pays une république à régime présidentiel, permettant aux Coréens de participer à la vie politique nationale.
Contexte
Depuis le , la Cinquième République est en vigueur en Corée du Sud. Elle est établie par le général Chun Doo-hwan, un militaire proche du président et dictateur sud-coréen Park Chung-hee, en réponse à l'instabilité politique consécutive à l'assassinat de Park en . Ce nouveau régime est une république semi-présidentielle à parti unique sous dictature militaire. Elle a pour objectif de réformer en profondeur la Corée du Sud, c'est-à-dire de démocratiser et démanteler le système autocratique de Park.
La Cinquième République est l'objet de nombreuses critiques de la part de sa propre population, menant notamment au soulèvement de Gwangju, un mouvement social étudiant et syndical né en réponse au coup d'état de 1980. Sept ans plus tard, le mouvement démocratique qui se tient du 10 au regroupe entre 2 et 5 millions de manifestants qui réclament l'instauration d'une véritable démocratie en Corée du Sud. Face à la pression populaire et ne voulant pas créer davantage d'instabilité à l'approche des Jeux olympiques d'été de 1988 de Séoul, le gouvernement en place accepte un changement de régime : c'est la naissance de la Sixième République sud-coréenne.
Histoire
La transition démocratique, 1987-1988 La Corée du Sud réalise sa transition démocratique en moins d'un an, entre et . Le , le candidat du gouvernement à la présidentielle, Roh Tae-woo, cède à la pression populaire et fait la , qui met en place la tenue d'élections présidentielles directes et rétablit les droits civils. En , la révision constitutionnelle est approuvée par référendum populaire. Les premières élections directes sud-coréennes ont lieu en , mettant fin à la Cinquième République.
Lors de l'élection présidentielle de 1987, Roh Tae-woo est élu président de la république de Corée avec 36,6% des voix exprimées. Il entre en fonction le .
Roh Tae-woo, 1988-1993
gauche|vignette|214x214px|Roh Tae-woo en 1989 Lorsque Roh Tae-woo devient le président de la Corée du Sud, aucun président n'a été élu directement dans le pays depuis 16 ans. Bien que Roh ait fait partie du gouvernement militaire au pouvoir jusqu'à présent et qu'il ait à ce titre été l'un des participants au coup d'État du 12 décembre 1979 à Séoul, l'incapacité des chefs des partis d'opposition Kim Dae-jung et Kim Young-sam à s'entendre sur une candidature commune l'a conduit à être élu président. La première femme candidate à la présidentielle, Hong Sook-ja, a même abandonné la course pour soutenir Kim Young-sam contre Roh.
Le gouvernement Roh souhaite se débarrasser le plus rapidement des vestiges du régime autoritaire en révisant les lois et les décrets en vigueur afin de les rendre démocratiques. La liberté de la presse est ainsi élargie, les universités deviennent autonomes et les restrictions de voyage à l'étranger sont levées. Ces mesures n'ont pas empêché le ralentissement de la croissance de l’économie par rapport aux années 1980, ce qui a entraîné une stagnation des exportations, et la hausse des prix des matières premières.
Peu de temps après l'investiture de Roh ont lieu les Jeux olympiques d'été de Séoul, qui ont permis d'augmenter le prestige international de la Corée du Sud et a grandement influencé les politiques étrangères envers le pays. Le gouvernement Roh annonce un nouveau plan d'unification de la Corée, la Nordpolitik, qui vise à établir des relations diplomatiques avec l'Union soviétique, la Chine et les pays d'Europe de l'Est afin d'isoler davantage la Corée du Nord.
Un événement historique survient en 1990 lorsque la Corée du Nord accepte l'ouverture des échanges entre les deux Corées, ce qui donne lieu à davantage de discussions diplomatiques entre les deux entités et à des rencontres culturelles et sportives. En 1991, un communiqué commun sur la dénucléarisation est adopté, ce qui permet aux deux Corées de devenir simultanément membres de l'ONU.
Kim Young-sam, 1993-1998
vignette|232x232px|Le portrait officiel de Kim Young-sam en 1993 Kim Young-sam est élu président lors des élections de 1992. Il devient le premier président civil du pays en 30 ans (depuis 1962) et a pour programme politique la construction d'une « Nouvelle Corée ». Son gouvernement entreprend à ce titre de corriger les erreurs des administrations précédentes. Des élections municipales ont eu lieu en 1995 et des élections législatives en 1996. En réponse à la demande populaire, les anciens présidents Chun et Roh sont accusés d'avoir perçu des pots-de-vin, d'avoir utilisé des fonds illégaux et, dans le cas de Chun, d'être responsable du massacre de Gwangju. Ils sont jugés puis condamnés à des peines de prison.
Les relations avec la Corée du Nord s'améliorent et un sommet est prévu, mais reporté sine die en raison de la mort de Kim Il-sung. Dès lors, les relations diplomatiques fluctuent entre les deux Corées, alternant entre petits incidents militaires et excuses. Le président Kim Young-sam mène d'importantes réformes financières et économiques, ce qui permet au pays de rejoindre l'OCDE en 1996. En même temps, il est aux prises avec des scandales politiques et financiers impliquant son fils. Pendant ce mandat, le pays est confronté à diverses catastrophes qui ont coûté de nombreuses vies : une collision ferroviaire et le naufrage d'un navire en 1993, l'effondrement du pont Seongsu en 1994 et l'effondrement du grand magasin Sampoong en 1995. La somme de ces évènements fragilisent le gouvernement en place.
En 1997, le pays n'est pas épargné par la crise économique asiatique. Le gouvernement est contraint de contacter le Fonds monétaire international (FMI) afin qu'il débloque des fonds de secours. Cette instabilité économique et financière est bénéfique au chef de l'opposition Kim Dae-jung, qui remporte l'élection présidentielle la même année. C'est la première fois qu'un candidat de l'opposition remporte la présidence.
Kim Dae-jung, 1998-2003
vignette|204x204px|Le portrait officiel de Kim Dae-jung en 1998 Kim Dae-jung devient officiellement président en . La démocratie sud-coréenne survit à la passation de pouvoir entre le parti au pouvoir et celui d'opposition. Lorsque le gouvernement Kim arrive au pouvoir, il doit prendre une multitude de décisions importantes destinées à surmonter la crise économique. Grâce aux efforts conjoints du gouvernement pour attirer les investissements étrangers, à la coopération du secteur industriel et à la campagne citoyenne de collecte d'or, le pays parvient à sortir de la crise dans un laps de temps relativement court.
Le gouvernement a ensuite pu mettre l'accent sur la reconstruction industrielle des chaebols, l'établissement d'un système national de retraite en 1998, la mise en place de réformes éducatives, l'accentuation de son soutien au domaine informatique et l'enregistrement de biens culturels remarquables au patrimoine mondial de l'UNESCO. La Coupe du monde de football 2002, co-organisée avec le Japon, est un événement culturel majeur qui a permis de réunir des milliers de supporters dans des stades coréens.
En ce qui concerne la diplomatie, Kim Dae-jung a poursuivi la « politique du rayon de soleil », qui regroupe un ensemble d'efforts bilatéraux visant à une réconciliation coréenne. A son apogée, des réunions des familles séparées depuis la guerre de Corée ont pu avoir lieu, et un sommet a été tenu avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il. Pour ces efforts, Kim Dae-jung a reçu le prix Nobel de la paix en 2000.
Roh Moo-hyun, 2003–2008
vignette|215x215px|Le portrait officiel de Roh Moo-hyun en 2003 Roh Moo-hyun est élu président en . Sa victoire est liée à un large soutien de la part des jeunes et des militants des droits civiques qui voyaient en lui la possibilité d'une démocratie participative. L'administration de Roh prend ses fonctions avec comme devise d'être le « gouvernement de la participation ». Contrairement aux gouvernements précédents, l’administration décide d’adopter une vision à long terme et de mettre en œuvre les réformes de manière progressive, selon l'état du marché. Cette approche n'a toutefois pas plu aux électeurs qui, à la fin de 2003, faisaient déjà baisser les taux d'approbation de la politique en vigueur.
L'administration Roh parvient toutefois à surmonter le régionalisme dans la politique sud-coréenne, à diluer les liens de collusion entre la politique et les affaires, à responsabiliser la société civile, à régler la question de l'accord de libre-échange Corée-États-Unis, à poursuivre les négociations avec la Corée du Nord et à lancer son réseau de trains à grande vitesse KTX. Mais malgré l'essor du marché boursier, le taux de chômage des jeunes reste élevé, les prix de l'immobilier grimpent en flèche et l'économie est à la traîne.
En , l'Assemblée nationale destitue Roh pour avoir violé les lois électorales et avoir eu recours à de la corruption. Cette décision a poussé ses partisans à se rassembler, ce qui a eu une influence sur le résultat des élections législatives d'avril, le parti au pouvoir étant devenu majoritaire. Roh retourne au pouvoir en mai après que la Cour constitutionnelle ait annulé la décision parlementaire. Le parti au pouvoir perd par la suite sa majorité au parlement lors des élections partielles de 2005, car l'arrêt des projets de réforme, les mouvements sociaux continus, les querelles personnelles entre Roh et les médias et les tensions diplomatiques avec les États-Unis et le Japon ont fait naître des critiques sur la compétence du gouvernement en matière de politique, d'économie sociale et d'affaires étrangères.
En , après avoir quitté ses fonctions, Roh Moo-hyun et les membres de sa famille ont fait l'objet d'une enquête pour pots-de-vin et corruption. Roh nie les accusations, mais finit par se suicider le en se jetant dans un ravin.
Lee Myung-bak, 2008–2013
vignette|240x240px|Lee Myung-bak et George W. Bush en août 2008 Le successeur de Roh, Lee Myung-bak, devient président en . Indiquant le « pragmatisme créatif » comme principe directeur, l'administration de Lee a entrepris de revitaliser une économie en déclin, de redynamiser les relations diplomatiques, de stabiliser la protection sociale et de relever les défis de la mondialisation. En , le parti au pouvoir obtient la majorité aux élections législatives. Le même mois, des pourparlers avec les États-Unis ont permis d'aborder la question de l'accord de libre-échange entre les deux pays, ce qui a contribué à apaiser les tensions entre les deux pays provoquées par les administrations précédentes. Lee a accepté de lever l'interdiction sur les importations de bœuf américain, ce qui a provoqué des manifestations massives dans les mois qui ont suivi, alors que la paranoïa face à une éventuelle maladie de la vache folle se diffusait largement dans le pays.
De nombreux problèmes ont tourmenté le gouvernement, à commencer par l'incendie criminel des portes de Namdaemun, où le gouvernement a été accusé de ne pas avoir assuré une sécurité adaptée. D'autres controverses ont surgi au fil des années, concernant la nomination de hauts fonctionnaires du gouvernement, les conflits politiques endémiques, les accusations d'oppression des médias et les relations diplomatiques tendues avec la Corée du Nord et le Japon. L'économie nationale est affectée par la crise économique mondiale, la pire crise économique ayant frappé le pays depuis 1997. L'administration Lee tente de résoudre ces problèmes en publiant activement des déclarations, en remaniant le cabinet et en mettant en œuvre des réformes administratives et industrielles.